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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 11:28

La femme soi-disant frigide, tomber amoureux, l’errance, l’inaccompli et l’individu, W. Stekel.
Wilhem Stekel a écrit un livre intitulé La femme frigide ; il s’agit de guérir l’être féminin de la dyspareunie ( du grec « dus », « difficulté » ; et « pareunazein », « coucher avec », « coucher auprès de » [ cf. L’Odyssée, XXII, 37, où Ulysse, en colère, de retour, tue les prétendants qui voulaient, dit-il, « avoir des relations sexuelles » avec sa femme Pénélope ] ). Pour Stekel, qui est médecin, la dyspareunie n’a, le plus souvent, aucune base organique. Il faut chercher du côté de la psyché car cette « anesthésie », cette « froideur » n’est qu’apparente. Contredisant le titre de son ouvrage, il affirmera : « en réalité, il n’y a pas de femme frigide ».
Le parcours de Wilhem Stekel est assez étonnant, il a d’abord été l’assistant du fondateur de la sexologie, Krafft-Ebing, inventeur du mot « sadisme », et du mot « masochisme » à partir de documents du vivant même de Sacher-Masoch, auteur de La Vénus à la fourrure désormais célèbre ( mise en scène au théâtre et au cinéma récemment ), commentée par le philosophe Gilles Deleuze. Stekel a ensuite fait partie des quatre membres fondateurs de « La Société Psychologique du Mercredi » avec Freud ( devenue « La Réunion Psychanalytique Viennoise », élargie enfin en « Association Psychanalytique Internationale » ) dont il démissionna comme Adler avant lui, mais il resta attaché à la psychanalyse avant d’entrer en rupture avec la notion même d’inconscient, ce qui influença le Sartre de l’Être et le Néant qui cite La femme [ soi-disant ] frigide.
Le problème pour Stekel est : comment rendre lucides les patientes qui sont aveugles sur elles-mêmes, car le complexe n’est pas inconscient. Il est inutile de fouiller pendant des années l’enfance. La méthode de Stekel est une « psychanalyse » active basée sur l’actuel. Il donne l’exemple d’une jeune femme de vingt-trois ans qui souffre de phobies et d’obsessions, de tomber enceinte dans une baignoire mal nettoyée d’une station balnéaire, de déchirer son hymen en faisant des mouvements de gymnastique, d’être prise en levrette dans une foule. Elle demandait d’être guérie afin de se marier avec son bien-aimé. Aucun traitement, hypnose, persuasion, suggestion, psychanalyse orthodoxe n’y arrivait. On chercha du côté du beau-père qui venait le soir la chatouiller et jouer « innocemment » avec ses seins ! On lui interdit sa porte, mais cela ne changea rien. Stekel demanda à ce qu’on lui envoie cette névrosée. Il lui dit : « Mademoiselle, vous avez assez joué, il faut maintenant finir la comédie ». On voit que la méthode de Stekel est brutale mais efficace. Elle est en larmes, mais finit par avouer qu’elle avait eu des rapports avec un ténor d’Opéra, « toujours et partout un danger pour les vierges ! » souligne Stekel, et avait eu peur de tomber enceinte. Ses obsessions et phobies étaient une façon de dire à sa mère qu’il existe beaucoup de manières de perdre son hymen. Finalement le fiancé lui pardonna et ils se marièrent ! La malade avait, grâce à la névrose, annulé une réalité non acceptée et y avait substitué une seconde réalité. Stekel lui a fait subir « le choc psychanalytique » ! Sa « psychanalyse » est une sorte de combat, si bien qu’il y a résistance et que le transfert [ relation affective du patient à son psychanalyste ] n’est nullement positif comme chez Freud [ ou chez Lacan interprétant Platon et son Banquet ] mais négatif.


En tout cas, le fait de s’éprendre viendrait d’une griserie affective, d’une « ek-stase » [ « sortir de soi » ] écrirais-je. Selon Stekel, l’amoureux surestime l’objet d’amour [ souvenons-nous de l’humour de Voltaire, dans Candide, lorsque deux femmes retiennent de tuer deux singes en criant aux chasseurs : « Ce sont nos maris » !] mais on ne peut pas tout expliquer par les sécrétions des glandes sexuelles car il suffit du son d’une voix, d’un parfum, d’un geste gracieux, pour tomber immédiatement amoureux. Il y a parfois une attente inquiète d’une personne idéale, peut-être cherche-t-on soi-même à travers l’autre. Le narcissisme n’est pas loin ! D’où l’errance du navigateur norvégien dans Le Vaisseau fantôme, l’opéra de Wagner, qui doit trouver une femme qui l’aimera jusqu’à sa mort. Mais il faut combattre la haine de soi qui conduit à la dépression et toute femme qui les en sortira trouvera un esclave reconnaissant [ nous retrouvons ici Sacher-Masoch ! ]. Heureux les animaux dont la vie sexuelle est directement fonction des « saisons » amoureuses ; le cerveau compliqué de l’être humain forge un « Moi-idéal » [ Stekel prétend ici avoir créé ce concept plagié par Freud dans ses Essais de Psychanalyse ]. La haine produit le désir de puissance, de domination ; l’amour celui d’obéir et de se soumettre à cet « Ich-Ideal » ( « Idéal du Moi » qui idéalise l’image d’autrui, à ne pas confondre avec la sublimation de notre propre Moi, « Ideal Ich » ), d’où le Malaise dans la civilisation dont parlera Freud également (conflit entre notre moi, ses désirs et la société ), l’adoration du meneur de foule dictateur totalitaire ( je donnerais comme exemple Lénine, Hitler, Staline, Mao ), décrite à l’avance par Gustave Le Bon.


