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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 18:00

Orgasme le plus intense, but sexuel secret atteint, tribadisme, flirt, baisers, trouble, Sapho, Sartre.
Stekel explique les conditions de l’orgasme le plus fort : il se produit que si la visée sexuelle secrète de l’individu est rejointe. Il donne l’exemple d’une femme qui recherche « inconsciemment » un homme féminin [ il reprend ici la théorie de Weininger sur la bisexualité originaire de l’être humain, et j’ajouterais la théorie de Jacob Böhme sur celle d’Adam dont une partie de lui-même va devenir Ève ]. Ce qui donnerait la clef de « l’anesthesia sexualis feminarum » [ « frigidité sexuelle de certaines femmes » ]. Cependant il se fait à lui-même cette objection : il introduit de nouveau la notion freudienne « d’inconscient » qui ferait que certaines femmes se prennent pour des hommes désirant un être féminin, allant jusqu’au tribadisme [ du verbe grec « tribô », « frotter » sa vulve contre celle de sa partenaire, comme le font les « lesbiennes », mot en hommage à la poétesse Sapho ( 610 avant J.C. ) de l’île de Lesbos, dont nous avons quelques fragments comme ceux-ci, s’adressant à des jeunes filles : « Moi à ta vue, je reste sans voix, ma langue se brise, la fièvre me brûle, mes yeux se brouillent, mes oreilles bourdonnent, je frissonne, je crois mourir » ; « je reste éveillée toute la nuit », « l’amour à nouveau me trouble et me paralyse », « tu es venue, et moi je te désirais. Tu as enflammé mon cœur qui se brûle de désir » ].
Cette hésitation de Stekel a eu une influence certaine sur l’ouvrage magistral de Sartre, L’Être et le Néant, puisqu’il va substituer à la notion « d’inconscient », celle de « mauvaise foi » avec une référence explicite à l’ouvrage de Stekel ( mais prenant un autre exemple que celui du saphisme qui se trouve dans sa pièce de théâtre, Huis Clos où il y a la formule « l’enfer c’est les autres » ). Sartre décrit une femme qui se rend à un premier rendez-vous. Elle connaît les intentions de l’homme et il faudra bien qu’elle décide de ce qu’elle accordera ou non. Celui-ci, pour l’instant, est respectueux, et, elle n’envisage que le moment présent, l’arrière-fond sexuel est mis entre parenthèses. Pourtant elle est sensible au désir qu’elle inspire et ne voudrait pas d’un pur respect. Il faut que les paroles de l’homme s’adressent à sa personne toute entière, même si le désir de son corps n’est pas absent. Mais, tout à coup, il lui prend la main. Si elle lui abandonne, elle s’engage au flirt, à ce jeu de séduction qui peut aller jusqu’à un échange de baisers, de caresse ; si elle la retire, elle brise le charme de ce moment initial, et c’est peut-être gâcher cet instant précieux. Un certain trouble délicieux émane de cette situation et il s’agit de retarder le plus possible toute décision. Sartre analyse finement la suite : elle délaisse progressivement cette partie de son corps « comme si » [ c’est ce que Sartre qualifie « d’analogon » dans son livre de psychologie phénoménologique L’imaginaire ] elle ne s’en apercevait pas [ le problème de l’imaginaire est que l’être humain semble échapper à son « être-au-monde » comme le dirait Heidegger ], un peu comme dans un rêve que Sartre définit comme « un être-dans-le-monde-irréel » [ p. 222, L’Imaginaire ], et continue la conversation comme si elle était un pur esprit, sans consentement ni résistance. Sartre introduit alors son concept de « mauvaise foi » qui n’a rien de péjoratif ici, mais qui se substitue à celui, psychanalytique, « d’inconscient ». Son attitude « transcende » les circonstances matérielles comme spirituelles ou, pour s’exprimer en termes sartriens, « l’en-soi » comme le « pour-soi ». Sa main, dans celle de son ami, reste comme un objet inerte pendant qu’elle jouit de son désir, son propre corps devenant un objet « passif » en apparence. Il y a donc ( toujours dans le vocabulaire sartrien ) à la fois « facticité » ( les deux corps des protagonistes ) et « transcendance » ( dépassement de leur être-objet ), glissant de l’un à l’autre sans cesse. Conclusion de Sartre : « il s’agit de constituer « la réalité humaine » [ Sartre reprend ici la traduction par Henry Corbin, du mot « Dasein » de Heidegger ] comme un être qui est ce qu’il n’est pas et qui n’est pas ce qu’il est ».
Key Word : sexologie, psychologie phénoménologique, psychanalyse, l’inconscient, la mauvaise foi, la séduction, le moment initial, trouble délicieux, jouissance du désir, facticité, transcendance, la réalité humaine, le Dasein.
Key Names : Stekel, Weininger, Jacob Böhme, Freud, Sapho, Sartre, Henry Corbin, Heidegger.
Key Works : Patrice Tardieu, Caresse, de l’effleurement sensuel à l’efflorescence de l’idée, Philo blog 23 janvier 2007 ; Seins, l’idole et l’icône, Philo blog 26 août 2007 ; Heidegger, le point de départ, Philo blog 5 juin 2011 ; L’être-au-monde, extase, temporalité, Heidegger, 7 juin 2011 ; Désirer est-ce aimer ? Philo blog 28 octobre 2011 ; Le toucher, la caresse, Sartre, Lévinas, Merleau-Ponty, Philo blog 30 octobre 2011 ; Casanova a-t-il aimé les femmes ? Philo blog 6 novembre 2011 ; Casanova, désir mimétique, médiation double, René Girard, Philo blog 14 novembre 2011 ; Le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel, Kierkegaard, répétition ou reprise ? Philo blog 20 novembre 2011 ; Proust secrètement platonicien, commencement de l’amour, Philo blog 26 décembre 2011 ; C’est le sujet qui construit l’objet d’amour, même s’il y a eu rapport charnel, Philo blog 7 janvier 2012 ; Amours indivisées, amour indivis, désir d’aimer, Proust, Philo blog 25 janvier 2012 ; Délire d’amour, frisson, fièvre et emportement de l’amant, opposition mémoire et réminiscence, anamnèse, Proust avec Platon contre Freud et Bergson, Philo blog 27 janvier 2012 ; Mains intangibles, pression de la main, rire indécent, Proust et Condillac, Philo blog 1 février 2012 ; Romanesque, charme du premier moment, engrenage de l’amour, désir mimétique, René Girard, Philo blog 6 février 2012 ; Amour entité extérieure et réalisable, déplacer lentement du bonheur, désir du baiser, extra-temporellité, Proust et Heidegger, Philo blog 8 février 2012 ; Étreinte refusée, le non-être-à-la-mort, aimer à la folie, conduite licencieuse, vertu, Proust et Heidegger, Philo blog 9 février 2012 ; Non-dit, dit, désir, le baiser refusé ou accepté, Proust et Sartre, la transcendance transcendée, Philo blog 13 avril 2012 ; Baisers, prononciation charnelle, possession, fantasme, amour et hasard, Proust, Marivaux, Eric Rohmer, Philo blog 14 avril 2012 ; Trouble, gêne, honte, regard, yeux, pour-soi, en-soi, Sartre, Hegel, Lévinas, Proust, Philo blog 16 avril 2012 ; Objet, sujet, voyeur, face à face, présence, étant là devant, Dasein, Sartre, Heidegger, Proust, Philo blog 17 avril 2012 ; Baisers de la première venue, baisers auxquels on a rêvé, désir charnel, anamnèse, Proust, Platon, Philo blog 18 avril 2012 ; Prélude à un baiser, connaissance par les lèvres, anamnèse, Proust, Platon, Duke Ellington, Philo blog 26 avril 2016 ; Y-a-t-il connaissance par les lèvres, organe spécifique au baiser ? Proust, Condillac, Ionesco, Philo blog 28 avril 2012 ; Connaissance par la bouche, baiser, lèvres, photographie, perspectivisme, Proust, Nietzsche, Condillac, Philo blog 3 mai 2012 ; Impossibilité du baiser, goûter l’autre, les multiples visages, la monade, Leibniz, Proust, Shakti, Philo blog 5 mai 2012 ; Sade, Saint-John Perse, sexe féminin, bisexualité originaire, Philo blog 31 août 2012 ; Compulsion de l’amour, transfert, contre-transfert, abaissement de l’analyste à un amant, Freud, Philo blog 20 novembre 2012 ; Pâmoison, extrême jouissance, extase inexplicable, enlèvement, défaillance, Duchenne, Descartes, Philo blog 22 novembre 2012 ; Primauté ontologique de la question de l’Être, monstration de l’apparaître, Heidegger, Philo blog 18 août 2013 ; Éros et l’altérité comme essence positive, rencontre du masculin et du féminin, Emmanuel Lévinas, Philo blog 12 décembre 2013 ; Mystère féminin, se donner tout en se dérobant, sa puissance est son altérité, Caravage, Rembrandt, 18 décembre 2013 ; Secret de la caresse et intentionnalité de la volupté vis-à-vis de l’amour insaisissable, Husserl, Philo blog 28 décembre 2013 ; Introduire le non amour dans l’amour et en faire un concept philosophique, Emmanuel Kant, Philo blog 20 février 2014 ; Féminité cachée de l’homme viril, ligne de fuite des apparences, jouer ce que l’on est, Sartre, Philo blog 22 mai 2014 ; Occasion qui actualise une tendance déjà là, force attractive, causes occasionnelles, Malebranche, Philo blog 25 juillet 2014 ; Le gigolo, la tribade, la lesbienne et l’inverti à visage humain, tourner le pieu dans l’œil, Philo blog 29 juillet 2014 ; Saphisme de Sapho, lesbienne qui se conduisait comme l’amant envers son aimé dans l’antiquité, Philo blog 9 août 2014 ; Féminisation générale de la société, époque des femmes masculines, des hommes féminins, Philo blog 14 août 2014 ; Monde concret de la réalité humaine, d’être là et d’avoir son point de vue, existence, néant, Philo blog 10 juillet 2015 ; Femme passionnée, ardente, orgasme supérieur à celui de l’homme, androgynie, Böhme, Polyclès, Philo blog 23 février 2016.
