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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 00:11

Impossibilité de connaître une personne, ombre, méthode utraquistique, l’un et l’autre.

Je reviens sur le mot « ombre » dans le titre « A l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Il est repris deux fois ( je le soulignerai ) dans un passage de « Le côté de Guermantes » sur l’impossibilité de connaître une personne. Il s’agit ici de Françoise qui avait été décrite ainsi avant le voyage à Balbec : « la modestie et l’honnêteté qui donnaient de la noblesse souvent au visage de notre vieille servante […] faisait penser à quelqu’une de ces images d’Anne de Bretagne peintes dans les livres d’heures », et maintenant «  j’apercevais en elle la bonté et la franchise ». Mais Jupien lui révèlera qu’elle disait de lui qu’il ne valait pas la corde pour le pendre ! Proust se pose des questions sur la perception que chacun peut avoir du monde réel avec des yeux différents et s’il en est ainsi dans tous les rapports sociaux et même dans l’amour ! « une personne n’est pas […] claire et immobile devant nous avec ses qualités, ses défauts, ses projets, ses intentions à notre égard […] mais est une ombre où nous ne pouvons pénétrer, pour laquelle il n’existe pas de connaissance directe, au sujet de quoi nous nous faisons des croyances nombreuses à l’aide de paroles et même d’actions, lesquelles les unes et les autres ne nous donnent que des renseignements insuffisants et d’ailleurs contradictoires, une ombre où nous pouvons tour à tour imaginer, avec autant de vraisemblance, que brillent la haine et l’amour ».

Les jeunes filles sont donc, elles aussi, des « ombres » en ce nouveau sens, pourrait-on dire, en donnant une autre interprétation possible que les deux autres, éclairant différemment les mêmes personnages, selon notre méthode « utraquistique » ( du latin « uterque » : « l’un et l’autre » ) que j’ai mise en place pour expliquer de nombreuses œuvres d’artistes : Picasso, Sébastien Bourdon, James Pradier, Ingres, Cabanel, Dandré-Bardon. Toutes ces études ont été publiées dans une revue d’art; et mises sur mon Philo blog, sauf les deux dernières que je n’ai pas encore mises en ligne.

Key word

: ombre, impossibilité de connaître une personne, question de perception que chacun peut avoir du monde réel avec des yeux différents dans tous les rapports sociaux et dans l’amour, méthode utraquistique qui donne une multiplicité d’entrée pour éclairer une œuvre, un artiste, un être humain.

Key names

: Françoise, Balbec, Anne de Bretagne, Jupien, Proust, James Pradier, Cabanel, Sébastien Bourdon, Ingres, Picasso, Dandré-Bardon.

Key works

: Le côté de Guermantes ( Proust ), Très Riches Heures du duc de Berry, quinzième siècle ( Musée de Condé à Chantilly ); la méthode utraquistique se trouve à l’œuvre dans : Picasso, paraboles, Philo blog du 06/05/2008 au 27/05/2008 et 15/12/2008; La guérison du démoniaque ( Sébastien Bourdon ) du 30/09/2008 au 10/10/2008 et 16/12/2008, 03/01/2009; Candaulisme : Nyssia callicysthe ( James Pradier ) du16/01/2009 au 07/03/2009, 04/07/2009 et 09/08/2009; Maladie d’amour : Ingres, Stratonice et Antochius du 20/10/2009 au 21/02/2011 et 23/04/2011 ( Patrice Tardieu ).

L’île de notre nostalgie (2.2.w ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans utraquistique
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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 00:00

« Je suis l’un et l’autre. »

Molière 

En fait, tout comme Séleucos, père d’Antiochus, est l’ancêtre éponyme des Séleucides, Ingres pourrait servir de modèle éponyme à notre méthode que nous avons baptisé « utraquistique », c’est-à-dire donnant des aperçus contradictoires qui, seuls, permettent d’éclairer l’action et l’ouvrage humains. En effet, Ingres est à la fois et contradictoirement le thuriféraire de l’académisme (il définit sa peinture comme « ce qui est sévère et noble ») et à l’origine de toutes les distorsions des modernes (Picasso a reconnu sa dette). Il est dessinateur avant tout (« le dessin est la probité de l’art », il « comprend les trois quart et demi de ce qui constitue la peinture » dit-il) mais aussi coloriste (rappelons-nous la délicatesse des tons dans la version du Musée Fabre ; ou encore le contraste entre la tonalité des rouges de la robe de Madame de Senonnes et celle des jaunes des coussins). Il fut un peintre officiel (il reçut des commandes de Bonaparte, puis du même devenu Napoléon, de Louis XVIII ; différents honneurs de Charles X, de Louis-Philippe, de Napoléon III, avant de devenir sénateur en 1862) et en même temps totalement vilipendé, à tel point qu’ils n’en dormaient plus, sa femme et lui, avant de savoir l’accueil fait à Antiochus et Stratonice qui avait été commandé par Ferdinand d’Orléans. Il fut le maître le plus conformiste (il se décrivait « conservateur des bonnes doctrines, non novateur ») et d’une sensualité subversive. Sa peinture était lisse, froide, sans émotion et pourtant animée par « le nerf et la rage ».

