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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 21:37

Négation, nuit de l’esprit, néant vide, effroyable, regarder dans les yeux de l’autre, Hegel.

Dès 1805, Hegel pose le problème de l’esprit et de son objet: la chose qui est là devant lui dans l’espace. Mais l’esprit est négation et intériorise tout cela. Il accumule des images: « cette image appartient à l’esprit; il est en possession de celle-ci, il en est le maître; l’image est conservée dans le trésor de l’esprit, dans la nuit de l’esprit; elle est inconsciente, c’est-à-dire qu’elle n’a pas à être exposée comme objet de représentation. L’homme est cette nuit, ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit, une richesse de représentations, d’images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l’esprit ou qui ne sont pas en tant que présentes. C’est la nuit, l’intérieur de la nature qui existe ici, pur soi, dans les représentations fantasmagoriques; c’est la nuit tout autour; ici surgit alors subitement une tête ensanglantée, là une autre silhouette blanche, et elles disparaissent de même. C’est cette nuit qu’on découvre lorsqu’on regarde un homme dans les yeux, on plonge son regard dans une nuit effroyable, c’est la nuit du monde qui s’avance ici à la rencontre de chacun ». On trouve, dans ce texte déjà, la préfiguration de la réflexion sur l’inconscient et de l’effrayant secret que peut contenir l’être humain.

Key word

: négation, images, la nuit de l’esprit, l’inconscient, le pur soi, néant vide, représentations fantasmagoriques, regarder un homme dans les yeux, plonger dans la nuit du monde.

Key name

: Hegel.

Key work

: Hegel la philosophie de l’esprit, éd.P.U.F.p.13.

Patrice Tardieu

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 22:26

Origine radicale des choses, raison suffisante de leur existence, l’être et le néant, Leibniz, Euclide.

J’aimerais montrer la puissance argumentative de Leibniz à partir de son opuscule de 1697 Sur l’Origine Radicale des Choses qui ne fait que dix-sept paragraphes. Le point de départ est le suivant: « Ni dans aucune des choses singulières, ni dans l’agrégat ou la série toute entière des choses, on ne peut trouver la raison suffisante de leur existence ». Imaginons, dit Leibniz, que nous ayons présentement en main, un livre intitulé « Éléments Géométriques », ce livre a été recopié d’un exemplaire à l’autre et on pourrait remonter progressivement (disons jusqu’au troisième siècle av.J.C.) à toutes les copies. Mais aurait-on la raison pour laquelle ce livre existe et d’avoir été rédigé comme il l’a été? Non, ce n’est qu’une série de « copies »! Or, nous dit Leibniz, ceci est vrai aussi des états successifs du monde: celui qui suit a été « copié », d’une certaine manière (selon certaines lois de changement), de celui qui précède. « Et ainsi, aussi loin qu’on puisse remonter à des états antérieurs, jamais, dans ces états, on ne trouvera la raison complète pour laquelle un monde existe, ni pourquoi un tel monde. ». Tel est le problème de l’être et du néant.

Key word

: origine radicale des choses, raison suffisante de leur existence, les états successifs du monde ne peuvent expliquer ni le fait qu’il existe ni pourquoi il est ainsi et pas autrement, le problème de l’être et du néant.

Key names

: Leibniz, Euclide.

Key works

: Leibniz, Sur l’Origine Radicale des Choses; Euclide, Éléments.

Patrice Tardieu

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 22:32

Visconti, Mort à Venise, Balbec, la mer, le néant, Thomas Mann et Proust.

Visconti, alors qu’il tourne Mort à Venise, s’écrit : « j’ai l’impression d’être à Balbec ! ». Il fait donc un lien direct entre Thomas Mann et Proust ! Il devait faire une adaptation d’A la Recherche. Deux scénarios très différents furent proposés, des repérages furent faits, des acteurs retenus ( Marlon Brando devait jouer Charlus ! ) mais finalement se fut le Ludwig ou le Crépuscule des dieux ( la vie de Louis II de Bavière et sa décadence ) qui fut réalisé et non La Recherche après Mort à Venise. La difficulté d’adaptation était grande car, me semble-t-il, l’ouvrage de Proust est continuellement animé par des réflexions philosophiques ( cf. sa lettre à André Gide du 6 mars 1914 ) alors que l’aspect narratif nous montre « le vide éclatant » de la vie mondaine ou de celle l’été au bord de mer. C’est un peu le même cas avec Mort à Venise de Thomas Mann, s’il n’y avait des méditations sur Éros et Thanatos. La description de la mer elle-même est totalement transformée, celle-ci devient « l’inarticulé, l’incommensurable, l’éternel, le néant » avec cette pensée, « le néant n’est-il pas une forme de perfection ? » qui sera repris par Paul Valéry dans Charmes :

« Soleil, Soleil !..Faute éclatante!

