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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 22:32

Vérité onirique, Soi étranger propre qui parle à travers le rêve, Jung, Schelling, Hegel, Hölderlin, Jérôme Bosch.

Pour Jung, il faut prendre le rêve pour ce qu’il est, car il est ce qu’il doit être et il faut croire que les rêves aient un sens, sans vouloir suggérer une interprétation même si cela peut paraître comme tâtonner dans le noir. L’infinie diversité des rêves semble défier toute interprétation, mais si déjà on admet qu’ils viennent de l’inconscient, alors on pose qu’ils sont révélateurs de la psyché avec toutes ses images oniriques. On se demande si Jung a lu la philosophie de l’esprit de Hegel que j’ai cité dans mon article précédent; en tout cas il fait référence volontiers à Schelling, compagnon d’études de Hegel et de Hölderlin à Tübingen. Jung en arrive à la conclusion qu’il existe en chacun de nous « un autre être que nous ne connaissons pas » et « qu’il nous parle à travers le rêve ». Si bien que s’occuper de nos rêves n’est pas une occupation vaine, c’est une réflexion sur nous-même, sur ce « Soi étranger qui nous est originellement propre, qui est notre souche, d’où naquit un jour le moi ». Et par conséquent « la vérité onirique peut être réelle ». Jung termine sur les « rêves sauvages » qu’ont pu avoir certains Saints. Cela me fait penser à la Tentation de Saint Antoine peinte par Jérôme Bosch avec toutes ces images oniriques de monstres qui sortent donc du « Soi » de Saint Antoine.

Key word

: les rêves ont un sens, interprétation, inconscient, la psyché, images oniriques, un autre être en nous qui parle à travers le rêve, Soi étranger propre, le moi, la vérité onirique, rêves sauvages.

Key names

: Jung, Hegel, Schelling, Hölderlin, Jérôme Bosch, Saint Antoine.

Key works

: Jung, l’âme et la vie. Schelling, Œuvres métaphysiques. Hegel, la philosophie de l’esprit (1805). Patrice Tardieu, l’amour avec le diable, les incubes, les succubes, Jérôme Bosch, Philo blog 13/11/2011. Hölderlin, les Hymnes.

Patrice Tardieu

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 23:12

Fantasme de la première perception, banalité de l’existence journalière, Proust et Fénelon.

Nous avons vu que pour Proust, contrairement à Bergson, le présent dans sa toute puissance pragmatiste, efface et rectifie sans cesse le souvenir ou plutôt, le fantasme d’une première impression. Les jeunes filles ont d’abord été perçues, défilant devant la mer, formant une fresque, telles des « vierges impitoyables et sensuelles », dans une « gracieuse mythologie océanique », recevant « des rayons d’un autre univers » sur leurs « surfaces carnées », véritables « créatures surnaturelles ».

Le Temps va faire disparaître tout cela. Cependant Proust va nuancer son propos : « il n’est pas tout à fait indifférent qu’il nous arrive au moins quelquefois de passer notre temps dans la familiarité de ce que nous avons cru inaccessible et que nous avons désiré ». Et donc, même si l’amour, dans son insatisfaction perpétuelle, est tourné vers le futur, il va rester quelque chose du premier fantasme ( que contient « l’agalma » de Platon ). Calypso ne sera plus cette nymphe séductrice qui retint Ulysse dans l’île d’Ogygie sept années durant, mais une femme. Il reste toujours pourtant, selon Proust, un arrière-goût, si je puis dire, de cette saveur première. En effet bien que les rapports sociaux du narrateur avec les jeunes filles fussent devenus banals, demeuraient une couleur, un parfum de jadis. Leurs regards n’étaient plus « des rayons d’un autre univers » mais il les contemplait « sans les vider peut-être de tout le médiocre contenu dont l’existence journalière les avait remplis » !

Key word

: le présent tourné vers l’utile rectifie le souvenir, le fantasme d’une première perception, gracieuse mythologie océanique, rôle du temps qui efface, familiarité avec ce que nous avons cru inaccessible et que nous avons désiré, l’amour dans son insatisfaction perpétuelle tourné vers le futur, l’agalma de Platon, rapports sociaux devenus banals, médiocrité de l’existence journalière.

Key names

: Proust, Bergson, Platon, Calypso, Ulysse, Télémaque, île légendaire d’Ogygie, Homère, Fénelon.

Key works

: Matière et Mémoire ( Bergson ), Banquet ( Platon ), Odyssée ( Homère ), Séminaire VIII ( Lacan ); Télémaque ( Fénelon ) où l’on retrouve Calypso, Amphitrite déesse de la mer, épouse de Neptune, et ses nymphes dans une « gracieuse mythologie océanique ». A l’ombre des jeunes filles en fleurs ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.2.v ).