Key Word : froideur apparente, sexologie, sadisme, masochisme, psychanalyse, l’inconscient, phobie, obsession, réalité non acceptée et réalité seconde, choc psychanalytique, résistance, transfert positif ou négatif, l’objet d’amour, passion qui emporte, domination de l’autre, griserie affective, extase, le dictateur totalitaire.
Key Names : Stekel, Freud, Lacan, Platon, Voltaire, Wagner, Homère, Krafft-Ebing, Sacher-Masoch, Gilles Deleuze, Adler, Sartre, Gustave Le Bon, Hannah Arendt.
Key Works : Patrice Tardieu, Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre, Verdi, Gluck, Philo blog 29 décembre 2015 ; Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog 30 octobre 2015 ; Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch, Philo blog 4 octobre 2015 ; Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le Yin, le Yang, Théodore Reik, Philo blog 16 septembre 2015 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2015 ; Le sexologue en mariage libre avec une féministe lesbienne, faire du pied sous la table, Philo blog 26 octobre 2015 ; Hannah Arendt écrit à Heidegger : « à toi le si proche, dédicace cachée, offerte, en t’aimant », Philo blog 22 octobre 2014 ; Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin, Philo blog 12 octobre 2014 ; Héraclite, le premier de tous les dieux : l’Amour, le côté masculin, le côté féminin, Philo blog 31 juillet 2014 ; Justification du mariage d’amour contre le mariage arrangé, attraction positive ou négative, Philo blog 23 juillet 2014 ; Chassés-croisés dans les âges de l’attraction sexuelle, quadrille des couples, danse, Philo blog 19 juillet 2014 ; Découvrir la somme de masculin et de féminin qui se trouve dans un couple, loi de l’attraction, Philo blog 15 juillet 2014 ; L’amour n’a-t-il jamais connu de loi ? Est-il un rebelle que nul ne peut apprivoiser ? Bizet, Philo blog 13 juillet 2014 ; Tout chez la femme attire l’homme et tout ce qui est masculin produit un effet érogène pour elle, Philo blog 9 juillet 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 3 juin 2014 ; Question du déchaînement de la pleine jouissance sexuelle, mais avec qui ? Théorie de Freud, Proust, Philo blog 14 mai 2014 ; Union tendre et sensuelle de l’homme et de la femme mais rebuffades, amours enfantines, Philo blog 3 mai 2014 ; Courant tendre, étayage des composantes de l’érotisme, choix d’objet premier, Freud, Philo blog 1 mai 2014 ; Blocage de l’action amoureuse, ne pouvoir faire l’amour tout en ayant envie, service refusé, Philo blog 29 avril 2014 [ il s’agit ici de l’homme impuissant ] ; Se pardonner à soi-même ses propres turpitudes venant de l’inconscient, C. G. Jung, Philo blog 11 avril 2014 ; Secrets d’alcôve, lit conjugal, question de quantité, d’attention ou don des dieux ? Philo blog 7 avril 2014 ; La femme autarcique qui ne veut pas aimer, l’enfant, le chat, le criminel, le désaccord, Philo blog 30 mars 2014 ; Vie amoureuse de l’homme et de la femme, choix d’objet d’amour par étayage ou narcissique, Philo blog 26 mars 2014 ; Libido arrimée à des choses réelles ou imaginaires, fantasmes, excitations, décharge, Freud, Philo blog 24 mars 2014 ; Zones érogènes, érogénéité de toute partie du corps humain, sensibilité érotique, placement libidinal, Philo blog 22 mars 2014 ; Excitation, turgescence, congestion, humidité, appareil sexuel humain douloureusement sensible, Philo blog 20 mars 2014 ; Introduire le non amour dans l’amour et en faire un concept philosophique, Emmanuel Kant, Philo blog, 20 février 2014 ; Attirance secrète, se retrouver à travers l’autre, similitude narcissique, l’autre comme soi-même, Philo blog 18 février 2014 ; Jouissance féminine supérieure à la jouissance masculine, passions amoureuses, Kawabata, Philo blog 6 février 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 30 janvier 2014 ; l’homme et la femme jamais parfaitement en phase l’un avec l’autre, malentendu, dysrythmie, Philo blog 27 janvier 2014 ; La soi-disant envie du pénis de la fille, le sexe masculin excroissance incongrue, gênante, risible, Philo blog 15 janvier 2014.
Wilhem Stekel, La femme frigide. Freud, La technique psychanalytique, chap. XI sur l’amour de transfert, Essais de psychanalyse, II,11; III, 3, l’idéal du moi, Malaise dans la civilisation. Lacan, Séminaire VIII, le transfert. Platon, Le Banquet. Voltaire, Candide. Wagner, Le Vaisseau Fantôme. Homère, L’Odyssée, XXII, 37. Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, IX. Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure. Film de Sam Taylor Johnson ( 2015 ) Cinquante nuances de [gris ]Grey ( allusion à la photographie en noir et blanc, le personnage s’appelant « Grey »), qui utilise l’idée du « contrat » que l’on trouve dans la vie de Sacher-Masoch lui-même. Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch ( 1967 ). Adler, Connaissance de l’homme. Gustave Le Bon, Psychologie des foules ( 1895 ). Hannah Arendt, Le système totalitaire. Sartre, l’Être et le Néant, I, 2. Le Caravage, Narcisse ( peinture, Rome ).
Patrice Tardieu.




