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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 18:00

Orgasme le plus intense, but sexuel secret atteint, tribadisme, flirt, baisers, trouble, Sapho, Sartre.
Stekel explique les conditions de l’orgasme le plus fort : il se produit que si la visée sexuelle secrète de l’individu est rejointe. Il donne l’exemple d’une femme qui recherche « inconsciemment » un homme féminin [ il reprend ici la théorie de Weininger sur la bisexualité originaire de l’être humain, et j’ajouterais la théorie de Jacob Böhme sur celle d’Adam dont une partie de lui-même va devenir Ève ]. Ce qui donnerait la clef de « l’anesthesia sexualis feminarum » [ « frigidité sexuelle de certaines femmes » ]. Cependant il se fait à lui-même cette objection : il introduit de nouveau la notion freudienne « d’inconscient » qui ferait que certaines femmes se prennent pour des hommes désirant un être féminin, allant jusqu’au tribadisme [ du verbe grec « tribô », « frotter » sa vulve contre celle de sa partenaire, comme le font les « lesbiennes », mot en hommage à la poétesse Sapho ( 610 avant J.C. ) de l’île de Lesbos, dont nous avons quelques fragments comme ceux-ci, s’adressant à des jeunes filles : « Moi à ta vue, je reste sans voix, ma langue se brise, la fièvre me brûle, mes yeux se brouillent, mes oreilles bourdonnent, je frissonne, je crois mourir » ; « je reste éveillée toute la nuit », « l’amour à nouveau me trouble et me paralyse », « tu es venue, et moi je te désirais. Tu as enflammé mon cœur qui se brûle de désir » ].
Cette hésitation de Stekel a eu une influence certaine sur l’ouvrage magistral de Sartre, L’Être et le Néant, puisqu’il va substituer à la notion « d’inconscient », celle de « mauvaise foi » avec une référence explicite à l’ouvrage de Stekel ( mais prenant un autre exemple que celui du saphisme qui se trouve dans sa pièce de théâtre, Huis Clos où il y a la formule « l’enfer c’est les autres » ). Sartre décrit une femme qui se rend à un premier rendez-vous. Elle connaît les intentions de l’homme et il faudra bien qu’elle décide de ce qu’elle accordera ou non. Celui-ci, pour l’instant, est respectueux, et, elle n’envisage que le moment présent, l’arrière-fond sexuel est mis entre parenthèses. Pourtant elle est sensible au désir qu’elle inspire et ne voudrait pas d’un pur respect. Il faut que les paroles de l’homme s’adressent à sa personne toute entière, même si le désir de son corps n’est pas absent. Mais, tout à coup, il lui prend la main. Si elle lui abandonne, elle s’engage au flirt, à ce jeu de séduction qui peut aller jusqu’à un échange de baisers, de caresse ; si elle la retire, elle brise le charme de ce moment initial, et c’est peut-être gâcher cet instant précieux. Un certain trouble délicieux émane de cette situation et il s’agit de retarder le plus possible toute décision. Sartre analyse finement la suite : elle délaisse progressivement cette partie de son corps « comme si » [ c’est ce que Sartre qualifie « d’analogon » dans son livre de psychologie phénoménologique L’imaginaire ] elle ne s’en apercevait pas [ le problème de l’imaginaire est que l’être humain semble échapper à son « être-au-monde » comme le dirait Heidegger ], un peu comme dans un rêve que Sartre définit comme « un être-dans-le-monde-irréel » [ p. 222, L’Imaginaire ], et continue la conversation comme si elle était un pur esprit, sans consentement ni résistance. Sartre introduit alors son concept de « mauvaise foi » qui n’a rien de péjoratif ici, mais qui se substitue à celui, psychanalytique, « d’inconscient ». Son attitude « transcende » les circonstances matérielles comme spirituelles ou, pour s’exprimer en termes sartriens, « l’en-soi » comme le « pour-soi ». Sa main, dans celle de son ami, reste comme un objet inerte pendant qu’elle jouit de son désir, son propre corps devenant un objet « passif » en apparence. Il y a donc ( toujours dans le vocabulaire sartrien ) à la fois « facticité » ( les deux corps des protagonistes ) et « transcendance » ( dépassement de leur être-objet ), glissant de l’un à l’autre sans cesse. Conclusion de Sartre : « il s’agit de constituer « la réalité humaine » [ Sartre reprend ici la traduction par Henry Corbin, du mot « Dasein » de Heidegger ] comme un être qui est ce qu’il n’est pas et qui n’est pas ce qu’il est ».
Key Word : sexologie, psychologie phénoménologique, psychanalyse, l’inconscient, la mauvaise foi, la séduction, le moment initial, trouble délicieux, jouissance du désir, facticité, transcendance, la réalité humaine, le Dasein.
Key Names : Stekel, Weininger, Jacob Böhme, Freud, Sapho, Sartre, Henry Corbin, Heidegger.
