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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 12:18

Notre corps subjectif, l’effort et ce qui résiste, le moi, l’existence, la liberté, Maine de Biran.
Dans cette approche du corps, Sartre va rencontrer la théorie de Maine de Biran, philosophe à la destinée singulière qui a fait partie des Gardes du corps de Louis XVI et qui a été blessé le 10 août 1792 lors de l’attaque des Tuileries par la Commune insurrectionnelle qui a instauré le régime de la Terreur. Sous Napoléon Premier, en 1805, il fait partie de l’administration créée par l’Empereur et devient sous-préfet, en Dordogne, à Bergerac, son lieu de naissance. Mais en 1812, membre du corps législatif, il s’oppose à Napoléon qui se lance dans la campagne de Russie, et publie sa théorie philosophique du moi dans son ouvrage intitulé Essai sur les fondements de la psychologie. Il refuse le dualisme cartésien de l’âme et du corps et se penche sur l’aperception que fait le sujet de son existence, relation de soi à soi. Il remarque aussi que la « statue » de Condillac, qui s’ouvre aux sensations progressivement, qui se confond avec l’odeur de rose qu’on lui présente, « n’existe pas pour elle-même » et n’a donc pas de véritable moi. Comment ce dernier peut-il naître ? « Le fait primitif du sens intime n’est autre que celui d’un effort voulu » qui s’oppose à une résistance qui n’est pas forcément celle du monde extérieur, force interne vivante consciente par le « sentiment primitif de l’effort ».
Maine de Biran se réfère à Leibniz et à sa définition de l’étendue telle qu’elle se manifeste au sens du toucher et de la vue réunis : « continuatio resistensis » ( « la continuité de ce qui résiste » ) et il l’applique à « la connaissance du corps propre » et à notre existence. C’est en quelque sorte notre corps subjectif ( le corps tel qu’il est pour nous ) qui est le plus important et qui constitue notre moi.
Maine de Biran s’attaque même aux physiciens qui réduisent la causalité à une simple succession de phénomènes ( les secrètes « lois de la gravitation » qui attirent à distance sans explication ; souvenons-nous de la « malle de Newton » pleine de papiers alchimiques ! ) laissant de côté toute compréhension de la causalité dans un mystère total. Il faudrait revenir à « l’expérience intérieure » du moi pour éclairer les choses.
La notion de liberté provient de mon corps sans obstacle, des mouvements de mes membres sans empêchement. L’idée de nécessité, de non-liberté, résulte des entraves à mon propre corps. Si nous n’avions pas ce sentiment de notre activité, de notre pouvoir d’agir, nous n’aurions pas non plus le sentiment de notre passivité ! Et si cela était dès l’origine de notre existence, il n’y aurait pas de moi qui pourrait juger ou reconnaître la non-liberté, la contrainte; il n’y aurait pas d’individu proprement dit ! On voit l’importance du corps dans cet Essai de Maine de Biran.
Key Word : l’aperception de notre existence, la relation de soi à soi, l’expérience intérieure du moi.
Key Names : Sartre, Maine de Biran, Descartes, Condillac, Leibniz.
Key Works : Patrice Tardieu, Sensualisme, jouissance du parfum, développement des sens, Proust avec Condillac, Philo blog 20 janvier 2012 ; Excès de sensibilité douloureuse et d’intellectualité, le moi de Proust, Philo blog 19 février 2012 ; Tendresse, temps, transparence des souvenirs, vision de l’âme, notre corps cet inconnu, cette pieuvre, Proust, Philo blog 11 mars 2012 ; Origine radicale des choses, raison suffisante de leur existence, l’être et le néant, Leibniz, Philo blog 30 novembre 2012 ; Explication physiologique cérébrale qui échoue à expliquer le pourquoi, le comment, des passions, Philo blog 30 novembre 2015 ; Mon corps tel qu’il est pour moi, mon corps tel qu’il est pour les autres, mon être, Sartre, Philo blog 29 juin 2015.
Maine de Biran, Essai sur les fondements de la psychologie. Descartes, Les Passions de l’âme. Condillac, Traité des sensations. Leibniz, Discours de métaphysique. Sartre, L’Être et le Néant.
Patrice Tardieu.

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 12:15

Mon corps tel qu’il est pour moi, mon corps tel qu’il est pour les autres, mon être, Sartre.
Nous allons aborder le problème du corps développé dans la troisième partie, chapitre II, de L’Être et le Néant , de Sartre. L’obscurité de cette question vient du fait que l’on pose le corps comme une chose définie extérieurement alors que la conscience relèverait de l’intime et de l’intériorité. Comment relier en effet les pensées qui existent au plus profond de notre psyché avec cette chair analysée chimiquement ? Pour Sartre, les difficultés viennent du fait que « je tente d’unir ma conscience non à mon corps mais au corps des autres ». En effet le corps décrit comme étant des glandes, des organes, n’est pas « mon corps tel qu’il est pour moi ». On a pu voir des cadavres, ou avoir feuilleté un traité de physiologie et en conclure à l’identité de ces corps et du mien. C’est l’approche médicale qui ausculte ou qui opère ce corps tel qu’il est pour autrui. La radioscopie de mes vertèbres est une vue du « dehors », un « ceci ». C’est en raisonnant que je dirais que cette image représente « mes » vertèbres ou celles de quelqu’un d’autre ; j’en suis le « propriétaire », mais ce n’est pas « mon être ».
Cependant je peux toucher mes jambes ou mes mains. Grâce à un dispositif, peut-être est-il possible de voir un de ses propres yeux pendant que l’œil serait dirigé sur le monde extérieur. Mais dans ce cas, encore, « je suis l’autre », je saisis mon œil comme organe dans le monde. Je ne peux le « voir voyant » véritablement, comme un sujet percevant. « Ou bien il est chose parmi les choses, ou bien il est ce par quoi les choses se découvrent à moi ». Donc ou bien une attitude objective, étrangère à moi ; ou bien le monde vu par moi. « je vois ma main toucher les objets, mais je ne la connais pas dans son acte de toucher ». Le toucher est une chose, la connaissance médicale en est une autre. On peut dire ici que Sartre oscille entre un dualisme à la Descartes et une approche phénoménologique.
Key Word : mon corps, le corps des autres.
Key Names : Sartre, Descartes, Husserl.
Key Works : Patrice Tardieu, Qu’est-ce qu’un objet ? Philo blog 29 décembre 2006 ; Honte, regard, pour-autrui, pour-soi, en-soi, Sartre avec Proust, la transcendance transcendée, Philo blog 13 avril 2012 ; Trouble, gêne, honte, regard, yeux, pour-soi, en-soi, Sartre, Hegel, Lévinas, Proust, Philo blog 16 avril 2012 ; Objet, sujet, voyeur, face à face, présence, étant là devant, Dasein, Sartre, Heidegger, Proust, Philo blog 17 avril 2012 ; Féminité cachée de l’homme viril, ligne de fuite des apparences, jouer ce que l’on est. Sartre, Philo blog 22 mai 2014 ; Rêve d’engloutir le rêveur, Genet sans père ni mère, thèse de Sartre, les vraies sœurs Papin, Philo blog 24 mai 2014 ; Tourniquet des apparences, goût du néant, cérémonie schizophrénique, Sartre, Philo blog 26 mai 2014.
Sartre, L’Être et le Néant. Descartes, Méditations métaphysiques, Les passions de l’âme. Husserl, Méditations cartésiennes, Idées directrices pour une phénoménologie.
Patrice Tardieu.