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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 22:59

Tétin chatouillé par la bouche, contact peau à peau de la maman avec son enfant. Ambroise Paré.
Freud attribue à la succion une importance considérable dans la vie. C’est d’abord ce qui a permis au nouveau-né de survivre en suçant le sein maternel, mais les lèvres de l’enfant sont immédiatement devenues une « zone érogène » puisque « « l’excitation causée par l’afflux du lait chaud a provoqué le plaisir », si bien qu’il va rechercher la répétition de cette délectation qui s’est imprimée dans sa mémoire. Freud va jusqu’à écrire : « la volupté de sucer absorbe toute l’attention de l’enfant, puis l’endort ou peut même amener des réactions motrices, une espèce d’orgasme ». Et il ajoute dans une note : « la satisfaction sexuelle est le meilleur remède contre l’insomnie. La plupart des cas d’insomnie nerveuse sont dus à une insatisfaction sexuelle. On sait que des nourrices peu consciencieuses calment et endorment les enfants qui leur sont confiés en leur caressant les organes génitaux ». Il en tire la théorie suivante que l’activité sexuelle s’est en premier lieu soutenue par un étayage sur la nutrition, pour s’en rendre indépendante ensuite. Et il s’ébaubit du spectacle suivant : « quand on a vu l’enfant rassasié abandonner le sein, retomber dans les bras de sa mère, et les joues rouges, avec un sourire heureux, s’endormir, on ne peut manquer de dire que cette image reste le modèle et l’expression de la satisfaction sexuelle qu’il connaîtra plus tard ». Il cite l’étude d’un docteur sur la sucette ( « das Lustscherli » [ remarquons qu’en allemand « die Lust » signifie « le désir charnel »] ) et le témoignage d’une jeune fille qui considérait que « tous les baisers ne donnent pas la joie que donne la sucette ».
Mais qu’en est-il de la mère ? Le célèbre chirurgien du seizième siècle, Ambroise Paré, écrit qu’il y a un lien entre le sein et l’utérus, « chatouillant le tétin, la matrice se délecte et sent une titillation agréable, parce que ce petit bout de mamelle a le sentiment fort délicat, à cause des nerfs qui y finissent […], de l’enfant qui les chatouille doucement de sa langue et bouche. A quoi la femme sent une grande délectation, et principalement que le lait y est en abondance ». Cette dernière remarque est importante car nous savons maintenant que c’est le bébé qui fait surgir le lait de la poitrine de sa mère. Un de nos contemporains ira jusqu’à dire : « Celles qui ont nourri avec plaisir savent qu’une femme peut jouir quand l’enfant tète. Mais silence, les hommes n’en veulent rien savoir ! Le plaisir ne doit apparaître que dans les bras de l’amant ».
On voit tout ce que perdent celles qui nourrissent leur enfant uniquement avec du lait industriel et un biberon qui ne leur communique rien ( ni plaisir ni souffrance car le sein peut être douloureusement gonflé, violacé, suintant sur le beau chemisier ). Et on comprend mieux la colère de Melanie Klein qui considère dans La Psychanalyse des enfants que c’est l’origine d’une grande frustration car, j’ajouterais, le contact de peau à peau est essentiel entre l’enfant et sa maman.
Key Word : La succion, afflux du lait chaud, délectation. Key Names : Freud, Ambroise Paré, Melanie Klein. Key Works : Freud, Trois Essais sur la théorie de la sexualité. Ambroise Paré, L’Anatomie, livre II. Melanie Klein, La Psychanalyse des enfants.
Patrice Tardieu.



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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 00:41

