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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 23:51

Éphèbe qui irradie, Éros marmoréen, essence du Beau, Socrate et Phaidros ( Phèdre ), kénose divine, incarnation de la Beauté, Thomas Mann et Platon.

Aschenbach a croisé un adolescent aux cheveux longs, il y voit la grâce propre à faire un marbre statuaire et « l’injustice qui engendre la beauté »; il le compare successivement à la statue antique de l’éphèbe aux belles boucles qui s’incline pour retirer une épine de son pied ( mais dont la chevelure ne glisse pas ! ), à un « petit Phéacien », donc de l’île de Corfou où Ulysse rencontra Nausicaa; il le contemple de profil sur la mer avec sa « tête d’Éros » comme du marbre de Paros. Cette beauté n’est pas étrangère au travail de l’écrivain lui-même qui « dégageait du bloc marmoréen de la langue la forme légère dont il avait eu la vision et qu’il présentait aux hommes comme statue et miroir de beauté intellectuelle ».

Il se lance dans une méditation toute platonicienne : « comprendre […] l’essence du Beau, la Forme ( l’Idée ) en tant que pensée divine, l’unique perfection qui vit dans l’esprit ». C’est Éros qui nous conduit. Et il est question de Socrate et de Phaidros ( ce nom, masculin ici, « Phèdre »,signifie « radieux, lumineux, serein, pur » ) sous le gattilier en fleurs avec le chant ( et le mythe ) des cigales : « Car la Beauté, mon Phaidros, elle seule est digne d’amour et visible à la fois; elle est […] la seule forme de l’immatériel que nous puissions percevoir par les sens et que nos sens puissent supporter. Que deviendrons-nous s’il en était autrement et si le divin[…] voulait apparaître à nos yeux ! N’est-il pas vrai que nous serions anéantis et consumés d’amour, comme jadis Sémélé devant la face de Zeus ? ». Nous retrouvons ici tout le problème de la kénose divine : comment Dieu ou les dieux peuvent-ils s’incarner sans renoncer à toute leur gloire? Sans calciner le /ou la/ mortel comme Sémélé ( mère de Bacchus/Dionysos qui fut mis à l’abri dans la cuisse de Jupiter/Zeus ) ?

Key word

: adolescent aux cheveux longs, grâce propre à faire un marbre statuaire, l’injustice qui engendre la beauté, l’éphèbe aux belles boucles, le petit Phéacien, tête d’Éros, marbre de Paros, bloc marmoréen, beauté intellectuelle, méditation platonicienne, comprendre l’essence du Beau, la Forme en tant que pensée divine, le chant et le mythe des cigales, seule la Beauté est digne d’amour et visible à la fois, Éros rend visible l’immatériel des Idées, si le divin voulait apparaître à nos yeux nous serions anéantis et consumés, la kénose divine, incarnation de Dieu ou des dieux.

Key names

: Thomas Mann, Aschenbach, Ulysse, Nausicaa, Éros, Platon, Socrate, Phaidros ( Phèdre ), Sémélé, Zeus, Bacchus, Dionysos, Jupiter.

Key works

: La mort à Venise ( Thomas Mann ), Phèdre [ Phaidros] ( Platon), Odyssée ( Homère ), sur Socrate, Phèdre et le mythe des cigales lire Nietzsche contre Marx; la sieste refusée, paresseuse, onirique, érotique, métaphysique : Socrate et les cigales ( Patrice Tardieu, Philo blog, 20/03/2007 ), Le tireur d’épine ( « Spinario », Musée du Capitole, Rome, sculpture en bronze ).

L’île de notre nostalgie ( 2.2.j ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans esthétique
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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 18:49

Toutefois, le jugement de Baudelaire est nuancé : « La place nous manque, et peut-être la langue, pour louer dignement la Stratonice, qui eût étonné Poussin » et il ajoute : « Une complication énorme de tons et d’effets lumineux n’empêche pas l’harmonie ». En revanche, l’art d’Ingres nous étouffe comme si nous respirions un air raréfié dans un « milieu qui imite le fantasmatique » et « qui troublerait nos sens par sa trop visible et palpable extranéité », « sensation puissante [...] d’un ordre quasi maladif, [...] sensation négative, si cela pouvait se dire ». Et Baudelaire d’insister sur le charme bizarre de l’oeuvre ingresque avec ses déformations : « Ses figures ont l’air de patrons d’une forme très correcte, gonflés d’une matière molle et non vivante, étrangère à l’organisme humain » et lorsque, quelquefois, elles sont vivantes « ce n’est pas M. Ingres qui a cherché la nature, mais la nature qui a violé le peintre »6.

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Published by Patrice TARDIEU - dans esthétique
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