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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 12:59

Faire l’amour avec ou sans consentement, concupiscence, impulsion, aversion, Descartes.
Puisque j’ai consacré deux articles récents au Discours sur les passions de l’amour attribué à tort ou à raison à Pascal, j’en viens directement à ce qu’en dit Descartes : « L’amour est une émotion de l’âme […] qui l’incite à se joindre de volonté aux objets qui paraissent lui être convenables ». Il s’agit de « passions » qui « dépendent du corps » ( article 79 ). Descartes va nous expliquer ce que signifie « se joindre ». Il précise qu’il ne s’agit pas de désir, toujours tourné vers l’avenir, mais « du consentement par lequel on se considère dès à présent comme joint avec ce qu’on aime, en sorte qu’on imagine un tout duquel on pense être seulement une partie, et que la chose aimée en est une autre » ( article 80 ). Remarquons que Descartes reprend la métaphore qui définit l’amitié chez Augustin ( Confessions, livre quatrième, chapitre VI ) à la mort de son ami : « je ne voulais plus vivre, amoindri de la moitié de moi-même », et chez Montaigne parlant d’Etienne de La Boétie ( auteur du Contr’Un ou Discours de la Servitude Volontaire ) : « Nous étions à moitié de tout; il me semble que je lui dérobe sa part […]. J’étais déjà si fait et accoutumé à être deuxième partout qu’il me semble n’être plus qu’à demi » ( Essais, I, XXVIII ). Descartes ajoute ( article 81 ) qu’on ne peut distinguer un amour de concupiscence d’un amour de bienveillance car l’amour cumule, comme effets, ces deux attitudes.
Puis, tout à coup, c’est l’élargissement stupéfiant et choquant du concept ( article 82 ) : « Comment des passions fort différentes conviennent en ce qu’elles participent de l’amour ». En effet, Descartes, qui cherche toujours à distinguer clairement et distinctement les choses, met ici dans le même sac, si je puis dire,
1. « Les passions qu’un ambitieux a pour la gloire ».
2. « Un avaricieux pour l’argent ».
3. « Un ivrogne pour le vin ».
4. « Un brutal pour une femme qu’il veut violer » [ sic ! ].
5a. « Un homme d’honneur pour son ami »,
5b. « ou pour sa maîtresse » [ est-ce la même attitude ? ].
6. « Un bon père pour ses enfants ».
Descartes avoue que ces comportements sont bien différents mais que, participant de « l’amour », on peut, sous cet angle, les considérer comme « semblables » ! Il ajoutera une importante nuance : dans les quatre premiers cas, il s’agit seulement de posséder « l’objet » ( position sociale, richesse, boisson, personne ) que l’on veut obtenir ; dans celui de l’homme d’honneur pour son ami, on retrouve le cas de l’amitié que j’ai décrite mais peut-être avec moins d’intensité que chez Augustin ou Montaigne ; et celui du désir qui y est mêlé, quand cela concerne sa maîtresse. Seul le cas du bon père de famille a toutes les éloges de Descartes , puisqu’il cherche le bien de ses enfants comme le sien propre et même encore plus que le sien, puisqu’il peut se sacrifier pour eux.
Descartes va alors distinguer trois degrés dans les relations ( article 83 ) : la simple affection où le moi du sujet reste prédominant ; l’amitié où se trouve une totale égalité ( Montaigne va plus loin car l’égalité présuppose deux personnes, or dans l’amitié entière il n’y a plus « bienfait, obligation, reconnaissance, prière, remerciement » qui sont des « mots de division » ) ; la dévotion. Selon Descartes, « on peut avoir de l’affection pour une fleur, pour un oiseau, pour un cheval », mais « on ne peut avoir de l’amitié que pour des hommes ». Que l’être humain soit imparfait ne pose pas vraiment de problème, il suffit d’avoir soi-même l’âme « noble et généreuse », et il nous renvoie à la distinction du philosophe Épictète sur ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Je vais expliciter cette opposition conceptuelle stoïcienne.
Ce qui est à notre portée, c’est en premier notre jugement ( « hypolepsis » ) car ce ne sont pas les choses en elles-mêmes qui nous troublent mais le jugement que nous portons sur elles ; il suffira de changer d’opinion pour ne plus être troublé. En second lieu la maîtrise de notre impulsion ( « hormè » ) car nous pouvons maîtriser, avec un peu d’exercice, nos tendances. En troisième lieu, notre décision volontaire ( « proairesis » ) qui peut dompter notre désir ( « orexis » ) ou notre aversion ( « enklisis » ). Ce qui ne dépend pas de nous, ce sont les accidents qui arrivent à notre corps, les aléas en ce qui concerne ce que nous possédons matériellement, l’opinion des autres sur nous ( la « doxa » ), les pertes inopinées de pouvoirs.
Concentrons-nous donc sur ce qui dépend de nous, sinon nous nous rendons esclaves de la poursuite vaine de la richesse, de la réputation ou du pouvoir ; c’est le prix de la liberté. Telle est la philosophie d’Épictète.
Key Word : amour, amitié, émotion de l’âme, passions, Stoïcisme. Key Names : Descartes, Pascal, Augustin, Montaigne, La Boétie, Épictète. Key Works : Patrice Tardieu, Désirer est-ce aimer ? 87404404.html, Philo blog 28 octobre 2011 ; Amours indivisées, amour indivis, désir d’aimer, Proust, Philo blog 25 janvier 2012 ; Sans amour je suis disloqué, les contradictions sursumées de l’amour, la conscience amoureuse, Hegel contre Proust, Philo blog 24 mars 2012 ; Amitié, Philo blog 8 juin 2011 ; que j’ai traduit en anglais Friendship Philo blog 26 juin 2011 ; L’amour, l’ennui, le cœur et la raison, les passions, Dieu. Pascal, Heidegger, le chevalier de Méré, Philo blog 5 avril 2015 ; Passions, plaisir, anamnèse du désir brûlant et du délire d’amour. Éros et l’enthousiasme hors de soi, 12 avril 2015.
Descartes, Les passions de l’âme. Pascal, Discours sur les passions de l’amour. Augustin, Confessions, livre IV, chapitre VI. Montaigne Essais, I, XXVIII, de l’amitié. La Boétie, Contr’Un ou Discours de la servitude volontaire. Épictète, Manuel, Entretiens. Balzac, Le Père Goriot. [Il se sacrifie pour ses filles qui n’ont pour lui aucune reconnaissance ].
Patrice Tardieu.

