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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 23:52

Casanova, le peuple et la démocratie, Hobbes, Rousseau, Voltaire

Casanova a beaucoup écrit sur les femmes mais il a aussi des opinions sur le peuple. Il a rencontré Voltaire et Rousseau. Rappelons que pour Rousseau « il n’a jamais existé de véritable Démocratie et il n’en existera jamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné.[…] S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes » ( Du Contrat Social, livre III, chap.IV De la Démocratie ).

Casanova se réclame de Hobbes : le sage gouvernement doit maintenir le peuple par les « digues » de l’autorité. Casanova va même plus loin : il faut contenir cet « esprit de rébellion » qui fleurit surtout dans toute grande ville, endormir cet esprit démocratique, utiliser la superstition pour le faire obéir car le peuple « n’est qu’un animal d’une grandeur immense qui ne raisonne pas » ( Casanova reprend l’image hobbienne du léviathan, monstre symbole de la société ). En effet le peuple est semblable partout, « il n’a ni lois, ni système, ni religion; ses dieux sont le pain, le vin et la fainéantise ». Finalement le peuple ne « peut être heureux qu’écrasé, foulé, tenu en laisse ». Pourquoi ? C’est que «  tout peuple est une union de bourreaux » écrit Casanova.

Key word

: les femmes, le peuple, il n’a jamais existé de véritable démocratie et il n’en existera jamais, contre l’ordre naturel, le grand nombre, le petit nombre, seul un peuple de dieux se gouvernerait démocratiquement, un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes, maintenir le peuple par des digues, l’esprit de rébellion partout dans les grandes villes, esprit démocratique, la superstition, le peuple est un animal d’une grandeur immense qui ne raisonne pas, image hobbienne du léviathan monstre symbole de la société, le peuple n’a ni lois ni système ni religion, les dieux du peuple sont le pain le vin et la fainéantise, le peuple ne peut être heureux qu’écrasé foulé tenu en laisse, tout peuple est une union de bourreaux.

Key names

: Casanova, Voltaire, Rousseau, Hobbes.

Key works : Léviathan

( Hobbes ), Du Contrat Social, livre III, chap.IV De la Démocratie ( Rousseau ), Dictionnaire philosophique ( Voltaire ), Histoire de ma vie ( Casanova ).

Patrice Tardieu

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 00:41

Sade, l’apathie et le stoïcisme

Le terme « apatheia » existe dans la philosophie déjà chez Platon et Aristote; on peut le traduire par « apathie », « absence de sensibilité » comme dans le traité De la Psychè d’Aristote. Mais c’est le stoïcisme de l’époque impériale qui lui donne un poids particulier. Et d’abord Sénèque dans son ouvrage De la Tranquillité de l’âme. Le chapitre XI est intitulé : « Le sage est indifférent aux circonstances extérieures ». Sénèque nous brosse son attitude : le sage reçoit l’existence comme un dépôt qu’il est toujours prêt à restituer à la nature, il ne s’attache ni à sa position sociale, ni à ses richesses, ni à son pouvoir, toutes choses que les événements peuvent lui dérober. Avec Épictète , cela prend un tour encore plus didactique. Dans les Entretiens, il nous enseigne que précisément les mésaventures révèlent un homme. Si tu n’as plus de lit, tu en chercheras un autre, et si tu n’en trouves pas, tu dormiras par terre. Telle situation ne te plaît pas, mais la porte est ouverte; si tu restes, ne gémis pas. Tu vas au spectacle, mais tu es mal placé, tu ne vois rien; eh bien, n’y va pas ! On t’insulte, ne laisse pas ton âme s’emporter dans la colère. Prenons donc exemple sur Socrate qui « garda toujours le même visage ». Le sage atteint alors l’ataraxie, l’absence de trouble.

Sade va retenir cette impassibilité stoïcienne mais il va y greffer de manière originale la jouissance, alors que dans le christianisme naissant la greffe va se faire du côté de la non-jouissance, de l’ascèse et de la mortification.