Patrice Tardieu

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 22:42

L’autre interprétation découle de ce monde de « fantasmes » dans lequel nous nous sommes introduits, celui de l’image et de l’imago de la femme imaginaire. En effet, l’histoire d’Antiochus et Stratonice est bien étrange puisqu’elle met en scène le fait que le père et le fils vont avoir pour épouse la même femme (ce qui est très exactement le cas d’Oedipe), contraire aux textes les plus anciens sur la prohibition de l’inceste. D’autre part, au-dessus du lit, il y a un bouclier et une lance. Quoi de plus normal pour un palais antique ? Certes, mais le bouclier porte la tête de Méduse, symbole bien connu du sexe féminin, que nul homme ne peut voir sans perdre les yeux (comme Oedipe et comme celui qui s’introduirait dans un harem), et une lance phallique en direction de Stratonice : imago maternelle et paternelle ! C’est Ingres qui mimait (mimétique platonicienne !) le personnage de Séleucos, du père-mère qui pleure auquel il s’identifiait. De plus, la perspective se dirige sur le sein de l’épouse d’Ingres jouant le rôle d’Erasistrate, le médecin de l’âme d’Antiochus. Enfin, l’aspect androgyne d’Antiochus semble pointer vers la bisexualité originaire de tout être humain ; à moins que, comme dans l’imaginaire infantile, il ne faille être une femme, pour être aimé du père ; tout ceci pouvant être lié à l’inversion du calque (inversion picturale, inversion musicale, inversion sexuelle).

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 11:26

Oedipe

 

        Le tableau est manifestement inspiré de l’Oedipe à Colone de Sophocle et d’une disposition dramatique : à gauche, Oedipe drapé dans son himation rouge vermillon avec, à genoux, à ses pieds, Antigone, en bleu clair; à droite le choeur antique dans une gesticulation théâtrale derrière une stèle qui fixe la limite infranchissable; au centre, le sanctuaire avec au fond un temple majestueux surplombé d’un immense rocher. La tragédie est là : Oedipe, le transgresseur, a, une nouvelle fois, foulé les lois des hommes et des dieux; il a pénétré, aveugle, avec sa fille, dans un abaton, un lieu sacré, interdit, et il va subir le fiel des habitants et l’enlèvement de celle-ci par Créon. Fabre, très fidèlement, brosse le décor décrit par Sophocle : « lierre noir comme le vin, sous la feuillée impénétrable », « sources du Céphise » que nous voyons serpenter jusqu’à Athènes dans un troisième plan qui produit une échappée sur la droite introduite par un cavalier opportun, puisque Colone est le « pays des beaux chevaux ». D’ailleurs Oedipe s’est assis, fatigué, harassé par sa longue errance, perdu dans l’épaisseur de cette végétation. Antigone se retourne avec une expression suppliante devant les invectives qu’ils subissent, nouvelle cruauté du Destin. Pour expier leur audace, Oedipe devra se plier à des rites d’expiation et de purification, d’où les deux aiguières au réhaut de blanc, les cratères avec coupes pour accueillir l’eau et le miel, près de la fontaine jaillissante entourée de murets, avant d’aborder « le seuil mystérieux » de la mort. Une lumière venant de gauche, c’est-à-dire « sinistre », « funeste », dans l’optique divinatoire, éclaire vivement toute la scène. C’est alors qu’Oedipe lève le doigt vers le ciel.

Mais l’oeuvre de Fabre n’est-elle qu’une transposition picturale de Sophocle?

Ce doigt levé n’évoque-il pas le geste identique du Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci, de Platon dans l’Ecole d’Athènes de Raphaël, du Moïse dans le désert de Poussin, et finalement de Socrate avant sa mort de David (dans l’atelier duquel Fabre a passé quatre ans)? Les codes se brouillent...

D’autres indices vont nous conduire sur une autre piste encore. Cette ville au loin est-elle bien Athènes? Certes on croit pouvoir discerner l’agora, l’entrée de l’Acropole, peut-être le Parthénon parmi les édifices avec, au loin, le Pirée et la mer Egée surplombée du mont Hymette. Mais que vient faire cette grande tour carrée au centre de « la cité »? Nous ne sommes plus en Grèce,  mais à Florence où Fabre s’est exilé! Oedipe, c’est Fabre lui-même!

Une autre « dissonance » avec le texte de Sophocle va nous confirmer dans cette hypothèse. Voici comment Polynice décrit son père : « Je le retrouve comme une épave rejetée sur ce sol étranger, vêtu de quelques loques dont l’affreuse et sordide vétusté s’attache à son corps usé par les ans, tandis que sur son front sans regard la brise mêle et agite ses cheveux ». Quel contraste! Où sont les haillons et la carcasse décharnée? La musculature est celle d’un hoplite avec ses armes déposées à côté de lui et les habillements sont éclatants!

Fabre-Oedipe compte bien se battre et revenir triomphalement en France avec Louise de Stolberg, comtesse d’Albany, son égérie (mais elle mourra avant), sans doute figurée ici sous le personnage un peu trop lourdement vêtue d’Antigone. Il fera de son exil un tremplin où il accumulera des trésors artistiques qui lui permettront de fonder le futur « Musée Fabre » dans sa ville natale à Montpellier!

Ceci explique aussi que le temple grec, qui occupe une grande partie du second plan, malgré son style dorique, ses six colonnes en façade, son fronton portant une inscription en grec, n’est pas grec, mais ressemble à une église romaine néo-classique par sa largeur. D’ailleurs, l’inscription grecque n’est pas grecque non plus, puisqu’elle utilise des sigmas lunaires empruntés à l’époque latine. Nous avons affaire à une Grèce onirique, fantasmatique. Souvenons-nous que Fabre n’a jamais été lui-même dans ce pays.

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