Key Works : Patrice Tardieu, Caresse, de l’effleurement sensuel à l’efflorescence de l’idée, Philo blog 23 janvier 2007 ; Seins, l’idole et l’icône, Philo blog 26 août 2007 ; Heidegger, le point de départ, Philo blog 5 juin 2011 ; L’être-au-monde, extase, temporalité, Heidegger, 7 juin 2011 ; Désirer est-ce aimer ? Philo blog 28 octobre 2011 ; Le toucher, la caresse, Sartre, Lévinas, Merleau-Ponty, Philo blog 30 octobre 2011 ; Casanova a-t-il aimé les femmes ? Philo blog 6 novembre 2011 ; Casanova, désir mimétique, médiation double, René Girard, Philo blog 14 novembre 2011 ; Le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel, Kierkegaard, répétition ou reprise ? Philo blog 20 novembre 2011 ; Proust secrètement platonicien, commencement de l’amour, Philo blog 26 décembre 2011 ; C’est le sujet qui construit l’objet d’amour, même s’il y a eu rapport charnel, Philo blog 7 janvier 2012 ; Amours indivisées, amour indivis, désir d’aimer, Proust, Philo blog 25 janvier 2012 ; Délire d’amour, frisson, fièvre et emportement de l’amant, opposition mémoire et réminiscence, anamnèse, Proust avec Platon contre Freud et Bergson, Philo blog 27 janvier 2012 ; Mains intangibles, pression de la main, rire indécent, Proust et Condillac, Philo blog 1 février 2012 ; Romanesque, charme du premier moment, engrenage de l’amour, désir mimétique, René Girard, Philo blog 6 février 2012 ; Amour entité extérieure et réalisable, déplacer lentement du bonheur, désir du baiser, extra-temporellité, Proust et Heidegger, Philo blog 8 février 2012 ; Étreinte refusée, le non-être-à-la-mort, aimer à la folie, conduite licencieuse, vertu, Proust et Heidegger, Philo blog 9 février 2012 ; Non-dit, dit, désir, le baiser refusé ou accepté, Proust et Sartre, la transcendance transcendée, Philo blog 13 avril 2012 ; Baisers, prononciation charnelle, possession, fantasme, amour et hasard, Proust, Marivaux, Eric Rohmer, Philo blog 14 avril 2012 ; Trouble, gêne, honte, regard, yeux, pour-soi, en-soi, Sartre, Hegel, Lévinas, Proust, Philo blog 16 avril 2012 ; Objet, sujet, voyeur, face à face, présence, étant là devant, Dasein, Sartre, Heidegger, Proust, Philo blog 17 avril 2012 ; Baisers de la première venue, baisers auxquels on a rêvé, désir charnel, anamnèse, Proust, Platon, Philo blog 18 avril 2012 ; Prélude à un baiser, connaissance par les lèvres, anamnèse, Proust, Platon, Duke Ellington, Philo blog 26 avril 2016 ; Y-a-t-il connaissance par les lèvres, organe spécifique au baiser ? Proust, Condillac, Ionesco, Philo blog 28 avril 2012 ; Connaissance par la bouche, baiser, lèvres, photographie, perspectivisme, Proust, Nietzsche, Condillac, Philo blog 3 mai 2012 ; Impossibilité du baiser, goûter l’autre, les multiples visages, la monade, Leibniz, Proust, Shakti, Philo blog 5 mai 2012 ; Sade, Saint-John Perse, sexe féminin, bisexualité originaire, Philo blog 31 août 2012 ; Compulsion de l’amour, transfert, contre-transfert, abaissement de l’analyste à un amant, Freud, Philo blog 20 novembre 2012 ; Pâmoison, extrême jouissance, extase inexplicable, enlèvement, défaillance, Duchenne, Descartes, Philo blog 22 novembre 2012 ; Primauté ontologique de la question de l’Être, monstration de l’apparaître, Heidegger, Philo blog 18 août 2013 ; Éros et l’altérité comme essence positive, rencontre du masculin et du féminin, Emmanuel Lévinas, Philo blog 12 décembre 2013 ; Mystère féminin, se donner tout en se dérobant, sa puissance est son altérité, Caravage, Rembrandt, 18 décembre 2013 ; Secret de la caresse et intentionnalité de la volupté vis-à-vis de l’amour insaisissable, Husserl, Philo blog 28 décembre 2013 ; Introduire le non amour dans l’amour et en faire un concept philosophique, Emmanuel Kant, Philo blog 20 février 2014 ; Féminité cachée de l’homme viril, ligne de fuite des apparences, jouer ce que l’on est, Sartre, Philo blog 22 mai 2014 ; Occasion qui actualise une tendance déjà là, force attractive, causes occasionnelles, Malebranche, Philo blog 25 juillet 2014 ; Le gigolo, la tribade, la lesbienne et l’inverti à visage humain, tourner le pieu dans l’œil, Philo blog 29 juillet 2014 ; Saphisme de Sapho, lesbienne qui se conduisait comme l’amant envers son aimé dans l’antiquité, Philo blog 9 août 2014 ; Féminisation générale de la société, époque des femmes masculines, des hommes féminins, Philo blog 14 août 2014 ; Monde concret de la réalité humaine, d’être là et d’avoir son point de vue, existence, néant, Philo blog 10 juillet 2015 ; Femme passionnée, ardente, orgasme supérieur à celui de l’homme, androgynie, Böhme, Polyclès, Philo blog 23 février 2016.
Stekel, La femme frigide. Otto Weininger, Sexe et Caractère. Jacob Böhme, Mysterium Magnum. Freud, Das Unbewusste [ L’Inconscient ] ( article de 1915 ). Sapho, Fragments. Sartre, L’Être et le Néant, première partie, chapitre II, la mauvaise foi ; troisième partie, chapitre III, les relations concrètes avec autrui : amour, masochisme, indifférence, désir, haine, sadisme ; Huis-Clos ( pièce de Théâtre ) ; L’Imaginaire ( psychologie phénoménologique ). Heidegger, Être et Temps ; Qu’est-ce que la métaphysique ? [ et extraits d’autres œuvres ] traduction de Henry Corbin.
Un baiser, s’il vous plaît, film ( 2007 ) d’Emmanuel Mouret avec Virginie Ledoyen et Julie Gayet ; Caprice [ ou « ce fâcheux besoin d’être aimée » ], film ( 2015 ) du même réalisateur.
Patrice Tardieu.









