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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 11:43

Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre. Verdi, Gluck.
Le tableau d’Artemisia Gentileschi, représentant la séductrice Judith et Holopherne tombant dans son piège létal, a sans doute été inspiré de celui du Caravage, par le clair-obscur et la violence de la scène. Alors que chez Artemisia, Judith dans sa splendide robe bleue décolletée et sa jeune servante en rouge dominent le personnage masculin, dans une toile plus haute que large, chez Caravage la toile est plus large que haute, la jeune Judith et sa vieille servante occupe la moitié droite du tableau. Judith a des mèches blondes, une raie au milieu de ses cheveux, une perle à l’oreille, son corsage est transparent, retenu par une corde dont on voit la boucle, une robe en cuir ocre avec des bretelles qui maintiennent des manches retroussées qui permettent plus facilement l’égorgement d’Holopherne ! Elle fronce les sourcils. La vieille servante à côté d’elle, un bonnet sur la tête, les yeux exorbités, une moue de dégoût sur ses lèvres minces, les joues ravinées de rides, s’apprête des deux mains à recevoir dans un linge la tête d’Holopherne, lui qui s’agrippe encore aux draps du lit, la bouche ouverte, alors que Judith lui tranche la gorge avec le sabre qu’elle lui a dérobé. Rappelons que cette histoire est tirée du Livre de Judith, de l’Ancien Testament, qui montre comment notre héroïne, après avoir séduit et enivré Holopherne, général de Nabuchodonosor, va l’empêcher de s’emparer de sa ville de Béthulie. C’était l’époque de Babylone ( située au Sud-Est de l’actuel Bagdad ) dont Nabuchodonosor était le roi et qui s’empara de la Palestine et de Jérusalem dont il déporta les habitants, tous juifs à l’époque puisque nous sommes au sixième siècle avant Jésus-Christ et que l’Islam naît au septième siècle après Jésus-Christ.
Giuseppe Verdi en fit un opéra intitulé Nabucco dont l’air « Va pansiero » [ « Va, pensée » ], en fa dièse majeur, universellement connu maintenant, avait surgi de la foule rassemblée à son enterrement, les italiens s’identifiant au chœur des Hébreux exilés, ayant été longtemps sous domination autrichienne, à l’époque même où Verdi créa son opéra en 1842. Comme tous les opéras de Verdi, Nabucco est une succession de scènes émouvantes, de coups de théâtre, de « bel canto », d’amours brisées, de références bibliques ou historiques implicites ( comme le « risorgimento » [ « renaissance » du peuple italien face aux autrichiens qui ne partiront qu’en 1859 ] dans Nabucco ), de drame shakespearien ou hugolien, de grand spectacle, d’imputation guerrière, de « la force du destin ». L’opéra s’ouvre sur la lamentation des prêtres et du peuple de Jérusalem tombés dans les mains de Nabuchodonosor qui va détruire leur royaume et leur temple et déporter les Hébreux [ allant jusqu’à les incorporer dans son armée comme on le voit sur certains bas-reliefs ] en captivité à Babylone. Sur les rives de l’Euphrate, enchaînés, ils chantent des psaumes, et l’émouvante mélodie inspirée du Psaume 137 que voici : « Sur les bords du fleuve de Babylone, nous pleurions en nous souvenant de Sion ; si jamais je t’oublie Jérusalem, que ma main m’oublie aussi, que je n’aie plus de puissance, que je ne sois plus rien, que ma langue reste collée à mon palais, si jamais je t’oublie » .
Mais il existe un autre lamento, chant de tristesse et de déploration, composé par Gluck, né dans le Haut Palatinat, musicalement à l’opposé de ce que sera Verdi et son style flamboyant, car plein de naturel et de simplicité, dans la lamentation d’Orphée « J’ai perdu mon Eurydice » qui a été qualifiée de « morceau sublime où toutes les formes de langage musical ont été épuisées pour exprimer la stupeur de la douleur, de la passion et du désespoir ». Rappelons l’intrigue : Eurydice, la belle épouse d’Orphée est morte piquée par un serpent et il pleure sur sa tombe. Mais Éros l’a pris en pitié et