Fellation, rite sacré, jouissance et accès à l’au-delà; Isis. Approche psychanalytique, Riviere, Klein.
Nous avions vu que la psychanalyste Joan Riviere se penche sur l’enfant au sein. Elle continue sa réflexion de la manière suivante : « Du point de vue psychique, aucun d’entre nous n’aurait grandi si nous n’avions pas éprouvé un certain mécontentement à l’égard du lait de notre mère, de ses mamelons ou de nos biberons [ substitut du sein maternel ] ». En particulier le plaisir érotique du sein va se retrouver ailleurs, la succion qui permettait au nourrisson d’obtenir la nourriture dont il avait besoin lui faisait éprouver « un plaisir sensuel à sucer le mamelon ». Une des transformations de la succion n’est autre que le baiser des amoureux. Mais la psychanalyse va plus loin : cet éloignement et ce « rejet » de la mère et de son sein fait que « nous passons tous par ce mécanisme, soit que comme petites filles nous recherchions ( et finalement en tant que femme nous trouvions ) quelque chose chez l’autre sexe qui ressemble à un mamelon ». Si je ne me trompe, la très aristocratique Joan Riviere se réfère à la fellation ( qui vient du mot latin « fellatio », du verbe « fellare », « sucer »; les érudits connaissent aussi le verbe « irrumer » qui signifie au sens propre « donner le sein » du verbe latin « irrumo », mais qui est employé de manière licencieuse, « mettre dans la bouche de quelqu’un, au sens priapéen » par Catulle, dans ses Poésies, 16, 1; 21, 8, et Martial dans ses Épigrammes IV, 50 ).
Quant au garçon, nous dit-elle, il va s’éloigner du sein de sa mère et la séparer du « lait » qu’il va trouver finalement comme produit par son propre sexe. Toutefois il gardera « ce fantasme, d’importance capitale, d’un sein toujours gonflé qui ne fait jamais défaut ». Peut-être est-ce pour cela qu’elle insiste sur les Don juan : « Ces gens passent leur vie à chercher, à trouver et à être déçus parce que, soit en qualité, soit en intensité, leurs désirs sont démesurés et irréalisables ». Et elle ajoute : « Les Don juan et les instables gardent ainsi intact leur désir de ce qui est bon, pour autant qu’ils puissent reconnaître ce qui est bon [ le « bon sein » ] ». C’est une sorte de quête d’un paradis perdu.
Melanie Klein avait déjà rapproché le sein et le pénis dans son livre La psychanalyse des enfants, en étudiant le cas d’une fillette de six ans, d’une rare précocité sexuelle : « La manière compulsive dont elle suçait son pouce était due à des fantasmes dans lesquels elle suçait, mordait et dévorait le pénis du père et les seins de la mère ». Voici l’explication générale des premières relations à la mère : « Au point de départ de ces fantasmes, qui expliquent l’extrême attachement de la fille à sa mère, on retrouve le sein maternel, la première et de ce fait la plus significative des sources de satisfaction ». D’où l’introjection, en cas d’angoisse, du sein de la mère [ ou du pénis du père ]. Mais celle-ci donne lieu à un sentiment de culpabilité ce qui « ne fait que resserrer ses liens avec la mère et donne lieu à un besoin de réparation et de restitution qui s’exprime par de nombreuses sublimations de type féminin » [ travaux de couture qui consistent aussi, tout de même, à couper ! ]. Le rôle du vagin, plus tard, dans l’acte sexuel, permettra à la fois l’incorporation sans la destruction !
Je vais maintenant décrire une fellation sacrée qui concerne la croyance religieuse de l’Égypte antique. Dans une page rarement montrée du papyrus Ani, il y a l’animation du phallus par Isis qui est une déesse habituellement ( comme dans le Temple d’Abydos du Roi Sethos I ) représentée portant une coiffe de plumes de vautour et des cheveux entremêlés de bijoux en forme de petites têtes de serpent avec un prolongement sur le crâne qui contient un disque solaire; elle tient dans une main une crécelle rituelle à l’effigie d’Horus [ fils qu’elle a eu avec Osiris son frère et son époux ] qui porte au-dessus de lui un sanctuaire miniature, et de l’autre main une amulette qui retourne les sorts avec huit chaînes. Mais sur le papyrus ses mains sont occupées à retenir l’homme qu’elle suce et ses longs cheveux noirs, tombant sur son dos, ne sont pas couronnés du soleil entre deux cornes de vache sacrée, symbole de la fertilité. Isis, à genoux, le sein nu, flatte donc oralement le membre viril de l’homme pendant qu’Anubis, fils également d’Osiris ( mais avec Nephtys, autre sœur de celui-ci ! ), qui a un visage de chacal, aux oreilles dressées, avec coiffe égyptienne, tient l’homme debout de ses deux bras.
Cette fellation sacrée porte le nom « d’ouverture de la bouche » qui permet à l’homme ici momifié de recouvrer la parole, mais cette expression me semble plutôt pencher du côté de l’action de la déesse Isis qui introduit le pharaon dans la jouissance de l’au-delà par sa bouche ! C’est du moins l’hypothèse audacieuse que je formulerais ! Il est vrai qu’il y a une représentation de la même scène sur la fresque de la tombe de l’intendant Roy à Thèbes [ la Thèbes « aux cents portes » de l’Égypte ancienne ] qui est moins explicite que sur le papyrus Ani dont il existe un fac-similé au British Museum de Londres, en espérant que le Musée du Caire ne soit pas saccagé !
Key Word : psychanalyse, plaisir de sucer le mamelon, le baiser, le « bon sein », la fellation. Key Names : Joan Riviere, Melanie Klein, K. Lange & M. Hirmer, Catulle, Martial. Key Works : Joan Riviere et Melanie Klein, L’amour et la haine. Melanie Klein, La psychanalyse des enfants. Catulle, Poésies, 16, 1; 21, 8. Martial, Épigrammes, IV, 50. Papyrus Ani, fac-similé du British Museum. K. Lange & M. Hirmer, Égypte, architecture, sculpture, peinture, planche 210. Je signale, à titre indicatif, la réflexion de Platon sur le dieu égyptien « Thoth » ( « Theuth » en grec ), Phèdre, 274 c, et le commentaire de Jacques Derrida, La pharmacie de Platon, in La Dissémination.
Patrice Tardieu.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 22:17