Beaucoup de personnages vont être dotés de cette « insensibilité ». En ce qui concerne Durcet, il est dit que « son âme est ferme et stoïque ». Dans Aline et Valcour, ils seront bientôt sans ressource et les malheurs risquent de fondre sur eux, mais le « flegme heureux » et « le stoïcisme » les raniment. Pour le personnage de Bressac, l’apathie et l’insensibilité sont accentués; il n’a pas une «  grande dose de sensibilité dans le coeur »; c’est le moins qu’on puisse dire puisqu’il projette la mort de sa mère ( ou de sa tante )! Dolmancé contredisant Le Chevalier fait l’éloge de l’apathie contre « la perfide sensibilité » du cœur. Mais c’est surtout la « féministe » Mme de Clairwil ( elle veut « venger son sexe » ) qui fait la louange de l’apathie, du sang-froid qui permet de ne pas se faire prendre, de gagner en hypocrisie et d’éviter l’échafaud. Il faut être sans pitié et insensible aux malheurs des autres, la pitié provenant de l’égoïsme puisque nous nous mettons à la place d’autrui et craignons que cela nous frappe. Elle est donc arrivée à « cette tranquillité, ce repos des passions, à ce stoïcisme ».

Étrange destinée de « l’apatheia ».

Patrice Tardieu

Key word

: apathie, stoïcisme, absence de sensibilité, tranquillité de l’âme, le sage indifférent aux circonstances extérieures, l’existence comme un dépôt, aucun attachement à la position sociale, aux richesses, au pouvoir, les mésaventures révèlent un homme, ne pas gémir, ne laisse pas ton âme s’emporter, garder toujours le même visage, ataraxie, absence de trouble, impassibilité stoïcienne, jouissance, la non-jouissance, l’ascèse, la mortification, insensibilité, âme ferme et stoïque, flegme heureux, la perfide sensibilité du cœur, féministe, éloge du sang-froid, être sans pitié, l’égoïsme comme origine de la pitié.

Key names

: Sade, Platon, Aristote, Sénèque, Épictète.

Key works : De la Psychè

( Aristote ), De la Tranquillité de l’âme ( Sénèque ), Entretiens ( Épictète ), Œuvres ( Sade ).

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Published by Patrice TARDIEU - dans Marquis de Sade
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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 00:03

Le désir masculin et le désir féminin selon Casanova

Casanova pose le problème : si les désirs sont semblables chez les hommes et chez les femmes, pourquoi l’homme refusera-t-il très rarement le désir d’une femme qui le sollicite, alors que la femme refusera le plus souvent et un certain temps la satisfaction à l’homme qui la désire ?

Selon Casanova, c’est que l’homme risque de la quitter alors que la femme veut le retenir. Or tant qu’il n’a pas satisfait son désir, il ne la quittera pas; tandis qu’elle, au contraire, le conservera en ne le satisfaisant pas.

Et donc, toujours selon Casanova, l’homme est plus sûr de satisfaire la jouissance de la femme que la sienne. Et par conséquent il ne tarde pas à la contenter. Tandis que les femmes ont intérêt à retenir le plus longtemps possible l’homme.

Il conclut de la façon suivante : nous nous plaignons des femmes qui nous refusent leurs faveurs, mais nous avons tort car elles doivent attiser le désir que nous avons d’elles car une fois que nous les possédons, nous ne les désirons plus puisque ( selon le principe platonicien du Banquet ) on ne désire pas ce que l’on possède. « Les femmes ont donc raison de se refuser à nos désirs », écrit-il.

Patrice Tardieu

Key word

: désir masculin, désir féminin, désirs semblables chez les hommes et chez les femmes, la satisfaction du désir, quitter ou retenir, satisfaire la jouissance de la femme, la contenter, retenir le plus longtemps possible l’homme, ne pas se plaindre des femmes qui refusent leurs faveurs, attiser le désir de l’homme, les femmes ont raison de se refuser à nos désirs.

Key names

: Casanova, Platon.

Key works : Histoire de ma vie

( Casanova ), Banquet ( Platon ).

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 00:54

Sade contre Freud. Y-a-t-il refoulement, refoulement de l’amour chez Sade ?