a obtenu qu’il descende la chercher au royaume des morts et de la ramener à la vie s’il ne la regarde pas. L’entrée des Enfers est gardée par les Furies et Cerbère, le chien à trois têtes. Le chant d’Orphée réussit à les amadouer et l’on entend le célèbre air pour flûte seule. Orphée prend par la main Eurydice sans jeter un regard vers elle, ce qu’elle ne comprend pas et croit qu’il ne l’aime plus. Du coup il se retourne vers elle et la serre dans ses bras mais elle meurt aussitôt. « Que ferais-je sans mon Eurydice » gémit-il. Il l’a définitivement perdue. Notons que la reine Marie-Antoinette qui perdit sa tête pendant la Révolution Française, admirait cet opéra au point d’encourager Gluck à en composer de nouveaux…
Platon, dans Le Banquet, 179 b- 180 b , pose la problématique suivante : Peut-on mourir pour quelqu’ un ? Il va envisager trois cas de figure : d’abord celui d’Alceste [ que l’on trouve dans la pièce de théâtre d’Euripide ], elle est la jeune épouse d’Admète, le roi de Thessalie ; elle lui a donné deux enfants. Il doit mourir sauf si quelqu’un accepte de le remplacer dans la demeure des morts. Elle embrasse en pleurant ses enfants et « meurt à la place » ( « huperapothanein » ) de son mari. Son action est sublime car le père et la mère d’Admète étaient encore vivants et auraient pu mourir à la place de leur fils. « Elle s’éleva si haut au-dessus d’eux par l’attachement né de l’amour, qu’elle fit paraître ces gens étrangers à leur fils, sans autre lien avec lui que le nom ». Le lien d’amour est ici au-dessus de celui de la famille ; si bien que les dieux, d’ordinaire impassibles, devant ce miracle de l’amour, rappelèrent son âme du fond de l’Hadès. Quant à Orphée, deuxième cas envisagé ici, qui n’avait gardé que le fantasme d’Eurydice en lui, et qui n’avait pas le courage de mourir à la place de son amour, voulant seulement entrer et ressortir vivant du royaume des morts, il sera finalement déchiré par les Erinnyes qui punissent les crimes des humains. Et maintenant, troisième cas : Achille, l’aimé ( « érômenos » ) va venger son amant ( « érastès » ) Patrocle, en tuant Hector, rejoignant tout de suite dans la mort Patrocle ( par une flèche que lui décoche Pâris dans son talon ). En quelque sorte, il s’agit de « surmourir » ( je suggère ce néologisme pour traduire « épapothnèskô » ), comme on dit « survivre », il meurt tout de suite après lui pour le rejoindre dans la mort. Conclusion de Platon ( à travers le personnage de Phèdre dans Le Banquet, 180 b ) : « Amour est entre les dieux celui qui a le plus d’ancienneté, le plus de dignité, qui est le plus puissant pour conduire les êtres humains à l’acquisition de l’excellence et du bonheur, aussi bien dans leur vie qu’après leur mort ». On pourrait ajouter que, de ce point de vue, Éros est un grand dieu ( « mégas théos » ) qui met hors de soi.
Key Word : séduction, piège létal, exil, bel canto, lamentation, captivité, émouvante mélodie, lamento, tristesse et déploration, douleur, passion et désespoir.
Key Names : Artemisia Gentileschi, Judith, Holopherne, Nabuchodonosor, Le Caravage, Verdi, Gluck, Orphée, Eurydice, Marie-Antoinette, Platon, Euripide, Virgile, Ovide, les Erinnyes, Achille, Patrocle.
Key Works : Patrice Tardieu, Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog 30 octobre 2015 ; Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch, Philo blog 4 octobre 2015 ; Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le yin, le yang, Théodore Reik, Freud, Philo blog 16 septembre 2015 ; Jalousie, rapport au monde, mourir à l’être comme aimer à la folie jusqu’à la déraison, Lévinas, Sartre, Philo blog 12 août 2015 ; Voir c’est déflorer, viol par la vue, le voyeur, la pudeur, Actéon dévoré par ses désirs, Klossowski, Philo blog 2 septembre 2015 ; Joie, jouissance de l’âme, se donner au désir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote, Philo blog 23 mai 2015 ; Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles le Brun, Philo blog 17 mai 2015 ; Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis, Philo blog 3 mai 2015 ; Faire l’amour avec ou sans consentement, concupiscence, impulsion, aversion, Descartes, Philo blog 25 avril 2015 ; Descartes, Casanova, la princesse palatine, la reine Christine, passions de l’âme, sang, nerf, cerveau, Philo blog 19 avril 2015 ; Passions, plaisir, anamnèse du désir brûlant et du délire d’amour, Éros et l’enthousiasme hors de soi, Philo blog 12 avril 2015 ; L’amour, l’ennui, le cœur et la raison, les passions, Dieu, Pascal, Heidegger, le Chevalier de Méré, Philo blog 5 avril 2015 ; Fellation, rite sacré, jouissance et accès à l’au-delà, Isis, approche psychanalytique, Riviere, Klein, Philo blog 22 mars 2015 ; Jalousie haineuse d’un nourrisson qui observe un autre en train de téter, Lacan, Riviere, Augustin, Philo blog 22 mars 2015 ; Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout, Freud, Jacques Lacan, Philo blog 1 mars 2015 ; La question juive de Bruno Bauer et les juifs français à l’épreuve de l’histoire, Philo blog 12 février 2015 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, Philo blog 29 janvier 2015 ; L’enlèvement d’Europe par un taureau blanc, Léda amoureuse d’un cygne, la flûte de Pan, Philo blog 23 janvier 2015 ; Excitation voluptueuse de regarder l’accouplement des chevaux, Alexandre VI et Lucrèce Borgia, Philo blog 19 janvier 2015 ; Picasso, Suzanne surprise au bain par deux vieillards, le Livre de Daniel, Philo blog 18 janvier 2015 ; Belles pisseuses dans l’art, rayon de lumière sur un jet dans l’obscurité, érotisation de la miction, Philo blog 6 janvier 2015 ; L’être qui vit dans la passion ne peut raisonner, il n’a ni vice ni vertu, Aristote monté et bridé, Philo blog 21 décembre 2014 ; Ce qui se passe quand la femme a le rôle actif, nymphes incarnant les plaisirs érotiques divins, Philo blog 14 décembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Luxure de l’attouchement et pudeur du pied érotique, Dieu et son Ashérah, Philo blog 30 novembre 2014 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2014 ; Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin, Philo blog 12 octobre 2014 ; Van Gogh tente de blesser Gauguin, il se tranche l’oreille gauche, autoportrait à l’oreille coupée, Philo blog 28 septembre 2014 ; La maîtresse et l’amant dans la liste des auteurs officiels en philosophie de l’Éducation Nationale, 17 septembre 2014 ; L’écoute, ouverture primordiale à l’ami que tout homme porte en lui, choses fondamentales, Philo blog 15 septembre 2013 ; Sentiers qui semblent se perdre dans la forêt, la chose, le produit, l’œuvre d’art, Heidegger, Philo blog 9 septembre 2014 ; Volonté de femmes d’être émancipées non extérieurement mais intérieurement, Philo blog 11 août 2014 ; Héraclite, le premier de tous les dieux, l’Amour, le côté masculin et le côté féminin, Philo blog 31 juillet 2014 ; L’Amour n’a-t-il jamais connu de loi ? Est-il un rebelle que nul ne peut apprivoiser ? Bizet, Philo blog 13 juillet 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 9 juin 2014.
Le Caravage, Judith et Holopherne, Galeria Nazionale di Arte Antica, Rome ; Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, Museo Nazionale di Capodimonte, Naples ; Senso, film de Luchino Visconti ( 1954 ) où l’on voit une comtesse amoureuse d’un officier autrichien sous l’occupation de l’Italie ; Verdi, Nabucco, opéra en quatre actes ; Gluck, Orphée et Eurydice, drame lyrique en trois actes ; Homère, L’Iliade ; Euripide, Alceste [ qui est une femme comme nous l’avons vu ] ; Platon, Le Banquet, 179 b- 180 b ; Virgile, Géorgiques, IV [ c’est Orphée qui se retourne pour la voir ] ; Ovide, Les Métamorphoses, X, 1 - 85 [ Orphée s’adresse aux divinités du Styx et demande de relâcher Eurydice, mais il est inquiet et se retourne ! Gluck composera l’aria célèbre « Divinités du Styx » dans son opéra intitulé Alceste ]. Ancien Testament, Psaume 137 ; Livre de Judith.
Patrice Tardieu.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 23:31

