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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 21:33

Festin de l’amour, fusion mystique, jouissance de la substance, Hegel, Arnauld et Nicole, Couperin.

Nous avons vu un certain « sensualisme » du christianisme avec Marie-Madeleine qui inonde de ses larmes les pieds de Jésus, les essuie avec ses cheveux, les baise de sa bouche et loint dhuile parfumée. Hegel insiste sur le « festin de lamour » ( « Feier eines Mahls der Liebe » ) quest la Cène. Lamour y est « présent » ( « vorhanden », « sous la main »; expression très utilisée ensuite par Heidegger ) et surtout une fusion « mystique » ( qui nest pas encore la « religion » selon Hegel ) autour du corps du Christ. Cependant elle nest pas aussi complète que celle de lantiquité : « quand des amants font un sacrifice devant lautel de la déesse de lamour et quand, dans leur prière, leffusion de leur sentiment en exalte au plus haut point la flamme, la déesse en personne est entrée dans leurs cœurs, mais limage de pierre se tient toujours devant eux ». Lidentité de lidentité ( la déesse Aphrodite en personne ) et de la différence (le marbre qui la représente ) saccomplit donc dans le paganisme et sélève au religieux, puisque la pierre nest pas poussière, en dépassant la mystique selon Hegel. Alors que lorsque Jésus, après avoir rompu le pain, dit : « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous » ( « Touto esti to sôma "mou" [ génitif de egô, « moi » en grec ] », Luc, XXII, 19, Hegel commente : « quelque chose de divin avait été promis et il sest dissous dans la bouche ». Toutefois Antoine Arnauld et Pierre Nicole expliquent de la façon suivante lhostie de leucharistie : « nous ny voyons que les espèces et les apparences du pain qui demeurent, quoique la substance ny soit plus » ( puisque cest celle de Jésus qui sy trouve que nous devons goûter, et dont la jouissance sera exulté en musique par François Couperin).

Key word

: sensualisme du christianisme, la Cène festin damour, fusion mystique, corps du Christ, ceci est ( moi ) mon corps, hostie de leucharistie, apparence du pain, jouissance de la substance, exaltation.

Key names

: Marie-Madeleine, Jésus, Luc; Hegel, Heidegger, Arnauld et Nicole; François Couperin.

Key works

: lEsprit du Christianisme ( Hegel ); Luc, XXII, 19; Logique de Port Royal, partie IV, 12 ( Arnaud et Nicole ); motet « Venite exultemus Domino » pour deux sopranos ( François Couperin ).

Lîle de notre nostalgie ( 2.3.y ).

Patrice Tardieu

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 23:07

Mains intangibles, pression de la main, rire indécent, roucoulement, Proust et Condillac.

Le narrateur évoque « les diverses ondes sentimentales » propagées en lui par les jeunes filles. Mais, un après-midi, c’est le jeu du furet qui donne l’avantage à Albertine, «  si belle, si indifférente » dont il a le plaisir de serrer la main dans un « shake-hand » permis entre jeunes gens. Pourtant les mains d’Andrée sont bien plus fines, elles ont « une vie particulière » : « elles s’allongeaient souvent devant elle comme de nobles lévriers, avec des paresses, de longs rêves, de brusques étirements d’une phalange ». L’artiste Elstir en avait fait des croquis où « devant le feu, elles avaient sous l’éclairage la diaphanéité dorée de deux feuilles d’automne ». Je pense que Proust fait en réalité allusion aux tableaux de Georges de La Tour, redécouvert au début du vingtième siècle, où l’on voit la luminosité d’une bougie qui rend la main qui la cache quasi transparente. Par contre il s’attarde sur la pression de la main d’Albertine qui « semblait vous faire pénétrer dans la jeune fille, dans la profondeur de ses sens, comme la sonorité de son rire, indécent à la façon d’un roucoulement ou de certains cris ». S’il n’y avait pas eu cette permission de la politesse, le narrateur se dit : « J’eusse tous les jours regardé les mains intangibles d’Albertine avec une curiosité de connaître leur contact aussi ardent qu’était celle de savoir la saveur de ses joues ». Il y a le plaisir de se tenir la main, mais pas seulement, le tact, par la pression, peut exprimer un aveu et recevoir une réponse. On sait l’importance du toucher dans la philosophie sensualiste ( de Condillac ) puisqu’il est le garant de l’existence même du monde extérieur et d’autrui.

Key word

: ondes sentimentales, belle indifférente, shake-hand, mains fines, diaphanéité, main quasi transparente, pression de la main, rire indécent, roucoulement, mains intangibles, saveur des joues, importance du toucher dans la philosophie sensualiste de Condillac, garant de l’existence du monde extérieur et d’autrui.