Jalousie haineuse d’un nourrisson qui observe un autre en train de téter. Lacan, Riviere, Augustin.
Un an avant l’article de Jacques Lacan sur La Famille, paraît le livre de deux psychanalystes anglaises, Love, Hate and Reparation ( L’Amour, la Haine et le besoin de Réparation ) de Mélanie Klein et Joan Riviere, la bien nommée : la rivière, la femme, la fontaine, hautaine et pleine de distinction, qui avait déjà écrit un texte remarqué « La féminité en tant que mascarade »[ opposée à la « parade » masculine ]. Joan Riviere se penche sur l’enfant au sein. Il dépend entièrement d’une autre personne mais, au début, il n’en a pas conscience car le sein de sa mère n’est qu’une partie de lui-même et il s’attend à toujours être comblé; il est dans le plaisir de téter le lait et de calmer sa faim. Cependant, qu’arrive-t-il si son attente n’est pas satisfaite ? D’une certaine façon, il va prendre conscience de sa dépendance; « il pleure et il crie; il devient agressif »; automatiquement la haine monte en lui, ainsi qu’un « désir irrésistible d’agression » [ contre le sein ]. Il se met à ressentir le vide et la solitude, il éclate de colère, « source de douleur et de sensations corporelles d’explosion, de suffocation et d’étouffement ». L’enfant ne fait pas de différence entre le moi et le non-moi [ cette distinction conceptuelle que fait la psychanalyste, qui connaît parfaitement l’allemand, provient du philosophe Fichte ], ce qu’il ressent est le monde. S’il est affamé, seul, le monde n’est rien qu’un univers sans lait, sans chaleur, sans bien-être, sans plaisir. S’il a des troubles intestinaux, le monde est un lieu de souffrances, de brûlures insupportables. La répercussion psychologique sur l’être humain va être considérable : désir et haine sont enracinés à jamais qui naviguent de conserve avec l’agressivité, l’envie, la jalousie, le besoin de posséder.
Lacan, dans le Séminaire XX, fait référence au « petit a », « semblant d’être » [ puisque le sein participe au fantasme ], qui se trouve dans un texte d’Augustin [ je précise : Les Confessions, livre premier, chapitres 6 et 7 ], sur la jalousie haineuse d’un bébé qui en observe un autre en train de téter. Lacan crée deux néologismes : « la jalouissance » [ jalousie/ jouissance ] et le verbe « s’imajaillir » [ imaginer/ jaillir ] pour désigner « la jouissance substitutive première » car « l’enfant regardé, lui, l’a, le petit a ». Et Lacan de poser la question de la différence entre l’avoir et l’être : « est-ce qu’avoir l’a, c’est l’être ? » [ je renvoie à mes deux articles précédents, mais je suggère pour aider à la compréhension : c’est une jouissance substitutive dans le regard d’autrui].
Voici ce qu’écrit Augustin : « J’ai donc été accueilli par les consolations du lait humain. Mais ce n’est ni une mère ni mes nourrices qui en remplissaient leurs seins. C’était Vous [ Dieu ] qui, par leur entremise [ il s’agit donc déjà d’un « objet petit a » ! ], me donniez la nourriture de la première enfance […] car la tendresse préordonnée les inclinait à me donner ce qu’elles recevaient de Vous. […] Je les inclinais à me donner ce qu’elles recevaient de Vous. […] Je ne savais que goûter la paix du plaisir » ( chapitre 6 ). « Ainsi la faiblesse du corps est innocente chez l’enfant, mais non pas son âme. J’ai vu et observé un petit enfant jaloux : il ne parlait pas encore et il regardait, "tout pâle" [ « pallidus », cité dans le latin d’Augustin par Lacan ] et l’œil mauvais, "son frère de lait " [ « collactaneum », cité aussi, par Lacan, en latin ] ( chapitre 7 ). Saint Augustin, précurseur de Freud ( pourquoi aimer son prochain, demande Freud, dans Malaise dans la civilisation ), de Lacan, et de Joan Riviere !
Je signalerais aussi l’extraordinaire iconographie de la lactation de Saint Bernard de Clairvaux en prière qui reçoit quelques gouttes de lait sur ses lèvres de la Vierge Marie ( culte marial ). Et j’attirerais l’attention sur sa querelle avec Abélard ( célèbre pour sa liaison avec Héloïse ), car ce dernier soutient qu’on ne peut s’empêcher de ressentir du plaisir dans l’acte sexuel et que cela vient de Dieu et est naturel en conséquence. Rappelons la célèbre phrase d’Augustin : « Ama et fac quod vis » ( « Aime et fais ce que tu veux » ).
Key Word : psychanalyse, consolation du lait humain, goûter la paix du plaisir. Key Names : Joan Riviere, Lacan, Augustin, Fichte, Abélard. Key Works : Patrice Tardieu, Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout. Freud, Jacques Lacan, Philo blog du premier mars 2015; Imago du sein maternel, pleine satisfaction du désir humain, fusion orale comblée, étreinte, Dali, Philo blog du 22 février 2015; Lactation de Saint Bernard de Clairvaux, Jésus virginal, vide, libre; la Vierge féconde théotokos, Philo blog du 4 avril 2013; Imago maternelle, incapacité d’aimer, libido d’objet, Freud, Jung, Klein, Riviere, Lucrèce, Philo blog du 7 janvier 2013; Héloïse veut être pour Abélard non son épouse, mais son amie, sa concubine, sa fille de joie, Philo blog du 21 juillet 2013; Images obscènes de ses amours avec Abélard qui assaillent Héloïse, plaisirs, soupirs, souvenirs, Philo blog du 23 juillet 2013; Destin tragique d’Abélard et Héloïse. Consolation est oubli. Pas de travail du deuil, Philo blog du 25 juillet 2013. Lacan, Séminaire XX. Joan Riviere, L’amour et la haine. Augustin, Confessions. Fichte, La Destination de l’homme; Contributions sur la Révolution Française. Abélard, Éthique ou Connais-toi toi-même, Correspondance avec Héloïse.
Patrice Tardieu.