Hannah Arendt écrit à Heidegger: « à toi le si proche, dédicace cachée, offerte, en t’aimant ».

J’ai commenté les textes de Freud sur le fétichisme; Derrida le fait à sa façon à travers son « polylogue », ajoutant une référence intéressante, celle de Georges Bataille, La mutilation sacrificielle et l’oreille coupée de Vincent Van Gogh [ ce qui introduit une nouvelle signification de la « dette »…remboursée par le sacrifice ]. Derrida en vient au cœur du problème : la correspondance entre Schapiro et Heidegger, due à l’auteur de La Structure de l’organisme, Kurt Goldstein, émigré lui aussi à l’université Columbia de New York comme Schapiro. Ainsi que Derrida le montre, ces deux migrants, qui ont subi l’exode, veulent se venger de Heidegger resté en Allemagne. Sur la suggestion de Goldstein, Schapiro demande à Heidegger à quel tableau il se réfère. A quoi Heidegger répond naïvement qu’il l’a vu dans une exposition à Amsterdam en mars 1930. Le piège se referme, celui des lacets des Vieux souliers qui ne peuvent être que ceux de Van Gogh lui-même et non ceux d’une paysanne selon Schapiro ! Derrida va alors reprendre mot à mot ( l’anglais de Schapiro, l’allemand et le grec de Heidegger ) comme à son habitude pour montrer qu’il s’agit avant tout pour Heidegger de distinguer la chose, le produit technique et l’œuvre d’art; le tableau de Van Gogh illustrant cette dernière. Mais surtout qui a raison, le rat de ville ( Schapiro ) ou le rat des champs ( Heidegger ) ? Je dirais que c’est pour Derrida comme pour La Fontaine; il suffit de regarder, me semble-t-il, « Les mangeurs de pommes de terre » ou « la paysanne » de Van Gogh; et j’ajouterais de lire la Lettre à son frère Théo de 1885 : « Dans les vieux tableaux, les personnages ne travaillent pas. Je trime ces jours-ci sur une femme que j’ai vue cet hiver arracher des carottes dans la neige ». Derrida donne donc raison à Heidegger contre Schapiro et Goldstein [ même si, je dirais, les chaussures sont celles de Van Gogh comme « modèle » ]. Quant à Hannah Arendt, on ne sait ce qu’elle a dit à Heidegger en revenant le voir après la guerre, mais elle lui a envoyé son livre ( titre français : Condition de l’homme moderne ; titre allemand « Vita Activa ou la Vie Active » [ qui consiste à distinguer le travail, l’œuvre et l’action ] avec cette « dédicace cachée, dédicace offerte » dans un billet accompagnant sa lettre à Heidegger : « Vita Activa, il n’y aura pas de dédicace [ imprimée ] à ce livre. Comment pourrais-je te le dédier, à toi le si proche, à qui j’ai été fidèle et infidèle et les deux en t’aimant ». Key word : monde rural de Van Gogh et Heidegger, monde urbain de Goldstein et Schapiro. Key names : Derrida, Bataille, Schapiro, Kurt Goldstein, Van Gogh, Hannah Arendt. Key works : Derrida, la Vérité en peinture, 4. Restitutions. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Préface de Paul Ricœur, collection Agora. Van Gogh, Vieux souliers aux lacets. Kurt Goldstein, la Structure de l’organisme. Schapiro, Essais à la mémoire de Kurt Goldstein. Georges Bataille, la mutilation sacrificielle et l’oreille coupée de Vincent Van Gogh. La Fontaine, Fables, livre premier, 9, le rat de ville et le rat des champs. Documentaire sur Heidegger, diffusé sur Arte, avec le billet d’Hannah Arendt . Patrice Tardieu. 

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 23:29

Passions des fétichistes: sein, pied, natte, soulier, linge touchant le corps de la femme. Freud.

Freud reparle du fétichisme dans un bref passage de l’Introduction à la Psychanalyse, chapitre XX sur la vie sexuelle. Il s’exprime surtout sur les fétichistes et de leur passion qui consiste à renoncer aux organes génitaux comme objet de satisfaction sexuelle et qui élève à cette dignité des parties du corps tout à fait différentes : le sein ou le pied de la femme [ le pied de Gradiva, celle qui danse en marchant ! ], sa natte [ ici il fait clairement allusion à Krafft-Ebing et à sa colère contre les coupeurs de nattes ]. Cependant les fétichistes proprement dits sont ceux qui ne « cherchent même pas à satisfaire leur désir sexuel à l’aide d’une partie quelconque du corps; un objet leur suffit : un soulier, un linge blanc ». Un quatrième texte intitulé « le Fétichisme » prend pour point de départ une affirmation assez stupéfiante : « la femme est châtrée »; il y aurait « stupeur » du garçon devant les organes génitaux de la femme avec « terreur de la castration ». Et devant la « désagréable réalité de la castration de la femme » se produirait le déni avec affirmation que « la femme est phallique », grâce au fétiche qui « est le substitut du phallus de la mère ». Ainsi le fétichiste à la fois affirme et nie la castration de la femme en portant, par exemple, une gaine pubienne ou en coupant les nattes. Freud pense retrouver la confirmation de sa théorie dans le bandage traditionnel des pieds des chinoises qui produit une mutilation et devient un fétiche. Pour l’affirmation opposée je renvoie au poète Saint-John Perse, prix Nobel de littérature, qui a chanté la beauté du sexe féminin et à mes articles sur Nyssia « callicysthe » ( « belle en sexe » ). Key word : fétichisme, vie sexuelle. Key names : Freud, Krafft-Ebing, Saint-John Perse. Key works : Patrice Tardieu, Nyssia callicysthe ( 11 ), Saint-John Perse, James Pradier, Lucien Clergue, Philo blog du 24/07/2012 ; et avant : Candaulisme, Nyssia callicysthe, Philo blog du 16/01/2009 au 07/03/2009 ( puis illustrations du 04/07/2009 et 09/08/2009 ) en dix parties. Freud, Introduction à la Psychanalyse, chapitre XX ; Le Fétichisme ; Délire et rêves dans la Gradiva de Jensen. Krafft-Ebing, Observations 149, 150, 151, 152. Patrice Tardieu.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 22:49

Derrière le rêve les fantasmes refoulés; la jeune femme se hâtant lentement, marmoréenne.