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Published by Patrice TARDIEU - dans séduction
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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 22:58

Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan.
Sacher-Masoch, qui a involontairement donné naissance au mot « masochisme », expression universelle, se plaignait que son œuvre était totalement tombée dans l’oubli à la fin de sa vie. Ce n’est plus le cas désormais. D’abord l’essai du philosophe Gilles Deleuze en 1967 sur « le froid et le cruel » (comparaison entre Sacher-Masoch et Sade ) et ensuite la reprise sous forme de théâtre par David Ives entre un metteur en scène et une actrice qui s’identifient aux personnages et qui reprend le titre du livre de Sacher-Masoch, d’abord intitulé La femme aux fourrures et au fouet, finalement La Vénus à la fourrure et qui est devenu un film de Roman Polanski en 2013 et une tournée théâtrale de Marie Gillain récompensée par la distinction honorifique d’un « Molière » comme « meilleure actrice » en 2015, et un deuxième comme « meilleur spectacle ».
Et, plus légèrement, pour montrer l’acception du mot « masochisme » et son acceptation érotique, évoquons une publicité de 2012, intitulée « Leçon de séduction », d’une célèbre marque de sous-vêtements féminins où l’on voit une photographie très soignée, très léchée, si j’ose dire, d’une jeune femme en petites culottes et soutien-gorge pigeonnant avec poitrine haute et rebondie, mais une cravache à la main, badine qui n’est pas destinée à un cheval mais à « l’homo equus », avec la mention suivante : « Le mettre au pas, au trot, au galop ».
Nous allons voir une autre « leçon de séduction » à partir de l’épigraphe qui se trouve en tête de l’ouvrage de Sacher-Masoch, leçon politique, érotique et biblique. Mais elle ne se trouve pas dans toutes les Bibles car le Livre de Judith est considéré comme deutérocanonique par les catholiques et apocryphe par les protestants. Il commence ainsi : « C’était la douzième année du règne de Nabuchodonosor qui régnait sur les Assyriens » et qui étend son pouvoir sur les Mèdes, en détruisant Ecbatane leur capitale. Il ordonne à Holopherne, son chef d’état-major, de soumettre les peuples environnants et de s’emparer de Jérusalem et de son temple [ nous sommes au sixième siècle av. J.C. ]. C’est ici que rentre en scène Judith, « belle de visage et d’allure » ( Livre de Judith, 8, 7 ) , qui refuse de livrer la Judée aux Assyriens qui feront d’eux des esclaves ( 8, 22 ). Le défi n’est pas mince devant « les puissants Assyriens, fiers de leurs chevaux et de leur cavalerie, orgueilleux du bras de leurs fantassins, et qui ont mis toute leur confiance dans le bouclier, la lance, l’arc et la fronde » ( 9 ,7 ). Mais Judith est persuadée qu’elle va, en tant que femme, réussir à renverser la situation ( 9, 10 ). « Elle lava son corps entièrement, l’enduisit d’une huile parfumée, peignit sa chevelure » ( 10, 3 ), « elle mit ensuite des sandales à ses pieds, elle se para de colliers, de bracelets, de bagues, de boucles d’oreille, de tous ses bijoux, se faisant très belle pour séduire et tromper les hommes qui la verraient ». A la sortie de la ville, les personnalités, « quand ils la virent ainsi changée, admirèrent grandement sa beauté » ( 10, 7 ) et firent ouvrir les portes selon sa demande. Judith arriva jusqu’à la garde avancée des Assyriens et demanda à voir Holopherne pour lui fournir des renseignements. Les gardes considèrent son beau visage et lui disent : « Tu seras sauve si tu te hâtes de descendre vers notre maître, va vers sa tente, quelques-uns parmi nous vont t’escorter et te remettre à lui » ( 10, 15 ). Holopherne y était, ayant fait sortir ses officiers, « sous une moustiquaire faite de pourpre et d’or, sertie d’émeraudes et de pierres précieuses » ( 10, 21 ), il lui dit : « Aie confiance, femme, ne crains rien, je n’ai jamais fait de tort à quiconque, pour peu qu’on ait choisi de servir Nabuchodonosor, le roi de la terre entière » ( 11, 1 ). A quoi elle répond: « Je suis ton esclave et ta servante » ( 11, 5 ). Et elle lui affirme que son peuple lui sera livré, qu’elle le conduira jusqu’à Jérusalem. Holopherne est charmé par son intelligence et sa beauté, il lui offre l’hospitalité. Il veut la convaincre de se joindre à lui pour manger et boire et de s’étendre auprès de lui ; ce qu’elle fait. « Dès qu’il la vit, Holopherne fut transporté, tout son être secoué ; car il désirait Judith, ardemment ; cherchait à la séduire » (12 ,9 ). Il but plus que de raison, et le soir tous les serviteurs partent discrètement. Holopherne est affalé sur sa couche, le vin répandu autour de lui. Judith saisit le sabre d’Holopherne, l’attrape par les cheveux et lui tranche la tête qu’elle met dans un sac ; de retour dans sa ville, elle exhibe à tous la tête d’Holopherne qui sera accrochée sur la muraille, sans même avoir couché avec lui ! Tous saluent son courage qui devient un hymne : « La sandale de Judith l’a envoûté, la beauté de Judith l’a enchaîné, puis le sabre a tranché son cou, jusqu’aux Perses que l’épouvante a saisis » ( 16, 9-10 ). On remarquera le fétichisme du pied dans cette dernière phrase, que Sacher-Masoch n’a pas retenue comme épigraphe, puisqu’il cite du livre de Judith celle-ci : « Dieu l’a puni [ il s’agit d’Holopherne ] et l’a livré aux mains d’une femme ».
Il y a de très nombreuses peintures de cette scène. Giorgione représente Judith une épée à la main droite, le pied gauche sur la tête coupée d’Holopherne qu’elle regarde. Bronzino et Allori lui font tenir au bout du bras la tête décapitée. La séduction a vaincu la force par la force même ! Le tableau le plus saisissant me semble être celui d’Artemisia, fille aînée du peintre Gentileschi, qui fut violée à dix-sept ans, mais gagna son procès. On voit Judith à l’œuvre, dans une somptueuse robe bleu intense, décolletée, à parements dorés, tranchant la tête avec une dague, tendant ses bras, la main gauche agrippant les cheveux d’Holopherne et reculant son visage pour ne pas être éclaboussée par le sang qui gicle et qui s’écoule par de nombreux filets devenus larges sur les draps d’argent qui recouvrent les trois épaisseurs du lit. La main du bras droit d’Holopherne saisit la chemise et la robe rouge de la servante qui seconde sa maîtresse pendant qu’elle retient le bras gauche d’Holopherne, les yeux révulsés, la bouche à l’agonie ; le tout dans un clair-obscur à la Caravage. On sent toute la rage d’Artemisia contre son violeur, Agostino Tassi. Peut-être cette explication d’une œuvre d’art pourra sembler trop « psychologique », remarquons toutefois que Georges Mathieu, représentant de l’abstraction lyrique gestuelle qui exclut théoriquement toute préméditation, a intitulé une de ses toiles « Olivier III décapité » après coup en principe. C’est une toile presque entièrement noire avec des giclées ocres. Artemisia est revenue, plus tard, sur ce même thème, mais cette fois-ci, c’est la dissimulation par la servante de la tête dans le drap de la moustiquaire de la tente ( Livre de Judith 13, 15 ) ; Judith, toujours le glaive à la main droite, voile la lumière de la bougie de sa main gauche, créant cette distribution des clairs et des ombres caravagesque. Mais, juste avant son viol, elle a peint une Suzanne et les vieillards qui semble prémonitoire , tiré lui aussi d’un chapitre « apocryphe » de la Bible, le chapitre XIII du Livre de Daniel, d’une jeune femme résistant aux avances de deux vieillards qui veulent avoir des rapports sexuels avec elle grâce à de fausses accusations ( ils sont juges ! ) et qui seront confondus par Daniel. On voit la masse sombre des vieillards au-dessus de Suzanne dont l’un lui fait signe de se taire, un doigt sur la bouche, et la jeune femme s’apprêtant à se baigner, quasiment nue, les repoussant des deux mains, avec un ciel tourmenté dans le fond et une branche cassée assez symbolique. Un troisième tableau est plus ambigu, avec un thème tiré de la mythologie, celui de Danaé, enfermée par son père dans une tour, mais que Zeus féconde sous la forme d’une pluie d’or ; peint l’année du procès. C’est une huile sur cuivre de 41,3 cm sur 52,7 cm, de petite dimension, splendide cependant ! Danaé est nue sur son lit aux replis somptueux, le bras gauche sous ses cheveux roux, la main droite au poing fermé, mais elle reçoit les pièces d’or qui pleuvent et que la servante tente de recueillir en soulevant le bas de sa robe comme une corbeille. Artemisia Gentileschi s’est représentée sous les traits de la martyre Catherine d’Alexandrie, Cléopâtre piquée par un aspic, Bethsabée au bain [ dont David fit mourir le mari pour l’épouser ! ] et La nymphe et le Satyre. On voit toute l’ambiguïté des thèmes choisis.