Stekel, La femme frigide. Otto Weininger, Sexe et Caractère. Jacob Böhme, Mysterium Magnum. Freud, Das Unbewusste [ L’Inconscient ] ( article de 1915 ). Sapho, Fragments. Sartre, L’Être et le Néant, première partie, chapitre II, la mauvaise foi ; troisième partie, chapitre III, les relations concrètes avec autrui : amour, masochisme, indifférence, désir, haine, sadisme ; Huis-Clos ( pièce de Théâtre ) ; L’Imaginaire ( psychologie phénoménologique ). Heidegger, Être et Temps ; Qu’est-ce que la métaphysique ? [ et extraits d’autres œuvres ] traduction de Henry Corbin.
Un baiser, s’il vous plaît, film ( 2007 ) d’Emmanuel Mouret avec Virginie Ledoyen et Julie Gayet ; Caprice [ ou « ce fâcheux besoin d’être aimée » ], film ( 2015 ) du même réalisateur.
Patrice Tardieu.









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Published by Patrice TARDIEU - dans séduction
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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 22:22

Femme passionnée, ardente, orgasme supérieur à celui de l’homme, androgynie, Böhme, Polyclès.
Wilhem Stekel va expliquer « la psychologie de la femme [ soi-disant ] frigide » en l’opposant à « la femme passionnée » définie dès l’antiquité comme ayant un orgasme supérieur à celui de l’homme, et passée dans la religion gréco-latine puisque le roi des dieux, Zeus, d’humeur badine, soutint à Junon, son épouse : « la volupté que vous éprouvez est plus grande que celle que ressent l’homme ». Pour trancher la question, ils font appel à Tirésias qui avait été transformé d’être masculin en être féminin, puis qui reprit son sexe premier. Il affirma que Zeus avait raison, le plaisir est plus intense chez la femme ( je donne la référence : Ovide, Les Métamorphoses, III, 323 ).
Stekel aborde ensuite le problème statistique, mais, on ne peut en établir aucune car « en ce qui concerne les choses sexuelles, toutes les femmes sont menteuses et dissimulent leur libido » ! En effet « de nombreuses femmes qui se sont présentées comme froides et insensibles, finissent par avouer leur nature passionnée et ardente ». Cependant, certaines femmes « déclarent brûler de désir, être avides de l’orgasme sans qu’il soit possible d’y parvenir ». D’autres encore, à la moindre caresse de la région pubienne disent craindre la douleur, mais justement c’est la peur de la douleur qui la provoque. Parfois l’écartement des cuisses produit le réflexe endolori des muscles constricteurs du vagin.
Tout à coup Stekel propose une typologie tripartite : il y aurait la femme absolument frigide, la femme relativement frigide, et enfin, paradoxe, la femme passionnée et frigide. Puis revirement : la femme n’existe pas ( il y a un nombre infini de nuances de femme, donc pas de typologie ). Cette affirmation se retrouvera dans les Écrits et les Séminaires de Jacques Lacan mais certainement pas au sens de cette lapalissade numérique ( il y a des femmes ). Je m’explique : selon moi, Lacan reste profondément freudien sur ce point ; pour lui, « la femme n’existe pas » parce qu’il n’y a qu’une seule sexualité, la phallique. Tout, y compris la sexualité de la femme, est lié au « Phallus » ou plutôt ici à l’absence de Phallus ( écrit ainsi car il est « symbolique » au sens ordinaire de ce terme, [mais le « symbolique » au sens lacanien est « le langage »] ). Fille comme garçon se définissent par rapport au phallique ( avoir ou n’avoir pas de pénis, de verge ), à la présence ou au manque de l’organe mâle de copulation. D’où le thème freudien et lacanien de la castration et de l’envie du pénis dans la sexualité de la femme ; sans parler de la « bouche pleine de dents » du vagin, « vagina dentata », le « vagin denté », terreur de la sexualité masculine ( peur de l’émasculation ) !
En fait, Stekel cite Weininger [ « ce jeune philosophe si hautement doué » écrit Freud dans une note de ses Cinq Psychanalyses ] qui insiste sur la bisexualité originaire de tout être humain. [ Le clitoris n’étant qu’un pénis resté embryonnaire, sous son capuchon de moine, en toute modestie ( dirais-je ), à moins qu’il n’ait été excisé comme chez beaucoup de femmes africaines, ce qui est un crime organisé contre le plaisir de la femme, quelle que soit la coutume ou la tradition invoquée, puisque c’est la première et principale source de jouissance féminine, comme l’a montré l’enquête de Shere Hite interrogeant trois mille êtres humains de sexe féminin de quatorze à soixante-dix-huit ans.
Cette bisexualité originaire peut exceptionnellement produire un hermaphrodisme physique et psychique. Je rappellerais le mythe de l’androgyne dans Le Banquet de Platon, 189d - 193d, où chacun recherche sa « moitié » perdue. Mais, peut-être faudrait-il noter avec Jacob Böhme qu’Adam représente l’intégrité initiale de l’être humain, c’est-à-dire androgyne, à la fois homme et femme comme chez Platon. Ce n’est qu’ensuite que va être isolée Ève, la féminité. L’être sexué est alors l’être déchiré en homme et en femme. Pour Böhme, Jésus est un nouvel Adam, sans être à proprement parlé un hermaphrodite.
Dans la nature, l’hermaphrodisme existe, il est simultané chez l’escargot à la fois mâle et femelle et alterné chez l’huître, tour à tour mâle et femelle ; sans parler des fleurs avec étamine ( organe mâle ) et pistil ( organe femelle ).
Dans la religion antique grecque, Hermaphrodite est le fils d’Hermès, le messager des dieux, et d’Aphrodite, déesse de la beauté et de l’amour. Voici comment il finit par réunir les deux sexes : se rendant en Asie Mineur et arrivé près de Halicarnasse, il s’arrêta pour se baigner dans une fontaine ; il était d’une incomparable beauté et la nymphe Samacis s’éprit de lui, l’enlaça totalement et demanda aux dieux de l’unir avec elle en un seul corps, ce qui lui fut accordé. Polyclès d’Athènes en fit une sculpture et l’Hermaphrodite du Louvre est une réplique de cette œuvre . La beauté est reliée à l’art que d’aucuns veulent détruire.
Key Word : sexologie, volupté plus grande de la femme que celle de l’homme, bisexualité originaire, hermaphrodisme physique et psychique, l’androgyne, l’art antique en danger.
Key Names : Stekel, Ovide, Lacan, Freud, Weininger, Shere Hite, Platon, Jacob Böhm, Alain Besançon, Polyclès d’Athènes.