Freud va donc explorer le fétichisme du pied et s’adonner à son exercice favori : l’interprétation des rêves. Rappelons que notre personnage masculin veut retrouver ce pas si particulier de Gradiva qui pratiquement danse en marchant, vu sur le bas-relief antique dont il a un moulage. Il observe les pieds des dames en Allemagne où il est retourné qui le considèrent soit comme grossier, soit comme audacieux, ou bien qui, par leurs regards coquins, l’encouragent ! Il peut faire toutes ces observations par temps pluvieux car elles relèvent le bord de leurs jupes ( nous sommes en 1903 ! ). Cependant il fait un cauchemar : il est à Pompéi le 24 août 79 avant J.C. . Le Vésuve est en éruption. Les lapilli [ fragments de pierres volcaniques ], la pluie de cendre et la fumée du souffre s’abattent sur les habitants mais il aperçoit Gradiva « lente festinans » [ en latin « se hâtant lentement », oxymore ! ] qui tourne la tête vers lui mais dont le visage « se décolora comme si elle devenait de marbre »[ marmoréenne ], avec beaucoup de sérénité. Pour Freud, derrière le rêve il y a les fantasmes refoulés, derrière le contenu manifeste, il y a la pensée latente qui opère ici deux déplacements : dans l’espace et dans le temps afin que nos deux protagonistes se rencontrent, car, après tout, il est alors avec elle au même moment et au même endroit ! Finalement, je dirais qu’Alfred Binet n’avait pas tort d’intituler son article dans la Revue Philosophique : « Le fétichisme dans l’amour » bien avant Freud car il y a bien là ce phénomène de transfiguration parfois inexplicable aux autres, même si Freud ergote, dans une note, sur l’âge auquel cette attraction cristallisante prendrait sa source dès l’enfance ( comme chez Binet ). Key word : rêve et cauchemar. Key names : Alfred Binet, Freud, Artémidore, Condillac, Derrida, Stendhal. Key works : Alfred Binet, le fétichisme dans l’amour, Revue Philosophique ( 1887 ). Freud, Trois Essais sur la théorie de la sexualité ( quatrième édition, 1920, note 19 ) ; L’Interprétation des rêves. Artémidore ( première moitié du deuxième siècle après J.C. ), Onirocritique ( exégèse des songes ). Condillac, Traité des sensations ( la statue dont on ouvre progressivement les sens ). Derrida se réfère explicitement à Gradiva dans Mal d’archive, p. 36, 133, 135, 147. Stendhal, De l’Amour. Patrice Tardieu.

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 23:36

Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin.

Nous retrouvons dans la réflexion de Freud sur Gradiva quelques thèmes que nous avons abordés autrement, celui du spectre ( ici du désir ) et celui de la dette : «  l’érotisme refoulé est justement réveillé par des causes en rapport avec les moyens mêmes du refoulement. C’est à juste titre qu’une œuvre d’art antique, l’image en pierre d’une femme [ le bas-relief de « Gradiva » ], arrache notre archéologue à son aversion de l’amour [ il se moquait des couples venus en voyage de noces en Italie ] et lui rappelle qu’il convient d’acquitter envers la vie [ « Zôè » en grec, prénom du personnage féminin, « Zoé » ] la dette [ je souligne ] dont nous sommes chargés depuis la naissance ». « Rencontre » inattendue que je provoque avec Heidegger, puisque l’être humain se caractérise par une « dette » envers l’existence, la vie. Cette « dette » chez Freud est essentiellement sexuelle et même violente de la part du « mâle » : « l’agression qui est donc le devoir de l’homme dans le jeu de l’amour ». On voit que Freud a une vision très antagoniste, très « guerrière » de la relation amoureuse entre hommes et femmes, faisant fi du désir féminin lui-même. Rappelons que Otto Weininger soutient dans Sexe et Caractère, le point de vue inverse : « l’être de la femme est tout entier sexuel. La vie sexuelle, la sphère de la copulation et de la reproduction, qui comprend le rapport à l’homme et à l’enfant, absorbe F [ l’image typique de la Femme féminine ] entièrement, remplit son existence ». Key word : le spectre, la dette. Key names : Freud, Jensen, Heidegger, Otto Weininger. Key works : Patrice Tardieu, Intensité du désir, l’être de la femme tout entier sexuel comme celui des hommes féminins, Philo blog du 23/08/2014; L’homme dans le silence de ce qu’il peut être, dans l’absence de conscience morale, la dette, Philo blog du 19/09/2014; Révélation du spectre à Hamlet que sa mère vit dans la sueur fétide d’un lit immonde ! Philo blog du 26/09/2014. Wilhem Jensen, Gradiva. Freud, Délire et Rêves dans la Gradiva de Jensen. Luis Bunuel, Cet obscur objet du désir ( film de 1977 ). Patrice Tardieu.

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 23:23

Fétichisme du pied, celle qui s’avance avec une démarche souple et tranquille, la vie, l’existence.

