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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 20:37

Identité dans la différence de la religion polythéiste et monothéiste; « Noé » biblique, mythologique grec antique, mésopotamien, Deucalion et Pyrrha, Gilgamesh et Outa-napishtim.

Revenons également à Hegel et à ses Écrits théologiques de jeunesse. Il oppose la solution d’Abraham et de Noé qui consiste à séparer totalement Dieu de l’univers, puisque la Nature avec le déluge est devenue hostile à l’homme, à la solution grecque antique de réconciliation avec le Monde. Mais Hegel ne montre pas la grande identité dans la différence des deux religions : Zeus en colère contre les exactions de l’homme ( tout comme Dieu en colère contre le crime fratricide de Caïn commis sur son frère Abel ) provoque un déluge. Sur les conseils de Prométhée, Deucalion et son épouse Pyrrha montent dans une barque qui échoue sur le Parnasse et ils repeuplent le monde en jetant une pierre dans leur dos, celle-ci jetée par Deucalion devient un homme, par Pyrrha une femme. Et il y a un autre « Noé », pas seulement dans la mythologie grecque, comme nous venons de le voir, mais aussi mésopotamienne, l’épopée de Gilgamesh, avec le personnage de Outa-napishtim qui a l’ordre de construire un vaisseau avant le déluge pour « y mettre la semence de tous les êtres vivants ». On croirait lire la Genèse, VI, 19.

Key word

: le déluge, la nature hostile à l’homme, l’identité dans la différence de la religion polythéiste et monothéiste, colère de Dieu contre l’homme, le « Noé » biblique, le « Noé » de la mythologie grecque, le « Noé » de l’épopée mésopotamienne.

Key names

: Hegel; Abraham, Noé, Abel, Caïn; Zeus, Prométhée, Deucalion, Pyrrha; Gilgamesh, Outa-napishtim.

Key works

: L’Esprit du Christianisme ( Hegel ), Glas ( Derrida ), Genèse, VI, 19.

L’île de notre nostalgie ( 2.3.x ).

Patrice Tardieu

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 23:00

Baiser impossible, baiser défendu, baiser sur la bouche à une divinité qu’il ne faut pas embrasser, Dieu l’Un, Zeus, Athamas et Prixos.

J’ai trouvé un autre « baiser impossible »…dans le Premier livre des Rois, XIX, 18, de l’Ancien Testament ! Il s’agit, en fait, d’un baiser défendu : le baiser sur la bouche à une divinité païenne que Dieu ( « Yahvé » ) condamne. On est un peu surpris de voir le Dieu unique en lutte avec une divinité qu’il ne faut pas embrasser. On connaît la fameuse affirmation qui fait de Dieu, l’Un ( Deutéronome, VI, 4). En fait, le credo monothéiste s’est d’abord nourri d’un très long passé polythéiste. Je renvoie aux leçons très érudites et très complètes faites par Thomas Römer sur ce sujet : Le Dieu Yhwh [ Yahvé ], ses origines, ses cultes, sa transformation en Dieu unique. Pour ma part, je reviens sur le sacrifice d’Abraham qui est en résonance avec une très vieille légende grecque, celle d’Athamas et de son fils Prixos. Faisant suite à un oracle de Delphes, Athamas va le sacrifier au sommet d’une montagne [ comme Abraham ]. Surgit alors un bélier, envoyé sans doute par Zeus, qui l’enlève. Celui-ci, reconnaissant, l’offre en sacrifice à Zeus ( notons que le nom « Dieu » vient de « Dios », génitif du mot « Zeus » ).

Key works

: baiser impossible, baiser défendu, baiser sur la bouche à une divinité qu’il ne faut pas embrasser, Dieu l’Un, credo monothéiste au long passé polythéiste, vieille légende grecque, étymologie du mot « Dieu ».

Key names

: Yhwh, Yahvé, Dieu; Abraham; Baal divinité locale; Athamas et son fils Prixos; Zeus, Dios; Thomas Römer.