Key Works : Patrice Tardieu, De l’homme ou de la femme qui a le plus de volupté dans les plaisirs sexuels ? , Philo blog 16 octobre 2011 ; Identité dans la différence de la religion polythéiste et monothéiste, Noé biblique, mythologique, Philo blog 9 mai 2012 ; Festin de l’amour, fusion mystique, jouissance de la substance, Hegel, Arnauld et Nicole, Couperin, Philo blog 15 mai 2012 ; Candaulisme, Nyssia callicysthe, Saint-John Perse, James Pradier, Lucien Clergue, Philo blog 24 juillet 2012 [ « callicysthe » signifie « belle en sexe » ] ; Adam androgyne, pas hermaphrodite, nécessité de la Vierge pour la conception de Jésus, Jacob Böhm, Philo blog 6 avril 2013 ; Particularité anatomique intime de certaines femmes qui les assimilent à des hommes, Sade, Philo blog 19 septembre 2013 ; Érotisme des corps, êtres qui se mêlent et s’ouvrent, érotisme des cœurs , des amants, Philo blog 29 octobre 2013 ; Trouble érotique qui dépasse tout, jouissance, passion amoureuse, fusion avec le divin, Philo blog 10 novembre 2013 ; Psyché s’interroge sur son amant nocturne, ce mari qui lui fait l’amour et s’endort, Philo blog 24 novembre 2013 ; Ne faire qu’un avec l’être aimé, avec l’Un, retour à l’unité perdue, se perdre dans l’Un, Plotin, Philo blog 2 décembre 2013 ; Cunnilingus, cunnus, cuniculus, pornographie, nyctalopie, débauche, Parrhasios, Tibère, Philo blog 8 décembre 2013 ; Volupté, mystère féminin dont la profanation n’abolit pas le mystère, Dante, Goethe, Lévinas, Philo blog 16 décembre 2013 ; Caresser n’est pas toucher, la volupté n’est pas un plaisir comme les autres, place du féminin, Philo blog 26 décembre 2013 ; L’Éros, saisir, posséder, connaître l’autre, fusionner, l’événement transcendant, Lévinas, Philo blog 1 janvier 2014 ; La caresse dont l’amante garde mémoire, altérité de l’autre féminin et du divin, Luce Irigaray, Philo blog 7 janvier 2014 ; La femme est elle-même l’énigme de la féminité, zones érogènes, dispositions pulsionnelles, Hite, Philo blog 9 janvier 2014 ; La soi-disant envie du pénis de la fille, le sexe masculin excroissance incongrue, gênante, risible, Philo blog 15 janvier 2014 ; Le complexe de castration explique-t-il la féminité ? 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Stekel, Philo blog 29 janvier 2016.
Stekel, La femme frigide. Ovide, Les Métamorphoses, III, 323. Lacan, La signification du Phallus, Écrits ; Séminaires. Freud, La Vie sexuelle, Cinq psychanalyses. Otto Weininger, Sexe et Caractère, Le Rapport Hite de Shere Hite, Platon le Banquet, 189d- 193d . Jacob Böhm, Mysterium Magnum. Alain Besançon, L’image interdite. Polyclès d’Athènes, Hermaphrodite ( sculpture dont il y a une réplique au Louvre ).
Patrice Tardieu.









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Published by Patrice TARDIEU - dans sexologie
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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 11:28

La femme soi-disant frigide, tomber amoureux, l’errance, l’inaccompli et l’individu, W. Stekel.
Wilhem Stekel a écrit un livre intitulé La femme frigide ; il s’agit de guérir l’être féminin de la dyspareunie ( du grec « dus », « difficulté » ; et « pareunazein », « coucher avec », « coucher auprès de » [ cf. L’Odyssée, XXII, 37, où Ulysse, en colère, de retour, tue les prétendants qui voulaient, dit-il, « avoir des relations sexuelles » avec sa femme Pénélope ] ). Pour Stekel, qui est médecin, la dyspareunie n’a, le plus souvent, aucune base organique. Il faut chercher du côté de la psyché car cette « anesthésie », cette « froideur » n’est qu’apparente. Contredisant le titre de son ouvrage, il affirmera : « en réalité, il n’y a pas de femme frigide ».
Le parcours de Wilhem Stekel est assez étonnant, il a d’abord été l’assistant du fondateur de la sexologie, Krafft-Ebing, inventeur du mot « sadisme », et du mot « masochisme » à partir de documents du vivant même de Sacher-Masoch, auteur de La Vénus à la fourrure désormais célèbre ( mise en scène au théâtre et au cinéma récemment ), commentée par le philosophe Gilles Deleuze. Stekel a ensuite fait partie des quatre membres fondateurs de « La Société Psychologique du Mercredi » avec Freud ( devenue « La Réunion Psychanalytique Viennoise », élargie enfin en « Association Psychanalytique Internationale » ) dont il démissionna comme Adler avant lui, mais il resta attaché à la psychanalyse avant d’entrer en rupture avec la notion même d’inconscient, ce qui influença le Sartre de l’Être et le Néant qui cite La femme [ soi-disant ] frigide.
Le problème pour Stekel est : comment rendre lucides les patientes qui sont aveugles sur elles-mêmes, car le complexe n’est pas inconscient. Il est inutile de fouiller pendant des années l’enfance. La méthode de Stekel est une « psychanalyse » active basée sur l’actuel. Il donne l’exemple d’une jeune femme de vingt-trois ans qui souffre de phobies et d’obsessions, de tomber enceinte dans une baignoire mal nettoyée d’une station balnéaire, de déchirer son hymen en faisant des mouvements de gymnastique, d’être prise en levrette dans une foule. Elle demandait d’être guérie afin de se marier avec son bien-aimé. Aucun traitement, hypnose, persuasion, suggestion, psychanalyse orthodoxe n’y arrivait. On chercha du côté du beau-père qui venait le soir la chatouiller et jouer « innocemment » avec ses seins ! On lui interdit sa porte, mais cela ne changea rien. Stekel demanda à ce qu’on lui envoie cette névrosée. Il lui dit : « Mademoiselle, vous avez assez joué, il faut maintenant finir la comédie ». On voit que la méthode de Stekel est brutale mais efficace. Elle est en larmes, mais finit par avouer qu’elle avait eu des rapports avec un ténor d’Opéra, « toujours et partout un danger pour les vierges ! » souligne Stekel, et avait eu peur de tomber enceinte. Ses obsessions et phobies étaient une façon de dire à sa mère qu’il existe beaucoup de manières de perdre son hymen. Finalement le fiancé lui pardonna et ils se marièrent ! La malade avait, grâce à la névrose, annulé une réalité non acceptée et y avait substitué une seconde réalité. Stekel lui a fait subir « le choc psychanalytique » ! Sa « psychanalyse » est une sorte de combat, si bien qu’il y a résistance et que le transfert [ relation affective du patient à son psychanalyste ] n’est nullement positif comme chez Freud [ ou chez Lacan interprétant Platon et son Banquet ] mais négatif.


En tout cas, le fait de s’éprendre viendrait d’une griserie affective, d’une « ek-stase » [ « sortir de soi » ] écrirais-je. Selon Stekel, l’amoureux surestime l’objet d’amour [ souvenons-nous de l’humour de Voltaire, dans Candide, lorsque deux femmes retiennent de tuer deux singes en criant aux chasseurs : « Ce sont nos maris » !] mais on ne peut pas tout expliquer par les sécrétions des glandes sexuelles car il suffit du son d’une voix, d’un parfum, d’un geste gracieux, pour tomber immédiatement amoureux. Il y a parfois une attente inquiète d’une personne idéale, peut-être cherche-t-on soi-même à travers l’autre. Le narcissisme n’est pas loin ! D’où l’errance du navigateur norvégien dans Le Vaisseau fantôme, l’opéra de Wagner, qui doit trouver une femme qui l’aimera jusqu’à sa mort. Mais il faut combattre la haine de soi qui conduit à la dépression et toute femme qui les en sortira trouvera un esclave reconnaissant [ nous retrouvons ici Sacher-Masoch ! ]. Heureux les animaux dont la vie sexuelle est directement fonction des « saisons » amoureuses ; le cerveau compliqué de l’être humain forge un « Moi-idéal » [ Stekel prétend ici avoir créé ce concept plagié par Freud dans ses Essais de Psychanalyse ]. La haine produit le désir de puissance, de domination ; l’amour celui d’obéir et de se soumettre à cet « Ich-Ideal » ( « Idéal du Moi » qui idéalise l’image d’autrui, à ne pas confondre avec la sublimation de notre propre Moi, « Ideal Ich » ), d’où le Malaise dans la civilisation dont parlera Freud également (conflit entre notre moi, ses désirs et la société ), l’adoration du meneur de foule dictateur totalitaire ( je donnerais comme exemple Lénine, Hitler, Staline, Mao ), décrite à l’avance par Gustave Le Bon.


Key Word : froideur apparente, sexologie, sadisme, masochisme, psychanalyse, l’inconscient, phobie, obsession, réalité non acceptée et réalité seconde, choc psychanalytique, résistance, transfert positif ou négatif, l’objet d’amour, passion qui emporte, domination de l’autre, griserie affective, extase, le dictateur totalitaire.
Key Names : Stekel, Freud, Lacan, Platon, Voltaire, Wagner, Homère, Krafft-Ebing, Sacher-Masoch, Gilles Deleuze, Adler, Sartre, Gustave Le Bon, Hannah Arendt.