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 23:56

Descartes, Casanova, la princesse palatine, la reine Christine, passions de l’âme, sang, nerfs, cerveau.
Descartes a rencontré Pascal en 1647 et il a hanté avant lui les salons mondains. Mais surtout il a eu une longue correspondance avec la princesse palatine Elisabeth de Bohème pour laquelle il a écrit en français un ouvrage au titre magnifique Les Passions de l’âme, au contenu déroutant comme nous le verrons. Il en enverra un exemplaire à la reine Christine de Suède qui le fera venir à Stockholm où il mourra cinq mois après.
Notons que le français était pratiqué aux dix-septième et dix-huitième siècles dans toutes les cours d’Europe et disparaîtra avec la révolution française au grand dam de Casanova voyant s’écrouler les fêtes de l’époque auxquelles il avait été invité pour son esprit car il n’avait ni noblesse ni argent, dont voici une de ses répliques. On lui demandait quel défaut il écartait en ce qui concerne les femmes et sa réponse fut : « J’écarte les jambes » ! Casanova rédigea d’ailleurs ses célèbres Mémoires en français.
J’ai dit que le traité de Descartes nous met dans l’embarras ( et ceci, dès le début ), en effet l’article 10 est intitulé « Comment les esprits animaux sont produits dans le cerveau » et il nous explique que ce sont « les plus vives et plus subtiles parties du sang [ l’expression « les esprits animaux », comme en chimie on parle « d’esprits-de-sels », sert à désigner un des corps les plus volatiles ] que la chaleur a raréfiées dans le cœur [ qui ] entrent sans cesse en grande quantité dans les cavités du cerveau »; ce qui permet de comprendre « les mouvements des muscles » ( article 11 ).
Et il faudra attendre l’article 27 pour avoir « la définition des passions de l’âme » : ce sont « des perceptions ou des sentiments ou émotions de l’âme, qu’on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, et entretenues, et fortifiées par quelque mouvement des esprits [ animaux ] ».
Nous avons affaire ici, pour le moment, à un exposé très médical psycho-physiologique qui donne toute son importance au cerveau [ ce qui renvoie au § 196 des Principes de la Philosophie ( dédiés « à la Sérénissime Princesse Elisabeth, première fille de Frédéric, roi de Bohême, comte palatin et prince-électeur de l’Empire » ) : « Comment on prouve que l’âme ne sent qu’en tant qu’elle est dans le cerveau » [ qui explique que l’on peut ressentir des douleurs dans les doigts alors que le bras a été amputé ].
Descartes insiste beaucoup aussi sur la glande pinéale située an centre du cerveau qui permettrait l’interaction du corps sur l’âme et de l’âme sur le corps ( articles 31, 32, 50 ), ce qui implique « que le siège des passions n’est pas dans le cœur [ physiologique ] » (article 33 ). Cet argument n’est pas purement « physique » en pointant le rôle des nerfs : Descartes fait remarquer que « les astres sont aperçus comme dans le ciel par l’entremise de leur lumière et des nerfs optiques ». Cette analyse sera reprise philosophiquement par Malebranche ( De la Recherche de la Vérité, livre III, deuxième partie, chapitre I ) : « nous n’apercevons point les objets qui sont hors de nous par eux-mêmes », mais par nos idées. Ce qui enclenchera « l’idéalisme » de Berkeley où « être c’est être perçu » ( « esse est percipi »).
Key Word : passion, sang, cerveau, nerfs, objets hors de nous. Key Names : Descartes, Pascal, la princesse Elisabeth, la reine Christine, Casanova, Malebranche, Berkeley. Key Works : Patrice Tardieu, Casanova a-t-il aimé les femmes ? Philo blog, 3 novembre 2011 ; Le désir masculin et le désir féminin selon Casanova, Philo blog, 6 novembre 2011 ; Casanova, le peuple et la démocratie, Hobbes, Rousseau, Voltaire, Philo blog, 8 novembre 2011 ; Casanova, désir mimétique, médiation double, René Girard, philo blog, 14 novembre 2011 ; Le membre fantôme, ressentir quelque chose dans l’organe que l’on n'a plus ! Descartes, Ruyer, Philo blog 1 octobre 2014 ; Matière toujours incertaine; certitude de l’idée, de l’affection, de la pensée, Malebranche, Philo blog 9 juillet 2012 ; Idéalisme, phénoménisme, tout n’est qu'apparence, être c’est être perçu, Proust avec Berkeley, Philo blog, 28 janvier 2012. Descartes, Les Passions de l’âme ; Principes de la Philosophie. Pascal, Pensées. Malebranche, De la Recherche de la Vérité. Berkeley, Trois Dialogues entre Hylas et Philonous ; Des principes de la connaissance humaine.
Patrice Tardieu.


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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 09:11

