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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 01:24

Responsabilité individuelle ou collective ? le cas des khmers rouges, problème des idéocraties

On ne peut pas dire : si tel criminel avait eu un accident, ses victimes seraient encore en vie, mais dans le cas d’un Khmer rouge comme Douch « il y en aurait eu un autre qui aurait fait le sale boulot ». C’est croire au mythe de « la Roue de l’Histoire » inexorable. Rappelons qu’il y a beaucoup de « si ». D’abord si, en France, on n’avait pas fait de Pol Pot un révolutionnaire fanatique, si Khieu Samphân, n’avait pas soutenue, à Montpellier, sa thèse sur la paysannerie où le développement des villes est comme une sangsue pour les campagnes, y aurait-il eu la déportation des habitants des villes vers les campagnes, ou les camps tortionnaires plutôt que concentrationnaires comme le S21 dirigé par Douch qui est loin d’être une brute épaisse inculte puisqu’il peut réciter Vigny et apprécier Van Gogh ou Picasso? Résultat: du 17 avril 1975 à janvier 1979, grâce à l’endoctrinement idéologique ( idéocratie : l’idéologie au pouvoir ), un quart de la population du Cambodge a disparu, épuisée, torturée; 17000 crânes fracassés pour le seul S21...Peut-on dire que c’était inévitable et que de toute façon quelqu’un « aurait fait ce sale boulot »?

On peut lire à ce sujet, Anatomie d’un cauchemar ou comment on devient Pol Pot de Philip Short, voir le documentaire, S21 la machine de mort khmère rouge de Rithy Panh, ou écouter France Culture, le Cambodge Au pays des tigres disparus.

Rappelons, pour mémoire, que les Khmers rouges sont restés aux Nations Unis jusqu’en 1992 et que beaucoup sont encore en poste dans leur pays, que les survivants coexistent avec leurs bourreaux à quelques mètres les uns des autres ( comme au Rwanda ) et que Maître Jacques Vergès ( ami proclamé de Khieu Samphân ) a « disparu » de 1970 à 1978.

Pour la responsabilité individuelle, il y a dans le documentaire S21 de Rithy Panh un moment où les ex-gardes khmers rouges montrent le registre où figurent les noms des détenus sur lequel Douch a marqué de sa main: « Peng (c’est le nom du garde) frappe jusqu’à ce qu’il ne reste plus que poussière ». Vanh Nath, survivant, fait remarquer qu’ils utilisaient toujours le verbe « détruire » et non « tuer »; on détruit un objet, on tue un homme. Il y avait volonté d’anéantissement et Douch n’était pas le dernier à vouloir cet anéantissement du sujet en objet jusqu’à la poussière emportée par le vent. A un moment, Vanh Nath demande: « Pourquoi ai-je été torturé pour avouer, alors que je n’avais rien à avouer? J’ai refusé d’avouer quoi que ce soit ».Les ex-khmers rouges répondent unanimement: « Tu n’avais qu’à inventer; de toute façon, on terrorisait les détenus pour avoir des aveux ». Le problème, c’est qu’une fois que le détenu avait avoué des choses imaginaires souvent suggérées par le garde, il était « détruit ». Vanh Nath doit sa survie à ce qu’il était peintre et faisait avec délicatesse (« sans brusquerie dénotant un manque de respect ») le portrait de Douch qui voulait avoir sur le tableau une belle peau rose, lisse et ferme comme celle d’une jeune vierge! N’y a-t-il pas là responsabilité individuelle de vie ou de mort? Les autres peintres n’ont pas eu cette chance…

Patrice Tardieu

Key word

: responsabilité individuelle ou collective ? ,les khmers rouges, les idéocraties, mythe de la roue inexorable de l’histoire, les « si » dans l’histoire, les bourreaux coexistent avec les survivants, détruire un objet / tuer un homme, volonté d’anéantissement du sujet en objet, torture, terroriser.

Key names : les khmers rouges, Douch, Pol Pot, Khieu Samphân, Jacques Vergès.