Le concept de refoulement, « die Verdrängung » en allemand, s’est répandu grâce à la psychanalyse de Freud qui y voyait l’acte fondateur même de l’inconscient, « das Unbewusste », construit par le refoulement de pulsions qui faisaient leur réapparition dans « le retour du refoulé » sous forme, par exemple, de symptômes hystériques ou de rêves, mais le noyau originaire restant inconscient grâce à une « censure » inconsciente qui ne doit pas être confondue avec des réticences conscientes. Freud emploie cette image : le refoulement se comporte comme une digue contre la poussée (« Drang ») des eaux. « Drang » que l’on retrouve dans « Verdrängung » et l’expression « Sturm und Drang » qui désigne le romantisme allemand : « Tempête et Tourments ». Le concept de refoulement se retrouve, avant Freud, chez Hegel ( l’esclave ou le serviteur a un esprit « refoulé »), chez Schopenhauer expliquant la folie par la répulsion à admettre une réalité trop insupportable, et même chez Nietzsche donnant la clef du mécanisme de l’inhibition morale.

Peut-on parler de refoulement de l’amour Chez Sade et même de refoulement tout court ?

Sade sait exprimer son amour dans toutes les colorations possibles. Prenons la lettre du 6 avril 1763 ( adressée à Laure de Lauris qu’il doit épouser ) : elle commence par des invectives contre l’inconstance supposée de Laure, devenue parjure et ingrate, brisant les attaches éternelles qui devaient les unir, mésinterprétant le départ pour Avignon comme une fuite, un abandon par rapport à elle, jugeant son cœur à lui en fonction des changements de sentiments qu’elle éprouve, perfide qui veut briser le lien avec celui qui l’adorait. Quelle frivolité de vouloir rester à Paris ! Qu’elle trouve un coquin qui la trompera à son tour !

Mais après ce dépit amoureux, Sade crie son amour : Qu’a-t-il dit ! Où son désespoir l’a-t-il conduit ? Qu’elle pardonne à ce pauvre hère qu’il est devenu, qui ne se connaît plus et envisage de se suicider. Il ne peut survivre à cette infortune. Il lui demande de lui écrire, de ne pas l’abandonner, il la supplie de s’expliquer…

Venons-en maintenant aux œuvres du « divin marquis », on peut y affirmer sans exagération qu’il y a là une absence totale de refoulement. Il s’agit même d’une ouverture sur l’abîme du plaisir, de la jouissance et de la cruauté, sans aucun frein, sans aucune « digue ». Il n’y a pas d’inconscient freudien proprement dit ( produit de pulsions refoulées par une instance supérieure ) chez Sade ni de sur-moi.

Patrice Tardieu

Key word

: refoulement, psychanalyse, l’inconscient, pulsions, le retour du refoulé, symptômes hystériques, rêves, refoulement originaire, censure inconsciente, réticences conscientes, le refoulement comme digue contre la poussée des pulsions, le romantisme allemand, tempête et tourments, esprit refoulé de l’esclave ou du serviteur, la folie comme répulsion à admettre une réalité trop insupportable, le mécanisme de l’inhibition, refoulement de l’amour, lettre d’amour, invectives, inconstance, liens éternels brisés, abandon, changements de sentiments, frivolité, dépit amoureux, infortune, absence totale de refoulement, ouverture sur l’abîme du plaisir, de la jouissance et de la cruauté, pas d’inconscient freudien ni de sur-moi.

Key names

: Sade, Freud, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche, Laure de Lauris.

Key works : Métapsychologie

( Freud ), Phénoménologie de l’esprit ( Hegel), le Monde comme Volonté et comme Puissance ( Schopenhauer ), la Généalogie de la Morale ( Nietzsche ), Lettre à Laure de Lauris du 6 avril 1763 ( Sade ).

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 23:52

 

Casanova a-t-il aimé les femmes ? Il prétend en avoir aimé des centaines, dans son Histoire de ma vie, et dit-il, « à la folie ».

Mais qu’entend-il par aimer ? « Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l’ai toujours aimé, et je m’en suis fait aimer tant que j’ai pu »; cependant, ajoute-il, « j’ai aimé la bonne table avec transport ». Et il compare les femmes à un bon repas, celles qui sentent bon, même celles qui transpirent, analogues au fumet de certains mets fort épicés !

En quoi consiste donc, pour Casanova, exactement l’amour ? Ce ne sont que tromperies réciproques, car, écrit-il « Quand l’amour s’en mêle, on est ordinairement la dupe de part et d’autre », l’amour est une sorte de folie, de maladie à laquelle il s’est livré toute sa vie. L’amour est le dieu de la nature. « Amertume dont rien n’est plus doux, douceur dont rien n’est plus amer ». La femme nue ne l’intéresse pas, il faut de la coquetterie, de la dissimulation, de l’artifice et du faux, du caprice. Amour est un enfant gâté ! Aimons les femmes sans être curieux de leurs « mystères ».