Passions, plaisir, anamnèse du désir brûlant et du délire d’amour. Éros et l’enthousiasme hors de soi.
Maintenant Pascal pose la problématique suivante : Comment expliquer l’unité et la diversité de la beauté recherchée dans l’amour [ problème de l’un et du multiple ] ?
1. L’Idée du Beau est « gravée dans le fond de nos âmes avec des caractères ineffaçables ».
Ici l’auteur semble reprendre la théorie platonicienne du « ressouvenir » ( [ « anamnèse », du grec « anamnèsis »] Phèdre, 249 c ) de l’Idée de la Beauté contemplée jadis et devenue empreinte indestructible. Racontons brièvement cette « épopée » philosophique du « délire [ « manikè » ] d’amour » qui saisit d’un « transport divin » tous les êtres [ étymologie du mot « enthousiasme » du grec « en », « dans », et « theos », « dieu », d’où l’exaltation qui nous soulève ! Phèdre, 249 d ]. Selon Socrate, l’esprit est constitué de trois éléments, ce qui dirige, le côté docile, et le côté fougueux. Et au moment de la procession des esprits allant contempler les Idées se produit une sorte de tohu-bohu entre les différents esprits qui peuvent apercevoir celles-ci plus ou moins bien. Certains doivent se replier sur de simples opinions [ Phèdre, 248 b ], si bien qu’ils aperçoivent une pluralité au lieu de l’unité du Beau. Ceux, au contraire, qui l’entrevoient, « sont mis hors d’eux-mêmes, ils ne s’appartiennent plus » [ Phèdre, 250 a ] sans bien le comprendre, sorte de mystère pour initié. « Celui dont l’initiation est récente, celui-là, quand il lui est arrivé de voir un divin visage, parfaite image de la beauté, ou le galbe d’un corps pareillement divin, il a commencé par frissonner, et quelque chose s’est insinué en lui de ses effrois de jadis » [ Phèdre, 251 a ]. D’où le « désir brûlant » qui conduit à ne plus dormir la nuit, ni de pouvoir rester en place le jour. Seule la jouissance pourra l’apaiser [ Phèdre, 251 c- e ]. Tel est le lien d’Éros et de la Beauté gravée dans nos âmes.
2.Comment expliquer alors les différentes « nuances » de Beauté ?
L’auteur du Discours sur les passions de l’amour va colorer différemment son premier propos très platonicien.
a. Il faut tenir compte des circonstances particulières qui dépendent de notre disposition, si bien que chacun cherche « l’original » dont il ne trouvera qu’une « copie » dans notre monde.
b. Mais il y a déjà une influence de la beauté féminine due aux femmes elles-mêmes qui ont un grand pouvoir sur l’esprit des êtres masculins. A l’Idée du Beau, elles ajoutent leur propre beauté ou celle qu’elles admirent chez d’autres femmes car elles sont très sensibles à la beauté d’une blonde ou d’une brune, du grain de sa peau.
c. La coutume de chaque pays s’en mêle et transforme nos passions. Reprenant un propos de Montaigne ( Essais, livre II, chapitre XII, Apologie de Raymond Sebond ), Pascal écrira dans ses Pensées [ 294- 60 ] : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Cependant le Discours sur les passions de l’amour affirme que chacun est persuadé de la véracité de son jugement et « un amant trouve sa maîtresse plus belle » et la donne en exemple; si bien que la beauté semble plurielle, animée en plus par l’esprit des femmes, leur grâce et leur pouvoir de séduction. Elles sont faites pour l’amour et dans le cœur des hommes, il y a une place pour elles.
d. « L’homme est né pour le plaisir ». On croirait ici entendre l’hédonisme d’Aristippe de Cyrène, pour qui seul le présent existe (puisque le passé n’est plus et le futur n’est pas encore ) et donc le plaisir donne la mesure de toutes choses [ à ne pas confondre avec l’eudémonisme d’Épicure qui conduit au bonheur ].
En tout cas, on est très loin du Pascal des Pensées qui ne cesse de parler de la « misère de l’homme » perdu dans un monde infini, désespéré [ 72- 199 ], berné par son imagination sur « la beauté, la justice et le bonheur » [ 82- 44 ]. Toutefois l’auteur du Discours sur les passions de l’amour ajoute que le plaisir en question peut être vrai ou faux, mais qu’importe, pourvu qu’il soit perçu comme vrai ! Peut-être évoque-t-il le plaisir simulé par le partenaire ! D’ailleurs comment distinguer le vrai du faux puisqu’en parlant d’amour, on devient amoureux ! Éros lui-même n’est-il pas un enfant ?
Key Word : Amour, l’Idée du Beau, hédonisme, eudémonisme. Key Names : Pascal, Platon, Montaigne, Aristippe de Cyrène, Épicure. Key Works : Patrice Tardieu, Seul critère : le plaisir, Aristippe de Cyrène ; notre affect semblable à celui d’autrui ? Philo blog du 14 octobre 2012 ; Aristippe de Cyrène, le pathos, sensation que le sujet éprouve, les mots et autrui. Philo blog du 17 octobre 2012 ; Présent, instant, plaisir, hédonisme, Aristippe de Cyrène, Horace, Kierkegaard. Philo blog du 19 octobre 2012. Pascal, Pensées, Discours sur les passions de l’amour. Platon, Phèdre. Montaigne, Essais. Épicure, Lettre à Ménécée.
Patrice Tardieu.