Toi qui masques la mort, Soleil,[…]

L’univers n’est qu’un défaut

Dans la pureté du Non-être ! »

Ces deux derniers vers se retrouvent chez Lacan qui a lu aussi Heidegger et son être-à-la-mort ( Écrits p.819 ) et qu’il relie à la jouissance.

Key word

: Venise, Balbec, exposé narratif, vide éclatant de la vie mondaine, de l’été au bord de mer; méditations philosophiques sur Éros et Thanatos, le néant, l’inarticulé, l’incommensurable, l’éternel; le néant n’est-il pas une forme de perfection ? ,Soleil toi qui masques la mort, l’univers n’est qu’un défaut dans la pureté du Non-être, l’être-à-la-mort, la jouissance.

Key names

: Visconti, Thomas Mann, Proust, Charlus, Marlon Brando, Ludwig, Louis II de Bavière, André Gide, Paul Valéry, Lacan, Heidegger.

Key works

: Lettre à André Gide du 6 mars 1914 ( Proust ), Luchino Visconti, le chemin de La Recherche ( documentaire de Giorgio Treves, 2006 ), Mort à Venise, Ludwig ou le Crépuscule des dieux ( films de Visconti, 1971, et 1972 ), Charmes, Cahiers volume XXVIII ( Paul Valéry ), Jouissance inhumaine ( Patrice Tardieu, Philo blog des 12 et 13 /01/2009 ), Écrits, p.819 ( Lacan ).

L’île de notre nostalgie ( 2.2.i ).

Patrice Tardieu

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 11:46

Le paysage-sanctuaire idéalisé ne doit pas nous dissimuler, par conséquent, qu’il est bel et bien question d’exil et de mort. En ce sens Fabre reste fidèle à Sophocle. Mais ce n’est plus l’Oedipe roi découvrant, incrédule, par la bouche du devin aveugle Tirésias, en premier, qu’il est le fils et le mari de sa propre mère, le père et le frère de ses enfants et dont on trouve l’écho chez Racine :

        « Grâce aux Dieux! mon malheur passe mon espérance :

        Oui, je te loue, ô Ciel, de ta persévérance.

        Appliqué sans relâche au soin de me punir,

        Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir;

        Ta haine a pris plaisir à former ma misère;

        J’étais né pour servir d’exemple à ta colère,

        Pour être du malheur un modèle accompli.

        [...]

        Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne?

        De quel côté sortir? D’où vient que je frissonne?

        Quelle horreur me saisit? [...] » (1).

C’est l’Oedipe à Colone « privé de ses yeux, mendiant, guidant ses pas d’un bâton », au seuil du mystère du trépas. Ici ce n’est plus une simple forêt, mais la sylve de l’Etre. Ce n’est plus Eros, le Désir incestueux, qui a guidé ses pas, mais Thanatos, la Mort, qui l’ensorcelle, au point qu’il est fasciné par le « ne pas vivre », le « mè phûnaï », le « ne plus être là », négation de tout ce qui constitue l’être, « ek-stase », « hors de soi », vers le Rien, et que l’on retrouve chez Paul Valéry :

        « Soleil, soleil!... Faute éclatante!

        Toi qui masque la mort, Soleil

        [...] l’univers n’est qu’un défaut

        Dans la pureté du Non-être!

        [...]

        Jusqu’à l’Etre exalte l’étrange

        Toute-Puissance du Néant! » (2).

D’ailleurs l’oeuvre de Fabre rappelle cette présence de la mort dans une nature « idéalisée » qu’est Et in Arcadia ego de Nicolas Poussin. On sait que cette formule latine découverte par les bergers d’Arcadie sur une tombe ne doit pas se lire : « Moi aussi j’ai vécu dans le séjour de l’innocence et du bonheur » (contre-sens fait dès la fin du XVIIème siècle), mais « Moi, la Mort, je frappe aussi en Arcadie ». L’inscription latine se trouve déjà dans une peinture de Giovanni Francesco Guercino, une tête de mort énorme étant placée au premier plan avec les bergers qui la contemplent mélancoliquement: puis dans une première version par Poussin où un des conducteurs de troupeaux avec son bâton la déchiffre avec étonnement; enfin dans la version célèbre du Louvre où apparaît une figure féminine impassible. Elle touche le dos d’un des pasteurs qui se retourne et la regarde tout en désignant du doigt le sarcophage. L’on a pu la reconnaître comme la mort elle-même (3). Ce thème de la mort qui frappe même en Arcadie, qu’était pour lui la France, a dû toucher sans doute Fabre. Coïncidence étrange, la position du berger esr précisément celle qu’Ingres donnera à son Oedipe et le Sphinx.

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