L’amour est lié à la passion et à la jalousie; l’amour ne consulte pas la raison ni au début ni à la fin. Pour bien raisonner mieux vaut être ni amoureux ni en colère.

Casanova amoureux ? En tout cas, il se considère comme « libertin ». Le « bonheur » n’est que dans le plaisir de l’instant ( Casanova reprend ici la thèse d’Aristippe de Cyrène ), la jouissance physique, comme celle que procure aux femmes « M. six coups », ou que met en œuvre Casanova, dans sa « longue carrière libertine », utilisant tous les moyens de la séduction. Cependant il est inconstant, curieux de connaître la diversité des femmes, quittant même une femme avec laquelle il est bien. Pourquoi ? « On ne désire pas ce que l’on possède »; sur ce point, il est d’accord avec le Platon du Banquet ! Mais ne condamnons pas trop vite Casanova, il peut éprouver de la tendresse pour une maîtresse qu’il retrouve, sans vains discours, « fausses attaques » où l’un et l’autre se mentent.

Patrice Tardieu

Key word

: aimer à la folie, aimer les femmes, aimer la bonne table, amour, tromperies réciproques, duperies, folie, maladie, amertume dont rien n’est plus doux, douceur dont rien n’est plus amer, femme nue, coquetterie, dissimulation, artifice, faux, mystères, caprices, enfant gâté, passion, jalousie, colère, opposition à la raison, amoureux, libertin, plaisir présent, longue carrière libertine, tous les moyens de la séduction, inconstance, diversité des femmes, on ne désire pas ce qu’on possède, tendresse.

Key names

: Casanova, Aristippe de Cyrène, Platon.

Key works : Histoire de ma vie

( Casanova ), Les Présocratiques [les Cyrénaïques], Banquet (Platon ), Le libertinage et le divin marquis ( Patrice Tardieu, Philo Blog 08/10/2011 ) où je reprends toute la longue histoire du mot « libertin ».

 

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 23:57

« Il n’y a pas de rapport sexuel », amour et séparation des sexes encore et encore, Lacan, Freud, Saint Paul.

Le Séminaire XX de Lacan s’intitule Encore. Dans la leçon II ( appelé « complément » à la leçon I dans l’édition « établie » ( ré-écrite ) par Jacques-Alain Miller ), il ironise sur sa « bêtise » : Encore Lacan, encore à donner ses « leçons » qui durent encore, encore cette bêtise de la psychanalyse qui sépare tellement l’homme de la femme ( par la phase phallique unique pour la fille comme pour le garçon chez Freud, « en avoir ou pas », « être ou ne pas être un garçon », «  être ou ne pas être une fille ») et par le fait que, selon Lacan, « il n’y a pas de rapport sexuel » ( c’est l’incompréhension mutuelle de l’homme et de la femme ), ce qui n’empêche nullement la reproduction sexuée. Cette « bêtise » encore et encore, selon Lacan, se trouve déjà chez Saint Paul.

En effet, Paul écrit, dans sa Première Épître aux Corinthiens, XI, : « Si une femme n’est pas voilée, qu’elle se rase la tête,[…]la femme doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend.[…]En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme ».

Et pourtant, un peu plus loin, il écrit ce texte que toute jeune mariée veut entendre : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurai le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.[…]L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout ».

On se rappelle aussi ce commandement étonnant de Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux ».

Notons toutefois que Paul n’emploie pas le mot « éros », il s’agit « d’agapè », l’amour oblatif qui donne, qui se donne.

Patrice Tardieu

Key word

: il n’y a pas de rapport sexuel, séparation des sexes, la phase phallique, en avoir ou pas, être ou ne pas être un garçon, être ou ne pas être une fille, incompréhension mutuelle entre homme et femme, reproduction sexuée, le voile, cacher les cheveux de la femme, qu’elle se rase la tête sinon, si je n’ai pas l’amour je ne suis rien, l’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout, Aime et fais ce que tu veux, éros, agapè, l’amour oblatif qui donne, se donne.

Key names

: Lacan, Freud, Saint Paul, Saint Augustin.