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 20:18

Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout. Freud, Jacques Lacan.
Le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, fait référence, dans la Traumdeutung ( L’interprétation des rêves ) à deux reprises, rapidement, à la poitrine féminine : « le sein de la femme évoque à la fois la faim et l’amour » ( p. 181 ) et cela lui rappelle « l’anecdote du jeune homme, grand admirateur de la beauté féminine, qui, un jour où l’on parlait de la belle nourrice qu’il avait eue étant petit, regretta [concept « d’après coup » ] de n’avoir pas mieux profité de l’occasion » ! Il insiste plus loin sur « la nostalgie de l’enfant pour le sein maternel » ( p. 204 ), ayant avoué précédemment avoir été lui-même élevé au sein, « de la mère qui donne la vie et aussi la première nourriture au vivant ».
Pour le psychanalyste Jacques Lacan, le sein devient un des « objets petit a », lié au « fantasme » qu’il écrit : sujet barré [ le sujet est assujetti à l’inconscient ], désir de « petit a ». Ce concept reprend la première lettre du mot grec « agalma », qui se trouve dans le Banquet ( je précise : 215 b ) de Platon, avec l’éloge de Socrate, par Alcibiade, qui cache sous des dehors banaux la « statue » d’un dieu. C’est donc une imago commune qui échappe finalement à la représentation simple puisque c’est ce que nous recherchons, « l’agalma » de l’autre, dans ce fantasme fondamental.
Lacan va plus loin en distinguant un au-delà de la demande, l’amour, et un en deçà de la demande, le désir, lié à ce qu’il appelle « l’objet partiel », « le petit a » ( « l’agalma » ), chose perdue de la jouissance; notamment « le champ nourricier de l’objet maternel ». Lacan précise : « non seulement placés en avant, mais émergents, […] émergeant de l’immersion libidinale, […] cet objet essentiellement fantasmatique que l’on appelle les seins ». Et il donne comme exemple tiré du livre d’une femme, un jeune garçon qui repère les « deux pains de sucre », d’une dame faisant la planche, qui sortent de l’eau, non sans émerveillement. Il en tire une réflexion sur « la véritable fonction à donner dans le rapport objectal au « nipple » [ en anglais dans le texte de Lacan ] », « le bout de sein », forme sur un fond, dans ce « rapport profond avec la mère qui est celui du nourrisson » qui doit l’attraper avec sa bouche.
Et Lacan de conclure : « les seins ne prennent leur fonction dans le désir que pour autant qu’ils ont antérieurement joué leur rôle à la même place dans la dialectique de l’amour […]. Au niveau de la demande orale, il y a en effet appel à l’au-delà de ce que peut satisfaire l’objet appelé sein. Et le sein […] n’est pas seulement ce qui se prend mais aussi ce qui se repousse, ce qui se refuse, parce que déjà, l’on veut autre chose ».
D’où la formule terrible qui se trouve quelques séminaires plus tard : « Je t’aime, mais parce qu’inexplicablement j’aime en toi quelque chose plus que toi, l’objet petit a, je te mutile ». Autrement dit, le fantasme prime tout.
Key Word : psychanalyse, le sujet assujetti à l’inconscient, désir de « petit a ». Key Names : Freud, Lacan, Platon. Key Works : Patrice Tardieu, Seins : l’idole et l’icône, Philo blog du 26 août 2007 et du 6 janvier 2009. Jacques Lacan, Séminaires VIII et XI. Freud, L’interprétation des rêves. Platon, Banquet, 215 b.
Patrice Tardieu.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 00:44

Imago du sein maternel, pleine satisfaction du désir humain, fusion orale comblée, étreinte, Dali.
Il est frappant de voir que le psychanalyste Jacques Lacan dans son article sur La Famille, reprend la thèse de Charles Maurras sur l’impuissance vitale du nouveau-né que Lacan explique physiologiquement par le retard de la dentition et de la marche [ il n’est pas encore entièrement « lacanien » ! ], si bien que l’on peut considérer « l’homme comme un animal à naissance prématurée ». D’un point de vue philosophique, Heidegger avait, avant eux, soutenu la thèse de la déréliction « d’être jeté au monde », la « Geworfenheit », ( Être et Temps, § 29, p.135 ) le fait de « tomber » dans l’existence. Lacan insiste sur la prégnance de la famille sur l’activité mentale, mais en utilisant deux mots inventés par Bleuler et par Jung : le « complexe » ( structure psychique liée à un traumatisme ) et « l’imago » que Jung définit comme un ensemble affectif général inconscient qui devient un archétype ( du père, de la mère…).[ Métamorphoses de l’âme et ses symboles, p.100 ]. Commençons par le complexe du sevrage caractérisé par « l’ablactation » qui provoque une crise du psychisme car l’enfant est « privé de lait » relié à l’imago du sein maternel, « la plus grande plénitude dont puisse être comblé le désir humain ». En effet, il y a « fusion orale », ou même mieux : « cannibalisme fusionnel, ineffable, à la fois actif et passif, toujours survivant dans les jeux et mots symboliques [ comme « belle à croquer », et que l’on retrouve sur la peinture de Salvador Dali « Cannibalisme d’automne » ], dans l’amour le plus évolué ». La mère, elle, reçoit en compensation « l’allaitement, l’étreinte et la contemplation de l’enfant », ce qui évite, en général, qu’elle l’abandonne.
Key Word : psychanalyse, prégnance de la famille, imago, complexe, ablactation. Key Names : Jacques Lacan, Charles Maurras, Bleuler, Jung, Salvador Dali, Heidegger. Key Works : Patrice Tardieu, La famille première unité sociale, la femme médiatrice, Lacan, de Bonald, Comte, Maurras, Philo blog du premier février 2015. Jacques Lacan, La Famille. Charles Maurras, Confession. Jung, Métamorphoses de l’âme et ses symboles. Salvador Dali, Cannibalisme d’automne, Tate Gallery de Londres. Heidegger, Être et Temps.
Patrice Tardieu.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 00:45