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 11:22

Monades toutes nues, Louis XIV et l’Empire Ottoman, Informatique, Leibniz, N. Wiener.
J’aimerais rectifier, si cela est possible, l’image désastreuse de Leibniz, propagée principalement par Voltaire dans Candide sous le personnage ridicule de Pangloss, devenu un conte universellement connu car livre de base pour apprendre le français, notamment dans les écoles américaines aux États-Unis et dans le monde entier.
Leibniz était-il un métaphysicien loin de toute science ? Nullement, il invente, en 1676, le calcul infinitésimal et l’algorithme qui convient, avec une symbolique universellement admise et féconde aujourd’hui.
Leibniz était-il un métaphysicien coupé des réalités et dangers politiques de son temps ? Rappelons qu’il a été un diplomate. Quelle était sa mission ? Elle consistait à persuader Louis XIV, son contemporain, de conquérir l’Égypte pour arrêter l’expansion de l’Empire Ottoman qui utilisera beaucoup les « mamelouks », ( « soldats-esclaves » achetés à l’âge de 9- 11 ans, très fidèles ) et qui, au cours des siècles, s’était emparé de : la Thrace, la Macédoine, la Bulgarie, Constantinople ( qui devient « Istanbul » ), la Serbie, la Bosnie, la Crimée, la Syrie, l’Égypte, la Hongrie, l’Algérie, la Tunisie, Chypre, la Crète, arrive, et en fait le siège, devant Vienne ! Mais Louis XIV s’était déjà engagé dans de nombreuses guerres et craignait peut-être d’affronter cet Empire musulman, ses mamelouks et ses janissaires (milice recrutée parmi les enfants enlevés aux peuples soumis ). Leibniz se tourna alors vers Charles XII, roi de Suède, qui ne put vaincre le russe Pierre le Grand en Ukraine et qui se réfugia auprès des Turcs qui le gardèrent prisonnier !
Revenons un instant à l’histoire de l’Égypte, objet des préoccupations diplomatiques de Leibniz, décrivons-la brièvement. Après l’époque des Pharaons, en 332 avant J.C. Alexandre le Grand la conquiert et y établit la civilisation hellénistique, à laquelle succède la période romaine à partir de 30 avant J.C., et le christianisme va s’y développer ; ensuite, de 395 à 639 après J.C. les chrétiens constituent l’Église « copte » ( du grec « aiguptos », « égyptien », mot que l’on trouve déjà chez Homère, Odyssée, 17, 448 ). A partir de 640 les troupes arabes la conquiert et l’Égypte est intégrée à l’Empire musulman. En 750, les Coptes ne sont plus qu’un quart de la population qui a été islamisée.
Ajoutons que Leibniz, qui, lui-même n’était pas vraiment enclin aux rites,( il refusa l’extrême onction au moment de mourir), en matière religieuse, œuvra pour l’œcuménisme des protestants avec les catholiques et écrivit dans ce but la Confessio Philosophi en 1673 qui est une réponse aux interrogations d’ Arnauld ( janséniste de Port Royal ). Mais ce n’est qu’en 2010 que fut publiée une Bible œcuménique réunissant les Églises chrétiennes, catholique, protestante et orthodoxe, admettant les livres « deutérocanoniques » disaient les catholiques, « apocryphes » affirmaient les protestants, comme par exemple les chapitres 13 et 14 qui racontent dans le Livre de Daniel, l’histoire de Suzanne et des deux vieillards, pourtant très célèbre grâce aux peintures de Véronèse, de Rembrandt, de Rubens et de Tintoret.
Leibniz peut-il aujourd’hui servir au renouveau de la métaphysique ? Je vais essayer de le prouver en citant, expliquant de façon moderne, commentant et illustrant la Monadologie que Leibniz a écrite en français. Qu’entend-il par « Monade » ( avec un « m » majuscule ) ? Le mot vient du grec « monos » qui signifie « seul, unique, solitaire, isolé, séparé » ; chez Leibniz, il s’agit de l’être un ( un collier, une machine, une armée n’est pas un être « un » ), du Sujet qui perçoit sur son « écran mental » ( c’est moi qui introduit ces derniers mots ) le monde de son point de vue unique, isolé, séparé. Tout ce que nous prenons pour une réalité extérieure provient de notre système perceptif intérieur. Et c’est pourquoi Leibniz écrit : « les Monades n’ont point de fenêtres par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir » ( §7 ). C’est un « écran » intérieur que nous visionnons mais, comme c’est nous qui le visionnons, nous le prenons pour une réalité extérieure à nous-même, séparant le Sujet percevant de ce qu’il perçoit.
Cependant le Sujet n’est pas seul, il y a d’autres Monades uniques : « chaque Monade est différente de chaque autre. Car il n’y a jamais dans la nature deux êtres qui soient parfaitement comme l’autre et où il ne soit possible de trouver une différence interne, ou fondée sur une dénomination intrinsèque » ( §9 ). Il y a donc une multitude d’autres Sujets dans le monde avec leurs particularités propres.
D’où vient alors la diversité de ce que chacun perçoit ? Réponse de Leibniz : le changement est permanent et « les changements naturels des Monades viennent d’un principe interne, puisqu’une cause externe ne saurait influé sur son intérieur » ( §11 ). C’est la diversité interne de notre « écran » plein d’images mouvantes.
Qu’est-ce qui provoque ces images mouvantes ? La Perception interne qui concilie l’un et le multiple ( à l’intérieur de la moindre pensée, il y en a une multitude d’autres ) et qui rassemble tout cela par le Désir que Leibniz nomme dans son français « Appétition ». Il utilise aussi le mot « Entéléchie » qui vient d’Aristote, qui est la tendance de l’être à son accomplissement. Et il qualifie même les Monades « d’automates incorporels », « automate » signifiant au sens propre « ce qui se meut par soi-même » ; mais tout le paradoxe de ce que nous appelons « automates » qui ne sont que matériels, c’est qu’ils sont mûs par un mécanisme qui leur provient de l’extérieur par ceux qui les fabriquent ; ce ne sont donc pas des « auto-mates » au sens propre ! Ce sont des assemblages de rouages sans réelle unité par opposition au Monades que l’on pourrait nommer « âmes ». Leibniz fait ici une concession à condition de ne pas accorder à « l’âme » en question une conscience et une mémoire sans plongeon dans l’oubli de soi. En effet, la Monade peut s’évanouir ou être en sommeil profond sans aucun rêve ou avoir le vertige, mais elle a la capacité de revenir à soi ou de rêver, de se rétablir après un vertige ; de toute façon il y a une succession dans ses états et « le présent est gros de l’avenir » ( §22 ). Les Monades dans l’étourdissement ( ou l’inconscient ? ) sont « des Monades toutes nues » ( §24 ).
Mais qu’en est-il des rapports entre Monades ? Leibniz donne l’approche suivante : une Monade peut « rendre raison a priori de ce qui se passe dans l’autre » et avoir le pouvoir d’agir sur elle ; toutefois « ce n’est qu’une influence idéale d’une monade sur l’autre ». Revenons à l’explication « moderne » que j’ai donnée : ce ne sont que les connexions de deux écrans dans une relation virtuelle !
Je ne pense pas avoir trahi Leibniz en disant cela puisque Norbert Wiener, inventeur de la Cybernétique, ancêtre de l’Informatique, se réclamait de Leibniz !
Key Word : philosophie, métaphysique ; mathématicien, diplomate, historien, œcuméniste ; la Monade, le Sujet, le Point de vue ; changements, perceptions, désir, entéléchie ; influence virtuelle.
Key Names : Leibniz, Voltaire, Louis XIV, Charles II, Alexandre le Grand, Homère, Arnauld, Véronèse, Rembrandt, Rubens, Tintoret, Norbert Wiener.
Key Works : Patrice Tardieu, Y-a-t-il une connaissance exacte d’un être ? Proust avec Leibniz. Philo blog 15 janvier 2012 ; Impossibilité du baiser, goûter l’autre, les multiples visages, la monade, Leibniz, Proust, Shakti, Philo blog 5 mai 2012 ; Festin de l’amour, fusion mystique, jouissance de la substance, Hegel, Arnauld et Nicole, Couperin, Philo blog 15 mai 2012 ; Origine radicale des choses, raison suffisante de leur existence, l’être et le néant, Leibniz, Philo blog 30 novembre 2012 ; Leibniz, collier du Grand-Duc, du Grand Mogol, monade, machine, armée, lettre à Arnauld, Philo blog 2 décembre 2012 ; Le membre-fantôme, ressentir quelque chose dans l’organe que l’on a pas ! Descartes, Ruyer, Philo blog 1 octobre 2014. Homère, Odyssée, 17, 448. Aristote, Physique, livre III, 201 a, 15 -35 et 201 b, 5 -15 [ l’entéléchie ]. Voltaire, Candide. Antoine Arnauld et Pierre Nicole, La Logique de Port-Royal ou l’art de penser. Leibniz, Monadologie, Confessio philosophi, Lettres à Arnauld du 30 avril 1687 et du 9 octobre 1687.
Patrice Tardieu.