Nous avons vu comment Marx avait utilisé d’une manière métaphorique le mot « fétichisme » dans le domaine économique, comment Auguste Comte, avant lui, avait repris le sens originel, et ensuite comment Freud en avait fait un concept sexuel. Je continue maintenant ce dernier point de vue psychanalytique. Freud se penche sur une nouvelle ( une « fantaisie » au sens allemand, c’est-à-dire quelque chose « d’imaginaire » ) de Wilhem Jensen intitulée « Gradiva ». Au départ c’est un bas-relief antique soi-disant de Rome, en fait du Musée Archéologique de Naples, représentant une jeune fille ( verbe latin « gradior » ) « celle qui s’avance », « qui resplendit en marchant », « avec une démarche souple et tranquille » et qui a la particularité d’avoir un pied presque horizontal pendant que l’autre est quasiment vertical ( peu s’en faut comme une danseuse sur ses pointes ), dans une tunique flottante à la grecque, révélant sa beauté. Le jeune homme transpose en imagination celle-ci au moment de l’éruption à Pompéi, laissant des traces de ses pas dans les cendres du volcan. Il finit par rencontrer une certaine « Zoé » ( « Zôè » signifie en grec « l’existence », « la vie » ) dont il tombe amoureux en s’apercevant qu’elle est une de ses anciennes amours d’enfance ! A partir de cette fiction et tout en se faisant lui-même des reproches [ après tout, l’ensemble de la psychanalyse est fondé sur le mythe d’Œdipe et celui d’Hamlet ] Freud n’hésite pas à psychanalyser son personnage et d’analyser le fétichisme du pied ! En fait la rencontre du jeune homme avec cette jeune fille est comme la ville de Pompéi elle-même : un enfouissement, un ensevelissement, car « quelqu’un doit mourir afin de trouver la vie »; suivi d’une redécouverte, « le refoulé dans ses retours, émerge de l’instance refoulé elle-même » [ autrement dit le refoulé n’est pas une réticence du sujet mais vient d’un lieu « enfoui » pas forcément dans les profondeurs, il peut être visible comme la lettre volée chez Lacan ]. « La motivation érotique inconsciente » refait surface par elle-même. Key word : traces de pas dans la cendre. Key names : Freud, Wilhem Jensen ( écrivain allemand, 1837- 1911 ), Sophocle, Shakespeare, Lacan. Key works : Jensen, Gradiva. Freud, Délire et Rêves dans la Gradiva de JensenMétapsychologie. Sophocle, Œdipe Roi, Œdipe à Colone. Shakespeare, Hamlet. Lacan, Écrits, le séminaire sur « la lettre volée », p. 11- 61. Derrida, Mal d’Archive. Patrice tardieu.

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 23:22

Le fétichisme de la culotte, le cul des voitures, « shake your booty ». Freud. Goethe.

Derrida mentionne Freud sans autre précision. Pourtant celui-ci a traité du fétichisme de multiples fois. Dans les Trois Essais sur la Théorie de la Sexualité, il affirme que « l’objet » sexuel habituel est remplacé par un autre qui est surévalué et qui lui est substitué comme les cheveux, les pieds, ou le soulier [ comme étant creux ] qui serait un « symbole des parties génitales de la femme », ou tout autre objet « qui touche de près l’objet aimé », en particulier son sexe [ sa « culotte » en français, mot formé cependant sur « cul », autre partie de l’être aimé ! La mode actuelle du « shake your booty » vient du mot américain « boot » qui désigne le coffre arrière bien rebondi des voitures; il s’agit pour la femme de bien « secouer son derrière rond et charnu ». Notons que, dans l’anglais des britanniques, la partie du véhicule chargée de recevoir les bagages se dit « trunk » ( « une malle » ). Il y a là une indifférence typique du Royaume-Uni à ce que les américains appellent de nos jours « a booty call » [ « un plan cul » ]; en Angleterre les fesses ne sont bonnes qu’à recevoir des fessées ! ]. Freud ajoute : « ces substituts peuvent être comparés au fétiche dans lequel le sauvage incarne son dieu », d’où le phénomène étrange qui se manifeste, mais que l’on retrouve dans « l’amour normal » et il cite le Faust de Goethe : « Apporte-moi un fichu, qui ait couvert son sein, la jarretière de ma bien-aimée ! ». Cependant, l’aspect normal est dépassé lorsque le besoin du fétiche devient fixe et dominant ou même devient le seul objet de la sexualité. Freud rend hommage au psychologue français Alfred Binet qui le premier a soutenu que le choix du « fétiche » provient d’une impression sexuelle ressentie pendant l’enfance. Il ajoute qu’il peut aussi y avoir une association d’idées [ cf. Hume ] de caractère symbolique inconsciente qui produit « la substitution du fétiche à l’objet [ l’être désiré ] ». Le fétichisme de la fourrure [ que l’on trouve très fortement chez Sacher-Masoch; il n’apprécierait pas l’épilation totale d’aujourd’hui ] viendrait des poils pubiens ! La pulsion de voir le sexe féminin, à cause des interdictions et des refoulements [ à l’époque ! ], peut être arrêtée en route et se fixer sur le soulier, devenu par sa forme [pointue, cette fois-ci ], le sexe « masculin » de la femme ! Key word : objet surévalué substitué à l’objet sexuel habituel. Key names : Derrida, Freud, Goethe, Alfred Binet, Hume, Sacher-Masoch. Key works : Patrice Tardieu, Tendance de l’amant à dévier de l’attraction sexuelle habituelle, symbolisme érotique, Philo blog du 30/05/2014; Petit dictionnaire du symbolisme sexuel féminin et masculin, Philo blog du 01/06/2014, ainsi que d’autres articles sur ce sujet, du 03/06/2014 au 19/06/2014. Derrida, la Vérité en peinture. Freud, Trois Essais sur la Théorie de la sexualité. Goethe, Faust. Hume, Traité de la Nature Humaine, livre I, IV la connexion ou association des idées. Sacher-Masoch, [ qui a donné son nom au masochisme ] la Vénus à la fourrure. Patrice Tardieu.