Key works

: Bible ( traduction de Louis Segond ) I Rois, XIX, 18 : « …dont la bouche ne l’a point baisé »; Deutéronome, VI, 4. Le Dieu Yhwh, ses origines, ses cultes, sa transformation en Dieu unique, cours du Collège de France, 2012 ( Thomas Römer ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.w ).

Patrice Tardieu

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 22:00

Impossibilité du baiser, goûter l’autre, les multiples visages, la monade, Leibniz, Proust, Shakti Devi.

Proust va nous faire la démonstration de l’impossibilité du baiser ! Il part du point de vue perspectiviste qu’une même personne peut être perçue de cent manières différentes, toutes légitimes. Il avait lui-même, depuis la plage de Balbec jusqu’à maintenant, observé de multiples Albertine et donc une multiplicité d’individualités de celle-ci. Il ne va pas jusqu’à dire, comme Leibniz, que chaque monade contient de son point de vue l’univers tout entier et est en relation avec lui. Il s’en tient, pour l’heure, à la simple approche pour donner un baiser. Mais justement au fur et à mesure qu’il se rapproche, « en accélérant prodigieusement la rapidité des changements de perspective et des changements de coloration que nous offre une personne dans nos diverses rencontres avec elle », cela recrée « expérimentalement le phénomène qui diversifie l’individualité d’un être » comme s’il tirait « toutes les possibilités qu’il renferme ». Albertine est alors « une déesse à plusieurs têtes » ( comme par exemple, dans l’hindouisme, Shakti Devi ), dont les visages se succèdent en quelques secondes. Il est maintenant sur le point de l’embrasser. « Mais hélas ! car, pour le baiser, nos narines et nos yeux sont aussi mal placés que nos lèvres, mal faites, tout d’un coup, mes yeux cessèrent de voir, à son tour mon nez, s’écrasant, ne perçut plus aucune odeur [ il sentait, juste avant, « un léger parfum » qui venait d’elle ], et sans connaître pour cela davantage le goût du rose désiré », il se rend compte «  à ces détestables signes » qu’il est en train de l’embrasser !

Key word

: l’impossible baiser, perspectivisme, multiplicité d’individualités, la monade leibnizienne, les possibilités que renferment un être, les différents visages, le goût désiré.

Key names

: Leibniz; Proust, Albertine; Shakti Devi.

Key works

: la Monadologie ( Leibniz ), le Côté de Guermantes ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.v ).

Patrice Tardieu

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 22:51

Connaissance par la bouche, baiser, lèvres, photographie, perspectivisme, Proust, Nietzsche, Condillac.

Proust poursuit ses considérations sur le baiser et la connaissance par la bouche : « les lèvres, faites pour amener au palais la saveur de ce qui le tente, doivent se contenter, sans comprendre leur erreur et sans avouer leur déception, de vaguer à la surface ». Et il en vient au moment précis de la connexion qui n’est qu’une errance au hasard, perdue dans une vaine recherche : « à ce moment-là, au contact même de la chair, les lèvres, même dans l’hypothèse où elles deviendraient plus expertes et mieux douées, ne pourraient sans doute pas goûter davantage la saveur que la nature les empêche actuellement de saisir ». En effet, celles-ci, « dans cette zone désolée où elles ne peuvent trouver leur nourriture, sont seules ». Le rapprochement considérable modifie totalement la vue et l’odorat ( cher à Condillac dans son Traité des Sensations ). Les joues, le cou ne sont plus les mêmes. Proust se lance alors dans une comparaison avec la photographie et les déformations de perspective que produisent le téléobjectif ou au contraire le grand angle, où l’un rapproche de manière inattendue et l’autre déforme grandement les pourtours. Dans ce « perspectivisme » qui se trouve déjà chez Nietzsche qui explique la grande différence entre regarder d’en haut ou d’en bas, les valeurs changent.