Peut-être faudrait-il psychanalyser le psychanalyste Jacques Lacan qui a baptisé sa fille « chérie » ( elle a passé l’agrégation de philosophie que voulait passer Lacan après ses études de médecine ) « Judith », qu’il a eue avec l’actrice Sylvia Bataille, que l’on voit dans le film de Jean Renoir Partie de Campagne d’après Maupassant, épouse de Georges Bataille ; et son autre fille qu’il a baptisée « Sibylle », qu’il a eue presque en même temps avec sa première épouse, Marie-Louise [ Malou ] Blondin, Sibylle devenue « oracle » sibyllin sur son père dans son livre [ avec comme sous-titre « puzzle » ] Un père. Lacan est hanté par les « noms du père » ( séminaire Les non-dupes errent [ 1973- 1974 ] où il dit : « Ne croyez pas qu’il n’y ait pas là d’énigme pour moi-même » ) puisqu’il n’a jamais pu donner son nom à Judith ( même quand il épousera finalement Sylvia ) qui deviendra sa belle-fille puisqu’il est officiellement son beau-père et Georges Bataille toujours son père ! Judith devient la sœur par alliance des trois enfants que Lacan a eu avec Malou Blondin ( Sibylle est la dernière enfant ) dont elle est en réalité la demi-sœur ! Lacan est profondément polygame ( il a eu de nombreuses maîtresses et a fréquenté une maison de rendez-vous ).
Cela a pour écho la Sourate IV, intitulé « An-nisa‘ » ( « Les femmes » ) du Coran : « Épousez deux, trois ou quatre femmes parmi celles que vous trouverez agréables. Si vous craignez ne pas être équitable avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez » ( IV, 3 ). [« esclaves » désignant les prisonnières de guerre ou faisant partie du patrimoine du maître ].
« Les hommes ont autorité sur les femmes en raison des qualités par lesquelles Allah vous a élevés les uns au-dessus des autres […]. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les » ( IV, 34 ). « Ô croyants ! […] Ne priez pas en état de pollution. […] Si vous avez fait vos besoins ou si vous avez touché une femme […] » ( IV, 43 ). Ajoutons que le mot « Islam » signifie étymologiquement « Soumission totale à Allah » ( Sourate « An-Nûr », « La Lumière », XXIV, 54 ).
Key Word : Leçon de séduction, intelligence et beauté, art pictural, le nom du père, polygamie.
Key Names : Gilles Deleuze, Sacher-Masoch, Sade, David Ives, Roman Polanski, Marie Gillain, Judith, Nabuchodonosor, Holopherne, Giorgione, Bronzino, Allori, Artemisia Gentileschi, Caravage, Georges Mathieu, Danaé, Zeus, Catherine d’Alexandrie, Cléopâtre, Bethsabée, Jacques Lacan, Georges Bataille, Jean Renoir, Maupassant, Sibylle Lacan.
Key Works : Patrice Tardieu, Religion positiviste, socratique, chrétienne, islamique, juive, bouddhiste, klossowskienne, Philo blog 26 août 2007 ; Jouissance inhumaine, Sade, Lacan, Hegel, Philo blog du 30 septembre 2008 au 3 janvier 2009, Machines désirantes, Freud, Lacan, Deleuze, Philo blog 17 juillet 2011 au 4 août 2011 ; Sade, la peine de mort, Philo blog 6 septembre 2011 ; Sade et les femmes, Philo blog 8 septembre 2011 ; La féminité de Sade, Philo blog 23 septembre 2011 ; L’Être suprême en méchanceté, Philo blog 25 septembre 2011 ; Nietzsche, Sade, Aristote et le fouet, Philo blog 1 octobre 2011 ; Lacan, le crime sadique des sœurs Papin, Philo blog 18 octobre 2011 ; Joseph de Maistre, le bourreau khmer rouge et la profondeur abyssal du mal, Philo blog 9 novembre 2011 ; L’inhumanité dans l’humain, la banalité du mal, portrait du bourreau, les Khmers rouges, Philo blog 11 septembre 2011 ; La séduction du bourreau, cruauté sadique au Rwanda, Philo blog 12 septembre 2011 ; L’amour avec le diable, les incubes, les succubes, Jérôme Bosch, la question des monstres, Philo blog 13 novembre 2011 ; Le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel, Kierkegaard, répétition ou reprise ? Philo blog 20 novembre 2011 ; Kierkegaard, le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel, souffrances et contradictions, Philo blog 20 novembre 2011 ; Cinq significations de « reprise » chez Kierkegaard, séducteur romantique, tourmenté et intellectuel, Philo blog 21 novembre 2011 ; La politique ou l’art d’entretenir les troupeaux, Platon, 4 décembre 2011 ; Proust avec Hume, illusion renouvelée, poursuite de la femme dans la nuit, Philo blog 16 décembre 2011 ; Obéissance aveugle, sacrifice religieux, Abraham et son fils, immolation, angoisse, Sébastien Castellion, Le Caravage, Philo blog 2 avril 2012 ; Judaïsme, Islam, Christianisme, hégélianisme face à Jésus et Marie, Philo blog 2 juin 2012 ; Candaulisme, Nyssia callicysthe, Saint-John Perse, James Pradier, Lucien Clergue, Philo blog 24 juillet 2012 [ « callicysthe » signifie « belle en sexe » ] ; Hercule et Jésus, identité, différence, homme, demi-dieu, Dieu, glas, Artemisia Gentileschi, Hegel, Philo blog 2 octobre 2012 ; Algophilie n’est pas masochisme, se piquer avec des épingles, Clérambault et Sacher-Masoch, Philo blog 10 novembre 2012 ; Psyché féminine, état d’amour au-delà de la loi, volonté de vivre des femmes, Jung, Wagner, Platon, 12 décembre 2012 ; Lumière éclatante sur les rapports sexuels, mariage, le « champ » de la femme, Mauss, Malinowski, Philo blog 16 avril 2013 ; Douleur infligée par une femme belle et cruelle, dialectique maître et esclave, Sacher-Masoch, Philo blog 9 juillet 2013 ; La puissance de la femme, la passion de l’homme, esclave ou tyran, Nietzsche, Sacher-Masoch, Philo blog 11 juillet 2013 ; Jouissance suprasensuelle, Sacher-Masoch et Louis II de Bavière, Wagner, Philo blog 13 juillet 2013 ; La violence est muette tandis que le langage raisonne, silence de la démesure, G. Bataille, Philo blog 3 octobre 2013 ; La soi-disant envie du pénis de la fille, le sexe masculin excroissance incongrue, gênante, risible, Philo blog 15 janvier 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 30 janvier 2014 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2014 ; Scènes lascives avec les tout petits pieds des chinoises, supérieures aux aphrodisiaques, Philo blog 23 novembre 2014 ; Luxure de l’attouchement et pudeur du pied érotique, Dieu et sa déesse, son Ashérah, Philo blog 30 novembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Picasso, Suzanne surprise au bain par deux vieillards, le Livre de Daniel, Philo blog 18 janvier 2015 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, philo blog 29 janvier 2015 ; Peut-on associer violence et sacré, religion et sagesse, ferveur et exaltation, dogme et fanatisme ? Philo blog 15 mars 2015.
Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, avec le texte intégral de La Vénus à la fourrure, traduit de l’allemand par Aude Willms, éditions de Minuit, 1967. Verdi, Nabucco ( 1842 ), opéra en quatre actes. Ancien Testament, Livre de Judith, Livre de Daniel. Giorgione, Judith. Bronzino, Judith et Holopherne. Allori, Judith. Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, Judith et sa servante dans la tente d’Holopherne, Suzanne et les deux vieillards, Danaé, Sainte Catherine d’Alexandrie, Cléopâtre, Bethsabée au bain, La nymphe et le satyre. Film de Jean Renoir, Partie de campagne ( 1946 ). Film d’Agnès Merlat, Artemisia (1997). Jacques Lacan, Les non-dupes errent ( séminaire 1973- 1974 ). Sibylle Lacan, Un père ( « puzzle », 1994 ). Georges Mathieu, Olivier III décapité ( huile sur toile, 1956 ).
Patrice Tardieu.