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 12:09

L’amour, l’ennui, le cœur et la raison, les passions, Dieu. Pascal, Heidegger, le chevalier de Méré.
Un texte énigmatique nous est parvenu : Discours sur les passions de l’amour qui daterait de 1653 et aurait donc été conçu et rédigé, dans sa période « mondaine », « galante », par Pascal; redécouvert par le philosophe Victor Cousin, qui le considérait comme authentique, en 1843, et qui se trouve à la Bibliothèque Nationale ! Je vais essayer de « problématiser » cet écrit et d’exposer les thèses que Pascal ( en principe ) y soutient, tout en faisant références à ses Pensées [ numéros entre crochets, d’abord dans l’édition Brunschvicg, puis Lafuma ].
1. Comment un homme d’esprit vit-il ses passions ?
De manière agitée, parce que l’homme ne peut pas rester en repos sans connaître l’ennui. Les pensées « calmes », scientifiques, ne peuvent remplir sa vie. L’être humain a besoin de « remuement » et d’action. Or ce qui l’agite, ce sont les amours et l’ambition, antagonistes entre elles.
Commentons tout cela : on sait que pour Pascal (comme pour Descartes ) la réalité humaine se définit par la pensée [ 365- 756 ] « l’homme n’est qu’un roseau pensant » [ 347- 200 ] dit Pascal; c’est donc par elle qu’il devrait atteindre le bonheur. Il n’en est rien ! La passion sociale qu’est l’ambition [ notons qu’Aristote ne condamne pas la « mégalopsuchia », l’orgueil bien placé, justifié ( Éthique à Nicomaque, IV, 7, 1123 a 34 )], comme la passion interpersonnelle, sont nécessaires pour écarter l’ennui. Heidegger en distingue trois sortes : l’ennui courant, ordinaire, il faut « tuer » le temps [ mais est-ce possible ? ], on est bloqué dans une gare, assujetti à la situation; l’ennui après coup, on s’était amusé, mais non, on sent tout le vide de ce temps « perdu »; l’ennui « métaphysique », le monde n’est plus un monde de possibles. On trouve cette analyse dans son ouvrage : Les concepts fondamentaux de la métaphysique : monde, finitude, solitude. On comprend mieux cette « agitation » nécessaire selon Pascal.
2. Qu’est-ce qui nous pousse donc à aimer ?
Nous sommes un esprit mais aussi un cœur. Il n’y a pas à demander s’il faut aimer, nous y sommes porté sans réfléchir. Le sentiment est là. Mais la netteté de l’esprit permet celle de la passion, et la souplesse de celui-ci éclaire « les parties aimables de ce qu’il aime », en particulier pour l’être masculin la beauté de la femme.
Remarquons qu’il y a ici une différence avec le Pascal des Pensées [ 277- 423 ] dont la maxime ambiguë « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point », s’explicite ( par la [ 282- 110] ) de la manière suivante : le « cœur » est l’intuition intellectuelle des principes suivants, « il y a espace, temps, mouvement, nombres » tandis que la « raison » démontre leurs propriétés et qu’ainsi « les principes se sentent, les propositions se concluent ».
Et dans le domaine religieux : « c’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison » [ 278- 424 ]. C’est le fameux « pari » de Pascal, grâce au joueur et écrivain le chevalier de Méré, qui va le pousser à créer ( avec Fermat ) le calcul de probabilité; chevalier de Méré qui est peut-être ( c’est une hypothèse que je suggère ) l’auteur de ce Discours sur les passions de l’amour !
Key Word : amours, ambitions, agitation humaine. Key Names : Pascal, Descartes, Aristote, Heidegger. Key Works : Patrice Tardieu, Interprétation biaisée de Pascal sur le cœur, le sensible, la raison et Dieu, Philo blog du 6 août 2013 ; Angoisse, ennui. Le Néant. L’Être. Heidegger, Philo blog du 7 juin 2011. Pascal, Discours sur les passions de l’amour ; Pensées ; Lettres à Fermat, La règle des partis. Descartes, Méditations métaphysiques. Aristote, Éthique à Nicomaque. Heidegger, Les concepts fondamentaux de la métaphysique : monde, finitude, solitude. Marivaux, Le jeu de l’amour et du hasard.
Patrice Tardieu.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 22:59

Tétin chatouillé par la bouche, contact peau à peau de la maman avec son enfant. Ambroise Paré.
Freud attribue à la succion une importance considérable dans la vie. C’est d’abord ce qui a permis au nouveau-né de survivre en suçant le sein maternel, mais les lèvres de l’enfant sont immédiatement devenues une « zone érogène » puisque « « l’excitation causée par l’afflux du lait chaud a provoqué le plaisir », si bien qu’il va rechercher la répétition de cette délectation qui s’est imprimée dans sa mémoire. Freud va jusqu’à écrire : « la volupté de sucer absorbe toute l’attention de l’enfant, puis l’endort ou peut même amener des réactions motrices, une espèce d’orgasme ». Et il ajoute dans une note : « la satisfaction sexuelle est le meilleur remède contre l’insomnie. La plupart des cas d’insomnie nerveuse sont dus à une insatisfaction sexuelle. On sait que des nourrices peu consciencieuses calment et endorment les enfants qui leur sont confiés en leur caressant les organes génitaux ». Il en tire la théorie suivante que l’activité sexuelle s’est en premier lieu soutenue par un étayage sur la nutrition, pour s’en rendre indépendante ensuite. Et il s’ébaubit du spectacle suivant : « quand on a vu l’enfant rassasié abandonner le sein, retomber dans les bras de sa mère, et les joues rouges, avec un sourire heureux, s’endormir, on ne peut manquer de dire que cette image reste le modèle et l’expression de la satisfaction sexuelle qu’il connaîtra plus tard ». Il cite l’étude d’un docteur sur la sucette ( « das Lustscherli » [ remarquons qu’en allemand « die Lust » signifie « le désir charnel »] ) et le témoignage d’une jeune fille qui considérait que « tous les baisers ne donnent pas la joie que donne la sucette ».
Mais qu’en est-il de la mère ? Le célèbre chirurgien du seizième siècle, Ambroise Paré, écrit qu’il y a un lien entre le sein et l’utérus, « chatouillant le tétin, la matrice se délecte et sent une titillation agréable, parce que ce petit bout de mamelle a le sentiment fort délicat, à cause des nerfs qui y finissent […], de l’enfant qui les chatouille doucement de sa langue et bouche. A quoi la femme sent une grande délectation, et principalement que le lait y est en abondance ». Cette dernière remarque est importante car nous savons maintenant que c’est le bébé qui fait surgir le lait de la poitrine de sa mère. Un de nos contemporains ira jusqu’à dire : « Celles qui ont nourri avec plaisir savent qu’une femme peut jouir quand l’enfant tète. Mais silence, les hommes n’en veulent rien savoir ! Le plaisir ne doit apparaître que dans les bras de l’amant ».
On voit tout ce que perdent celles qui nourrissent leur enfant uniquement avec du lait industriel et un biberon qui ne leur communique rien ( ni plaisir ni souffrance car le sein peut être douloureusement gonflé, violacé, suintant sur le beau chemisier ). Et on comprend mieux la colère de Melanie Klein qui considère dans La Psychanalyse des enfants que c’est l’origine d’une grande frustration car, j’ajouterais, le contact de peau à peau est essentiel entre l’enfant et sa maman.
Key Word : La succion, afflux du lait chaud, délectation. Key Names : Freud, Ambroise Paré, Melanie Klein. Key Works : Freud, Trois Essais sur la théorie de la sexualité. Ambroise Paré, L’Anatomie, livre II. Melanie Klein, La Psychanalyse des enfants.
Patrice Tardieu.