Key Works : Patrice Tardieu, Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre, Verdi, Gluck, Philo blog 29 décembre 2015 ; Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog 30 octobre 2015 ; Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch, Philo blog 4 octobre 2015 ; Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le Yin, le Yang, Théodore Reik, Philo blog 16 septembre 2015 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2015 ; Le sexologue en mariage libre avec une féministe lesbienne, faire du pied sous la table, Philo blog 26 octobre 2015 ; Hannah Arendt écrit à Heidegger : « à toi le si proche, dédicace cachée, offerte, en t’aimant », Philo blog 22 octobre 2014 ; Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin, Philo blog 12 octobre 2014 ; Héraclite, le premier de tous les dieux : l’Amour, le côté masculin, le côté féminin, Philo blog 31 juillet 2014 ; Justification du mariage d’amour contre le mariage arrangé, attraction positive ou négative, Philo blog 23 juillet 2014 ; Chassés-croisés dans les âges de l’attraction sexuelle, quadrille des couples, danse, Philo blog 19 juillet 2014 ; Découvrir la somme de masculin et de féminin qui se trouve dans un couple, loi de l’attraction, Philo blog 15 juillet 2014 ; L’amour n’a-t-il jamais connu de loi ? Est-il un rebelle que nul ne peut apprivoiser ? Bizet, Philo blog 13 juillet 2014 ; Tout chez la femme attire l’homme et tout ce qui est masculin produit un effet érogène pour elle, Philo blog 9 juillet 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 3 juin 2014 ; Question du déchaînement de la pleine jouissance sexuelle, mais avec qui ? Théorie de Freud, Proust, Philo blog 14 mai 2014 ; Union tendre et sensuelle de l’homme et de la femme mais rebuffades, amours enfantines, Philo blog 3 mai 2014 ; Courant tendre, étayage des composantes de l’érotisme, choix d’objet premier, Freud, Philo blog 1 mai 2014 ; Blocage de l’action amoureuse, ne pouvoir faire l’amour tout en ayant envie, service refusé, Philo blog 29 avril 2014 [ il s’agit ici de l’homme impuissant ] ; Se pardonner à soi-même ses propres turpitudes venant de l’inconscient, C. G. Jung, Philo blog 11 avril 2014 ; Secrets d’alcôve, lit conjugal, question de quantité, d’attention ou don des dieux ? Philo blog 7 avril 2014 ; La femme autarcique qui ne veut pas aimer, l’enfant, le chat, le criminel, le désaccord, Philo blog 30 mars 2014 ; Vie amoureuse de l’homme et de la femme, choix d’objet d’amour par étayage ou narcissique, Philo blog 26 mars 2014 ; Libido arrimée à des choses réelles ou imaginaires, fantasmes, excitations, décharge, Freud, Philo blog 24 mars 2014 ; Zones érogènes, érogénéité de toute partie du corps humain, sensibilité érotique, placement libidinal, Philo blog 22 mars 2014 ; Excitation, turgescence, congestion, humidité, appareil sexuel humain douloureusement sensible, Philo blog 20 mars 2014 ; Introduire le non amour dans l’amour et en faire un concept philosophique, Emmanuel Kant, Philo blog, 20 février 2014 ; Attirance secrète, se retrouver à travers l’autre, similitude narcissique, l’autre comme soi-même, Philo blog 18 février 2014 ; Jouissance féminine supérieure à la jouissance masculine, passions amoureuses, Kawabata, Philo blog 6 février 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 30 janvier 2014 ; l’homme et la femme jamais parfaitement en phase l’un avec l’autre, malentendu, dysrythmie, Philo blog 27 janvier 2014 ; La soi-disant envie du pénis de la fille, le sexe masculin excroissance incongrue, gênante, risible, Philo blog 15 janvier 2014.
Wilhem Stekel, La femme frigide. Freud, La technique psychanalytique, chap. XI sur l’amour de transfert, Essais de psychanalyse, II,11; III, 3, l’idéal du moi, Malaise dans la civilisation. Lacan, Séminaire VIII, le transfert. Platon, Le Banquet. Voltaire, Candide. Wagner, Le Vaisseau Fantôme. Homère, L’Odyssée, XXII, 37. Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, IX. Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure. Film de Sam Taylor Johnson ( 2015 ) Cinquante nuances de [gris ]Grey ( allusion à la photographie en noir et blanc, le personnage s’appelant « Grey »), qui utilise l’idée du « contrat » que l’on trouve dans la vie de Sacher-Masoch lui-même. Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch ( 1967 ). Adler, Connaissance de l’homme. Gustave Le Bon, Psychologie des foules ( 1895 ). Hannah Arendt, Le système totalitaire. Sartre, l’Être et le Néant, I, 2. Le Caravage, Narcisse ( peinture, Rome ).
Patrice Tardieu.




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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 11:43

Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre. Verdi, Gluck.
Le tableau d’Artemisia Gentileschi, représentant la séductrice Judith et Holopherne tombant dans son piège létal, a sans doute été inspiré de celui du Caravage, par le clair-obscur et la violence de la scène. Alors que chez Artemisia, Judith dans sa splendide robe bleue décolletée et sa jeune servante en rouge dominent le personnage masculin, dans une toile plus haute que large, chez Caravage la toile est plus large que haute, la jeune Judith et sa vieille servante occupe la moitié droite du tableau. Judith a des mèches blondes, une raie au milieu de ses cheveux, une perle à l’oreille, son corsage est transparent, retenu par une corde dont on voit la boucle, une robe en cuir ocre avec des bretelles qui maintiennent des manches retroussées qui permettent plus facilement l’égorgement d’Holopherne ! Elle fronce les sourcils. La vieille servante à côté d’elle, un bonnet sur la tête, les yeux exorbités, une moue de dégoût sur ses lèvres minces, les joues ravinées de rides, s’apprête des deux mains à recevoir dans un linge la tête d’Holopherne, lui qui s’agrippe encore aux draps du lit, la bouche ouverte, alors que Judith lui tranche la gorge avec le sabre qu’elle lui a dérobé. Rappelons que cette histoire est tirée du Livre de Judith, de l’Ancien Testament, qui montre comment notre héroïne, après avoir séduit et enivré Holopherne, général de Nabuchodonosor, va l’empêcher de s’emparer de sa ville de Béthulie. C’était l’époque de Babylone ( située au Sud-Est de l’actuel Bagdad ) dont Nabuchodonosor était le roi et qui s’empara de la Palestine et de Jérusalem dont il déporta les habitants, tous juifs à l’époque puisque nous sommes au sixième siècle avant Jésus-Christ et que l’Islam naît au septième siècle après Jésus-Christ.
Giuseppe Verdi en fit un opéra intitulé Nabucco dont l’air « Va pansiero » [ « Va, pensée » ], en fa dièse majeur, universellement connu maintenant, avait surgi de la foule rassemblée à son enterrement, les italiens s’identifiant au chœur des Hébreux exilés, ayant été longtemps sous domination autrichienne, à l’époque même où Verdi créa son opéra en 1842. Comme tous les opéras de Verdi, Nabucco est une succession de scènes émouvantes, de coups de théâtre, de « bel canto », d’amours brisées, de références bibliques ou historiques implicites ( comme le « risorgimento » [ « renaissance » du peuple italien face aux autrichiens qui ne partiront qu’en 1859 ] dans Nabucco ), de drame shakespearien ou hugolien, de grand spectacle, d’imputation guerrière, de « la force du destin ». L’opéra s’ouvre sur la lamentation des prêtres et du peuple de Jérusalem tombés dans les mains de Nabuchodonosor qui va détruire leur royaume et leur temple et déporter les Hébreux [ allant jusqu’à les incorporer dans son armée comme on le voit sur certains bas-reliefs ] en captivité à Babylone. Sur les rives de l’Euphrate, enchaînés, ils chantent des psaumes, et l’émouvante mélodie inspirée du Psaume 137 que voici : « Sur les bords du fleuve de Babylone, nous pleurions en nous souvenant de Sion ; si jamais je t’oublie Jérusalem, que ma main m’oublie aussi, que je n’aie plus de puissance, que je ne sois plus rien, que ma langue reste collée à mon palais, si jamais je t’oublie » .