Key works : Encore

( Lacan ), Trois essais sur la théorie de la sexualité ( Freud ), Première épître aux Corinthiens ( Saint Paul ), Traités sur la première épître de Saint Jean ( Saint Augustin ).

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 23:57

L’érotique, Platon, Empédocle, Sartre, Lévinas, Jean-luc Marion, Sade

La philosophie s’est posée le problème d’Éros dès le début, non seulement avec Platon et ses multiples discours sur l’amour dans Le Banquet, mais déjà avec Empédocle, au Vème siècle av.J.C., disant que « philia » ( l’aimance ) et « neikos » ( la discorde ) gouvernent le monde, opposition reprise par Freud qui le cite dans Analyse Finie et Infinie : lutte entre Éros et Thanatos.

Sartre dans l’Être et le Néant analyse la caresse au niveau du désir qui se situe déjà dans la perspective de la transcendance d’autrui; il considère décevante la définition ( de Chamfort qu’il ne nomme pas ) : « contact de deux épidermes », puisque, selon Sartre, « le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage ». Et Sartre réfléchit sur l’amour car « je suis responsable de mon-être-pour-autrui, mais je n’en suis pas le fondement », « car j’existe par la liberté d’autrui » (p.433 ). Sartre montre que notre « identité », notre « être-pour-autrui », c’est autrui qui nous la renvoie plus ou moins déformée ou pas. D’où l’amour ou « l’enfer » ( Huis Clos ) à travers le langage.

Pour Lévinas : « la caresse ne sait pas ce qu’elle cherche », la caresse « transcende le sensible »; l’autre étant avant tout, pour Lévinas, le féminin. Mais Éros ira au-delà du visage de l’aimée. Et Lévinas passera de l’autre à l’Autre : « le Désir est désir de l’absolument Autre ».

Je retrouve cette aspiration théologique chez Jean-Luc Marion lorsqu’il reprend l’image de la prière à Dieu pour expliquer « le phénomène érotique ».

Cependant il est un auteur qui refuse cette montée, philosophe de l’obscénité, si l’on veut, c’est Sade et son concept d’isolisme qui, entre autres définitions que l’on peut développer, signifie que nous sommes toujours enfermés dans l’égoïsme du plaisir quelles que soient les illusions que nous nous faisons.

Patrice Tardieu

Key word

: le problème d’Éros, amour, aimance, discorde, lutte d’Éros et Thanatos, la caresse, désir, transcendance d’autrui, contact de deux épidermes, le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage, l’être-pour-autrui, amour ou enfer, la caresse transcende le sensible, le féminin, le visage de l’aimée, de l’autre à l’Autre, le Désir est désir de l’absolument Autre, aspiration théologique, le phénomène érotique, obscénité, isolisme, enfermé dans l’égoïsme du plaisir.

Key works : Les Présocratiques; le Banquet

( Platon ), Analyse finie et infinie ( Freud ), L’Être et le Néant, Huis-clos ( Sartre ), Maximes ( Chamfort ), le Temps et l’autre, Totalité et infini ( Lévinas ), le Phénomène érotique ( Jean-Luc Marion ), Justine ( Sade ).

Key names

: Empédocle, Platon, Freud, Sartre, Chamfort, Lévinas, Jean-Luc Marion, Sade.

 

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 23:50

Le toucher, la caresse, Sartre, Lévinas, Merleau-Ponty

Peut-on dire que « le toucher est réhabilité par Merleau-Ponty, sens très négligé par la tradition philosophique »? Il ne me semble pas puisque le toucher permet au sensualisme de Condillac de sortir de l’idéalisme de Berkeley, sensualisme qui intéressera Diderot et beaucoup d’autres, y compris Lévinas. Peut-on trouver « la caresse » proprement dite traitée par Merleau-Ponty ?Non, la caresse n’apparaît pas chez Merleau-Ponty qui peut servir de « transition » entre le Traité des Sensations de Condillac et l’Etre et le Néant de Sartre qui, lui, fait une véritable ontologie de la caresse : « Les caresses sont appropriation du corps de l’Autre »; « La caresse[…]est façonnement.[…]La caresse est l’ensemble des cérémonies qui incarnent Autrui »; « Le désir s’exprime par la caresse comme la pensée par le langage »; « La caresse est faite pour faire naître par le plaisir le corps d’Autrui à Autrui ». On voit qu’il ne faut pas trop vite parler « d’échec » de la caresse chez Sartre. Ce qu’il faut dire c’est que toutes les relations concrètes avec Autrui, chez Sartre, finissent par être un échec : l’amour, le langage, le masochisme, l’indifférence, le désir, la haine, le sadisme. C’est ce que Lévinas reprochera à Sartre qui part de l’ontologie de la liberté des sujets qui ne peut que conduire, selon Lévinas, qu’à des rapports de soumission et de domination, Lévinas considérant qu’il faut une métaphysique de l’altérité avant toute ontologie.