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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 22:40

Non-dit, dit, désir, le baiser refusé ou accepté, Proust et Sartre.

On se souvient de la scène du baiser refusé dans l’hôtel de Balbec. Cette fois-ci la situation est inversée puisque c’est le narrateur qui est couché, et Albertine à côté de son lit. Allait-il de nouveau se briser contre les résistances de la jeune fille ? Ou bien pouvoir mêler à sa « chair une matière différente et chaude », et attacher à quelque point de son « corps étendu un corps divergent, comme le corps d’Ève […] dans ces bas-reliefs romans de la cathédrale de Balbec qui figurent […] la création de la femme » ? Mais il avoue se lancer dans un « bavardage interminable » car « il n’y a rien de tel comme le désir pour empêcher les choses qu’on dit d’avoir aucune ressemblance avec ce qu’on a dans la pensée » : « Je taisais à Albertine la seule chose à laquelle je pensasse ». Il observe cependant l’apparition de certaines expressions nouvelles dans la bouche d’Albertine et il en déduit « qu’Albertine n’était plus la même, donc elle n’agirait peut-être pas, ne réagirait pas de même ». Ce passage de Proust m’évoque la contradiction entre le dit et la pensée ou même l’acte que Sartre analyse sous le nom de « mauvaise foi » dans l’Être et le Néant, première partie, chap.II.

Key word

: scène de baiser refusé, résistances de la jeune fille, mêler à sa chair une matière différente et chaude, attacher à son corps un corps divergent, le corps d’Ève, la création de la femme, le désir empêche de dire ce que l’on pense, expressions nouvelles dans la bouche d’Albertine, contradiction entre le dit et la pensée ou même l’acte, mauvaise foi sartrienne.

Key names

: Proust, Albertine, Balbec, Ève; Sartre.

Key works

: Le côté de Guermantes ( Proust ), l’Être et le Néant, première partie, chap.II ( Sartre ), Amour, déplacer lentement du bonheur, désir du baiser, Proust ( Patrice Tardieu, Philo blog, 08/02/2012 ), Étreinte refusée, aimer à la folie, conduite licencieuse, vertu, Proust et Heidegger ( Patrice Tardieu, Philo blog, 09/02/2012 ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.k ).

Patrice Tardieu

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 20:13

Cinq significations de « reprise » chez Kierkegaard, séducteur romantique, tourmenté et intellectuel

Il me semble que le mot « reprise » chez Kierkegaard est d’une grande polysémie, j’allais dire « polyphonie » car le texte présente cette habileté musicale à faire chanter plusieurs voix sous ce titre de « Gjentagelsen », « La Reprise ». J’y vois au moins cinq significations différentes et même antagonistes.

Mais reprenons d’abord où nous en étions : l’évocation de ce plan du séducteur de donner l’impression à la jeune fille de s’être joué d’elle, d’être un imposteur, de lui être infidèle. En fait notre philosophe se pose des questions sur le sens de l’existence et de la culpabilité : sommes-nous coupable vis-à-vis de nous-même, est-on libre ou non ? Il se débat dans ses contradictions : « Comment serais-je un imposteur parce que j’use d’une imposture pour montrer ma fidélité ? » et les choses se précisent : « Mon amour-passion ne saurait s’exprimer par le mariage. Si je l’épouse, je la brise », c’est le retour à la « réalité » qu’il ne peut endosser ( Kierkegaard est un peu comme Kafka ). Il se compare au personnage biblique de Job; la perte de Régine Olsen est semblable pour lui à la perte de tout par Job car « l’affligé recherche l’affliction ». Mais Job sur qui s’abattent tous les malheurs ne blasphème jamais le nom  Dieu. Cette acceptation du mal lui apportera finalement ce que Kierkegaard qualifie de « reprise ».

Tout comme Pascal distinguait trois ordres incomparables entre eux, n’ayant pas la même visée ni les mêmes répercussions et qui ne se comprennent pas les uns les autres ( l’ordre des puissants, l’ordre des savants, l’ordre des croyants ), Kiekegaard distingue trois sortes de vie symbolisées par un personnage : le stade esthétique ( Don Juan poursuivant le plaisir ), le stade éthique ( Agamemnon, le héros moral de la cité grecque ), le stade religieux ( Abraham et sa foi ). Nous allons les retrouver dans les cinq sens du mot « reprise » chez Kierkegaard d’après moi :

1/Reprise amoureuse du stade esthétique du désir et de la jouissance du temps présent dans l’instant, reprise des relations affectives concrètes.