Mais il existe un autre lamento, chant de tristesse et de déploration, composé par Gluck, né dans le Haut Palatinat, musicalement à l’opposé de ce que sera Verdi et son style flamboyant, car plein de naturel et de simplicité, dans la lamentation d’Orphée « J’ai perdu mon Eurydice » qui a été qualifiée de « morceau sublime où toutes les formes de langage musical ont été épuisées pour exprimer la stupeur de la douleur, de la passion et du désespoir ». Rappelons l’intrigue : Eurydice, la belle épouse d’Orphée est morte piquée par un serpent et il pleure sur sa tombe. Mais Éros l’a pris en pitié et a obtenu qu’il descende la chercher au royaume des morts et de la ramener à la vie s’il ne la regarde pas. L’entrée des Enfers est gardée par les Furies et Cerbère, le chien à trois têtes. Le chant d’Orphée réussit à les amadouer et l’on entend le célèbre air pour flûte seule. Orphée prend par la main Eurydice sans jeter un regard vers elle, ce qu’elle ne comprend pas et croit qu’il ne l’aime plus. Du coup il se retourne vers elle et la serre dans ses bras mais elle meurt aussitôt. « Que ferais-je sans mon Eurydice » gémit-il. Il l’a définitivement perdue. Notons que la reine Marie-Antoinette qui perdit sa tête pendant la Révolution Française, admirait cet opéra au point d’encourager Gluck à en composer de nouveaux…
Platon, dans Le Banquet, 179 b- 180 b , pose la problématique suivante : Peut-on mourir pour quelqu’ un ? Il va envisager trois cas de figure : d’abord celui d’Alceste [ que l’on trouve dans la pièce de théâtre d’Euripide ], elle est la jeune épouse d’Admète, le roi de Thessalie ; elle lui a donné deux enfants. Il doit mourir sauf si quelqu’un accepte de le remplacer dans la demeure des morts. Elle embrasse en pleurant ses enfants et « meurt à la place » ( « huperapothanein » ) de son mari. Son action est sublime car le père et la mère d’Admète étaient encore vivants et auraient pu mourir à la place de leur fils. « Elle s’éleva si haut au-dessus d’eux par l’attachement né de l’amour, qu’elle fit paraître ces gens étrangers à leur fils, sans autre lien avec lui que le nom ». Le lien d’amour est ici au-dessus de celui de la famille ; si bien que les dieux, d’ordinaire impassibles, devant ce miracle de l’amour, rappelèrent son âme du fond de l’Hadès. Quant à Orphée, deuxième cas envisagé ici, qui n’avait gardé que le fantasme d’Eurydice en lui, et qui n’avait pas le courage de mourir à la place de son amour, voulant seulement entrer et ressortir vivant du royaume des morts, il sera finalement déchiré par les Erinnyes qui punissent les crimes des humains. Et maintenant, troisième cas : Achille, l’aimé ( « érômenos » ) va venger son amant ( « érastès » ) Patrocle, en tuant Hector, rejoignant tout de suite dans la mort Patrocle ( par une flèche que lui décoche Pâris dans son talon ). En quelque sorte, il s’agit de « surmourir » ( je suggère ce néologisme pour traduire « épapothnèskô » ), comme on dit « survivre », il meurt tout de suite après lui pour le rejoindre dans la mort. Conclusion de Platon ( à travers le personnage de Phèdre dans Le Banquet, 180 b ) : « Amour est entre les dieux celui qui a le plus d’ancienneté, le plus de dignité, qui est le plus puissant pour conduire les êtres humains à l’acquisition de l’excellence et du bonheur, aussi bien dans leur vie qu’après leur mort ». On pourrait ajouter que, de ce point de vue, Éros est un grand dieu ( « mégas théos » ) qui met hors de soi.
Key Word : séduction, piège létal, exil, bel canto, lamentation, captivité, émouvante mélodie, lamento, tristesse et déploration, douleur, passion et désespoir.
Key Names : Artemisia Gentileschi, Judith, Holopherne, Nabuchodonosor, Le Caravage, Verdi, Gluck, Orphée, Eurydice, Marie-Antoinette, Platon, Euripide, Virgile, Ovide, les Erinnyes, Achille, Patrocle.
Key Works : Patrice Tardieu, Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog 30 octobre 2015 ; Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch, Philo blog 4 octobre 2015 ; Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le yin, le yang, Théodore Reik, Freud, Philo blog 16 septembre 2015 ; Jalousie, rapport au monde, mourir à l’être comme aimer à la folie jusqu’à la déraison, Lévinas, Sartre, Philo blog 12 août 2015 ; Voir c’est déflorer, viol par la vue, le voyeur, la pudeur, Actéon dévoré par ses désirs, Klossowski, Philo blog 2 septembre 2015 ; Joie, jouissance de l’âme, se donner au désir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote, Philo blog 23 mai 2015 ; Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles le Brun, Philo blog 17 mai 2015 ; Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis, Philo blog 3 mai 2015 ; Faire l’amour avec ou sans consentement, concupiscence, impulsion, aversion, Descartes, Philo blog 25 avril 2015 ; Descartes, Casanova, la princesse palatine, la reine Christine, passions de l’âme, sang, nerf, cerveau, Philo blog 19 avril 2015 ; Passions, plaisir, anamnèse du désir brûlant et du délire d’amour, Éros et l’enthousiasme hors de soi, Philo blog 12 avril 2015 ; L’amour, l’ennui, le cœur et la raison, les passions, Dieu, Pascal, Heidegger, le Chevalier de Méré, Philo blog 5 avril 2015 ; Fellation, rite sacré, jouissance et accès à l’au-delà, Isis, approche psychanalytique, Riviere, Klein, Philo blog 22 mars 2015 ; Jalousie haineuse d’un nourrisson qui observe un autre en train de téter, Lacan, Riviere, Augustin, Philo blog 22 mars 2015 ; Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout, Freud, Jacques Lacan, Philo blog 1 mars 2015 ; La question juive de Bruno Bauer et les juifs français à l’épreuve de l’histoire, Philo blog 12 février 2015 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, Philo blog 29 janvier 2015 ; L’enlèvement d’Europe par un taureau blanc, Léda amoureuse d’un cygne, la flûte de Pan, Philo blog 23 janvier 2015 ; Excitation voluptueuse de regarder l’accouplement des chevaux, Alexandre VI et Lucrèce Borgia, Philo blog 19 janvier 2015 ; Picasso, Suzanne surprise au bain par deux vieillards, le Livre de Daniel, Philo blog 18 janvier 2015 ; Belles pisseuses dans l’art, rayon de lumière sur un jet dans l’obscurité, érotisation de la miction, Philo blog 6 janvier 2015 ; L’être qui vit dans la passion ne peut raisonner, il n’a ni vice ni vertu, Aristote monté et bridé, Philo blog 21 décembre 2014 ; Ce qui se passe quand la femme a le rôle actif, nymphes incarnant les plaisirs érotiques divins, Philo blog 14 décembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Luxure de l’attouchement et pudeur du pied érotique, Dieu et son Ashérah, Philo blog 30 novembre 2014 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2014 ; Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin, Philo blog 12 octobre 2014 ; Van Gogh tente de blesser Gauguin, il se tranche l’oreille gauche, autoportrait à l’oreille coupée, Philo blog 28 septembre 2014 ; La maîtresse et l’amant dans la liste des auteurs officiels en philosophie de l’Éducation Nationale, 17 septembre 2014 ; L’écoute, ouverture primordiale à l’ami que tout homme porte en lui, choses fondamentales, Philo blog 15 septembre 2013 ; Sentiers qui semblent se perdre dans la forêt, la chose, le produit, l’œuvre d’art, Heidegger, Philo blog 9 septembre 2014 ; Volonté de femmes d’être émancipées non extérieurement mais intérieurement, Philo blog 11 août 2014 ; Héraclite, le premier de tous les dieux, l’Amour, le côté masculin et le côté féminin, Philo blog 31 juillet 2014 ; L’Amour n’a-t-il jamais connu de loi ? Est-il un rebelle que nul ne peut apprivoiser ? Bizet, Philo blog 13 juillet 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 9 juin 2014.
Le Caravage, Judith et Holopherne, Galeria Nazionale di Arte Antica, Rome ; Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, Museo Nazionale di Capodimonte, Naples ; Senso, film de Luchino Visconti ( 1954 ) où l’on voit une comtesse amoureuse d’un officier autrichien sous l’occupation de l’Italie ; Verdi, Nabucco, opéra en quatre actes ; Gluck, Orphée et Eurydice, drame lyrique en trois actes ; Homère, L’Iliade ; Euripide, Alceste [ qui est une femme comme nous l’avons vu ] ; Platon, Le Banquet, 179 b- 180 b ; Virgile, Géorgiques, IV [ c’est Orphée qui se retourne pour la voir ] ; Ovide, Les Métamorphoses, X, 1 - 85 [ Orphée s’adresse aux divinités du Styx et demande de relâcher Eurydice, mais il est inquiet et se retourne ! Gluck composera l’aria célèbre « Divinités du Styx » dans son opéra intitulé Alceste ]. Ancien Testament, Psaume 137 ; Livre de Judith.
Patrice Tardieu.

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 22:58

Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan.
Sacher-Masoch, qui a involontairement donné naissance au mot « masochisme », expression universelle, se plaignait que son œuvre était totalement tombée dans l’oubli à la fin de sa vie. Ce n’est plus le cas désormais. D’abord l’essai du philosophe Gilles Deleuze en 1967 sur « le froid et le cruel » (comparaison entre Sacher-Masoch et Sade ) et ensuite la reprise sous forme de théâtre par David Ives entre un metteur en scène et une actrice qui s’identifient aux personnages et qui reprend le titre du livre de Sacher-Masoch, d’abord intitulé La femme aux fourrures et au fouet, finalement La Vénus à la fourrure et qui est devenu un film de Roman Polanski en 2013 et une tournée théâtrale de Marie Gillain récompensée par la distinction honorifique d’un « Molière » comme « meilleure actrice » en 2015, et un deuxième comme « meilleur spectacle ».