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 23:28

Être mieux apte à penser, agir et même aimer grâce au néo-fétichisme positiviste écologique. Comte.

Parlant de souliers, Derrida en vient au fétichisme. Il donne le nom de Marx, sans plus d’indications ( il y a visiblement un marxiste dans ce « polylogue » ! ) et je vais préciser de quoi il s’agit. Il se réfère au livre majeur, le Capital, critique de l’économie politique [ en huit volumes très lourds et étouffants, si bien que Gide n’a jamais réussi à les lire, soutenant la thèse de la réduction du taux de profit, si bien que le capitalisme doit s’auto-détruire au dix-neuvième siècle ! ] livre premier, première section, chapitre premier, IV, le caractère fétiche de la marchandise et son secret, seul passage intéressant car il est question du « caractère mystique de la marchandise » qui revêt « la forme fantastique d’un rapport des choses entre elles ». Il s’agit alors de chercher un argument par analogie [ très hasardeux ] avec le monde religieux, en particulier le fétichisme. Loin de ce raisonnement par analogie et bien avant lui, Auguste Comte se penche sur le fétichisme ( mot inventé par De Brosses en 1756 pour désigner les croyances de l’Afrique occidentale ) qu’il caractérise comme la religion qui accorde à certains « objets » un dynamisme et une action puissante, c’est « le premier état théologique de l’humanité » répondant à un besoin intellectuel de l’homme qui le relie au monde et surtout de s’y adapter. Mais Comte va beaucoup plus loin, il envisage, en prolongeant l’état fétichique, de parvenir, par des modifications graduelles, au positivisme ( Catéchisme positiviste, troisième partie, dixième entretien ). Ce « néo-fétichisme » nous permettra d’être « mieux apte à penser, agir et même aimer ». En effet nous devons concevoir la Terre comme « Grand Fétiche », c’est ce que nous appelons, dirais-je, de nos jours, « l’écologie » ! Key word : fétichisme, religion première de l’humanité. Key names : Derrida, Marx, André Gide, De Brosses, Auguste Comte. Key works : Derrida, la Vérité en peinture. Marx, le Capital ( huit volumes aux éditions sociales ). Auguste Comte : Cours de Philosophie Positive, cinquante deuxième leçon ; Discours sur l’esprit positif ; Catéchisme positiviste entre une Femme et un prêtre de l’Humanité, « l’amour pour principe; l’ordre pour base et le progrès pour but », [cf. sur le drapeau du Brésil tiré de la devise comtienne : « Ordem e Progresso » ( en portugais )]. Patrice Tardieu.

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 23:07

Le membre-fantôme, ressentir quelque chose dans l’organe que l’on n’a plus ! Descartes. Ruyer.