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 13:26

Explication physiologique cérébrale qui échoue à expliquer le pourquoi, le comment, des passions.
Descartes est embarrassé car l’explication physiologique cérébrale qu’il a tentée ne peut en aucune façon différencier l’orgueilleux enflé de fausses raisons, du vertueux qui est qualifié de vertueux à juste raison. J’ajouterais que quelle que soit l’imagerie cérébrale, par le sang « subtil » qui circule dans le cerveau ou la glande pinéale au centre de celui-ci chez Descartes, ou par les circuits électriques du cortex actuellement, elle n’explique ni ne montre les « passions de l’âme » ( ou, si l’on préfère le « ressenti » du patient ). Les affects bien ou mal fondés ont les mêmes mouvements cérébraux. Autrement dit, le sentiment peut être légitime ou illégitime, mais la manifestation des émotions est semblable, ou même encore plus accentuée dans l’erreur quand l’opinion sur soi-même, par exemple, est beaucoup trop avantageuse plutôt que modérée ( c’est ce que soutient Descartes! ). L’humilité « vicieuse » triomphe de l’humilité « vertueuse » étant donné que « ce sont ceux qui se connaissent le moins qui sont le plus sujets à s’enorgueillir » ; la seule différence que Descartes y voit, est le caractère plus fluctuant dans la « vicieuse » que dans la « vertueuse » qui suscite l’admiration en montrant la puissance et la fermeté du libre arbitre comparées à l’impuissance du sujet humain en général.
Ceci dit, les vertus sont liées à de bonnes habitudes ( une fois encore Descartes se rapproche d’Aristote et de son « hexis », « disposition permanente » à bien faire, en effet, « une hirondelle ne fait pas le printemps » Éthique à Nicomaque, I, 1098 a, 5-20 ).
Descartes en vient même à un oxymore puisque l’acte en question est à la fois une « action de vertu » et une « passion de l’âme », en même temps « active » et « passive » ! Le mieux, semble-t-il, est d’abord « d’exciter la passion et ensuite d’acquérir la vertu de générosité » qui est « un remède général contre tous les dérèglements des passions ». On doit dire que l’on ne voit pas très bien comment cela est possible : acquérir la vertu grâce à la passion pour ensuite lutter contre les passions ! Peut-être est-ce la même chose que la « mystique » pour Wittgenstein : utiliser l’échelle pour monter et la jeter ensuite ( Tractatus Logico-philosophicus, 6. 54 ).
Tirons donc la conclusion suivante : l’approche purement physiologique n’explique rien ni ne distingue rien puisque le « vicieux » comme le « vertueux » empruntent les mêmes circuits cérébraux !
Key Word : imagerie cérébrale, l’orgueilleux, le vertueux, les affects, l’humilité vicieuse et l’humilité vertueuse, puissance et fermeté du libre arbitre, impuissance du sujet humain, disposition à bien faire, action de vertu et passion de l’âme, générosité, mystique.
Key Names : Descartes, Aristote, Wittgenstein.
Key Works : Patrice Tardieu, Descartes, Casanova, la princesse palatine, la reine Christine, passions de l’âme, sang, nerfs, cerveau, Philo blog 19 avril 2015 ; Faire l’amour avec ou sans consentement, concupiscence, impulsion, aversion, Descartes, Philo blog 25 avril 2015 ; Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis, Philo blog 9 mai 2015 ; Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles Le Brun, Philo blog 17 mai 2015 ; Joie, jouissance de l’âme, se donner au désir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote, Philo blog 23 mai 2015 ; Libre arbitre absolu ou degrés de liberté : de l’indifférence à la poursuite du pire ? Descartes. Philo blog 29 mai 2015 ; Homme cartésien, généreux, courtois, affable, humble, modeste, maître de ses passions, Philo blog 6 juin 2015. Descartes, Les Passions de l’âme. Aristote, Éthique à Nicomaque. Wittgenstein, Tractatus Logico-philosophicus.
Patrice Tardieu.