La famille première unité sociale, la femme médiatrice, Lacan, de Bonald, Comte, Maurras.
Nous avons vu que la question du père travaille le psychanalyste Jacques Lacan et qu’il a écrit un article conséquent intitulé La Famille. Sans qu’il la nomme dans son texte, cela vient d’une longue tradition française surtout catholique dont il est issu que je vais expliciter.
Commençons par Louis-Gabriel de Bonald, philosophe et penseur politique, mousquetaire à ses débuts ( fin dix-huitième siècle ), révulsé par les exactions de la Révolution contre l’Église, il écrivit sa Théorie du pouvoir politique et religieux, puis son Essai analytique sur les lois naturelles de l’ordre social, avant de condamner la scission du couple parental dans Du divorce et de se pencher sur le sort De la famille sous l’angle urbain et campagnard.
Philosophe plus connu, Auguste Comte, publie, en 1855, son Appel aux Conservateurs qui a pour épigraphe sa devise : « Ordre et Progrès [ qui se trouve sur le drapeau brésilien, Comte ayant eu un certain succès au Brésil ! ]. La Famille, La Patrie, L’Humanité ». Il y distingue trois degrés de l’existence : personnelle, familiale, publique. Il préconise que catholiques et conservateurs se liguent contre l’anarchie matérialiste et individualiste des « niveleurs » et qu’on en vienne à la Religion de l’Humanité, aidé par les femmes dont il proclame la dignité et qui introduisent « le cœur » et « la tendresse ». En effet, « la femme, qui présente, à tous égards, le vrai type de notre espèce, constitue un médiateur nécessaire entre l’homme et l’Humanité » [ pour Comte, l’Humanité est constituée par la solidarité spatiale avec nos contemporains et la continuité temporelle qui s’accroît au cours des siècles qui est donc la plus importante. l’Humanité forme ce qu’il appelle « la synthèse subjective [ qui n’est ni individuelle, ni personnelle ] » et le rôle de la femme est essentiel car, selon Comte, elle est à la fois plus sensible, plus raisonnable et plus concrète que les hommes toujours prêts à se battre, elle est par conséquent le lien entre les hommes. D’où la devise renouvelée par Comte : « l’Amour pour principe, l’Ordre pour base, et le Progrès pour but » ( Système de politique positive, t.II, ch.I )].
J’en viens maintenant à un auteur « maudit » : Charles Maurras. Il se réclame de Bonald et de Comte. Dans sa Confession de 1931, il affirme : « l’individu n’est pas une unité sociale. La première unité sociale, c’est la famille ». En effet, le nouveau-né est totalement impuissant : « de toutes les créatures, l’homme est peut-être la moins libre à sa naissance, étant incapable de marcher comme le fait le poussin nouveau-né, de discerner et de prendre sa nourriture autour de lui. […]Quand, le cordon coupé, il a cessé de dépendre de sa mère, il dépend de sa nourrice, puis de son pédagogue, puis de son père […]. La liberté n’est pas au commencement, mais à la fin ».
On voit que Lacan se situe en 1938 dans cette lignée puisque figurent, dans sa bibliographie, de Bonald et Comte, mais il n’osera pas y faire figurer Maurras.
Key Word : psychanalyse; tradition anti-Révolution. Key Names : Jacques Lacan, de Bonald, Auguste Comte, Maurras. Key Works : Jacques Lacan, La Famille. De Bonald, Théorie du pouvoir politique et religieux ; Essai analytique sur les lois naturelles de l’ordre social ; Du divorce ; De la famille. Auguste Comte, Appel aux Conservateurs ; Système de Politique positive, II, 1. Charles Maurras, Œuvres Capitales ( éditions Flammarion, 1954 ).
Patrice Tardieu.

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 00:20

Lacan et la question du déclin de l’imago paternelle. La haine du père et de Dieu.
Un des derniers séminaires du psychanalyste Jacques Lacan s’écrit : « Les non-dupes errent ». C’est une transposition phonétique et sémantique de « Les noms du père ». En fait, cette expression prend ses racines dans l’histoire familiale de Jacques Lacan : détestation du grand-père écrasant son père, et lui donnant « la haine de Dieu » [ le Père ! ]; surtout en lisant Nietzsche. Il a été élevé dans une famille très catholique, si bien que son frère cadet Marc-Marie deviendra moine en l’abbaye de Hautecombe et changea son prénom en Marc-François en l’honneur de Saint François d’Assise dont Giotto fera des fresques remarquables. Ceci explique peut-être que Jacques Lacan, après avoir écrit sur le crime des sœurs Papin [ des sœurs et non des frères ! ], publiera dans L’Encyclopédie Française ( éditions Larousse ) de 1938, La Famille. Sa contribution est déjà « obscure », « illisible » à cause de sa fréquentation de philosophes comme Kojève et Koyré ! Alors que sa thèse de doctorat en médecine de 1932, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, était claire dans le style classique de la psychiatrie ( il avait fréquenté Gatian de Clérambault et la clinique Burghölzli de Bleuler et de Jung ) ! Lacan dut donc la réécrire ! Il utilise le terme jungien « l’imago », surtout en ce qui concerne l’homme moderne et la famille conjugale qui aboutit au « déclin de l’imago paternelle » !
Key Word : psychanalyse, histoire familiale. Key Names : Lacan, Nietzsche, Giotto, Gatian de Clérambault, Bleuler, Jung. Key Works : Patrice Tardieu, Jouissance érotique chez la femme par le vol d’étoffes de soie, Gaëtan Gatian de Clérambault, Philo blog [ 9 articles ] du 31 octobre au 26 novembre 2012 ; Le Pénis, le Phallus, Freud, Lacan, Sade ; Philo blog du 24 octobre 2011 ; Lacan, le crime sadique des sœurs Papin, Philo blog du 18 octobre 2011 ; Jouissance inhumaine : Sade, Lacan, Hegel, Philo blog du 30 septembre au 3 janvier 2009. Jacques Lacan, La Famille ( 1938 ) ; De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité ( 1932 ) ; Les non-dupes errent ( Séminaire 1973 - 1974 ). Giotto, Fresques ( représentant les « Fioretti », « les petites fleurs » contant les légendes hagiographiques de la vie de Saint François ) en la Chapelle Supérieure d’Assise.
Patrice Tardieu.