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Published by Patrice TARDIEU - dans utraquistique
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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 12:29
Le représenté et le désigné
 Nous avons vu deux approches différentes d'un même tableau, toutes deux avec la "jalousie" des détails". La première partait d'une lanière sur l'épaule nue d'un personnage casqué dans l'ombre qui se voit identifié à Polynice. D'où la question finale de cette thèse sur la relation entre Fabre et son propre fils supposé. Apportons en plus un détail biographique de justification : Fabre fit légataire universel le florentin Emilio Santarelli, peut-être fruit d'une liaison adultère qu'il eut avec une certaine Teresa... La deuxième approche s'appuie sur les mêmes détails et d'autres pour affirmer que les personnages en bas à droite, qui forment une sorte de frise, représentent les habitants de Colone en colère qui veulent faire sortir Oedipe du lieu sacré dans lequel il a pénétré. D'où la thèse suivante : il s'agit d'une gestuelle davidienne qui fait face à la protestation antidavidienne de Fabre-Oedipe contre les faits et gestes des révolutionnaires français et l'invasion de la Toscane par les troupes napoléoniennes. Apportons là aussi des détails biographiques de justification : c'est Fabre lui-même qui a choisi ce sujet d'Oedipe à Colone. Son frère en 1791 et son père en 1792 s'exilent en Italie et le rejoignent, pendant que Louise de Stolberg et Alfieri quittent précipitamment Paris où ils vivaient depuis cinq ans. Le 15 janvier 1794, il est dénoncé comme royaliste devant la Société Populaire et Révolutionnaire des Arts et son tableau de 1787, grand prix de peinture de l'Académie, échappe de justesse à la destruction. Enfin, en 1799, les troupes françaises prennent possession de Florence. Bref la vie de Fabre a été brisée d'abord par la Révolution qui a purement et simplement supprimé l'Académie dans laquelle il s'était parfaitement intégré, puis par les troupes napoléoniennes, qui ont envahi le territoire où il s'était réfugié. Mais il n'était pas homme à se laisser abattre...
 Laquelle de ces deux thèses est juste ? Qui a raison et qui a tort ? Si le détail "fait signe " et que nous n'avons pas accès à la "chose même", une multitude d'interprétations semble possible et sans fin. Y-a-t-il une représentation correcte du détail ? Le représenté peut-il se fixer ou est-il un representamen en proie à un renvoi indéfini ? Jacques Derrida écrit : "le propre du representamen c'est d'être soi et un autre, de se produire comme structure de renvoi, de se distraire de soi. Le propre du representamen c'est de n'être pas propre, c'est-à-dire absolument proche de soi (prope, proprius). Or le représenté est toujours déjà un representamen. [...] Il n'y a donc que des signes dès lors qu'il y a du sens" Par conséquent on est renvoyé au jeu illimité des signes. Cependant lorsque Derrida examine en détail les souliers peints par Van Gogh, il critique et rejette la thèse de Schapiro et conforte celle de Heidegger . Toutes les interprétations ne sont pas égales. Nous pensons que la pluralité des hypothèses et des interprétations ne se justifient que dans le cadre de l'utraquistique (du latin uterque, l'un et l'autre). Lorsqu'il y a des contradictions dans l'homme (et qui n'en a pas ? ) , des influences opposées (ici par exemple le style néo-classique de Fabre appris directement dans l'atelier de David et les idées politiques diamétralement opposées à David du même Fabre), alors la multiplicité des interprétations est légitime comme différentes couches géologiques qui se juxtaposent ou s'entrechoquent. Ainsi on ne reste pas "à la surface". Mais les interprétations sont fondées et explicatives car elles éclairent un même "paysage" sous des angles et des lumières différentes parfois contraires . Toutefois ce n'est pas le problème ici car la première approche est clairement à la recherche du designatum, ce qui désigné. Par qui? Par l'artiste lui-même. Il s'agit donc de l'intentio picturis, l'intention du peintre : "Voilà le moment que Fabre a choisi de représenter...", "Fabre [...] semble interpréter la tragédie grecque à la lumière du drame bourgeois...", "la scène imaginée par Fabre se situerait donc à l'entracte, moment favorable à un hors texte..." .Or Fabre avait "une profonde connaissance de l'Antiquité", des textes latins et grecs affirme David. On reconnaît volontiers qu'il "est un des artistes les plus cultivés de son temps" et que "c'est lui qui aida Alfieri à apprendre le grec", enfin qu' "il est rare chez les contemporains de Fabre de pouvoir déterminer avec autant de précision les répliques ou la phrase qu'illustre une scène" . Cette scène, quelle est-elle ? Michel Hilaire, Conservateur en chef du patrimoine, directeur du Musée Fabre à Montpellier, note : "Fabre choisit le moment précis où le héros et sa fille, réfugiés dans l'enceinte du bois sacré des Euménides, s'adresse au coryphée en lui révélant son identité, ce qui entraîne un tollé général parmi les habitants du faubourg athénien de Colone" . Preuve supplémentaire, nous avons l'intentio picturis elle-même : Fabre, revenu en France après de trente ans d'exil, devenu directeur à vie du musée qui porte son nom, a l'occasion en 1829 de racheter son oeuvre Oedipe à Colone. Il rédige en 1830 la notice descriptive de son propre tableau (ou quelqu'un sous sa haute surveillance le fait à sa place, ce qui d'ailleurs serait étonnant, étant donnée sa personnalité) : "Paysage : Oedipe accompagné par sa fille Antigone, s'est réfugié dans l'enceinte du bois sacré des Euménides, dont on voit le temple dans le fond.; les habitants de Colone cherchant à l'en faire sortir par menaces et par prières". On voit que la lanière sur l'épaule nue a sauté, que le casque est tombé et que Polynice s'est évaporé. La première approche qui ne manque ni d'intérêt ni d'ingéniosité peut être qualifiée d'érudition-fiction .
Patrice TARDIEU
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Published by Patrice TARDIEU - dans utraquistique
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