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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 22:21

Aristote, Lacan, Platon, Sade; art, recherche, action, délibération réfléchie.

Lacan prétend qu’on ne peut rien comprendre à la première phrase de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote, si on ne connaît pas les mots grecs. Voici la traduction de Jean Voilquin qu’il cite: « Tout art et toute recherche de même que toute action et toute délibération réfléchie tendent vers quelque bien ». Je vais essayer d’éclairer le lecteur. Le mot « art » traduit « technè » qui a donné « technique »; il s’agit de fabriquer quelque chose, de produire une œuvre avec une certaine habileté, mais le concept est beaucoup plus large que la création de l’artiste puisque y est incluse l’activité de l’artisan et du technicien, sous la houlette de la « poièsis »( « poésie ») ou fait de créer, de confectionner, de fabriquer. Le mot « recherche » traduit « méthodos »( « méthode »), la poursuite, l’étude méthodique, la philosophie elle-même. Le mot « action » traduit « praxis »( « la pratique »), la conduite morale ou politique de l’homme d’action. Enfin « délibération réfléchie » traduit « proairésis », cet effort de choix déterminé par la valeur d’un principe qui s’oppose aux désirs impulsifs et marque la différence entre l’humanité et l’animalité instinctive. J’en conclurais qu’Aristote nous propose de distinguer quatre principaux styles de vie et leur « bien »: fabriquer, penser, agir, choisir. Quant à Lacan, il conclut qu’il est aussi illisible qu’Aristote! J’ajouterais qu’en effet il « parle » grec puisque « l’objet petit a » n’est rien d’autre que « l’agalma » de Platon, le dieu dans une boîte.

D’autre part, j’aimerais attirer l’attention sur un autre mot qu’utilise Aristote dans cette Éthique à Nicomaque, livre VII, 1145a10, la « thèriotès » qui correspondrait, selon J. Tricot, « à la diabolique immoralité d’un marquis de Sade ».

Key word

: art, recherche, action, délibération réfléchie; artiste, artisan, technicien; fabriquer, penser, agir, choisir.

Key names

: Aristote, Platon, Lacan, Sade.

Key works

: Aristote, Éthique de Nicomaque (traduction J.Voilquin); Platon, Banquet 215b; Lacan, Encore, édition de l’Association Lacanienne Internationale, p.100-101, édition de Jacques-Alain Miller, p.50-51,(son édition est plus courte car il a coupé l’intervention de F.Recanati).

Patrice Tardieu

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 13:02

Un corps extrêmement musclé

 