Et, plus légèrement, pour montrer l’acception du mot « masochisme » et son acceptation érotique, évoquons une publicité de 2012, intitulée « Leçon de séduction », d’une célèbre marque de sous-vêtements féminins où l’on voit une photographie très soignée, très léchée, si j’ose dire, d’une jeune femme en petites culottes et soutien-gorge pigeonnant avec poitrine haute et rebondie, mais une cravache à la main, badine qui n’est pas destinée à un cheval mais à « l’homo equus », avec la mention suivante : « Le mettre au pas, au trot, au galop ».
Nous allons voir une autre « leçon de séduction » à partir de l’épigraphe qui se trouve en tête de l’ouvrage de Sacher-Masoch, leçon politique, érotique et biblique. Mais elle ne se trouve pas dans toutes les Bibles car le Livre de Judith est considéré comme deutérocanonique par les catholiques et apocryphe par les protestants. Il commence ainsi : « C’était la douzième année du règne de Nabuchodonosor qui régnait sur les Assyriens » et qui étend son pouvoir sur les Mèdes, en détruisant Ecbatane leur capitale. Il ordonne à Holopherne, son chef d’état-major, de soumettre les peuples environnants et de s’emparer de Jérusalem et de son temple [ nous sommes au sixième siècle av. J.C. ]. C’est ici que rentre en scène Judith, « belle de visage et d’allure » ( Livre de Judith, 8, 7 ) , qui refuse de livrer la Judée aux Assyriens qui feront d’eux des esclaves ( 8, 22 ). Le défi n’est pas mince devant « les puissants Assyriens, fiers de leurs chevaux et de leur cavalerie, orgueilleux du bras de leurs fantassins, et qui ont mis toute leur confiance dans le bouclier, la lance, l’arc et la fronde » ( 9 ,7 ). Mais Judith est persuadée qu’elle va, en tant que femme, réussir à renverser la situation ( 9, 10 ). « Elle lava son corps entièrement, l’enduisit d’une huile parfumée, peignit sa chevelure » ( 10, 3 ), « elle mit ensuite des sandales à ses pieds, elle se para de colliers, de bracelets, de bagues, de boucles d’oreille, de tous ses bijoux, se faisant très belle pour séduire et tromper les hommes qui la verraient ». A la sortie de la ville, les personnalités, « quand ils la virent ainsi changée, admirèrent grandement sa beauté » ( 10, 7 ) et firent ouvrir les portes selon sa demande. Judith arriva jusqu’à la garde avancée des Assyriens et demanda à voir Holopherne pour lui fournir des renseignements. Les gardes considèrent son beau visage et lui disent : « Tu seras sauve si tu te hâtes de descendre vers notre maître, va vers sa tente, quelques-uns parmi nous vont t’escorter et te remettre à lui » ( 10, 15 ). Holopherne y était, ayant fait sortir ses officiers, « sous une moustiquaire faite de pourpre et d’or, sertie d’émeraudes et de pierres précieuses » ( 10, 21 ), il lui dit : « Aie confiance, femme, ne crains rien, je n’ai jamais fait de tort à quiconque, pour peu qu’on ait choisi de servir Nabuchodonosor, le roi de la terre entière » ( 11, 1 ). A quoi elle répond: « Je suis ton esclave et ta servante » ( 11, 5 ). Et elle lui affirme que son peuple lui sera livré, qu’elle le conduira jusqu’à Jérusalem. Holopherne est charmé par son intelligence et sa beauté, il lui offre l’hospitalité. Il veut la convaincre de se joindre à lui pour manger et boire et de s’étendre auprès de lui ; ce qu’elle fait. « Dès qu’il la vit, Holopherne fut transporté, tout son être secoué ; car il désirait Judith, ardemment ; cherchait à la séduire » (12 ,9 ). Il but plus que de raison, et le soir tous les serviteurs partent discrètement. Holopherne est affalé sur sa couche, le vin répandu autour de lui. Judith saisit le sabre d’Holopherne, l’attrape par les cheveux et lui tranche la tête qu’elle met dans un sac ; de retour dans sa ville, elle exhibe à tous la tête d’Holopherne qui sera accrochée sur la muraille, sans même avoir couché avec lui ! Tous saluent son courage qui devient un hymne : « La sandale de Judith l’a envoûté, la beauté de Judith l’a enchaîné, puis le sabre a tranché son cou, jusqu’aux Perses que l’épouvante a saisis » ( 16, 9-10 ). On remarquera le fétichisme du pied dans cette dernière phrase, que Sacher-Masoch n’a pas retenue comme épigraphe, puisqu’il cite du livre de Judith celle-ci : « Dieu l’a puni [ il s’agit d’Holopherne ] et l’a livré aux mains d’une femme ».
Il y a de très nombreuses peintures de cette scène. Giorgione représente Judith une épée à la main droite, le pied gauche sur la tête coupée d’Holopherne qu’elle regarde. Bronzino et Allori lui font tenir au bout du bras la tête décapitée. La séduction a vaincu la force par la force même ! Le tableau le plus saisissant me semble être celui d’Artemisia, fille aînée du peintre Gentileschi, qui fut violée à dix-sept ans, mais gagna son procès. On voit Judith à l’œuvre, dans une somptueuse robe bleu intense, décolletée, à parements dorés, tranchant la tête avec une dague, tendant ses bras, la main gauche agrippant les cheveux d’Holopherne et reculant son visage pour ne pas être éclaboussée par le sang qui gicle et qui s’écoule par de nombreux filets devenus larges sur les draps d’argent qui recouvrent les trois épaisseurs du lit. La main du bras droit d’Holopherne saisit la chemise et la robe rouge de la servante qui seconde sa maîtresse pendant qu’elle retient le bras gauche d’Holopherne, les yeux révulsés, la bouche à l’agonie ; le tout dans un clair-obscur à la Caravage. On sent toute la rage d’Artemisia contre son violeur, Agostino Tassi. Peut-être cette explication d’une œuvre d’art pourra sembler trop « psychologique », remarquons toutefois que Georges Mathieu, représentant de l’abstraction lyrique gestuelle qui exclut théoriquement toute préméditation, a intitulé une de ses toiles « Olivier III décapité » après coup en principe. C’est une toile presque entièrement noire avec des giclées ocres. Artemisia est revenue, plus tard, sur ce même thème, mais cette fois-ci, c’est la dissimulation par la servante de la tête dans le drap de la moustiquaire de la tente ( Livre de Judith 13, 15 ) ; Judith, toujours le glaive à la main droite, voile la lumière de la bougie de sa main gauche, créant cette distribution des clairs et des ombres caravagesque. Mais, juste avant son viol, elle a peint une Suzanne et les vieillards qui semble prémonitoire , tiré lui aussi d’un chapitre « apocryphe » de la Bible, le chapitre XIII du Livre de Daniel, d’une jeune femme résistant aux avances de deux vieillards qui veulent avoir des rapports sexuels avec elle grâce à de fausses accusations ( ils sont juges ! ) et qui seront confondus par Daniel. On voit la masse sombre des vieillards au-dessus de Suzanne dont l’un lui fait signe de se taire, un doigt sur la bouche, et la jeune femme s’apprêtant à se baigner, quasiment nue, les repoussant des deux mains, avec un ciel tourmenté dans le fond et une branche cassée assez symbolique. Un troisième tableau est plus ambigu, avec un thème tiré de la mythologie, celui de Danaé, enfermée par son père dans une tour, mais que Zeus féconde sous la forme d’une pluie d’or ; peint l’année du procès. C’est une huile sur cuivre de 41,3 cm sur 52,7 cm, de petite dimension, splendide cependant ! Danaé est nue sur son lit aux replis somptueux, le bras gauche sous ses cheveux roux, la main droite au poing fermé, mais elle reçoit les pièces d’or qui pleuvent et que la servante tente de recueillir en soulevant le bas de sa robe comme une corbeille. Artemisia Gentileschi s’est représentée sous les traits de la martyre Catherine d’Alexandrie, Cléopâtre piquée par un aspic, Bethsabée au bain [ dont David fit mourir le mari pour l’épouser ! ] et La nymphe et le Satyre. On voit toute l’ambiguïté des thèmes choisis.
Peut-être faudrait-il psychanalyser le psychanalyste Jacques Lacan qui a baptisé sa fille « chérie » ( elle a passé l’agrégation de philosophie que voulait passer Lacan après ses études de médecine ) « Judith », qu’il a eue avec l’actrice Sylvia Bataille, que l’on voit dans le film de Jean Renoir Partie de Campagne d’après Maupassant, épouse de Georges Bataille ; et son autre fille qu’il a baptisée « Sibylle », qu’il a eue presque en même temps avec sa première épouse, Marie-Louise [ Malou ] Blondin, Sibylle devenue « oracle » sibyllin sur son père dans son livre [ avec comme sous-titre « puzzle » ] Un père. Lacan est hanté par les « noms du père » ( séminaire Les non-dupes errent [ 1973- 1974 ] où il dit : « Ne croyez pas qu’il n’y ait pas là d’énigme pour moi-même » ) puisqu’il n’a jamais pu donner son nom à Judith ( même quand il épousera finalement Sylvia ) qui deviendra sa belle-fille puisqu’il est officiellement son beau-père et Georges Bataille toujours son père ! Judith devient la sœur par alliance des trois enfants que Lacan a eu avec Malou Blondin ( Sibylle est la dernière enfant ) dont elle est en réalité la demi-sœur ! Lacan est profondément polygame ( il a eu de nombreuses maîtresses et a fréquenté une maison de rendez-vous ).