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 19:52

Homme cartésien, généreux, courtois, affable, humble, modeste, maître de ses passions.
Descartes va aborder la « générosité ». Mais qu’entend-il exactement par ce terme ? Il ne s’agit pas d’être « charitable ». Je dirais qu’il le prend au sens latin de « generosus » comme dans l’expression « rex generosus ac potens », « un roi à la fois magnanime et, en outre, puissant » et que l’on retrouve chez Corneille : « La générosité suit la belle naissance » ( Héraclius, acte VI, scène 2 ) ou encore :
« Suis l’exemple, et fais voir qu’une âme généreuse
Trouve dans sa vertu de quoi se rendre heureuse » ( Pulchérie, acte II, scène 5) et même chez Racine : « J’aime, je l’avouerai cet orgueil généreux
Qui jamais n’a fléchi sous le joug amoureux » dit Aricie devant la résistance d’Hippolyte à ses désirs ( Phèdre, acte II, scène 1, vers 443- 444 ). Descartes introduit cependant une nuance importante : il ne suffit pas « d’être bien né », il s’agit de la « vraie générosité, qu’un homme s’estime au plus haut point qu’il se peut légitimement estimer » grâce au bon usage de son libre arbitre absolu et de ses volontés, « ce qui est suivre parfaitement la vertu ». Notons que le mot « vertu » ( en latin « virtus » ) a beaucoup évolué puisqu’il qualifie au début le « vir », « l’homme », opposé à la femme, dans ses qualités « viriles », et que la vertu est devenue synonyme de « chasteté féminine » ! Descartes le prend au sens éthique, puisque la vertu « empêche qu’on ne méprise les autres » car toute personne peut y accéder par elle-même; le libre arbitre étant donné à tout être humain et ne dépendant en rien du fait d’avoir « plus de biens ou d’honneur », « plus d’esprit, plus de savoir, plus de beauté », finalement « toutes choses […] fort peu considérables ». Considérons que certains manquent de connaissance plutôt que de bonne volonté qui est ou qui peut être en chacun.
Descartes en vient à définir l’humilité de façon positive ( alors qu’en latin le mot « humilitas » est négatif : il désigne le peu d’élévation, la bassesse, la faiblesse jusqu’à l’abjection ), sans doute à cause du Christianisme, de l’abaissement de Jésus sur la croix, la fameuse « kénose », « déjection » qu’il est devenu, Épître de Paul aux Philippiens, II, 7 ; « Il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même la mort sur la croix » II, 8 [ comme un esclave ]. Cela me fait penser au « Piss Christ » d’Andrès Serrano, du Christ qui se pisse dessus, œuvre d’art qui a fait scandale, et qu’il a expliqué de la manière suivante : on l’a laissé plusieurs jours sur la croix, il a dû uriner et déféquer sur lui-même. L’approche de Descartes est moins dramatique, il veut définir « l’humilité vertueuse » : « Ainsi les plus généreux ont coutume d’être les plus humbles ».
Descartes va nous brosser le portrait de l’homme cartésien, si je puis dire. Il est « porté à faire de grandes choses » ( c’est le sens qu’il donne à « généreux » ), il méprise son propre intérêt, il est « courtois, affable et officieux envers chacun ». Remarquons que ce mot « officieux » vient du latin « officiosus » qui a deux sens opposés : il signifie « obligeant, serviable » ( comme ici chez Descartes ) mais aussi désigne les esclaves chargés de garder les vêtements des baigneurs dans les fameux bains romains, et qui est rejeté par Montaigne comme des « services rendus » indignes de l’amitié ( Essais, I, XXVIII ). De plus il est maître de ses « passions » ( désirs, jalousie, envie, haine, peur, colère ) car il ne dépend pas de ses ennemis qui voudraient le voir offensé. Sinon cela signifierait qu’il est orgueilleux et soumis à la flatterie, ce qui serait stupide ! Certains tombent même dans « la bassesse » que Descartes nomme « l’humilité vicieuse », car ils se sentent faibles, prétendent n’avoir aucun libre arbitre et ne pas pouvoir faire autrement, tout en s’en mordant les doigts ensuite. Ils accroissent leur dépendance vis-à-vis d’autrui qui doit leur fournir ce qu’ils désirent. Cependant « ceux qui ont l’esprit le plus bas sont les plus arrogants et superbes » [ du latin « superbia », fierté mal placée, insolence. Le dernier roi de Rome, de 534 à 510 avant J.C. nommé « Tarquin le Superbe » signifie « le violent, le tyrannique, le perfide » qui entraîna la chute de la royauté, d’autant que son fils Sextus méritait lui aussi ces qualificatifs, ayant violé une vertueuse dame romaine prénommée Lucrèce qui se suicida ]. « Ceux qui ont l’esprit faible et abject ne sont conduits que par la fortune » [ là encore, au sens latin de « fortuna », le hasard, le sort, la chance, la malchance ]. Et Descartes d’ajouter : « on voit souvent qu’ils s’abaissent honteusement auprès de ceux dont ils attendent quelque profit ou craignent quelque mal, et qu’au même temps ils s’élèvent insolemment au-dessus de ceux desquels ils n’espèrent ni ne craignent aucune chose ».
Concluons. Qu’est-ce qui distingue l’âme basse de l’âme généreuse ? L’âme basse est celle qui dépend entièrement d’autrui et des événements extérieurs, et qui prétend n’être responsable de rien. L’âme généreuse se prend en main et ne change pas d’attitude selon ce qui arrive ou pas. Descartes nous donne une leçon de courage.
Key Word : passions, générosité, vertu, humilité.
Key Names : Descartes, Corneille, Racine, Saint Paul, Andrès Serrano, Montaigne, Tarquin le Superbe, Sextus Tarquin violeur de Lucrèce.
Key Works : Patrice Tardieu, Incarnation, kénose, humiliation, abaissement. Jésus et la vidure du Tout Autre, viduité, isolement, Philo blog 25 mai 2012 ; Kénose de l’Être, Néant, liberté absolue et mort, crucifixion du réel, la terreur, la Révolution, Philo blog 4 juin 2012 ; Opposition inclination loi morale chez Kant, contradictions sursumées chez Hegel, le plérome de l’amour, Philo blog 5 avril 2012 ; Nostalgie infinie, effroi, douloureuse nécessité de la perte, transsubstantiation, kénose, Philo blog 7 juin 2012. Descartes, Les Passions de l’âme. Corneille, Héraclius, Pulchérie. Racine, Phèdre. Saint Paul, Épître aux Philippiens. Andrès Serrano, Piss Christ. Montaigne, Essais. Tite-Live, Histoire de Rome. Bronzino, Lucrèce [tenant la dague avec laquelle elle va se tuer après son viol ], Galerie Borghèse, Rome. Le Titien, Lucrèce, Hampton Court [ résidence royale près de Londres ]. Shakespeare, The Rape of Lucrece ( poème ).
Patrice Tardieu.