2/Reprise « en rêve » dans un amour-nostalgie, un amour-souvenir.

3/Reprise du projet de mariage faisant de Kierkegaard un époux selon le stade éthique et les vertus demandées dans cette union jusqu’à la mort des deux conjoints.

4/Reprise de soi-même, retour à soi, comme dans l’expression « se reprendre »; Kierkegaard serait alors « délivré ».

5/Reprise comme celle de Job, dans la foi du stade religieux.

Patrice Tardieu

Key word

: cinq significations du mot « reprise », polysémie, polyphonie, plan du séducteur, imposteur, infidèle, sens de la vie, culpabilité, liberté, contradictions, amour-passion contre mariage, l’affligé recherche l’affliction, acceptation du mal, trois ordres non-comparables, trois sortes de vie, stade esthétique, stade éthique, stade religieux, reprise en rêve, amour-nostalgie, amour-souvenir, reprise du projet de mariage, reprise de soi-même, retour à soi, reprise dans la foi.

Key names

: Kierkegaard, Kafka, Job, Régine Olsen, Pascal, Don Juan, Agamemnon, Abraham.

Key works : La Reprise

( Kierkegaard ), Journal Intime ( Franz Kafka ), Pensées [793, éd. Brunschvicg] ( Pascal ), le livre de Job ( Ancien Testament ).

Key word ( danois

) : Gjentagelsen.

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 23:20

Kierkegaard, le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel; souffrances et contradictions

Nous nous sommes arrêtés sur la question d’une reprise possible par notre séducteur, Sören Kierkegaard, philosophe danois tourmenté, avec la jeune Régine Olsen. Kierkegaard ne veut pas d’une fausse reprise, une simple répétition où l’on retrouve tout figé dans le « même ». Peut-être la vie « esthétique » dans l’instant pur du présent du désir, du plaisir et de la jouissance est la seule vraie, sans reprise possible. Plus on avance dans la vie, plus on est insatisfait, plus l’écoulement du temps rend la reprise du « stade esthétique » impossible, rien ne peut revenir comme avant, c’est le drame de l’existence. La mélancolie guette notre séducteur en contradiction avec lui-même. Et s’il fait croire à la jeune fille qu’il va se suicider si elle ne veut pas de lui de nouveau et qu’il reste en vie ? Quel imposteur ! Et si elle refuse et se marie avec un autre ? Quelle farce ! Notre philosophe poète et mélancolique peut-il se passer d’amour ? D’un côté, il est lui-même suffisamment imaginatif, et d’un autre côté, il a du mal à s’engager et peut échapper « aux rets de l’amour-passion ». Sa part « féminine » lui permet de déjouer les pièges de la séduction que toute femme sait exercer. Que sait-il d’ailleurs exactement de cette jeune fille ? Il éprouve des remords de l’avoir engagée dans cette relation et de rompre injustement ensuite. Mais quels seraient les bienfaits pour elle de se lier avec un séducteur romantique et mélancolique ? Et n’a-t-il pas, lui, qu’une image « érotique », un fantasme d’elle ? Cependant peut-être que derrière ce séducteur, qui a rompu avec elle, y-a-t-il quelqu’un qui, à la fois, l’aime et veut la rupture ? Contradiction qui fait la lâcheté et le courage des hommes : « On craint de voir des choses terribles, mais on a le courage de les faire ! Vous abandonnez la jeune fille; voilà une chose terrible. Vous en avez le courage; mais la voir pâlir, compter ses larmes, être témoin de sa détresse : vous n’en avez pas le courage ».

Ce n’est pas la moindre des contradictions de ce séducteur amoureux d’envisager de se faire passer pour infidèle afin que sa bien-aimée se détache de lui ! Cela faisait partie d’un plan « machiavélique » ourdi avec la complicité active de son confident qui avait embauché à cet effet une jolie femme ! On voit là des contradictions insurmontables que je qualifierais de pascaliennes et de non-hégéliennes. Il n’y a pas de « sursomption » ( « Aufhebung » ) chez Kierkegaard.

( à suivre )

Patrice Tardieu

Key word

: reprise possible, pas simple répétition du « même », vie esthétique, vivre dans l’instant présent, désir plaisir et jouissance, insatisfaction, écoulement du temps, drame de l’existence, mélancolie, contradiction avec soi-même, imposture, farce, peut-on se passer d’amour ? ,imaginatif, échapper aux rets de l’amour passion, part féminine de l’homme, pièges de la séduction, remords, rupture injuste, séducteur mélancolique, image érotique et fantasmatique de la jeune femme, lâcheté et courage des hommes, séducteur amoureux, plan « machiavélique », contradictions insurmontables pascaliennes non hégéliennes, la sursomption.

Key names

: Sören Kierkegaard, Régine Olsen, Pascal, Hegel.

Key Works : la Reprise

( Kierkegaard ), les Pensées ( Pascal ), Encyclopédie des sciences philosophiques ( Hegel).

Key word ( allemand

) : Aufhebung.

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 00:15

Le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel : Kierkegaard; répétition ou reprise ?

Je vais aborder différents types de séducteur et commencer par le plus romantique, le plus tourmenté des séducteurs, le plus intellectuel de tous, Sören Kierkegaard, philosophe de l’existence, du temps, du donjuanisme, de l’angoisse et du désespoir. Il aura une grande influence sur Heidegger et Sartre.

Il publie en octobre 1843 « Gjentagelse ». La première édition en français par P.H.Tisseau traduit ce titre danois par « la Répétition ». Mais est-ce bien une répétition ? Notre séducteur avait rompu ses fiançailles avec Régine Olsen, jeune fille de dix-huit ans, outrée par cette rupture aussi brutale qu’inattendue. En écrivant ce livre, il compte reprendre sa liaison avec elle, mais avec ce qui s’est passé, cela ne peut être pareil, la situation ne peut être la même, ce sera autre chose. « la seule chose qui se répète, c’est l’impossibilité de la répétition ».C’est pourquoi Nelly Viallaneix propose un nouveau titre : « La reprise ».