Key word

: le baiser, la connaissance par la bouche, les lèvres, la saveur, le contact de la chair, goûter la saveur, la vue, l’odorat, les déformations, la photographie, le perspectivisme.

Key names

: Proust, Condillac, Nietzsche.

Key works

: Par-delà Bien et Mal ( Nietzsche ), Traité des Sensations ( Condillac ), Le Côté de Guermantes ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.u ).

Patrice Tardieu

 

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 22:13

Y-a-t-il connaissance par les lèvres, organe spécifique au baiser ? Proust, Condillac, Ionesco.

Nous allons quitter le saxophone alto langoureux, flamboyant et plein de luxure de Hodges, en solo accompagné de l’orchestre, interprétant « Prelude to a kiss », composé par Ellington en 1938 ( qui sera chanté par Lady Day, Billie Holiday en 1955 ), et retrouver Le Côté de Guermantes de Proust ( 1920-1921 ). Le « prélude à un baiser » que nous avons analysé n’est pas sans poser un problème philosophique : y-a-t-il une « connaissance par les lèvres » ? On sait que le sensualisme de Condillac répondrait par l’affirmative. Voici la thèse de Proust : on pourrait penser que le narrateur va finalement connaître le « goût » de la chair de la jeune femme, acquérir enfin cette « connaissance par les lèvres ». Il n’en est rien, c’est une illusion : « l’homme, créature évidemment moins rudimentaire que l’oursin ou même la baleine, manque cependant d’un certain nombre d’organes essentiels, et notamment n’en possède aucun qui serve au baiser. A cet organe absent il supplée par les lèvres, et par là arrive-t-il peut-être à un résultat un peu plus satisfaisant que s’il était réduit à caresser la bien-aimée avec une défense de corne ». On remarquera l’humour corrosif et impitoyable de Proust qui anticipe sur Ionesco.

Key word

: saxophone langoureux flamboyant et plein de luxure, « Prelude to a Kiss », prélude à un baiser, la connaissance par les lèvres, sensualisme, le goût de la chair, l’homme ne possède aucun organe absolument spécifique qui serve au baiser.

Key names

: Proust, Condillac, Ionesco; Hodges, Ellington, Billie Holiday.

Key works

: Traité des Sensations ( Condillac ), Le Côté de Guermantes ( Proust ), Rhinocéros ( Ionesco ), Prelude to a kiss ( Ellington ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.t ).

Patrice Tardieu

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 21:14

Prélude à un baiser, connaissance par les lèvres, anamnèse, Proust, Platon, Duke Ellington.

Le narrateur veut différer le baiser à Albertine, si elle lui promet de l’embrasser ensuite, et, pour ne pas oublier cette promesse, de lui donner « un bon pour un baiser ». Elle demande s’il faudrait qu’elle le signe. Il se ravise et aimerait l’embrasser tout de suite, mais alors il lui faudrait un « bon pour un baiser » pour plus tard. Elle s’en amuse et s’engage à lui en signer de temps en temps. Ce marivaudage le lance dans une méditation sur Albertine reliée à « toutes les impressions d’une série maritime ». Il lui demande ce qu’elle avait pensé de la jeune fille qui avait sauté par-dessus un vieillard apeuré dans sa chaise longue à Balbec. A l’époque, telle qu’Albertine lui était apparue, il avait cru percevoir un grand amusement dans ses « deux yeux verts dans une figure poupine qui exprimèrent pour cet acte une admiration et une gaieté […] avec une timidité honteuse et fanfaronne ». Et il l’avait prise pour dévergondée comme le reste de la « petite bande ». La réponse d’Albertine contredit, sans le savoir, l’hypothèse qu’il avait échafaudée dans sa tête à l’époque : « J’ai dû penser qu’elle était bien mal élevée et commune ».

Il reprend l’anamnèse de la jeune femme : « j’aurais bien voulu, avant de l’embrasser, pouvoir la remplir à nouveau du mystère qu’elle avait pour moi sur la plage avant que je la connusse, retrouver en elle le pays où elle avait vécu auparavant; […] insinuer tous les souvenirs de notre vie à Balbec, le bruit des flots sous ma fenêtre, les cris des enfants ». Enfin il va pouvoir donner un baiser à la jeune femme, avoir d’elle «  la connaissance par les lèvres ».