Cela a pour écho la Sourate IV, intitulé « An-nisa‘ » ( « Les femmes » ) du Coran : « Épousez deux, trois ou quatre femmes parmi celles que vous trouverez agréables. Si vous craignez ne pas être équitable avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez » ( IV, 3 ). [« esclaves » désignant les prisonnières de guerre ou faisant partie du patrimoine du maître ].
« Les hommes ont autorité sur les femmes en raison des qualités par lesquelles Allah vous a élevés les uns au-dessus des autres […]. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les » ( IV, 34 ). « Ô croyants ! […] Ne priez pas en état de pollution. […] Si vous avez fait vos besoins ou si vous avez touché une femme […] » ( IV, 43 ). Ajoutons que le mot « Islam » signifie étymologiquement « Soumission totale à Allah » ( Sourate « An-Nûr », « La Lumière », XXIV, 54 ).
Key Word : Leçon de séduction, intelligence et beauté, art pictural, le nom du père, polygamie.
Key Names : Gilles Deleuze, Sacher-Masoch, Sade, David Ives, Roman Polanski, Marie Gillain, Judith, Nabuchodonosor, Holopherne, Giorgione, Bronzino, Allori, Artemisia Gentileschi, Caravage, Georges Mathieu, Danaé, Zeus, Catherine d’Alexandrie, Cléopâtre, Bethsabée, Jacques Lacan, Georges Bataille, Jean Renoir, Maupassant, Sibylle Lacan.
Key Works : Patrice Tardieu, Religion positiviste, socratique, chrétienne, islamique, juive, bouddhiste, klossowskienne, Philo blog 26 août 2007 ; Jouissance inhumaine, Sade, Lacan, Hegel, Philo blog du 30 septembre 2008 au 3 janvier 2009, Machines désirantes, Freud, Lacan, Deleuze, Philo blog 17 juillet 2011 au 4 août 2011 ; Sade, la peine de mort, Philo blog 6 septembre 2011 ; Sade et les femmes, Philo blog 8 septembre 2011 ; La féminité de Sade, Philo blog 23 septembre 2011 ; L’Être suprême en méchanceté, Philo blog 25 septembre 2011 ; Nietzsche, Sade, Aristote et le fouet, Philo blog 1 octobre 2011 ; Lacan, le crime sadique des sœurs Papin, Philo blog 18 octobre 2011 ; Joseph de Maistre, le bourreau khmer rouge et la profondeur abyssal du mal, Philo blog 9 novembre 2011 ; L’inhumanité dans l’humain, la banalité du mal, portrait du bourreau, les Khmers rouges, Philo blog 11 septembre 2011 ; La séduction du bourreau, cruauté sadique au Rwanda, Philo blog 12 septembre 2011 ; L’amour avec le diable, les incubes, les succubes, Jérôme Bosch, la question des monstres, Philo blog 13 novembre 2011 ; Le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel, Kierkegaard, répétition ou reprise ? Philo blog 20 novembre 2011 ; Kierkegaard, le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel, souffrances et contradictions, Philo blog 20 novembre 2011 ; Cinq significations de « reprise » chez Kierkegaard, séducteur romantique, tourmenté et intellectuel, Philo blog 21 novembre 2011 ; La politique ou l’art d’entretenir les troupeaux, Platon, 4 décembre 2011 ; Proust avec Hume, illusion renouvelée, poursuite de la femme dans la nuit, Philo blog 16 décembre 2011 ; Obéissance aveugle, sacrifice religieux, Abraham et son fils, immolation, angoisse, Sébastien Castellion, Le Caravage, Philo blog 2 avril 2012 ; Judaïsme, Islam, Christianisme, hégélianisme face à Jésus et Marie, Philo blog 2 juin 2012 ; Candaulisme, Nyssia callicysthe, Saint-John Perse, James Pradier, Lucien Clergue, Philo blog 24 juillet 2012 [ « callicysthe » signifie « belle en sexe » ] ; Hercule et Jésus, identité, différence, homme, demi-dieu, Dieu, glas, Artemisia Gentileschi, Hegel, Philo blog 2 octobre 2012 ; Algophilie n’est pas masochisme, se piquer avec des épingles, Clérambault et Sacher-Masoch, Philo blog 10 novembre 2012 ; Psyché féminine, état d’amour au-delà de la loi, volonté de vivre des femmes, Jung, Wagner, Platon, 12 décembre 2012 ; Lumière éclatante sur les rapports sexuels, mariage, le « champ » de la femme, Mauss, Malinowski, Philo blog 16 avril 2013 ; Douleur infligée par une femme belle et cruelle, dialectique maître et esclave, Sacher-Masoch, Philo blog 9 juillet 2013 ; La puissance de la femme, la passion de l’homme, esclave ou tyran, Nietzsche, Sacher-Masoch, Philo blog 11 juillet 2013 ; Jouissance suprasensuelle, Sacher-Masoch et Louis II de Bavière, Wagner, Philo blog 13 juillet 2013 ; La violence est muette tandis que le langage raisonne, silence de la démesure, G. Bataille, Philo blog 3 octobre 2013 ; La soi-disant envie du pénis de la fille, le sexe masculin excroissance incongrue, gênante, risible, Philo blog 15 janvier 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 30 janvier 2014 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2014 ; Scènes lascives avec les tout petits pieds des chinoises, supérieures aux aphrodisiaques, Philo blog 23 novembre 2014 ; Luxure de l’attouchement et pudeur du pied érotique, Dieu et sa déesse, son Ashérah, Philo blog 30 novembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Picasso, Suzanne surprise au bain par deux vieillards, le Livre de Daniel, Philo blog 18 janvier 2015 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, philo blog 29 janvier 2015 ; Peut-on associer violence et sacré, religion et sagesse, ferveur et exaltation, dogme et fanatisme ? Philo blog 15 mars 2015.
Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, avec le texte intégral de La Vénus à la fourrure, traduit de l’allemand par Aude Willms, éditions de Minuit, 1967. Verdi, Nabucco ( 1842 ), opéra en quatre actes. Ancien Testament, Livre de Judith, Livre de Daniel. Giorgione, Judith. Bronzino, Judith et Holopherne. Allori, Judith. Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, Judith et sa servante dans la tente d’Holopherne, Suzanne et les deux vieillards, Danaé, Sainte Catherine d’Alexandrie, Cléopâtre, Bethsabée au bain, La nymphe et le satyre. Film de Jean Renoir, Partie de campagne ( 1946 ). Film d’Agnès Merlat, Artemisia (1997). Jacques Lacan, Les non-dupes errent ( séminaire 1973- 1974 ). Sibylle Lacan, Un père ( « puzzle », 1994 ). Georges Mathieu, Olivier III décapité ( huile sur toile, 1956 ).
Patrice Tardieu.












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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 16:55

Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage.
Richard von Krafft-Ebing, fondateur de la sexologie, est l’inventeur du terme, en 1886, « masochisme » d’après le nom de l’écrivain Léopold von Sacher-Masoch, auteur de La Vénus à la fourrure. Il sera repris par Freud en 1905 dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité et dont on se sert en psychanalyse ; mais il est devenu si courant en français qu’il est utilisé sous sa forme abrégée « maso », et associé, à tort me semble-t-il, au sadisme, dans l’expression « sadomaso » (ou S.M.), à tort car un vrai masochiste ne voudrait pas d’un sadique, et un vrai sadique ne voudrait pas d’un masochiste, il suffit de lire Sade et sa Justine ou les malheurs de la vertu, son chef-d’œuvre .