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 11:43

Libre arbitre absolu ou degrés de liberté: de l’ indifférence à la poursuite du pire ? Descartes.
Descartes va analyser un cas particulier assez singulier en faisant une nouvelle distinction conceptuelle alors qu’il est arrivé à la fin de la deuxième partie, dans son ouvrage Les Passions de l’âme ,qui devait terminer son livre. Il se penche sur le cas d’un homme qui pleure son épouse morte alors qu’il serait fâché de la voir ressuscitée ! Voici comment il explique ce paradoxe : la tristesse (une des quatre « passions » qu’il a étudiée ) est due à tout ce qui accompagne les funérailles et à la perte d’une personne avec laquelle il était accoutumé d’échanger des propos sur toutes sortes de sujets, il aurait le plaisir de converser. « Son cœur est serré » et « quelques restes d’amour ou de pitié qui se présentent à son imagination tirent de véritables larmes de ses yeux ». Cependant il éprouve « une joie secrète » qui ne peut en aucun cas être anéantie par le chagrin, la mélancolie du deuil, la peine ressentie. Comment donc une « passion » ( ici la peine ) peut-elle être contrecarrée et par quoi ? Descartes invente le concept « des émotions intérieures », excitées « en l’âme et par l’âme même », qui s’opposent aux « passions » toujours causées par quelque chose d’extérieur qui se répercutent en nous et se manifestent corporellement comme les pleurs, les spasmes. Et il en tire une conclusion optimiste inattendue : on peut toujours lutter intérieurement contre ce qui nous arrive de l’extérieur et qui ne dépend pas de nous ( Descartes a retenu la leçon d’Épictète ) grâce à ce qui dépend de la force intérieure de notre âme.
Descartes avait donc achevé Les Passions de l’âme qu’il avait fait parvenir à la princesse palatine Elisabeth de Bohême et à la reine Christine de Suède, lorsqu’il décide, au moment de la publication, début septembre 1649, d’ajouter une troisième partie, avant son départ pour Stockholm où il mourra en février 1650 à cinquante quatre ans. Il avait abouti à la tranquillité de l’âme, mais il reprend l’étude des passions, cette fois-ci qualifiées de « particulières » par rapport aux « générales » qu’il avait étudiées. Il s’attaque en premier à l’estime et au mépris qu’il considère comme « des espèces d’admiration » ( au sens étymologique latin du verbe « admirari », « considérer avec étonnement » ) car l’estime « est excitée en nous par l’amour, et le mépris par la haine », et relèvent donc de l’inclination positive ou négative. A quoi veut en venir Descartes ? A l’opinion que l’on peut avoir de soi-même et qui « change même la mine, les gestes, la démarche ». On voit que Descartes est un fin observateur mais pas seulement, il s’agit de soutenir une thèse philosophique : pour quelle raison s’estimer ? C’est « l’usage de notre libre arbitre et l’empire que nous avons sur nos volontés » qui méritent louange ou blâme. Observons que Descartes, dans son dernier ouvrage donc, ne critique nullement le « libre arbitre » puisqu’il « nous rend en quelque façon semblables à Dieu en nous faisant maître de nous-mêmes, pourvu que nous ne perdions pas par lâcheté les droits qu’il nous donne » (article 152 ). La grandeur et la bassesse de l’homme proviennent donc de son libre arbitre.
Revenons d’abord à la quatrième Méditation. Le libre arbitre est le fait que l’homme est l’arbitre de lui-même : « nous pouvons faire une chose ou ne la faire pas, c’est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir, […] nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous y contraigne ». Mais Descartes précise : « afin que je sois libre, il n’est pas nécessaire que je sois indifférent ». En effet : « cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d’aucune raison, est le plus bas degré de liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance, qu’une perfection dans la volonté ». Mais cette phrase de Descartes me semble mystérieuse : comment concilier l’idée de degrés de liberté avec ce libre arbitre absolu ?
Et Descartes conclut en présageant les choses dans le meilleur des mondes [ chez Leibniz, qui est beaucoup plus pessimiste, il faut ajouter « possible » ] : « car si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire; et ainsi je serais entièrement libre, sans jamais être indifférent [ choisissant le bien et le vrai ]. » ( Méditations, 1641 ).
Dans sa lettre à Mesland du 9 février 1645, Descartes va modifier profondément ce dernier point de vue : « il nous est toujours possible de nous retenir de poursuivre un bien clairement connu ou d’admettre une vérité évidente, pourvu que nous pensions que c’est un bien d’affirmer par là notre liberté ». Et Descartes [ reprenant l’affirmation de Médée, « je vois le bien, je l’approuve et je fais le mal ; Ovide, les Métamorphoses, VII : « video meliora, proboque, deteriora sequor » ] parle « de cette puissance positive que nous avons de suivre le pire, tout en voyant le meilleur ».
En fait, dans cette lettre, Descartes veut curieusement garder les deux définitions antithétiques ( « le plus bas degré de liberté » et « la faculté positive de se déterminer » sans poser aucun degré de liberté ) ; et il complique les choses encore en distinguant aussi les actions, avant l’accomplissement, avec cette puissance positive, et celles, pendant l’accomplissement, qui n’implique aucune indifférence étant donnée l’action en cours.
Key Word : passion, tristesse, joie secrète, émotions intérieures, tranquillité de l’âme, l’estime, le mépris, la volonté, la liberté. Key Names : Descartes, Leibniz, Épictète, Ovide. Key Works : Patrice Tardieu, Descartes, Casanova, la princesse palatine, la reine Christine, passions de l’âme, sang, nerf, cerveau, Philo blog 19 avril 2015 ; Faire l’amour avec ou sans consentement, concupiscence, impulsion, aversion, Descartes, Philo blog 25 avril 2015 ; Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis, Philo blog 9 mai 2015 ; Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles Le Brun, Philo blog 17 mai 2015 ; Joie, jouissance de l’âme, se donner au plaisir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote, Philo blog 23 mai 2015. Descartes, Les Passions de l’âme ; Les Méditations, quatrième méditation ; Lettre à Mesland. Leibniz, Théodicée ; Confessio philosophi. Épictète, Entretiens ; Manuel. Ovide, Les Métamorphoses, VII.
Patrice Tardieu.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 13:12