Key word

: un bon pour un baiser, marivaudage, impressions d’une série maritime, anamnèse d’une vie antérieure, connaissance par les lèvres.

Key names

: Proust, Albertine.

Key works

: A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Le côté de Guermantes ( Proust ), Phèdre ( Platon ), Prelude to a kiss ( Duke Ellington ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.s ).

Patrice Tardieu

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 22:56

J’ai vu de dos celui qui a posé son regard sur moi, l’Autre, voir Dieu face à face, thanatos, Sartre, Thomas Römer.

Je reviens un instant sur le problème d’une personne « perçue de dos » et sur celui du « face à face ». Je rappelle que « l’objet » est ce qui est « là devant » (« objectum ») sans aucun jugement de valeur, par exemple Pierre regarde Jacques implique que Jacques est « l’objet » du regard de Pierre, et que Pierre est dans la position de « sujet » qui regarde, ou inversement si c’est l’inverse. Cette problématique longuement étudiée avec de nombreux concepts par Sartre dans l’Être et le Néant ( p.310 à p.364, éd. Bibliothèque des Idées ) est , sans qu’il le sache, à la base, un problème biblique ! La traduction de Genèse, 16,13 est reconnue comme très difficile. Il s’agit de Hagar, la servante égyptienne avec laquelle Abram ( qui deviendra Abraham ) va avoir un fils, Ismaël. La traduction de Frédéric Boyer et Jean L’Hour va retenir notre attention : « Elle donna à Yhwh [ Yahvé, un des noms de Dieu dans l’Ancien Testament ], qui lui avait parlé, le nom d’El-Roï [ qui signifie « Dieu qui me voit »]. Car, dit-elle, ici j’ai vu de dos celui qui a posé son regard sur moi ». Selon Thomas Römer, le texte massorétique ( celui que nous avons est celui des massorètes qui l’ont fixé ) est surprenant et intraduisible, elle voit de dos ! Il s’agirait d’une correction dogmatique qui veut éviter qu’Hagar vît Dieu en face à face alors que cela a été impossible à Moïse ! Le texte en grec ( traduction d’un texte plus ancien non déformé ) dit : « J’ai vu Dieu et je suis restée en vie ».Or, dans l’épisode du buisson ardent, « Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu » ( Exode, 3, 6 ). On ne doit pas voir l’Autre face à face, sinon au moment de la mort.

Key word

: perçu de dos, face à face, objectum, objet là devant, objet du regard, sujet qui regarde, j’ai vu de dos celui qui a posé son regard sur moi, elle voit de dos, texte massorétique, voir Dieu face à face, j’ai vu Dieu et je suis restée en vie, cacher son visage par crainte de voir Dieu et périr.

Key names

: Sartre; Hagar, Abram ( Abraham ), Ismaël, Moïse; Yhwh ( Yahvé ), El-Roï; Frédéric Boyer, Jean L’Hour; Thomas Römer.

Key works

: l’Être et le Néant ( Sartre ); la Bible, nouvelle traduction, éd. Bayard, 2001; Genèse 16, 13; Exode, 3, 6; Thomas Römer, cours du Collège de France, 2009, la formation du cycle d’Abraham.

L’île de notre nostalgie ( 2.3.r ).

Patrice Tardieu

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 22:02

Baisers de la première venue, baisers auxquels on a rêvé, désir charnel, anamnèse, Proust, Platon.