Kierkegaard commence par une réflexion sur Zénon d’Élée et sa flèche qui vole et ne vole pas ( puisque la flèche, une fois lancée est en mouvement mais à chaque instant parfaitement immobile là où elle est ) et Diogène qui, en marchant, prouve le fait d’avancer. Kierkegaard se pose la question de la possibilité de la reprise : c’est un mouvement qui consiste à se « ressouvenir en avant », « à re-prendre » le passé vers « l’à-venir », qui s’oppose à la réminiscence platonicienne qui est un « ressouvenir en arrière ». Le bonheur est derrière nous chez Platon, il est devant nous selon Kierkegaard. Le « ressouvenir en avant » est le seul vraiment heureux, tout en nous rappelant que l’amour passé nous a rendu malheureux et mélancolique, mais cette fois-ci, il n’y a plus l’angoisse de l’aventure.

Se pose alors le problème de la relation d’amour d’un mélancolique avec sa bien-aimée et toutes les agitations qui l’incitent à s’évader dans l’imaginaire pour éviter les souffrances de l’amour; c’est pourquoi « la dialectique de la reprise est aisée : ce qui est « re-pris », a été, sinon il ne pourrait être re-pris; mais précisément, c’est le fait d’avoir été qui fait de la re-prise une chose nouvelle ». Cependant chaque existant est unique avec ses propres tonalités affectives et la reprise n’est pas tout à fait comme une répétition au théâtre.

« Il n’existe aucune reprise » ?

( à suivre )

Patrice Tardieu

Key word

: séducteur romantique tourmenté intellectuel, répétition ou reprise, différents types de séducteur, philosophe de l’existence, du temps, du donjuanisme, de l’angoisse, du désespoir, fiançailles rompues, désespoir de la jeune fille, rupture brutale inattendue, reprendre sa liaison, la seule chose qui se répète c’est l’impossibilité de la répétition, mouvement, immobilité, prouver le mouvement en marchant, possibilité de la reprise, ressouvenir en avant, re-prendre le passé vers l’à-venir, réminiscence platonicienne, ressouvenir en arrière, le bonheur derrière nous ou devant nous, l’amour passé nous a rendu malheureux et mélancolique, angoisse de l’aventure, problème d’un mélancolique avec sa bien-aimée, agitations qui incitent à s’évader dans l’imaginaire, souffrances de l’amour, la dialectique de la reprise, ce qui est re-pris, la re-prise chose nouvelle, chaque existant est unique avec ses propres tonalités affectives, la reprise opposée à la répétition, il n’existe aucune reprise ?

Key names

: Sören Kierkegaard, Régine Olsen, P.H.Tisseau, Nelly Viallaneix, Zénon d’Elée, Diogène, Platon, Heidegger, Sartre.

Key works : la Répétition, la Reprise

( deux traductions du même livre de Kierkegaard ), les Présocratiques; le Phèdre ( de Platon ), Être et Temps ( Heidegger ), l’Universel singulier ( Sartre in Kierkegaard Vivant ).

Key word ( danois

) : gjentagelse.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 18:04

Casanova, désir mimétique, médiation double, René Girard

Casanova explique que les parents d’une jeune fille sont plus rassurés si elle est accompagnée par une amie qui l’empêchera de « faire des bêtises ». Selon Casanova, ils ont tort : « J’ai su de bonne heure qu’une fille se laisse difficilement séduire, faute de courage; tandis que lorsqu’elle est avec une amie, elle se rend avec assez de facilité; les faiblesses de l’une causent la chute de l’autre. Les pères et mères croient le contraire ». Et il conclut ironiquement que lui, Casanova, le séducteur, mérite l’estime des parents pour cet avertissement !

Mais je vais expliquer l’apparent paradoxe que soutient ici Casanova par la théorie du désir mimétique de René Girard ! La jeune fille seule résistera facilement en face du garçon si elle n’éprouve pas de sentiments pour lui. Cependant, si elle est avec une amie, cette dernière apparaîtra rapidement, peut-être à tort, comme une rivale possible. La médiation double est enclenchée ! Chacune des filles va croire que l’autre éprouve du désir pour ce garçon, il faut donc être la première à répondre au désir supposé du garçon. D’une situation banale où peut-être le désir était absent, naît le désir mimétique fantasmé et la double médiation où chaque sujet est un médiateur pour l’autre sans le savoir dans ce triangle du désir. Cette thèse de René Girard permet d’expliquer la naissance du désir alors qu’il n’y avait pas forcément désir au départ.

Patrice Tardieu

Key word

: séduction, désir mimétique, rôle de l’amie, rôle des parents, rivalité, médiation double, désir mimétique fantasmé, double médiation où chaque sujet est un médiateur pour l’autre, triangle du désir, naissance du désir qui n’était pas là.

Key names

: Casanova, René Girard.

Key works : Mensonge romantique et vérité romanesque

( René Girard ), Histoire de ma vie ( Casanova ).

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 22:54

L’amour avec le diable, les incubes et les succubes, Jérôme Bosch, la question des monstres

Comment naissent les monstres dans l’imaginaire du haut Moyen- âge et particulièrement dans la peinture de Jérôme Bosch, Jheronimus van Akende dit Bosch né à Hertogenbosch ( Bois-le-Duc ) en pays Brabant ( actuellement divisé entre les Pays-Bas et la Belgique ) ?. Chez Bosch, la monstruosité provient d’ une approche essentiellement religieuse qui fait écho à une Bulle pontificale de 1484 Contra Sectam Maleficiorum qui parle de la copulation des femmes comme des hommes avec le diable qui s’incarne sous la forme des incubes ( démons masculins qui abusent sexuellement des femmes endormies et se placent au-dessus d’elles , du verbe latin « incubo », « être couché sur »; « incubus » se trouve déjà chez Saint Augustin dans la Cité de Dieu et chez Isidore évêque de Séville au VIème-VIIème siècles ) et des succubes ( démons féminins qui séduisent les hommes pendant leur sommeil, elles se mettent en dessous donc, « sub » et « cubare »,«  être couchée sous »; « succuba » signifie en latin impérial « concubine » par exemple dans les Métamorphoses ou l’Ane d’Or d’Apulée ) d’où ces créatures étranges et fantastiques qui en résultent.

Prenons le triptyque de la Tentation de Saint Antoine qui commence, volets fermés, par deux panneaux: l’arrestation du Christ puis le portement de la Croix. Il peut être ouvert ensuite sur les trois panneaux où fourmille un très grand nombre d’êtres inquiétants. Le premier représente, entre autres, une sorte de bossu à tête d’oiseau avec un entonnoir renversé sur la tête portant dans son bec un message cacheté et plus loin un homme enraciné ( sans doute dans le péché ) devenu habitation, une flèche enfoncée dans le front. Le deuxième un village en flamme ( peut-être Sodome et Gomorrhe ) avec une sorte de tour de Babel, Saint Antoine étant agenouillé au milieu d’une foule de monstres, pendant que se déroule une messe noire conduite par un moine à tête d’animal. Le troisième montre Saint Antoine qui détourne son visage, tenté par une femme nue qui a de l’eau jusqu’aux genoux.