Le départ de la réflexion de Lévinas sur l’altérité est la féminité : « l’autre », c’est la femme en premier lieu. Mais « la femme n’est ni le contradictoire, ni le contraire de l’homme, ni comme les autres différences » ( comme le « complément » ou « le genre »). « La transcendance du féminin consiste à se retirer ailleurs ». « La caresse est un mode d’être du sujet, où le sujet dans le contact d’un autre va au-delà de ce contact.[…]Ce n’est pas le velouté ou la tiédeur de cette main donnée dans le contact que cherche la caresse. Cette recherche de la caresse en constitue l’essence par le fait que la caresse ne sait pas ce qu’elle cherche » (Le Temps et l’Autre).

Pourquoi la caresse ne sait-elle pas ce qu’elle cherche et pourquoi la féminité est-elle définie par le « pas encore »? Il me semble que la pensée de Lévinas s’inscrit dans une tradition religieuse : « la découverte-profanation se tient dans la pudeur, fût-ce sous les espèces de l’impudeur » (Totalité et Infini). La femme n’est « pas encore » femme tant qu’elle n’a pas engendré. Les chapitres suivants porteront sur la paternité. Telles sont les préoccupations de Lévinas.

Patrice Tardieu

Key word

: le toucher, sensualisme, idéalisme, ontologie de la caresse, les relations avec autrui, la caresse, les relations concrètes avec autrui, ontologie de la liberté des sujets, rapports de soumission et de domination, métaphysique de l’altérité, la féminité, l’autre, la femme n’est ni le contradictoire ni le contraire de l’homme ni comme les autres différences ( complément, genre ), la transcendance du féminin, la caresse contact au-delà du contact, la caresse ne sait pas ce qu’elle cherche, le pas encore, la découverte-profanation, la pudeur, l’impudeur, la paternité.

Key names

: Sartre, Lévinas, Merleau-Ponty, Condillac, Berkeley, Diderot.

Key works : l’Etre et le Néant

( Sartre ), Totalité et Infini, le Temps et l’autre ( Lévinas ), le Visible et l’Invisible, l’œil et l’esprit ( Merleau-Ponty ), Traité des sensations ( Condillac ), Trois Essais entre Hylas et Philonous ( Berkeley ), Lettre sur les aveugles ( Diderot ), Caresse ( Patrice Tardieu, Philo Blog 23/01/2007 ).

 

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 00:50

Masochisme et sadisme de Rousseau

On a beaucoup glosé sur le « masochisme » ( par référence et anticipation à Sacher-Masoch, écrivain autrichien du XIXème siècle et sa Vénus à la Fourrure que Deleuze a longuement préfacé ) de Rousseau à cause de l’épisode de la « punition des enfants » que lui inflige Mlle Lambercier. « J’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main ». Et il ajoute que ce « goût bizarre » ne l’a pas quitté.

Par contre l’épisode encore plus célèbre du ruban volé a rarement été abordé, à la lumière du marquis de Sade, spécialiste, si l’en fût, des « goûts bizarres ».

Saint Augustin s’était déjà accusé de larcin dans ses Confessions ( livre II, chap.IV ) où il précisait : « Ce n’est pas de l’objet convoité par mon vol que je voulais jouir, mais du vol même. » ( « nec ea re volebam frui, quam furto appetebam, sed ipso furto. » ). Augustin s’accuse de jouir du mal; Rousseau explique que son geste est « bizarre ». Mais il cherche à se disculper : on l’intimidait.

Sous tout cela, il y a sans doute une jouissance très particulière à dénoncer une « fille innocente », jolie, fraîche, modeste et douce dont Rousseau est amoureux, puisque c’est pour elle qu’il avait volé le ruban de Mlle Pontal, et de la faire pleurer. Il y a là une jouissance proprement sadienne.