Proust réfléchit sur la nature du désir. Il en distingue deux sortes. Le désir charnel immédiat dont la satisfaction lui semble pauvre : « les femmes qu’on connaît d’abord chez l’entremetteuse n’intéresse pas, parce qu’elles restent invariables »; ce désir « ne prétend qu’à la saisie d’un morceau de chair ». Le désir charnel « platonicien », si je puis dire, ( à ne pas confondre avec « l’amour platonique »,sans rien de physique, qui est un contre-sens sur le Banquet de Platon ) accompagné de « souvenirs ». C’est le fameux délire amoureux du chemin de la réminiscence, l’anamnèse ( « anamnèsis », « retour de la mémoire » ),célébré dans le Phèdre de Platon, 249b-252c. Voici ce qu’en dit Proust : « désirs plus spirituels, et moins assouvissables […] qui , pour la possession de toute une région de souvenirs d’où ils se sentaient nostalgiquement exilés s’élèvent en tempête à côté [ du désir charnel ], le grossissent [ au centuple ], ne peuvent le suivre jusqu’à l’accomplissement, jusqu’à l’assimilation, impossible sous la forme où elle est souhaitée d’une réalité immatérielle [ l’Idée platonicienne de la Beauté ], mais attendent ce désir à mi-chemin, et au moment du retour, lui font à nouveau escorte ».On retrouve ici l’attelage ailé de Platon et sa pérégrination et la fougue de l’amant qui peut difficilement contenir son désir.

Proust continue sur les baisers. Il soutient que ceux de la première venue n’auront pas la même saveur par rapport aux baisers auxquels on a rêvé longuement, car les baisers de la première seront « anonymes, sans secret, sans prestige », ceux auxquels on a rêvé, qui ne se réaliseront pas forcément et peut-être jamais, eussent un goût incomparable. L’image de la femme varie donc considérablement, s’il y a eu ou non anamnèse.

Key word

: désir charnel immédiat, désir charnel platonicien, amour platonique, réminiscence, anamnèse, nostalgie, Idée platonicienne de la Beauté, le désir escorte de l’attelage ailé dans le retour de la mémoire, fougue de l’amant, les baisers de la première venue, les baisers auxquels on a rêvé, image de la femme très différente s’il y a eu ou non anamnèse.

Key names

: Proust, Platon.

Key Works

: Phèdre, 249b-252c, Banquet ( Platon ); le Côté de Guermantes ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.q ).

Patrice Tardieu

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 23:21

Objet, sujet, voyeur, face à face, présence, étant là devant, Dasein, Sartre, Heidegger, Proust.

J’aimerais clarifier ce que l’on entend par « sujet » par opposition à « objet » en philosophie contemporaine, notamment chez Sartre dans l’Être et le Néant, pour être le plus clair et le plus succinct possible. On pourrait penser que tout être humain est un « sujet ». Il n’en est rien, tout dépend de la position qu’il occupe par rapport au regard. Françoise regarde par le trou de la serrure les ébats supposés d’Albertine et du narrateur ( je reprends la situation proustienne ). La seule personne qui soit un sujet ici, c’est Françoise en attitude de voyeur. Comme l’indique le mot, c’est elle qui regarde, alors que les deux autres personnes sont vues sans le savoir, sont des « objets » ( du verbe latin « objicio », « jeter devant » ), « ob-jets » du regard. Maintenant revenons à l’exemple sartrien; le voyeur se fait surprendre par une personne dans le couloir, cette fois-ci c’est lui qui est « l’objet » devant un autre qu’il ne connaît peut-être pas, d’où sa honte qui est un aveu. A présent, prenons un autre cas non évoqué par Sartre, le« face à face » entre deux personnes, mais n’oublions pas la distinction sartrienne entre le regard et les yeux. La première est sous le charme de la conversation de la seconde qui est donc un sujet qui lui parle, mais ce dernier observe attentivement les yeux de l’autre et leurs couleurs moirées, dorés au centre, verts autour, il fait de l’autre un « ob-jet » que l’on peut décrire en détail, en particulier la couleur de ses yeux, comme on pourrait dépeindre une étoffe à reflet changeant ( c’est moi qui ajoute tout cela ). Exposons enfin un troisième cas, évoqué par Sartre; quelqu’un se promène dans la forêt, il entend dans son dos une branche craquer, il sent une présence inconnue, il est un sujet qui perçoit à partir de ce bruit, un autre sujet présupposé.