Key dates : extermination d’un quart de la population du Cambodge du 17 avril 1975 à janvier 1979 par les khmers rouges; les khmers rouges à l’ONU jusqu’en 1992.

Key works : ( livre) Anatomie d’un cauchemar ou comment on devient Pol Pot ( de Philip Short ), ( documentaire, DVD ) S21 la machine de mort khmère rouge ( de Rithy Panh ), ( Radio France-Culture ) le Cambodge au pays des tigres disparus ( de Laure de Vulpien ).

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 16:49

« Mon naturel me contraint à chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion qui m’est contraire et ennemie comme est la lumière des obscures ténèbres. »

Nicolas Poussin

 

 

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 11:43

Bourdon « Cubiste »

La Construction géométrique de cette huile sur toile de 111 x 143 ne  nous étonnera donc pas, d’autant plus qu’elle est scandée verticalement d’un côté par une haute tour carrée, de l’autre, par deux arbres entrelacés, horizontalement (outre les « deux » horizons), par des stratus qui strient le ciel d’un jaune citron annonçant le déclin du soleil d’une part, et, par les lignes sombres des sépultures ébréchées (que Bourdon prend à la lettre, mais qui devaient plutôt être des grottes à cette époque-là). Toutes ces droites sont contrebalancées par les arches d’un pont et l’arrondi du bâtiment au centre de la composition. Mais quelle est cette forteresse ? Il saute à nos yeux déconcertés qu’il s’agit du château Saint-Ange de Rome transporté en Palestine ! La construction du tableau prime donc sur toute vraisemblance géographique. Il est vrai que cette même citadelle avec un pont et une tour carrée se retrouve dans le tableau de Poussin Paysage avec Orphée et Eurydice, qui lui non plus n’est pas exempt de « géométrisme », comme dans le Christ et la femme adultère ou la mort de Saphire. Mais Bourdon affectionne particulièrement le château Saint-Ange qui se trouve à l’arrière-plan avec une tour en ruine dans son oeuvre le Four à chaux. Les volumes simplifiés, mathématiques, scandent l’espace, à tel point que l’on a pu parler du « cubisme » de notre peintre. On voit souvent la pyramide entaillée (il avait dû voir à Rome celle de Caius Cestius), parfait polyèdre, emblème de la brièveté de la vie dans l’oeuvre de Bourdon comme dans la Halte de Bohémiens et de soldats. Cependant la meilleure illustration de ce « cubisme » se trouve dans notre toile. En effet entre le Messie et les trois évangélistes est posé, à première vue, un cube bleu inexplicable. Il faut comprendre, par un effort intellectuel, qu’un des côtés de ce cube n’est en fait que le reflet dans de l’eau de la tour carrée, pour tenter d’aplatir le tout. Il y a là un jeu sur la perception de l’espace qui semble anticiper sur les productions de Cézanne, Picasso ou Braque qui disait : « les sens déforment, seul l’esprit donne forme ».

Y a-t-il, par conséquent, « cubisme » chez Bourdon ? Il nous semble que l’affirmer est un véritable contresens, et sur notre peintre, et sur le cubisme. En effet, cette réduction du paysage à des formes géométriques simples n’est rien d’autre qu’une transposition de la physique de Descartes dont Bourdon fit le portrait. N’oublions pas non plus les travaux de Pascal sur les coniques et sa théorie de la cycloïde . L’espace dont il s’agit est celui de la géométrie euclidienne tandis que le cubisme naît au début du vingtième siècle au moment où la physique moderne opère une rupture radicale en se basant sur une géométrie non-euclidienne. Le cubisme tente de briser l’approche classique de la géométrie euclidienne en multipliant sur une même toile les points de vue incompatibles simultanément d’un objet. De plus Sébastien Bourdon reste très classique dans les domaines des proportions de la figure humaine (il se base sur l’antiquité), l’expression des passions fondée, comme celle de Charles Lebrun, sur la théorie cartésienne, les couleurs très tranchées des personnages à la manière de Poussin, l’harmonie du tout ensemble et les six parties du jour pour la distribution de la lumière.

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