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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 22:18

Sade, Saint-John Perse, sexe féminin, bisexualité originaire

A l’inverse de l’éloge dithyrambique de la beauté du sexe féminin par le poète Saint-John Perse, on trouve les propos d’un personnage de Sade qui observe le corps dénudé de sa sœur : « Voilà donc ce qu’est une femme; eh ! qu’y a-t-il donc de beau là ? rien n’est moins joli que ce devant; et par quelle singulière contrariété [au sens classique de « contradiction »] la nature n’a-t-elle donc point enrichi de toutes ses grâces la partie du corps de la femme qui la différencie de nous ? Car c’est là, sans doute, ce que les hommes recherchent; et que peut-on désirer où l’on ne trouve rien ? ». On voit que le fameux fantasme de la « castration » féminine, selon le garçon, ne date pas de Freud qui l’énonce deux siècles plus tard. Rappelons qu’il ne manque rien anatomiquement à la fille puisque le clitoris n’est rien d’autre qu’un pénis embryonnaire qui se serait développé si elle était devenue un garçon auquel il ne manque rien non plus car il a des glandes mammaires qui auraient fonctionné s’il était devenu une fille ! Il y a une bisexualité originaire qui disparaîtra, à moins d’être au contraire accentuée comme chez certains transsexuels.

Key word

: beauté du sexe féminin, corps dénudé, ce qu’est une femme, qu’y a-t-il de beau ? ,le devant, singulière contradiction de la nature, différenciation des sexes, le « rien », le fantasme de la castration, la bisexualité originaire.

Key names

: Saint-John Perse, Sade, Freud.

Key works

: Saint-John Perse, Amers, strophes I et IX; Sade, La Nouvelle Justine, chapitre XI; Freud, Cinq Psychanalyses.

Patrice Tardieu

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 22:53

Femme-table, Proust, Laclos, Sade, nyotaimori, Allen Jones.

La réflexion de Proust revient sur le problème de la kénose : « Si l’incarnation de nous-même en ce qui nous semblait le plus différent est ce qui modifie le plus la personne à qui on vient de nous présenter, la forme de cette personne reste encore assez vague; et nous pouvons nous demander si elle sera dieu, table ou cuvette » ( p.144, tome V, de l’édition en 15 volumes ). Ces derniers mots sont surprenants, car autant l’incarnation d’Albertine en Diane, déesse jeune et alerte, est laudative, autant la kénose en table ou en cuvette est dépréciative ( « kenôsis » signifie bien cet « abaissement »).

Cette idée d’une femme-table, je la retrouve dans divers domaines : littéraire, sadien, civilisationnel, artistique.

La lettre XLVIII écrite par Valmont à Madame de Tourvel n’est pas écrite par Valmont sur n’importe quel support, mais le lecteur doit en deviner le double langage : « La table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l’autel sacré de l’amour; combien elle va s’embellir à mes yeux ! J’aurai tracé sur elle le serment de vous aimer toujours ! ». C’est sur la chute de reins d’Émilie nue qui lui sert d’écritoire !

Dans l’Histoire de Juliette de Sade, il y a un récit saisissant : « Les meubles que vous voyez ici, tous vont marcher au moindre signe; Minski fait ce signe, et la table s’avance, elle était dans un coin de la salle, elle vient se placer au milieu; cinq fauteuils se rangent également autour; deux lustres descendent du plafond et planent au milieu des tables ! Cette mécanique est simple dit le géant, en nous faisant observer la composition de ces meubles. Vous voyez que cette table, ces lustres, ces fauteuils, ne sont composés que de groupes de filles, artistiquement arrangés; mes plats vont se placer tout chauds sur les reins de ces créatures ».

Ceci nous amène directement à une tradition japonaise : le nyotaimori, c’est-à-dire repas présenté sur le corps nu d’une femme, entièrement épilée y compris le pubis. Elle est allongée sur le dos et l’on pose sur elle des sushis et des sashimis, mais ces plats sont froids. Elle restera étendue ainsi pendant tout le temps que les clients mangent.

Enfin le sculpteur britannique Allen Jones a présenté en 1969 trois sculptures intitulées « chaise, table et porte-manteau » que les féministes ont trouvées scandaleuses. Il s’agit de meubles anthropomorphes. La table est une femme dénudée à quatre pattes avec un plateau en verre sur le dos. Mais Allen Jones a aussi construit un petit « temple » dans un bois avec à son sommet une déesse aux multiples bras. L’homme, pour pénétrer dans ce temple, doit s’abaisser fortement car l’entrée est très basse, mais il peut contempler ensuite la déesse par en dessous à travers une ouverture du plafond ! On retrouve les deux incarnations : celle de la femme en déesse, et la kénose de l’homme devant celle-ci !

Key word

: incarnation, kénose, dieu, table ou cuvette, déesse, kenôsis, abaissement, femme-table, autel sacré de l’amour, table, fauteuil, lustres, groupe de filles, le nyotaimori, repas sur le corps nu d’une femme, meubles anthropomorphes : chaise, table et porte-manteau, temple, déesse aux multiples bras.

Key names

: Proust, Albertine, Diane, Valmont, Madame de Tourvel, Émilie, Sade, Minski, Allen Jones.

Key works : A la recherche du temps perdu

, tome V, p.144 ( Proust ), Les Liaisons dangereuses, lettre XLVIII ( Choderlos de Laclos ), Histoire de Juliette ( Sade ), « Table, chair and hatstand », « Temple » ( œuvres d’Allen Jones ).

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