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Published by Patrice TARDIEU - dans Psychanalyse
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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 00:41

Fellation, rite sacré, jouissance et accès à l’au-delà; Isis. Approche psychanalytique, Riviere, Klein.
Nous avions vu que la psychanalyste Joan Riviere se penche sur l’enfant au sein. Elle continue sa réflexion de la manière suivante : « Du point de vue psychique, aucun d’entre nous n’aurait grandi si nous n’avions pas éprouvé un certain mécontentement à l’égard du lait de notre mère, de ses mamelons ou de nos biberons [ substitut du sein maternel ] ». En particulier le plaisir érotique du sein va se retrouver ailleurs, la succion qui permettait au nourrisson d’obtenir la nourriture dont il avait besoin lui faisait éprouver « un plaisir sensuel à sucer le mamelon ». Une des transformations de la succion n’est autre que le baiser des amoureux. Mais la psychanalyse va plus loin : cet éloignement et ce « rejet » de la mère et de son sein fait que « nous passons tous par ce mécanisme, soit que comme petites filles nous recherchions ( et finalement en tant que femme nous trouvions ) quelque chose chez l’autre sexe qui ressemble à un mamelon ». Si je ne me trompe, la très aristocratique Joan Riviere se réfère à la fellation ( qui vient du mot latin « fellatio », du verbe « fellare », « sucer »; les érudits connaissent aussi le verbe « irrumer » qui signifie au sens propre « donner le sein » du verbe latin « irrumo », mais qui est employé de manière licencieuse, « mettre dans la bouche de quelqu’un, au sens priapéen » par Catulle, dans ses Poésies, 16, 1; 21, 8, et Martial dans ses Épigrammes IV, 50 ).
Quant au garçon, nous dit-elle, il va s’éloigner du sein de sa mère et la séparer du « lait » qu’il va trouver finalement comme produit par son propre sexe. Toutefois il gardera « ce fantasme, d’importance capitale, d’un sein toujours gonflé qui ne fait jamais défaut ». Peut-être est-ce pour cela qu’elle insiste sur les Don juan : « Ces gens passent leur vie à chercher, à trouver et à être déçus parce que, soit en qualité, soit en intensité, leurs désirs sont démesurés et irréalisables ». Et elle ajoute : « Les Don juan et les instables gardent ainsi intact leur désir de ce qui est bon, pour autant qu’ils puissent reconnaître ce qui est bon [ le « bon sein » ] ». C’est une sorte de quête d’un paradis perdu.
Melanie Klein avait déjà rapproché le sein et le pénis dans son livre La psychanalyse des enfants, en étudiant le cas d’une fillette de six ans, d’une rare précocité sexuelle : « La manière compulsive dont elle suçait son pouce était due à des fantasmes dans lesquels elle suçait, mordait et dévorait le pénis du père et les seins de la mère ». Voici l’explication générale des premières relations à la mère : « Au point de départ de ces fantasmes, qui expliquent l’extrême attachement de la fille à sa mère, on retrouve le sein maternel, la première et de ce fait la plus significative des sources de satisfaction ». D’où l’introjection, en cas d’angoisse, du sein de la mère [ ou du pénis du père ]. Mais celle-ci donne lieu à un sentiment de culpabilité ce qui « ne fait que resserrer ses liens avec la mère et donne lieu à un besoin de réparation et de restitution qui s’exprime par de nombreuses sublimations de type féminin » [ travaux de couture qui consistent aussi, tout de même, à couper ! ]. Le rôle du vagin, plus tard, dans l’acte sexuel, permettra à la fois l’incorporation sans la destruction !
Je vais maintenant décrire une fellation sacrée qui concerne la croyance religieuse de l’Égypte antique. Dans une page rarement montrée du papyrus Ani, il y a l’animation du phallus par Isis qui est une déesse habituellement ( comme dans le Temple d’Abydos du Roi Sethos I ) représentée portant une coiffe de plumes de vautour et des cheveux entremêlés de bijoux en forme de petites têtes de serpent avec un prolongement sur le crâne qui contient un disque solaire; elle tient dans une main une crécelle rituelle à l’effigie d’Horus [ fils qu’elle a eu avec Osiris son frère et son époux ] qui porte au-dessus de lui un sanctuaire miniature, et de l’autre main une amulette qui retourne les sorts avec huit chaînes. Mais sur le papyrus ses mains sont occupées à retenir l’homme qu’elle suce et ses longs cheveux noirs, tombant sur son dos, ne sont pas couronnés du soleil entre deux cornes de vache sacrée, symbole de la fertilité. Isis, à genoux, le sein nu, flatte donc oralement le membre viril de l’homme pendant qu’Anubis, fils également d’Osiris ( mais avec Nephtys, autre sœur de celui-ci ! ), qui a un visage de chacal, aux oreilles dressées, avec coiffe égyptienne, tient l’homme debout de ses deux bras.
Cette fellation sacrée porte le nom « d’ouverture de la bouche » qui permet à l’homme ici momifié de recouvrer la parole, mais cette expression me semble plutôt pencher du côté de l’action de la déesse Isis qui introduit le pharaon dans la jouissance de l’au-delà par sa bouche ! C’est du moins l’hypothèse audacieuse que je formulerais ! Il est vrai qu’il y a une représentation de la même scène sur la fresque de la tombe de l’intendant Roy à Thèbes [ la Thèbes « aux cents portes » de l’Égypte ancienne ] qui est moins explicite que sur le papyrus Ani dont il existe un fac-similé au British Museum de Londres, en espérant que le Musée du Caire ne soit pas saccagé !
Key Word : psychanalyse, plaisir de sucer le mamelon, le baiser, le « bon sein », la fellation. Key Names : Joan Riviere, Melanie Klein, K. Lange & M. Hirmer, Catulle, Martial. Key Works : Joan Riviere et Melanie Klein, L’amour et la haine. Melanie Klein, La psychanalyse des enfants. Catulle, Poésies, 16, 1; 21, 8. Martial, Épigrammes, IV, 50. Papyrus Ani, fac-similé du British Museum. K. Lange & M. Hirmer, Égypte, architecture, sculpture, peinture, planche 210. Je signale, à titre indicatif, la réflexion de Platon sur le dieu égyptien « Thoth » ( « Theuth » en grec ), Phèdre, 274 c, et le commentaire de Jacques Derrida, La pharmacie de Platon, in La Dissémination.
Patrice Tardieu.