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 22:46

Imago maternelle, incapacité d’aimer, libido d’objet, Freud, Jung, Klein, Riviere, Lucrèce.

Jung réfléchit sur l’incapacité d’aimer et la difficulté à trouver un objet d’amour; il considère que c’est une question de libido car le monde ne manque pas d’objets d’amour possibles ni de beauté; il faut savoir s’ouvrir à la réalité extérieure (Freud dirait: passer d’une libido du moi à une libido d’objet), sans sentimentalité excessive ni brutalité, qui révèlent un même manque.

Il en vient à l’imago maternelle. Il entend par là « cette image originelle et éternelle de la mère, à cause de laquelle tout ce qui embrasse, entoure, nourrit, aide, prend la figure de l’alma mater [la mère bienfaisante] »par opposition parfois à la mère lointaine, indifférente, irréelle que certains ont rencontrée. Cette imago de l’amour maternel est la « racine mystérieuse de tout devenir et de toute métamorphose, retour chez soi et descente en soi-même, fond originel silencieux de tout commencement et de toute fin ». Et pourtant dans l’expérience vécue une mère peut être à la fois connue et étrangère, tendre et quelquefois cruelle, joyeuse ou enfermée dans la douleur. De toute façon, elle porte l’image de la terre nourricière (déjà chez Lucrèce), de la vie qu’elle nous a donnée. Tout ceci n’est pas sans évoquer pour moi l’ouvrage L’amour et la haine écrit conjointement par Mélanie Klein et Joan Riviere et qui partent précisément pour expliquer ces affects de la relation à la mère.

Key word

: incapacité d’aimer, difficulté à trouver un objet d’amour, libido, manque, imago maternelle, alma mater, mère indifférente, connue et étrangère, tendre et cruelle, joyeuse ou enfermée dans la douleur, amour et haine.

Key names

: Freud, Jung, Mélanie Klein, Joan Riviere, Lucrèce.

Key works

: Freud, Une difficulté de la psychanalyse (1916). Mélanie Klein, Joan Riviere, L’amour et la haine (1937). Jung, l’âme et la vie. L’expression « alma mater » vient du philosophe Lucrèce, De la Nature, 2, 992[ la terre, notre « mère nourricière »].Souvenirs de Patrice Tardieu, la confiance en son enfant par Maud Tardieu, (14/02/2012, maud.tardieu.over-blog.com ).

Patrice Tardieu

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 22:37

Compulsion de l’amour, transfert, contre-transfert, abaissement de l’analyste à un amant, Freud.

Freud aborde ce problème de « l’amour de transfert », c’est-à-dire « du cas où une patiente, soit par de transparentes allusions, soit ouvertement, fait comprendre à son analyste qu’elle s’est éprise de lui ». A cela il n’y a que trois solutions: le mariage, la séparation, une relation illégitime. Pour Freud, il faut se méfier d’un contre-transfert amoureux de l’analyste comme de la jalousie du père ou du mari de la femme. En effet, tout semble résolu « comme lorsque le feu éclate pendant une représentation théâtrale ». Or, selon Freud, c’est une résistance à l’analyse qui doit révéler « une partie particulièrement pénible et refoulée » de la vie de la malade qui, elle, veut abaisser l’analyste « au niveau d’un amant ». Comment continuer le traitement? Si j’utilisais une métaphore, je dirais qu’il faut qu’Orphée ramène Eurydice sans la regarder des Enfers de l’Inconscient. Mais l’analyste ne doit surtout pas être Orphée pour la « patiente avide d’amour ». « Le traitement doit se pratiquer dans l’abstinence » proclame Freud car sinon la patiente a atteint son but, mais pas l’analyste puisque « les relations amoureuses détruisent le traitement analytique ». D’ailleurs, avoue Freud, l’échec est inévitable avec les « femmes à passions élémentaires » et même « d’autres amoureuses moins violentes » car c’est « le propre même de tout amour », selon Freud, d’être « des répliques et des clichés de certaines situations passées et de réactions infantiles », « le facteur déterminant infantile confère justement à l’amour son caractère compulsionnel et frisant le pathologique » et « ce sont précisément ces caractères anormaux qui forment l’essentiel d’un état amoureux ». Quant à l’analyste, il lui est difficile de renoncer à la jouissance de l’amour sexuel, de résister à une femme qui s’offre, de ne pas tomber sous le charme féminin. Il s’agit donc de manier des « explosifs dangereux ».

Key word

: amour de transfert, contre-transfert de l’analyste, résistance, patiente avide d’amour, relations amoureuses, femmes à passions élémentaires, c’est le propre de tout amour d’être des répliques et des clichés de certaines situations passées, facteur déterminant infantile, caractère compulsionnel de l’amour frisant le pathologique, jouissance de l’amour sexuel, charme féminin.

Key names

: Freud, Orphée, Eurydice, Gluck.

Key works

: Freud, la Technique psychanalytique, chapitre XI; Gluck, Orphée (drame lyrique).

Patrice Tardieu

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