Joie, jouissance de l’âme, se donner au désir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote.
Se pose, pour Descartes, le problème de la haine. Celle-ci, même la plus infime, ne peut que nuire car elle nous ronge. La haine du mal nous pousse à l’action, mais cette dernière serait tout aussi bien accomplie par l’amour du bien, son contraire. Encore faut-il connaître ce bien ou ce mal. La douleur du corps et la haine du mal physique sont liées. Cependant en ce qui concerne l’âme, la haine du mal ne peut être sans tristesse, « le mal n’étant qu’une privation ». Je pense qu’ici Descartes reprend l’argumentation d’Augustin : Dieu ayant créé l’univers, le mal ne peut être une substance, c’est la privation d’un bien ( La Cité de Dieu, livre XI ). L’âme est faite pour « être, connaître et aimer » ( structure trinitaire chez Augustin ; comme le nœud borroméen qui relie trois cercles de Jacques Lacan, sa tripartition du Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel ; le christianisme « est la vraie religion », « est le vrai dans la religion » dit-il dans sa leçon du 11 septembre 1973 ! Rappelons que son frère cadet, Marc-Marie Lacan, était moine en l’abbaye de Hautecombe ). L’exemple que donne Descartes est très simple : nous nous sommes éloignés de quelqu’un à cause de ses mœurs, mais nous nous privons, du coup, de sa conversation.
En ce qui concerne le désir, écrit Descartes : « il est évident que lorsqu’il procède d’une vraie connaissance il ne peut être mauvais ». De même, « la joie ne peut manquer d’être bonne ». En effet elle procure la jouissance de l’âme. Descartes se lance dans une hypothèse étonnante : « si nous n’avions pas de corps », alors qu’il n’a cessé de déployer tout l’arsenal physiologique pour nous expliquer les « passions » de l’âme [ la « passivité » de celle-ci ] ! Son argument est le suivant : si nous n’étions qu’une âme, il faudrait éviter toute haine et toute tristesse et se donner entièrement à l’amour et à la joie ; cependant nous avons aussi un corps et ces quatre passions peuvent être trop violentes. Seule la modération nous sauvera.
Descartes va rentrer dans une argumentation curieuse car on va le surprendre en train d’hésiter ! On a vu que la haine et la tristesse doivent être rejetées par notre âme, même si leur fondement est vrai, a fortiori s’il est faux. Mais que dire alors de l’amour [ je le rappelle, toujours au féminin chez Descartes ] et de la joie mal fondées ? En effet la joie sera plus fragile et l’amour plus déceptive. Cependant, pour Descartes, elles semblent préférables à la tristesse et à la haine liées à la méprise. Dans la vie, on ne peut échapper à certaines tromperies, mais il vaut mieux pencher du côté de celles qui nous rendent heureux plutôt que malheureux. « Une fausse joie vaut mieux qu’une tristesse dont la cause est vraie » (article 142 ) écrit Descartes. C’est ici qu’il hésite à propos de la haine et de l’amour ; peut-on soutenir le même type d’argument ? Lorsque la haine est basée sur des faits incontestablement nuisibles, elle nous pousse à nous éloigner de ce mal qui pourrait nous détruire, de cette personne qui peut nous blesser moralement et physiquement. Par contre l’amour « injuste » nous conduit à nous approcher d’un personnage inquiétant qui « nous avilit et nous abaisse ».
Descartes va, en quelque sorte, revenir sur ses pas, et reconsidérer le désir par rapport à tout ce qui règle nos mœurs. Finalement il va revoir ce qu’il a dit des quatre passions ci-dessus qu’il n’avait considérées qu’en elles-mêmes. C’est le point de vue de l’action dont il faut tenir compte. Or, toute passion dont la cause est erronée peut alors être jugée nuisible, et, inversement, si la cause est fondée, elle peut être utile. Descartes en arrive à une palinodie ( comme Socrate en ce qui concerne l’amour dans le Phèdre de Platon, 244 a- 257 b, ou Freud sur la séduction ou la vision de la scène primitive réelles ou fantasmées, à l’origine de la névrose ), de ce qu’il avait dit sur la « fausse joie » ; maintenant il soutient que tout fondement faux est mauvais et même que « la joie est ordinairement plus nuisible que la tristesse » ( article 143 ) qui, elle, donne de la retenue, de la crainte et finalement de la prudence, alors que la fausse joie nous rend écervelé, étourdi et sans jugement dans l’action. Descartes se rapproche dangereusement ( ! ) d’Aristote, de sa critique du « dérèglement » ( « akolasia », Éthique à Nicomaque, III, 15, 119 a 34, qu’il trouve infantile ), de son éloge de la « prudence » ( « phronèsis », I, 13, 1103 a 2 ) et de l’homme « sage », « prudent » ( « phronimos », II, 6, 1107 a 2 ).
Key Word : passion, action ; le mal est une privation, pas une substance ; l’âme est faite pour être, connaître et aimer. Key Names : Descartes, Augustin, Lacan, Platon, Freud, Aristote. Key Works : Patrice Tardieu, Lacan et la question du déclin de l’imago paternelle. La haine du père et de Dieu, Philo blog 13 février 2015 ; La famille première unité sociale, la femme médiatrice, Lacan, de Bonald, Comte, Maurras, Philo blog 18 février 2015. Descartes, Les passions de l’âme. Augustin, La cité de Dieu. Lacan, Les non-dupes errent [ Les noms du père ], Séminaire 1973- 1974. Platon, Phèdre. Freud, Cinq Psychanalyses. Aristote, Éthique à Nicomaque.
Patrice Tardieu.