En fait, Schapiro comme Heidegger attribuent ces souliers apparemment « vides » à quelqu’un, comme l’on met un pied en bois pour les maintenir en forme, sorte de « membre-fantôme » écrit Derrida [ qui fait ici de nouveau une allusion, mais, cette fois-ci, à Descartes, sans le nommer non plus. Je donne la référence : Les Principes de la Philosophie, quatrième partie, § 196, qui donne le cas d’une jeune fille à laquelle on avait coupé la moitié du bras lors d’une opération, mais à qui l’on avait dissimulé cette mutilation par des linges, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir des douleurs, selon elle, dans la main qu’elle n’avait plus, dans tel ou tel doigt alternativement. Voici l’explication de Descartes : «  les nerfs de sa main, qui finissaient alors vers le coude, y étaient mus en la même façon qu’ils auraient dû être auparavant dans les extrémités de ses doigts pour faire avoir à l’âme dans le cerveau le sentiment de semblables douleurs. Et cela montre évidemment que la douleur de la main n’est pas sentie par l’âme en tant qu’elle est dans la main, mais en tant qu’elle est dans le cerveau »]. Voilà ce qu’est un « membre-fantôme » ![ Avec le redoutable problème de la projection spatiale de la sensation qu’a essayé de résoudre Roger Chambon dans Le Monde comme Perception et Réalité, en cinq cent quatre-vingt-treize pages !..En fait, pour ce disciple de Raymond Ruyer, il s’agit de garder et de maintenir à l’esprit que notre champ perceptif est une « surface absolue » psychique qu’il ne faut pas porter au compte du monde et de l’altérité, mais nous ne pouvons y résister : cela s’opère avec une force incoercible car la perception en tant qu’opération est foncièrement « inconsciente »; avec ce paradoxe : notre expérience vécue est la conscience même qui est le lieu de la présence du monde.] Key word : le monde perceptif. Key names : Van Gogh, Schapiro, Heidegger, Derrida, Descartes, Roger Chambon. Key works : Van Gogh, Vieux souliers aux lacets. Schapiro, Style, artiste et société. Heidegger, Chemins qui se perdent dans la forêt. Derrida, la Vérité en peinture. Descartes, les Principes de la Philosophie, quatrième partie, § 196. Roger Chambon, le Monde comme Perception et Réalité, 593 pages, éditions Vrin, 1974. P.S.: pour ceux qui seraient curieux de connaître les thèses de Raymond Ruyer, ce philosophe français qui a développé une réflexion extrêmement originale sur les « domaines absolus d’auto-survol », mais aussi sur le finalisme, l’humanité de l’avenir, la société de consommation, la cybernétique et l’origine de l’information, la fonction symbolique, le Dieu des religions et celui de la science, voici quelques citations tirées de La Conscience et le Corps : « Les subjectivités seules sont réelles » ( éd. P.U.F., p. 2 ), « L’univers n’est un ensemble de corps que d’une manière idéale dans notre champ de conscience, qui, lui, justement n’est pas un corps » p. 9. « Le passage du monde de la perception ordinaire à l’univers scientifique est un progrès vers l’objectivité, sans être à proprement parler une désubjectivation » p. 13 « Le champ de conscience est ce qui est connu comme système nerveux. Le système nerveux représente l’apparence sous forme d’objet, de l’être réel qu’est le champ de conscience » p. 27. « L’incarnation n’est qu’un cas d’illusion réciproque » p. 28. « L’étendue sensible […] est une sorte de surface absolue » p. 57. Le point de divergence de Roger Chambon est celui de la conscience ( pour Ruyer ) et de l’inconscient pour lui. Patrice Tardieu.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:26

Van Gogh tente de blesser Gauguin; il se tranche l’oreille gauche; Autoportrait à l’oreille coupée.

Pour restituer cette paire de souliers, il faut en connaître la « pointure », le « sur mesure ». On glisse alors vers les auteurs de deux thèses opposées, Heidegger, le « sédentaire enraciné » dans ses chemins qui se perdent dans la campagne et la forêt; Schapiro, cet habitant déraciné dans la mégalopole de New York, émigrant de sa lointaine Lituanie. D’un coté des « sabots », de l’autre des « chaussures de ville ». Mais là est tout le débat ! Où « mettre les pieds » ? Quelle théorie « marche » ? Comment s’orienter dans la pensée [ pour reprendre un titre de Kant ] ? S’agit-il bien d’une paire ? Car il pourrait bien y avoir deux souliers droits ou deux souliers gauches dans une « inquiétante étrangeté » [ à la Freud ] ( « unheimlich » ) où le familier côtoie l’effrayant. [ Nous sommes en Arles; Gauguin entend la lourde respiration de Van Gogh derrière lui, il se retourne; Van Gogh a un rasoir à la main avec l’intention de le blesser; il l’esquive et réussit à le dissuader de lui donner des coups de cette longue lame aiguisée; Van Gogh, rentré chez lui, se mutile l’oreille gauche qu’il enverra à une prostituée qu’il connaissait, en guise d’amour ! Toutes celles qu’il fréquentait refusèrent ses peintures qu’elles trouvaient « trop chargées » !]. Key word : comportement inquiétant. Key names : Heidegger, Schapiro, Kant, Freud, Gauguin, Van Gogh. Key works : Van Gogh, Autoportrait à l’oreille coupée, Vieux souliers aux lacets. Heidegger, Chemins qui se perdent dans la forêt. Schapiro, Van Gogh. Derrida, Restitutions, de la vérité en pointure ( sic ). Kant, Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? Freud, l’Inquiétante étrangeté. Patrice Tardieu.

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