Restent à expliquer les détails autour d'Oedipe lui-même. D'abord ce doigt vers le ciel. Signifie-t-il qu'il va bientôt y monter? Ce serait ridicule. C'est, sans doute, comme dans le cas de Socrate, un appel au ciel pour l'injustice qu'il subit. Il agrippe le poignet de sa fille qui implore les Coloniates d'avoir pitié d'eux. En dehors de ce contexte, il faudrait analyser ce doigt levé qui est celui du Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci, de Platon dans l'Ecole d'Athènes de Raphaël, du Moïse dans le désert de Poussin et, bien sûr, de Socrate emprisonné et condamné à mort de David. Ce détail ne manquerait pas de creuser un abîme dans la toile. Lorsqu'on connaît le texte de Sophocle, un autre détail est étonnant. Polynice décrit ainsi son père: "Je le retrouve comme une épave rejetée sur ce sol étranger, vêtu de quelques loques dont l'affreuse et sordide vétusté s'attache à son corps usé par les ans, tandis que sur son front sans regard la brise mêle et agite ses cheveux". Mais où sont les haillons et la carcasse décharné? Fabre a peint Oedipe avec un corps extrêmement musclé, drapé dans un himation rouge éclatant d'un plissé irréprochable. Est-ce le souci conventionnel de ne pas montrer la décrépitude? Pas seulement. Fabre fait ressortir l'attitude digne, vénérable, noble, de l'homme face à l'adversité. Observons maintenant un autre détail: l'inscription sur le temple derrière Oedipe. Disons tout de suite que ce temple est une invention du siècle précédent que Fabre reprend alors que Sophocle ne parlait que du bois sacré des Euménides. On peut lire sur le fronton en grec: theiais eumenisi, "aux déesses bienveillantes", mais, détail significatif, les "s" sont des sigmas lunaires empruntés à l'époque romaine ! Nous ne sommes plus dans la Grèce de Sophocle mais en Italie où Fabre s'est exilé ! Encore un autre détail : nous sommes sensés apercevoir au loin la ville d'Athènes, mais celle-ci est surplombée par une tour à deux étages qui ressemble fort à certaines constructions de la ville de Florence où Fabre s'est réfugié ! Oedipe, c'est Fabre lui-même qui compte bien se battre et revenir en France triomphalement, d'où peut-être cette musculature exagérée ! On peut découvrir, d'ailleurs, accroché à un arbre, toute la panoplie d'un hoplite : L'épée, le bouclier doré circulaire comme un nombril (l'omphale), un casque à plumeau terminé par une queue de cheval rouge. Détail insolite car Oedipe n'a à sa disposition normalement (ce que l'on voit à côté de lui) que son bâton et sa besace. Et Antigone ? Sa toge lourdement drapée dissimule, semble-t-il Louise de Stolberg, l'égérie de Fabre, et sans doute sa compagne en même temps que le poète Alfieri, du vivant et après la mort de celui-ci.

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 13:19

Oedipe et Narcisse

 

Traduisons maintenant les inscriptions des deux tableaux. Celle sur la stèle près de Narcisse se lit « Numphaïs tesdé krènès iéron » et pourrait s’énoncer de cette façon : « Aux nymphes de la source, ce lieu consacré ». Il s’agit donc d’un sanctuaire comme celui d’Oedipe! Quant au temple grec de ce dernier, est gravé sur le fronton : « theiaïs eumenisi » c’est-à-dire « Aux déesses bienveillantes ». Qui sont ces accortes et accueillantes déesses? Quelle antiphrase! Les Anciens maniaient l’euphémisme et l’ironie dans cette épithète de « bienveillantes », car ce sont rien moins que les Furies ou Erinnyes, les trois déesses de la vengeance, nées du sang de la castration d’Ouranos, tout comme l’Aphrodite céleste née sans mère à laquelle Pausanias consacre son discours dans le Banquet de Platon! Elles ont en main des flambeaux et des fouets, ne laissant jamais en paix ceux qui ont commis des fautes et elles poursuivent sans relâche en priorité ceux qui ont perpétrés des forfaits entre les membres d’une même famille. On voit qu’Oedipe est particulièrement « inspiré » - grâce aux dieux son malheur passe son espérance -, lui qui a commis l’inceste et le parricide! Mais il y a plus, car selon le poète Euphorion de Chalcis du IIIème siècle av. J.C. leurs « cheveux étaient couronnés de narcisses »! Et en effet, dans ce paysage où sont venus se reposer Oedipe et Antigone, il y a des narcisses au premier plan (à côté de la signature de Fabre)!

Il est vrai que selon une autre tradition plus répandue les Erinnyes sont les filles de la Terre et de l’Erèbe, en grec « skotos », les ténèbres, l’obscurité infernale, lui-même fils du chaos, et elles séjournaient dans le Tartare. Elles n’avaient pas de gracieux narcisses dans les cheveux, mais des serpents entrelacés (comme les Gorgones, dont fait partie Méduse) que l’on voit dans une gravure saisissante de Gustave Doré pour l’enfer de Dante! On sait que d’après la psychanalyse la tête tranchée de Méduse par Persée est le fantasme du sexe féminin, par castration du phallus, comme étant la blessure narcissique de toute femme, qui verse son sang alors que l’homme verse le sang d’autrui, et que le garçon ne peut regarder sans être pétrifié en statue de pierre ou se crever les yeux ainsi que le fait Oedipe!

 

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