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 12:24

Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles Le Brun.
On peut même dans Les Passions de l’âme de Descartes trouver quelques propos « galants ». En particulier lorsqu’il va essayer de décrire et d’expliquer « les actions des yeux et du visage, les changements de couleur, les tremblements, la langueur, la pâmoison, les ris [ figures rieuses ], les larmes, les gémissements et les soupirs ». En effet, « il n’y a aucune passion que quelque particulière action des yeux ne déclare », et pourtant il est difficile de la décrire précisément en détail à partir de l’œil seul ; il faut recourir au front, au nez et aux lèvres ( comme le montrera le peintre Charles Le Brun dans sa Conférence sur l’expression des passions de 1668, avec soixante-trois dessins et une description écrite très cartésienne ), mais ceux-ci peuvent « aussi bien servir à dissimuler ses passions qu’à les déclarer ». Par contre, la maîtrise de la rougeur ou de la pâleur devient impossible, de même le tremblement dû à un désir ardent, une colère ou une ivresse. Descartes en vient à la langueur par amour. Tout vient du fait qu’on imagine que l’objet de notre désir ne saurait être atteint dans le temps présent. En effet « l’amour occupe tellement l’âme à considérer l’objet aimé », qu’elle se bloque sur son image, si bien qu’il y a obsession de la personne désirée, laissant le corps languissant. Quant à la pâmoison, elle « n’est pas fort éloignée de la mort ». Le feu du cœur semble s’être éteint, étouffé. Les larmes ne viennent pas d’une tristesse extrême, elles sont « accompagnées ou suivies de quelque sentiment d’amour, ou aussi de joie »; mais c’est surtout la passion d’amour qui produit par intervalles celles-ci à cause de « quelque nouvelle réflexion » sur la personne que les amoureux affectionnent.
Descartes vient à considérer les enfants qui « pâlissent au lieu de pleurer ». D’après lui, cela manifeste « un jugement et un courage extraordinaire » car cela prouve qu’ils envisagent « la grandeur du mal et se préparent à une forte résistance ». Cependant cela peut être le plus souvent la marque d’un « mauvais naturel » basé sur la haine ou la peur, à l’inverse des enfants qui pleurent facilement qui penchent vers l’amour et la pitié. On voit ici poindre une explication caractérologique. Mais Descartes en vient même à une interprétation, je ne dirais pas psychanalytique, mais où il introduit une explication par l’enfance restée inconsciente. En effet, il existe d’étranges aversions chez certains, par exemple envers le parfum des roses, ou la vue d’un chat. Descartes suggère que l’odeur de ces fleurs ont produit un grand mal de tête alors que l’enfant était dans son berceau, ou qu’un chat l’a effrayé, sans que personne ne s’en aperçoive ni qu’il s’en souvienne, ou mieux, étant donnée la « liaison entre notre âme et notre corps », lorsqu’il était dans le ventre de sa mère et, par compassion, il a éprouvé les mêmes ressentis qu’elle, qu’il a conservés en dehors de toute conscience, et qu’il gardera « jusques à la fin de sa vie ». Au bout du compte, les passions de l’amour, de la haine, du désir, de la joie et de la tristesse sont toutes utiles, surtout les négatives qui servent à « repousser les choses qui nuisent et peuvent nous détruire » ! Cependant ne faisons pas comme les bêtes qui se laissent tromper par des appâts et qui, « pour éviter de petits maux, se précipitent en de plus grands », utilisons l’expérience et la raison. Descartes est à la fois empiriste et rationaliste !
On ne s’y attendait pas, mais Descartes va faire l’éloge de l’amour lorsqu’il est fondé sur une connaissance vraie, grâce à l’âme : « l’amour est incomparablement meilleure [ « amour », chez Descartes, est féminin, même au singulier ] que la haine ; elle ne saurait être trop grande et elle ne manque jamais de produire la joie. Je dis que cette amour est entièrement bonne, pour ce que, joignant à nous de vrais biens, elle nous perfectionne d’autant. Je dis aussi qu’elle ne saurait être trop grande, car tout ce que la plus excessive peut faire, c’est de nous joindre si parfaitement à ces biens, que l’amour que nous avons particulièrement pour nous-mêmes n’y mette aucune distinction [ l’être aimé étant notre moitié ] » (article 139 ). Ceci n’est pas sans évoquer pour moi le conte de Psyché [ l’âme ] et d’Éros [ l’amour ] qu’a décrit l’écrivain latin Apulée.
Key Word : passion, désir, amour, les yeux, le visage, étranges aversions, tromperie des appâts. Key Names : Descartes, Charles Le Brun, Apulée. Key Works : Patrice Tardieu, Expérience érotique dans un palais sans gardien ni fermeture, léger bruit dans l’obscurité. Apulée. Philo blog 22 novembre 2013 ; Psyché s’interroge sur son amant nocturne, ce « mari » qui lui fait l’amour et s’endort. Philo blog 24 novembre 2013 ; Amour de l’amour, désir brûlant, ardent, le dieu voluptueux, maître du feu amoureux, enjouement, Philo blog 26 novembre 2013 ; Recevoir de Vénus sept doux baisers avec la langue, pur miel. Psyché fouettée, tourmentée, Philo blog 28 novembre 2013 ; Les deux amants, nectar, roses, parfum,chants, danse et flûte jouée par un satyre, « voluptas », Philo blog 30 novembre 2013. Descartes, Les Passions de l’âme. Charles Le Brun, Conférence tenue en l’Académie Royale de peinture et de sculpture sur l’expression générale et particulière ( et Cabinet des dessins du Musée du Louvre ).
Patrice Tardieu.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 13:03

Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis.
Descartes va maintenant nous parler « De l’agrément et de l’horreur » dans son traité Les Passions de l’âme. Nous avons vu que Descartes donne une très grande extension au mot « amour », mais il ne trouve pas qu’il en soit de même pour la haine. Il y a beaucoup plus de sortes d’amours passionnées que de haines. Cependant on peut trouver une opposition symétrique, si l’on considère les sens extérieurs et les sens intérieurs de l’âme. En effet alors on peut dire qu’il y a deux espèces : l’amour « d’agrément » basé sur la beauté, et la haine de la laideur qui produit l’horreur ou l’aversion, toutes deux provenant de nos sens extérieurs, principalement la vue. Il est assez scandaleux selon Descartes que les deux autres espèces symétriques et opposées, basées sur les sens intérieurs et la raison, l’amour de ce qui est bon, et la haine de ce qui est mal, pèsent d’un poids moindre que l’agrément et l’horreur, deux passions qui trompent le plus mais qui touchent le plus fortement. En effet, le désir de fuite peut être provoqué par « le bruit d’une feuille tremblante ou son ombre » comme s’il y avait péril de mort, et inversement le désir de jouissance à la vue de la différence des sexes pousse à chercher sa « moitié », comme « le plus grand de tous les biens imaginables » avec cette nuance importante : « Et encore qu’on voie plusieurs personnes de cet autre sexe, on n’en souhaite pas pour cela plusieurs en même temps, d’autant que la nature ne fait point imaginer qu’on ait besoin de plus d’une moitié » ( article 90 ), il s’agit proprement de l’amour au sens strict et ses « plus étranges effets ».
Notons que Descartes est aux antipodes de la polygamie du Coran, sourate IV ( « An-nisâ‘ », « Les femmes » ), verset 3 : « Épousez deux, trois ou quatre femmes, parmi celles qui vous plaisent », étant entendu que, verset 34, « les hommes ont autorité sur les femmes […]. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles en les reléguant dans des lits à part, et frappez-les ». Enfin, verset 43, avant la prière, « si l’un de vous revient du lieu où il a fait ses besoins, ou si vous avez touché à des femmes », il vous faut faire vos ablutions.
Descartes introduit une autre distinction : il y a la joie intellectuelle donnée par l’entendement et la joie passionnelle liée à la jouissance d’un bien que l’on se représente comme nous appartenant, et si l’on ne le représente pas, c’est comme s’il n’existait pas. Il peut aussi y avoir une tristesse intellectuelle comme une tristesse passionnelle qui est une « langueur désagréable ». Mais on peut se sentir triste ou joyeux sans raison, c’est-à-dire sans savoir de quel bien ou de quel mal il s’agit.
Descartes va insister sur les impressions du corps : il suffit qu’il fasse beau temps et que nous soyons en bonne santé pour éprouver de la gaieté sans aucune véritable raison et inversement si nous sommes indisposés, une certaine tristesse nous envahit. Cependant il peut y avoir le paradoxe d’une caresse qui nous déplaît ( Descartes dit « un chatouillement » ) ou celui de supporter des douleurs avec joie car cela prouve notre force de résistance, et de même le plaisir de regarder une tragédie qui ne peut en aucun cas nous nuire provient du fait que c’est une fiction, des « aventures étranges » représentées sur la scène d’un théâtre.
On connaît la célèbre définition d’Aristote ( Poétique, chapitre 6, 1449 b 25 ) : « La tragédie […] est une « mimésis » ( « imitation » ) faite par des personnages en action […] qui, par l’entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la « catharsis » ( « purgation » ) des passions de ce genre ». Je dirais qu’on peut faire un rapprochement inattendu sur ce point avec Descartes qui a toujours voulu se différencier d’Aristote. En effet il s’agit d’expliquer comment des émotions pénibles peuvent se transformer en plaisir. Le vocabulaire médical ( « catharsis » ) ne déplairait pas non plus à Descartes qui en abuse pour expliquer les passions.
Key Word : agrément, horreur, étranges effets de l’amour, autorité de l’homme sur la femme, mimésis. Key Names : Descartes, Aristote. Key Works : Patrice Tardieu, Caresse : de l’effleurement sensuel à l’efflorescence de l’idée, Philo blog 23 janvier 2007 ; Humeur noire, clivage du moi, ombre de l’autre, deuil sans raison, Freud, Verlaine, Philo blog 11 octobre 2012. Descartes, Les Passions de l’âme. Aristote, Poétique.
Patrice Tardieu.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 12:10