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Published by Patrice TARDIEU - dans Psychanalyse
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 01:25

Peut-on associer violence et sacré, religion et sagesse, ferveur et exaltation, dogme et fanatisme?
Le débat sur France Culture entre Ali Benmakhlouf ( qui avait eu droit à une émission entière déjà le vendredi précédent ) et Rémi Brague a été savoureux; Adèle Van Reeth en a été prise de panique !
Ali Benmakhlouf se réclame de la philosophie analytique ( mais il a déjà abusé de la logique des propositions « verum sequitur quodlibet » [ « une proposition vraie suit de n’importe quelle proposition »] pour soutenir que « toutes les possibilités sont ouvertes », mais ce n’est vrai que pour le faux! ), de Wittgenstein et de Foucault, oubliant que dans L’usage des plaisirs Michel Foucault fait l’apologie de l’amour des garçons passifs par un homme plus mûr et actif ( chapitre IV, p. 243- 292 ).
Ali Benmakhlouf veut associer la « Voie », « le Chemin » coranique ( la « Chari‘a » [ la « Loi islamique » ]; seule occurrence de ce mot dans la sourate 45, 18 ) à la sagesse philosophique antique et soutenir qu’aucune sagesse ne peut justifier l’appel au meurtre. D’où le problème de la tolérance. Rémi Brague fait remarquer que les sourates de La Mecque sont plus tolérantes que celles de Médine mais que ces dernières abrogent les premières ! Il y a une gradation de plus en plus forte comme dans les prohibitions religieuses sur l’alcool : 1.Ne pas être ivre à la Mosquée; 2. Il serait préférable de ne pas en boire; 3. Interdiction totale. Il signale aussi les contradictions entre les versets. Adèle Van Reeth court au secours d’Ali Benmakhlouf en affirmant que ce n’est pas rédhibitoire. Rémi Brague pointe que le Coran est sensé être la parole de Dieu, éternel, omniscient et qui donc prévoit tout [ c’est même l’idée du « mektoub » ( « c’était écrit » sourate 3, 145, dans « Le Livre de Dieu » sourate 33, 6; « Le Livre de la prédestination » sourate 6, 38 ). Ali Benmakhlouf [ que j’ai entendu, lors d’une conférence, nier le « mektoub » dans le Coran ! ] passe alors au [ troisième ] calife, Othman, qui a constitué le premier « corpus » coranique, en évoquant quelques légendes. Il oublie de dire que ce très gros livre de 80 kilos, 1487 feuillets, n’a ni ponctuation, ni voyelle, et qu’Othman sera assassiné ( tout le monde n’était donc pas d’accord ! ), tout comme Ali, gendre de Mohammed, assassiné lui aussi, qui revendiquait le califat et qui donne une autre organisation du Livre et adjoint de très nombreux « hadiths » [ paroles et gestes attribués par la tradition à Mohammed ].
J’aimerais ajouter, ce que personne n’a dit toute cette semaine ( ni avant ) qu’en 1972, il y a eu l’écroulement du toit de la Grande Mosquée de Sanaa au Yémen où étaient cachés des centaines de fragments de Coran du premier siècle de l’Islam. Ce sont « des squelettes de consonnes » difficiles à lire et à interpréter; il n’y a pas de ponctuation, de titre des sourates qui sont dans des séquences différentes de celles actuelles ; il y a des palimpsestes ( on a effacé et ré-écrit par-dessus mais on voit une écriture en-dessous ); l’orthographe est déficiente; et aussi il n’y a pas que de l’arabe, mais du babylonien et de l’araméen [ langue parlée par Jésus, sorte de dialecte juif employé encore en Syrie ( s’il reste des personnes qui possèdent cet idiome )! ]. Il me semble que ce documentaire diffusé par Arte en 2009 était plus pertinent que la série de fiction américaine « House of cards » qui ne concernait que Le Lévitique directement.
Il y a aussi les photographies qui datent de 1920- 1930 de Gottelf Bergstramer de milliers de pages des premiers Coran, « Corpus Coranicum », avec les problèmes des « transformations » au cours des temps; que l’on croyait détruites en 1944 par les bombardements de l’Académie de Bavière, mais les négatifs avaient été cachés !
On en vient au cœur du problème avec la sourate 9 verset 5 où il s’agit de tuer, capturer, assiéger, piéger…Ali Benmakhlouf admet que c’est « une sourate violente » mais il ajoute qu’il s’agit de nouer la violence et le sacré [ allusion à l’ouvrage de René Girard ? ] et se replie sur « le monothéisme pur » ( « Al-Ihlas » ) de la sourate 112. Ali Benmakhlouf soutient que la prière quotidienne est pacifique. Rémi Brague dit qu’il faut en venir donc à la sourate première [ « Al-Fatiha », « Ouverture » ] que récitent tout le temps les croyants et qui se termine ainsi : « ceux qui ont encouru la colère de Dieu [ les Juifs ] et ceux qui se sont égarés [ les Chrétiens ] ». Et il se trouve que la sourate 9, « violente », reconnue comme telle par tous, est la dernière révélée et qu’elle annule par conséquent toutes les précédentes plus clémentes !
Enfin, Ali Benmakhlouf se réfère à la sourate 2, 256 [ Al-Baqarah ]: « pas de contrainte en matière de religion ». Mais alors Rémi Brague reprend une idée d’Ali Benmakhlouf : tout est une question de langage comme le dit Wittgenstein. Seulement alors cette sourate est-elle le commandement qu’il n’y ait pas de contrainte en matière de croyance religieuse ou faut-il l’interpréter qu’au contraire le croyant est ancré dans sa religion et ne peut alors en changer, ce qui n’est plus un ordre mais une constatation de l’impossibilité de sortir de sa propre croyance : il n’y a pas de contrainte possible en matière de religion. De toute façon, cette sourate 2, 256 est abrogée par la sourate « violente » 9, 5 ! Il lui dit : « Vous êtes coupable d’associationnisme, cher Ali ». Ce qui est terrible puisque précisément la sourate 9, 5 proclame : « Tuez les associationnistes où que vous les trouviez ».
En ce moment, en Irak, à Mossoul, on détruit les « idoles » mésopotamiennes, les sculptures, chefs-d’œuvre du patrimoine mondial, qui associent le divin à des déités, à coup de bulldozer et de masse ( actions que l’on peut voir sur des films de propagande des destructeurs eux-mêmes ! ).
Key Word : la tolérance, la violence, contrainte et religion. Key Names : Bruno Ulmer, Gottelf Bergstramer, René Girard, Ludwig Wittgenstein, Michel Foucault. Key Works : Patrice Tardieu : Religion positiviste, socratique, chrétienne, islamique, juive, bouddhiste, klossowskienne, Philo blog du 26 août 2007 ( et beaucoup d’autres, j’ai publié 68 articles à ce jour sur la religion ). Gottelf Bergstramer : Corpus Coranicum. Bruno Ulmer, Documentaire, 2009, sur Arte. René Girard, La Violence et le Sacré. Wittgenstein, Investigations philosophiques, Michel Foucault, Histoire de la sexualité, 2, IV.
Patrice Tardieu.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 22:17