Patrice Tardieu

Key word

: masochisme, sadisme, la punition des enfants, douleur, honte, sensualité, désir, crainte, goût bizarre, le ruban volé, larcin, ce n’est pas de l’objet convoité par mon vol que je voulais jouir mais du vol même, jouir du mal, geste bizarre, jouissance très singulière, jouissance sadienne.

Key works : Confessions

( de Rousseau ), Confessions ( de Saint Augustin ), Vénus à la fourrure ( de Sacher-Masoch ), Œuvres ( de Sade ).

Key names

: Rousseau, Sacher-Masoch, Sade, Saint Augustin, Deleuze, Mlle Lambercier, Mlle Pontal.

Key word ( latin)

: « Nec ea re volebam frui, quam furto appetebam, sed ipso furto » ( Confessionum Libri ).

 

 

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Published by Patrice TARDIEU - dans Marquis de Sade
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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 00:07

Désirer est-ce aimer ?

Dans le Banquet de Platon on trouve le raisonnement suivant que je résumerais ainsi : dans l’amour il y a du désir et dans le désir il y a du manque, donc l’amour est manque. Mais désirer est-ce aimer ?

Partons de l’étymologie. Désir vient du latin « desiderium » qui signifie déplorer l’absence de, regretter. Il s’agit sans doute, au départ, d’un terme de marine : le capitaine ne voit plus les étoiles, il est désorienté, il désire voir l’astre qui lui permettrait de diriger son navire. Puis le sens s’élargit : Cicéron dans une lettre écrit : « me desiderium tenet urbis, meorum » que je traduirais « le désir me tient, de ma ville, des miens ».

De même en allemand « die Sehnsucht », désir ardent de quelque chose d’indéterminé, aspiration à quelque chose d’inconnu. « Il nous manque nous ne savons quoi » ( Fichte ).

Locke associe au désir le mot anglais « uneasiness » : on est « mal à l’aise » dans son Essai concernant l’entendement humain, II,XX,§6. Leibniz reprendra cette définition à sa manière : « l’inquiétude qu’un homme ressent en lui-même par l’absence d’une chose qui lui donnerait du plaisir si elle était présente, c’est ce qu’on nomme désir ». L’être humain est donc troublé, agité par les « aiguillons du désir », de petites douleurs imperceptibles, « afin que nous jouissions de l’avantage du mal » souligne Leibniz ! Et d’ajouter : « c’est en cela qu’on reconnaît l’affinité du plaisir et de la douleur que Socrate remarque dans le Phédon de Platon ».

Quelle est la différence entre l’amour et le désir ? C’est, me semble-t-il, que l’amour est fixé sur une personne tandis que le désir reste « ouvert ». Dans le désir le sujet recherché est autrui en général, dans l’amour, c’est telle ou telle personne sur laquelle s’est opéré la « cristallisation ». Le désir est constituant de l’amour. L’amour meurt sans désir et renaît grâce au désir. Mais désirer n’est pas aimer. L’amour est la reconnaissance réciproque de deux personnes qui se désirent. Sinon, c’est un autre type de relation pour laquelle il faudrait un autre nom.

Patrice Tardieu

Key word

: amour, désir, manque, déplorer l’absence, regretter, désirer voir l’astre, le désir me tient, désir ardent de quelque chose d’indéterminé, aspiration à quelque chose d’inconnu, il nous manque nous ne savons quoi, mal à l’aise, l’inquiétude, troublé, agité par les aiguillons du désir, jouir de l’avantage du mal, affinité du plaisir et de la douleur, cristallisation.

Key names

: Platon, Socrate, Cicéron, Fichte, Locke, Leibniz, Stendhal.

Key works : le Banquet, le Phédon

( Platon ), Lettres ( Cicéron ), Système de l’Éthique ( Fichte ), Essai concernant l’entendement humain ( Locke ), Nouveaux Essais sur l’Entendement Humain ( Leibniz ), De l’Amour ( Stendhal ), Soleils de l’Amour Miroirs de la Mort ( Patrice Tardieu ).

Key word ( latin

): desiderium.

Key word ( allemand

): Sehnsucht.

Key words ( anglais

): uneasiness, Essay concerning human understanding.

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Published by Patrice TARDIEU - dans amour
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