Cœur supplicié, volé, Rimbaud pendant la Commune de Paris, aventures abracadabrantesques.
Au risque de ne pas être très poétique, je vais tenter de donner une clef de lecture au poème de Rimbaud intitulé Le Cœur volé selon Verlaine, Le Cœur du pitre selon Demeny, Le Cœur supplicié selon Izambard qui l’avait reçu par courrier le 13 mai 1871.
Expliquons la situation historique ; après le Second Empire de Napoléon III et la guerre entre la France et l’Allemagne de Bismarck de 1870 - 1871 qui le fit s’écrouler, la ville de Paris fut assiégée du 19 septembre au 28 janvier 1871 ( et la Troisième République proclamée par Gambetta le 4 septembre 1870 ). Les communards, profitant de la levée du siège de Paris par les Prussiens, proclamèrent « La Commune de Paris » [ qui dura du 18 mars au 27 mai 1871 ], en mémoire de celle de 1795 [ moment de la grande Terreur de la Révolution française ! ]. Ce pouvoir décréta l’arrestation d’otages et les exécuta, mit le feu aux Tuileries et fit tomber la colonne Vendôme [ qui ne sera rétablie qu’en 1875 ! ]. Rimbaud, âgé de seize ans et demi, qui a fait de multiples fugues, est enthousiasmé par ce mouvement révolutionnaire, et il monte à Paris.
Je vais essayer pas à pas d’éclairer la compréhension de ce poème, mais d’abord voyons-en la structure très régulière comme il est de mise dans la versification française à forme fixe comme le quatrain, le triolet, le rondel, le rondeau ou la ballade. Celui-ci comporte trois strophes, chacune sur deux rimes croisées, féminines et masculines, de vers de huit pieds, avec répétition aux lignes une, quatre et sept à l’intérieur de chacune des strophes. On voit que Rimbaud était un excellent élève de son professeur Izambard ( il a même écrit des poèmes en latin ! ). Le mot « cœur » apparaît dix fois (en comptant le titre ), mais ici il s’agit plutôt d’écœurement, de répugnance et d’indignation.
Le poème est daté de mai 1871. Que s’est-il passé ? Rimbaud a rejoint les communards à Paris, précisément à la caserne de Babylone. Voici les trois premiers vers de la première strophe :
« Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur couvert de caporal :
Ils y lancent des jets de soupe ».
La poupe est l’arrière d’un navire, par opposition à la proue qui en désigne l’avant. Il me semble que le sens est clair ! Les communards ont lancé des jets de sperme dans son derrière qui dégoulinent !
Voici la suite de cette première strophe avec ses répétitions qui martèlent le choc subi par Rimbaud : « Mon triste cœur bave à la poupe :
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur couvert de caporal ! »
On apprend que la sodomie du jeune Rimbaud s’est déroulée sous les railleries, les plaisanteries grossières, vulgaires et l’hilarité des communards.
Deuxième strophe :
« Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l’ont dépravé !
Au gouvernail on voit des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques. »
Ces quatre premiers vers continuent la métaphore du navire que l’on retrouvera en mi-septembre 1871 dans Le Bateau ivre auquel Rimbaud s’identifiera, mais avec une référence aux fresques gréco-latines de personnages masculins ithyphalliques, c’est-à-dire au membre viril en érection, dans ce texte, des « pioupious », les fantassins et caporaux de la Commune qui ont violé le jeune garçon qu’était Rimbaud.
Suite de cette deuxième strophe:
« O flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu’il soit lavé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l’ont dépravé ! ».
Le poète reprend le mot cabalistique « abracadabra » emprunté au grec, mais utilisé par les enfants ( Rimbaud s’était déjà servi de ce mot dans sa toute jeunesse ) qui aurait un effet magique, celui de le « laver » de cette souillure. Notons qu’il crée le néologisme « abracadabrantesque » qui signifie désormais « invraisemblable » et qui sera repris par Jacques Chirac, alors Président, dans un discours politique télévisé, pour écarter une accusation !
Troisième et dernière strophe :
« Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ?
Ce seront des hoquets bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques :
J’aurai des sursauts stomachiques,
Moi, si mon cœur est ravalé :
Quand ils auront tari leurs chiques
Comment agir, ô cœur volé ? »
Les soldats de la Commune deviennent alors des marins qui mâchent leur chique, c’est-à-dire des boulettes de tabac ( qui rendent les dents noires ! ). Mais il ne reste plus pour le jeune Rimbaud que les spasmes du diaphragme et l’envie de vomir, après avoir subi l’assaut « bachique » ( lié à Bacchus [ Dionysos ], dieu du vin et de l’ivresse ). Se pose alors la question de l’action.
Notons que Rimbaud n’écrira plus aucune poésie après 1874 ( il a vingt ans ), c’est Verlaine qui « exhumera » Rimbaud. En 1876, il tente l’expérience coloniale en partant pour Batavia ( l’actuel Jakarta en Indonésie ) avec un régiment hollandais qu’il déserte rapidement. En 1880, il gagne Aden ( à la pointe sud de l’Arabie, actuellement au Yémen ) où il fait du commerce; il s’occupe de cartes géographiques, il est devenu marchand d’armes et réclame des esclaves pour lui-même. En 1891, il est rapatrié et amputé d’une jambe en France ; il meurt à trente-sept ans.
Key Word : La Commune de Paris de 1871, soldats ithyphalliques, colonialisme, esclavagisme. Key Names : Rimbaud, Verlaine, Demeny, Izambard. Napoléon III, Bismarck, Gambetta, Jacques Chirac. Key Works : Patrice Tardieu, Chants de l’exil, Charles d’Orléans, Du Bellay, Saint-John Perse, Philo blog 23 septembre 2012 ; Traces de poèmes qui s’effacent, sables de l’exil, Saint-John Perse le Pérégrin, Philo blog 27 septembre 2012 ; Souffrances de Dionysos, sa mère calcinée, agrafé à la cuisse de Zeus, découpé, ébouillanté, rôti, Philo blog 6 mars 2013. Rimbaud, Le Cœur volé ; Le Bateau ivre. Verlaine, Sagesse, III, VI, « Le ciel est par-dessus le toit… » [ poème de Verlaine en prison aux Petits- Carmes en 1873 après avoir tiré un coup de revolver sur Rimbaud qui voulait le quitter ].
Patrice Tardieu.

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