Je pense que tout ceci a son origine dans Être et Temps de Heidegger qui oppose le « Dasein » à « l’étant là devant ».

Key word

: sujet, objet, le voyeur, honte, aveu, face à face, le regard, les yeux, présence invisible, le Dasein, l’étant là devant.

Key names

: Sartre, Heidegger; Proust, Françoise, Albertine.

Key works

: l’Être et le Néant ( Sartre ), Être et Temps ( Heidegger ); j’ai consacré dix articles à Heidegger, les 5 ,6 ,et 7 juin 2011 ( Philo blog ): d’abord une introduction en quatre parties : Heidegger, le point de départ I le Dasein II la réalité humaine III l’être-le-là IV le Dasein (de nouveau); l’être-à-la-mort I et II; L’être-au-monde, extase, temporellité, Heidegger; Angoisse, ennui, le Néant, l’Être, Heidegger; L’à-venir et le souci; La vérité comme dévoilement, non-oubli, la déhiscence.

L’île de notre nostalgie ( 2.3.p ).

Patrice Tardieu

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 21:35

Trouble, gêne, honte, regard, yeux, pour-soi, en-soi, Sartre, Lévinas, Proust.

Nous avons assisté à la scène où Françoise, « la vieille servante » ou plutôt la gouvernante despotique et très attachée à son Service par des principes intangibles ( comme le serviteur hégélien, le « Knecht » ) a surpris Albertine lourdement étendue sur le lit du narrateur qui éprouve du « trouble », de la gêne, en face du regard réprobateur qui plonge sur lui, caractéristique de la honte que nous avons analysée avec Sartre. J’aimerais, à cette occasion, exposer la distinction que Sartre fait entre le regard et les yeux ( différence reprise par Lévinas dans Éthique et Infini ) et en montrer la fondation. Sartre se pose le problème : la relation première à autrui se fait-elle sous forme de connaissance comme pour les objets ? La réponse est négative : autrui nous apparaît d’emblée comme sujet car son point de vue nous échappe; il « perce » le monde d’objets perceptibles qui nous entourent. Approfondissons. En quoi consiste la relation originelle à autrui ? C’est d’être vu par autrui, ce qui fait de lui un sujet qui me perçoit. L’expérience concrète et quotidienne du regard d’autrui le montre. Faut-il distinguer alors le regard par rapport aux yeux ? Le « regard » au sens strict est le sentiment d’être sous cette vision d’autrui, tandis que les « yeux » sont de la chair que j’observe ou non, objectivement, avec des reflets ou des nuances changeantes, car parfois je ne peux dire exactement la couleur des yeux d’une personne car je ne l’ai pas observée dans sa réalité purement physique, tout en conversant avec elle. Allons plus loin : le regard posé sur moi peut se faire sentir dans mon dos, à tort ou à raison, par quelqu’un de totalement inconnu de moi, non visible par moi. Il y a une grande différence entre le regard et les yeux d’autrui que je peux observer. J’ajouterais que c’est une question de perception en général et de la différence entre un sujet et un objet purement matériel, le pour-soi et l’en-soi.

Key word

: servante, gouvernante despotique attachée à son service, serviteur hégélien, « Knecht », surprendre, trouble, gêne, honte, regard, yeux, objet, sujet, en-soi, pour-soi.

Key names : Proust, Françoise, Albertine; Hegel; Lévinas, Sartre.

Key works

: l’Être et le Néant, troisième partie, chap.I, IV, le regard ( Sartre ), Phénoménologie de l’Esprit, IV ( Hegel), Éthique et Infini ( Lévinas ), Honte, regard, pour-autrui, pour-soi, en-soi, Sartre avec Proust, la transcendance transcendée ( Patrice Tardieu, Philo blog, 13/04/2012 ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.o ).

Patrice Tardieu

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