Voilà comment naissent les monstres au Moyen-âge : de rêves ou de cauchemars pendant l’assoupissement ; pour nos siècles, c’est une autre histoire.

Patrice Tardieu

Key word

: amour avec le diable, incube, succube, les monstres, l’imaginaire du haut Moyen-âge, monstruosité, approche religieuse, copulation des femmes et des hommes avec le diable, les incubes, démons masculins qui abusent des femmes endormies, les succubes, démons féminins qui séduisent les hommes pendant leur sommeil, concubine, créatures étranges et fantastiques qui en résultent, la tentation de Saint Antoine, arrestation du Christ, le portement de la croix, êtres inquiétants, bossu à tête d’oiseau, homme enraciné devenu habitation, foule de monstres, messe noire, moine à tête d’animal, tentation d’une femme nue, naissance au Moyen-âge des monstres dans les rêves.

Key names

: Jérôme Bosch, Jheronimus van Akende, Saint Augustin, Isidore, Apulée, Saint Antoine.

Key places

: Hertogenbosch, Bois-le-Duc, le Brabant, Sodome, Gomorrhe, Babel.

Key works

: triptyque la Tentation de Saint Antoine ( de Jérôme Bosch ) Musée National de Lisbonne, La Cité de Dieu ( d’Augustin ), les Métamorphoses ou l’Ane d’Or ( d’Apulée ), le démoniaque dans l’art ( d’E.Castelli ).

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 00:03

Le désir masculin et le désir féminin selon Casanova

Casanova pose le problème : si les désirs sont semblables chez les hommes et chez les femmes, pourquoi l’homme refusera-t-il très rarement le désir d’une femme qui le sollicite, alors que la femme refusera le plus souvent et un certain temps la satisfaction à l’homme qui la désire ?

Selon Casanova, c’est que l’homme risque de la quitter alors que la femme veut le retenir. Or tant qu’il n’a pas satisfait son désir, il ne la quittera pas; tandis qu’elle, au contraire, le conservera en ne le satisfaisant pas.

Et donc, toujours selon Casanova, l’homme est plus sûr de satisfaire la jouissance de la femme que la sienne. Et par conséquent il ne tarde pas à la contenter. Tandis que les femmes ont intérêt à retenir le plus longtemps possible l’homme.

Il conclut de la façon suivante : nous nous plaignons des femmes qui nous refusent leurs faveurs, mais nous avons tort car elles doivent attiser le désir que nous avons d’elles car une fois que nous les possédons, nous ne les désirons plus puisque ( selon le principe platonicien du Banquet ) on ne désire pas ce que l’on possède. « Les femmes ont donc raison de se refuser à nos désirs », écrit-il.

Patrice Tardieu

Key word

: désir masculin, désir féminin, désirs semblables chez les hommes et chez les femmes, la satisfaction du désir, quitter ou retenir, satisfaire la jouissance de la femme, la contenter, retenir le plus longtemps possible l’homme, ne pas se plaindre des femmes qui refusent leurs faveurs, attiser le désir de l’homme, les femmes ont raison de se refuser à nos désirs.

Key names

: Casanova, Platon.

Key works : Histoire de ma vie

( Casanova ), Banquet ( Platon ).

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 23:52

 

Casanova a-t-il aimé les femmes ? Il prétend en avoir aimé des centaines, dans son Histoire de ma vie, et dit-il, « à la folie ».

Mais qu’entend-il par aimer ? « Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l’ai toujours aimé, et je m’en suis fait aimer tant que j’ai pu »; cependant, ajoute-il, « j’ai aimé la bonne table avec transport ». Et il compare les femmes à un bon repas, celles qui sentent bon, même celles qui transpirent, analogues au fumet de certains mets fort épicés !

En quoi consiste donc, pour Casanova, exactement l’amour ? Ce ne sont que tromperies réciproques, car, écrit-il « Quand l’amour s’en mêle, on est ordinairement la dupe de part et d’autre », l’amour est une sorte de folie, de maladie à laquelle il s’est livré toute sa vie. L’amour est le dieu de la nature. « Amertume dont rien n’est plus doux, douceur dont rien n’est plus amer ». La femme nue ne l’intéresse pas, il faut de la coquetterie, de la dissimulation, de l’artifice et du faux, du caprice. Amour est un enfant gâté ! Aimons les femmes sans être curieux de leurs « mystères ».

L’amour est lié à la passion et à la jalousie; l’amour ne consulte pas la raison ni au début ni à la fin. Pour bien raisonner mieux vaut être ni amoureux ni en colère.

Casanova amoureux ? En tout cas, il se considère comme « libertin ». Le « bonheur » n’est que dans le plaisir de l’instant ( Casanova reprend ici la thèse d’Aristippe de Cyrène ), la jouissance physique, comme celle que procure aux femmes « M. six coups », ou que met en œuvre Casanova, dans sa « longue carrière libertine », utilisant tous les moyens de la séduction. Cependant il est inconstant, curieux de connaître la diversité des femmes, quittant même une femme avec laquelle il est bien. Pourquoi ? « On ne désire pas ce que l’on possède »; sur ce point, il est d’accord avec le Platon du Banquet ! Mais ne condamnons pas trop vite Casanova, il peut éprouver de la tendresse pour une maîtresse qu’il retrouve, sans vains discours, « fausses attaques » où l’un et l’autre se mentent.

Patrice Tardieu

Key word

: aimer à la folie, aimer les femmes, aimer la bonne table, amour, tromperies réciproques, duperies, folie, maladie, amertume dont rien n’est plus doux, douceur dont rien n’est plus amer, femme nue, coquetterie, dissimulation, artifice, faux, mystères, caprices, enfant gâté, passion, jalousie, colère, opposition à la raison, amoureux, libertin, plaisir présent, longue carrière libertine, tous les moyens de la séduction, inconstance, diversité des femmes, on ne désire pas ce qu’on possède, tendresse.

Key names

: Casanova, Aristippe de Cyrène, Platon.

Key works : Histoire de ma vie

( Casanova ), Les Présocratiques [les Cyrénaïques], Banquet (Platon ), Le libertinage et le divin marquis ( Patrice Tardieu, Philo Blog 08/10/2011 ) où je reprends toute la longue histoire du mot « libertin ».

 

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