Jalousie haineuse d’un nourrisson qui observe un autre en train de téter. Lacan, Riviere, Augustin.
Un an avant l’article de Jacques Lacan sur La Famille, paraît le livre de deux psychanalystes anglaises, Love, Hate and Reparation ( L’Amour, la Haine et le besoin de Réparation ) de Mélanie Klein et Joan Riviere, la bien nommée : la rivière, la femme, la fontaine, hautaine et pleine de distinction, qui avait déjà écrit un texte remarqué « La féminité en tant que mascarade »[ opposée à la « parade » masculine ]. Joan Riviere se penche sur l’enfant au sein. Il dépend entièrement d’une autre personne mais, au début, il n’en a pas conscience car le sein de sa mère n’est qu’une partie de lui-même et il s’attend à toujours être comblé; il est dans le plaisir de téter le lait et de calmer sa faim. Cependant, qu’arrive-t-il si son attente n’est pas satisfaite ? D’une certaine façon, il va prendre conscience de sa dépendance; « il pleure et il crie; il devient agressif »; automatiquement la haine monte en lui, ainsi qu’un « désir irrésistible d’agression » [ contre le sein ]. Il se met à ressentir le vide et la solitude, il éclate de colère, « source de douleur et de sensations corporelles d’explosion, de suffocation et d’étouffement ». L’enfant ne fait pas de différence entre le moi et le non-moi [ cette distinction conceptuelle que fait la psychanalyste, qui connaît parfaitement l’allemand, provient du philosophe Fichte ], ce qu’il ressent est le monde. S’il est affamé, seul, le monde n’est rien qu’un univers sans lait, sans chaleur, sans bien-être, sans plaisir. S’il a des troubles intestinaux, le monde est un lieu de souffrances, de brûlures insupportables. La répercussion psychologique sur l’être humain va être considérable : désir et haine sont enracinés à jamais qui naviguent de conserve avec l’agressivité, l’envie, la jalousie, le besoin de posséder.
Lacan, dans le Séminaire XX, fait référence au « petit a », « semblant d’être » [ puisque le sein participe au fantasme ], qui se trouve dans un texte d’Augustin [ je précise : Les Confessions, livre premier, chapitres 6 et 7 ], sur la jalousie haineuse d’un bébé qui en observe un autre en train de téter. Lacan crée deux néologismes : « la jalouissance » [ jalousie/ jouissance ] et le verbe « s’imajaillir » [ imaginer/ jaillir ] pour désigner « la jouissance substitutive première » car « l’enfant regardé, lui, l’a, le petit a ». Et Lacan de poser la question de la différence entre l’avoir et l’être : « est-ce qu’avoir l’a, c’est l’être ? » [ je renvoie à mes deux articles précédents, mais je suggère pour aider à la compréhension : c’est une jouissance substitutive dans le regard d’autrui].
Voici ce qu’écrit Augustin : « J’ai donc été accueilli par les consolations du lait humain. Mais ce n’est ni une mère ni mes nourrices qui en remplissaient leurs seins. C’était Vous [ Dieu ] qui, par leur entremise [ il s’agit donc déjà d’un « objet petit a » ! ], me donniez la nourriture de la première enfance […] car la tendresse préordonnée les inclinait à me donner ce qu’elles recevaient de Vous. […] Je les inclinais à me donner ce qu’elles recevaient de Vous. […] Je ne savais que goûter la paix du plaisir » ( chapitre 6 ). « Ainsi la faiblesse du corps est innocente chez l’enfant, mais non pas son âme. J’ai vu et observé un petit enfant jaloux : il ne parlait pas encore et il regardait, "tout pâle" [ « pallidus », cité dans le latin d’Augustin par Lacan ] et l’œil mauvais, "son frère de lait " [ « collactaneum », cité aussi, par Lacan, en latin ] ( chapitre 7 ). Saint Augustin, précurseur de Freud ( pourquoi aimer son prochain, demande Freud, dans Malaise dans la civilisation ), de Lacan, et de Joan Riviere !
Je signalerais aussi l’extraordinaire iconographie de la lactation de Saint Bernard de Clairvaux en prière qui reçoit quelques gouttes de lait sur ses lèvres de la Vierge Marie ( culte marial ). Et j’attirerais l’attention sur sa querelle avec Abélard ( célèbre pour sa liaison avec Héloïse ), car ce dernier soutient qu’on ne peut s’empêcher de ressentir du plaisir dans l’acte sexuel et que cela vient de Dieu et est naturel en conséquence. Rappelons la célèbre phrase d’Augustin : « Ama et fac quod vis » ( « Aime et fais ce que tu veux » ).
Key Word : psychanalyse, consolation du lait humain, goûter la paix du plaisir. Key Names : Joan Riviere, Lacan, Augustin, Fichte, Abélard. Key Works : Patrice Tardieu, Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout. Freud, Jacques Lacan, Philo blog du premier mars 2015; Imago du sein maternel, pleine satisfaction du désir humain, fusion orale comblée, étreinte, Dali, Philo blog du 22 février 2015; Lactation de Saint Bernard de Clairvaux, Jésus virginal, vide, libre; la Vierge féconde théotokos, Philo blog du 4 avril 2013; Imago maternelle, incapacité d’aimer, libido d’objet, Freud, Jung, Klein, Riviere, Lucrèce, Philo blog du 7 janvier 2013; Héloïse veut être pour Abélard non son épouse, mais son amie, sa concubine, sa fille de joie, Philo blog du 21 juillet 2013; Images obscènes de ses amours avec Abélard qui assaillent Héloïse, plaisirs, soupirs, souvenirs, Philo blog du 23 juillet 2013; Destin tragique d’Abélard et Héloïse. Consolation est oubli. Pas de travail du deuil, Philo blog du 25 juillet 2013. Lacan, Séminaire XX. Joan Riviere, L’amour et la haine. Augustin, Confessions. Fichte, La Destination de l’homme; Contributions sur la Révolution Française. Abélard, Éthique ou Connais-toi toi-même, Correspondance avec Héloïse.
Patrice Tardieu.