Key names

: Proust, Albertine, Andrée, Elstir, Georges de La Tour, Condillac.

Key works

: Traité des sensations ( Condillac ), Lettre sur les aveugles ( Denis Diderot qui compare Condillac à Berkeley ), Saint Joseph charpentier, Le nouveau né, L’apparition de l’ange à Saint Joseph ( Georges de La Tour ), A l’ombre des jeunes filles en fleurs ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.2.a ).

Patrice Tardieu

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 23:50

Le toucher, la caresse, Sartre, Lévinas, Merleau-Ponty

Peut-on dire que « le toucher est réhabilité par Merleau-Ponty, sens très négligé par la tradition philosophique »? Il ne me semble pas puisque le toucher permet au sensualisme de Condillac de sortir de l’idéalisme de Berkeley, sensualisme qui intéressera Diderot et beaucoup d’autres, y compris Lévinas. Peut-on trouver « la caresse » proprement dite traitée par Merleau-Ponty ?Non, la caresse n’apparaît pas chez Merleau-Ponty qui peut servir de « transition » entre le Traité des Sensations de Condillac et l’Etre et le Néant de Sartre qui, lui, fait une véritable ontologie de la caresse : « Les caresses sont appropriation du corps de l’Autre »; « La caresse[…]est façonnement.[…]La caresse est l’ensemble des cérémonies qui incarnent Autrui »; « Le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage »; « La caresse est faite pour faire naître par le plaisir le corps d’Autrui à Autrui ». On voit qu’il ne faut pas trop vite parler « d’échec » de la caresse chez Sartre. Ce qu’il faut dire c’est que toutes les relations concrètes avec Autrui, chez Sartre, finissent par être un échec : l’amour, le langage, le masochisme, l’indifférence, le désir, la haine, le sadisme. C’est ce que Lévinas reprochera à Sartre qui part de l’ontologie de la liberté des sujets qui ne peut que conduire, selon Lévinas, qu’à des rapports de soumission et de domination, Lévinas considérant qu’il faut une métaphysique de l’altérité avant toute ontologie.

Le départ de la réflexion de Lévinas sur l’altérité est la féminité : « l’autre », c’est la femme en premier lieu. Mais « la femme n’est ni le contradictoire, ni le contraire de l’homme, ni comme les autres différences » ( comme le « complément » ou « le genre »). « La transcendance du féminin consiste à se retirer ailleurs ». « La caresse est un mode d’être du sujet, où le sujet dans le contact d’un autre va au-delà de ce contact.[…]Ce n’est pas le velouté ou la tiédeur de cette main donnée dans le contact que cherche la caresse. Cette recherche de la caresse en constitue l’essence par le fait que la caresse ne sait pas ce qu’elle cherche » (Le Temps et l’Autre).

Pourquoi la caresse ne sait-elle pas ce qu’elle cherche et pourquoi la féminité est-elle définie par le « pas encore »? Il me semble que la pensée de Lévinas s’inscrit dans une tradition religieuse : « la découverte-profanation se tient dans la pudeur, fût-ce sous les espèces de l’impudeur » (Totalité et Infini). La femme n’est « pas encore » femme tant qu’elle n’a pas engendré. Les chapitres suivants porteront sur la paternité. Telles sont les préoccupations de Lévinas.

Patrice Tardieu

Key word

: le toucher, sensualisme, idéalisme, ontologie de la caresse, les relations avec autrui, la caresse, les relations concrètes avec autrui, ontologie de la liberté des sujets, rapports de soumission et de domination, métaphysique de l’altérité, la féminité, l’autre, la femme n’est ni le contradictoire ni le contraire de l’homme ni comme les autres différences ( complément, genre ), la transcendance du féminin, la caresse contact au-delà du contact, la caresse ne sait pas ce qu’elle cherche, le pas encore, la découverte-profanation, la pudeur, l’impudeur, la paternité.

Key names

: Sartre, Lévinas, Merleau-Ponty, Condillac, Berkeley, Diderot.

Key works : l’Etre et le Néant

( Sartre ), Totalité et Infini, le Temps et l’autre ( Lévinas ), le Visible et l’Invisible, l’œil et l’esprit ( Merleau-Ponty ), Traité des sensations ( Condillac ), Trois Essais entre Hylas et Philonous ( Berkeley ), Lettre sur les aveugles ( Diderot ), Caresse ( Patrice Tardieu, Philo Blog 23/01/2007 ).

 

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