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 20:18

Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout. Freud, Jacques Lacan.
Le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, fait référence, dans la Traumdeutung ( L’interprétation des rêves ) à deux reprises, rapidement, à la poitrine féminine : « le sein de la femme évoque à la fois la faim et l’amour » ( p. 181 ) et cela lui rappelle « l’anecdote du jeune homme, grand admirateur de la beauté féminine, qui, un jour où l’on parlait de la belle nourrice qu’il avait eue étant petit, regretta [concept « d’après coup » ] de n’avoir pas mieux profité de l’occasion » ! Il insiste plus loin sur « la nostalgie de l’enfant pour le sein maternel » ( p. 204 ), ayant avoué précédemment avoir été lui-même élevé au sein, « de la mère qui donne la vie et aussi la première nourriture au vivant ».
Pour le psychanalyste Jacques Lacan, le sein devient un des « objets petit a », lié au « fantasme » qu’il écrit : sujet barré [ le sujet est assujetti à l’inconscient ], désir de « petit a ». Ce concept reprend la première lettre du mot grec « agalma », qui se trouve dans le Banquet ( je précise : 215 b ) de Platon, avec l’éloge de Socrate, par Alcibiade, qui cache sous des dehors banaux la « statue » d’un dieu. C’est donc une imago commune qui échappe finalement à la représentation simple puisque c’est ce que nous recherchons, « l’agalma » de l’autre, dans ce fantasme fondamental.
Lacan va plus loin en distinguant un au-delà de la demande, l’amour, et un en deçà de la demande, le désir, lié à ce qu’il appelle « l’objet partiel », « le petit a » ( « l’agalma » ), chose perdue de la jouissance; notamment « le champ nourricier de l’objet maternel ». Lacan précise : « non seulement placés en avant, mais émergents, […] émergeant de l’immersion libidinale, […] cet objet essentiellement fantasmatique que l’on appelle les seins ». Et il donne comme exemple tiré du livre d’une femme, un jeune garçon qui repère les « deux pains de sucre », d’une dame faisant la planche, qui sortent de l’eau, non sans émerveillement. Il en tire une réflexion sur « la véritable fonction à donner dans le rapport objectal au « nipple » [ en anglais dans le texte de Lacan ] », « le bout de sein », forme sur un fond, dans ce « rapport profond avec la mère qui est celui du nourrisson » qui doit l’attraper avec sa bouche.
Et Lacan de conclure : « les seins ne prennent leur fonction dans le désir que pour autant qu’ils ont antérieurement joué leur rôle à la même place dans la dialectique de l’amour […]. Au niveau de la demande orale, il y a en effet appel à l’au-delà de ce que peut satisfaire l’objet appelé sein. Et le sein […] n’est pas seulement ce qui se prend mais aussi ce qui se repousse, ce qui se refuse, parce que déjà, l’on veut autre chose ».
D’où la formule terrible qui se trouve quelques séminaires plus tard : « Je t’aime, mais parce qu’inexplicablement j’aime en toi quelque chose plus que toi, l’objet petit a, je te mutile ». Autrement dit, le fantasme prime tout.
Key Word : psychanalyse, le sujet assujetti à l’inconscient, désir de « petit a ». Key Names : Freud, Lacan, Platon. Key Works : Patrice Tardieu, Seins : l’idole et l’icône, Philo blog du 26 août 2007 et du 6 janvier 2009. Jacques Lacan, Séminaires VIII et XI. Freud, L’interprétation des rêves. Platon, Banquet, 215 b.
Patrice Tardieu.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 00:44

Imago du sein maternel, pleine satisfaction du désir humain, fusion orale comblée, étreinte, Dali.
Il est frappant de voir que le psychanalyste Jacques Lacan dans son article sur La Famille, reprend la thèse de Charles Maurras sur l’impuissance vitale du nouveau-né que Lacan explique physiologiquement par le retard de la dentition et de la marche [ il n’est pas encore entièrement « lacanien » ! ], si bien que l’on peut considérer « l’homme comme un animal à naissance prématurée ». D’un point de vue philosophique, Heidegger avait, avant eux, soutenu la thèse de la déréliction « d’être jeté au monde », la « Geworfenheit », ( Être et Temps, § 29, p.135 ) le fait de « tomber » dans l’existence. Lacan insiste sur la prégnance de la famille sur l’activité mentale, mais en utilisant deux mots inventés par Bleuler et par Jung : le « complexe » ( structure psychique liée à un traumatisme ) et « l’imago » que Jung définit comme un ensemble affectif général inconscient qui devient un archétype ( du père, de la mère…).[ Métamorphoses de l’âme et ses symboles, p.100 ]. Commençons par le complexe du sevrage caractérisé par « l’ablactation » qui provoque une crise du psychisme car l’enfant est « privé de lait » relié à l’imago du sein maternel, « la plus grande plénitude dont puisse être comblé le désir humain ». En effet, il y a « fusion orale », ou même mieux : « cannibalisme fusionnel, ineffable, à la fois actif et passif, toujours survivant dans les jeux et mots symboliques [ comme « belle à croquer », et que l’on retrouve sur la peinture de Salvador Dali « Cannibalisme d’automne » ], dans l’amour le plus évolué ». La mère, elle, reçoit en compensation « l’allaitement, l’étreinte et la contemplation de l’enfant », ce qui évite, en général, qu’elle l’abandonne.
Key Word : psychanalyse, prégnance de la famille, imago, complexe, ablactation. Key Names : Jacques Lacan, Charles Maurras, Bleuler, Jung, Salvador Dali, Heidegger. Key Works : Patrice Tardieu, La famille première unité sociale, la femme médiatrice, Lacan, de Bonald, Comte, Maurras, Philo blog du premier février 2015. Jacques Lacan, La Famille. Charles Maurras, Confession. Jung, Métamorphoses de l’âme et ses symboles. Salvador Dali, Cannibalisme d’automne, Tate Gallery de Londres. Heidegger, Être et Temps.
Patrice Tardieu.

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