Je signalerais un autre chef-d’œuvre, mais « masochiste », rédigé par une femme, Histoire d’O de Pauline Réage, écrit dans un style très retenu, « châtié » si j’ose dire, mais limpide, publié en 1954 aux éditions Jean-Jacques Pauvert. C’est une descente aux enfers érotiques avec fouet et contention. En 1974, il y avait déjà trois millions d’exemplaires en anglais, et il était le livre français contemporain le plus lu dans le monde, et le plus traduit, y compris en serbo-croate ! Je note qu’il a été racheté par les éditions Fayard en 2012. « Pauline Réage » est l’anagramme de : « égérie (de) Paul(h)an » ( puisqu’elle l’avait écrit pour Jean Paulhan ), de son nom, Dominique Aury, qui n’avouera au journal américain, le New Yorker, qu’à quatre-vingt-sept ans en être l’auteur! Son autre ouvrage porte pour titre Anthologie de la poésie religieuse française ( Gallimard, 1943 ), qui permet peut-être de faire le lien avec la notion de « soumission » religieuse. Dominique Aury était née le 23 septembre 1907 et est morte le 27 avril 1998. La lettre « O » ( Histoire d’O ) peut être liée au prénom féminin Odile, mais aussi à « Orifice », « Objet » ( du latin « Objicere », « jeter là devant », « soumise » ). La préface, publiée avec le livre, est de Jean Paulhan lui-même, de l’Académie Française, fondateur des Lettres Françaises et des éditions de Minuit ( ainsi nommées car publiées clandestinement pendant l’Occupation par la Résistance ), directeur de la Nouvelle Revue Française ( la NRF ), qui déclare à la Brigade Mondaine venue l’interroger le 5 août 1955 : « J’ai eu le sentiment d’être en présence d’une œuvre très importante tant par la forme que par le ton, relevant de l’ordre mystique beaucoup plus que de l’ordre érotique, et qui pouvait être à notre époque ce qu’ont été en d’autres temps les Lettres de la religieuse portugaise ou Les Liaisons Dangereuses » ( document retrouvé par Régine Desforges qu’Aury commente ainsi : « Je ne pense pas que ce soit là un livre à mettre entre toutes les mains […], s’il offre un certain danger, c’est plutôt par la violence de la passion qui s’y trouve montrée, et la rêverie continuelle dans laquelle il semble baigner » [ O m’a dit, p.11] ).
La préface de Jean Paulhan porte pour titre « Le bonheur dans l’esclavage ». Il y est question d’une révolte d’esclaves en 1838 dans l’île de la Barbade [ aux Antilles britanniques ]; contre une nouvelle loi qui leur donnait la liberté, ils réclamaient de leur maître de les reprendre; celui-ci refusant, il se fit massacrer. Le Gouverneur Mac Gregor étouffa l’affaire, malgré un cahier de protestation qu’avaient laissé les deux cents hommes et femmes et qui ne fut jamais retrouvé. Il devait y avoir une apologie de l’esclavage et quelques doléances; l’enthousiasme pour la liberté et l’égalité aboutissant à la terreur comme on l’a vu avec la Révolution Française qui a coupé beaucoup de têtes. Paulhan fait alors une référence implicite mais évidente à Hegel : « Ajoutez que l’esclave étant destiné, par les soins de la Dialectique, à devenir maître à son tour ». Et il y attache cette réflexion : « Ajoutez enfin qu’il n’est pas sans grandeur, il ne va pas non plus sans joie, de s’abandonner à la volonté d’autrui, comme il arrive aux amoureux et aux mystiques, et de se voir, enfin, débarrassé de ses plaisirs, intérêts et complexes personnels ». Bref ce cahier de doléances des esclaves réclamant leur maître ferait « figure d’hérésie » aujourd’hui, de « livre dangereux » comme celui de Pauline Réage. Mais qu’appelle-t-on livres dangereux érotiques? Les appeler ainsi, c’est nous donner l’envie de les lire et « nous exposer au péril », danger de nous transformer, et de rendre « un peu nigauds » les premiers critiques! Histoire d’O est un « conte de fées » ( ceux-ci sont « les romans érotiques des enfants » ) plein de « décence » [ je dirais au niveau du style élevé, clair et élégant ], d’un « esprit toujours pur et violent, sans arrêt, sans mélange ». L’écriture est à la fois « féminine » par le souci des détails des vêtements ( les robes relevées et enroulées par derrière comme des cheveux par un bigoudi ), ce qui se passe dans la tête de l’héroïne même en plein supplice ( racheter des chaussons à son amant ! ), et « masculine » par l’aveu qu’aucune femme n’oserait avouer. Paulhan fait de nouveau une référence implicite mais évidente, cette fois-ci à Nietzsche que je cite : « Tu vas chez les femmes? N’oublie pas le fouet »; « Tu danseras et tu crieras au rythme de mon fouet. Je n’ai pas oublié le fouet? Non! » ( Ainsi parlait Zarathoustra , livre pour tous et pour personne, première partie et troisième partie, la seconde chanson à danser.). Puis à Sade : « Il est peu d’hommes qui n’aient rêvé de posséder une Justine. Mais pas une femme, que je sache, n’avait encore rêvé d’être Justine ». Il est vrai, que, de nos jours, certaines femmes s’y sont aventurées comme Vanessa Duriès ou Marie L. , mais ce sont des témoignages, elles n’ont pas le style et l’audace littéraire de Pauline Réage avec son double début et son double dénouement, comme l’a remarqué André Pieyre de Mandiargues . Jean Paulhan insiste sur l’ascèse et la punition, la fin qui nous obsède, l’effroi qui nous saisit. Je ferais remarquer qu’Albert Moll qui a considérablement augmenté l’ouvrage de Krafft-Ebing, intitule un chapitre : « Rêveries masochistes de mort et d’anéantissement de soi-même ». Nous avons deux fins dans Histoire d’O. Celle d’une dégradation, celle d’une ascèse mystique jusqu’au-boutiste par amour. Mais Paulhan refuse tout sadisme comme tout masochisme ; les personnages masculins ne sont pas sadiques, O n’est pas masochiste. Et Paulhan s’en explique d’après le texte même de Pauline Réage : le maître devenant un « dieu », il lui est difficile d’assumer cette position, tout comme le suggère la référence à la phrase de Nietzsche ( l’idée du fouet vient sans doute de Lou Andreas-Salomé qu’il n’a pas su mettre en œuvre , d’où le « mariage blanc à trois » incluant Paul Rée, et la photographie où on la voit fouetter les deux compères ! ). C’est l’amour fou de l’héroïne qui lui fait trahir ses « pareilles », l’abandon total à son amant au point d’être marquée à son chiffre, d’avoir des anneaux aux lèvres de son sexe, de perdre la propriété privée de son corps ; contrairement à l’affirmation du philosophe John Locke dans son Deuxième Traité du gouvernement civil ,chapitre V, §27 : « Chacun garde la propriété de sa personne », mais qui avait admis, vingt et un ans plus tôt, l’esclavage, dans Les Constitutions Fondamentales de la Caroline ( État d’Amérique du côté de l’Océan Atlantique ) auxquelles il avait participé, article 110. Palinodie, rétractation contradictoire de ce penseur à l’origine de l’esprit de la philosophie analytique anglo-saxonne.
Paulhan évoque la « prostitution sacrée » [ qui existe en Inde à la demande des brahmanes pour obtenir un bon karma ! ], mais il cite en exemple Héloïse qui, dans sa Correspondance avec Abélard aurait écrit : « Je serai ta fille de joie ». Voici le texte exact qui rétablit toute la force de l’amour d’Héloïse : « C’est toi seul que je désirais, non ce qui t’appartenait ou ce que tu représentes. Je n’attendais ni mariage, ni avantages matériels, ne songeais ni à mon plaisir ni à mes volontés, mais je n’ai cherché, tu le sais bien, qu’à satisfaire les tiennes. Le nom d’épouse paraît plus sacré et plus fort; pourtant celui d’amie m’a toujours été plus doux. J’aurais aimé, permets-moi de le dire, celui de concubine et de fille de joie, tant il me semblait qu’en m’humiliant davantage j’augmentais mes titres à ta reconnaissance et nuisais moins à la gloire de ton génie.[…] Auguste même, le maître du monde, eût-il daigné demander ma main et m’assurer à jamais l’empire de l’univers, j’aurais trouvé plus doux et plus noble de conserver le nom de courtisane auprès de toi que de prendre celui d’impératrice avec lui ! ». Je citerai aussi l’admirable début des Lettres de la religieuse portugaise ( restées anonymes ) : « Considère, mon Amour [ elle ne s’adresse pas à son amant, mais à l’amour qui est le sien, pour lui ], jusqu’à quel excès tu as manqué de prévoyance ». Puis elle s’adresse à son amant : « Je vous ai destiné ma vie aussitôt que je vous ai vu ; et je sens quelque plaisir en vous la sacrifiant ». Paulhan, sans le nommer, refusant la formule de Chamfort que l’amour n’est que « le contact de deux épidermes », prend pour emblème plutôt Le Vaisseau fantôme, opéra [musique et livret] de Wagner, auquel il fait allusion : « Ce Hollandais qui doit voler sur les Océans tant qu’il n’a pas trouvé fille qui accepte de perdre la vie pour le sauver ». D’où le motif d’ouverture orageux, d’une sombre et sauvage beauté. En tout cas, l’amour n’est pas liberté mais dépendance, c’est ce que signifie Histoire d’O dans son intransigeance.
Key Word : masochisme, sadisme, soumission religieuse, livre à ne pas mettre entre toutes les mains, bonheur dans l’esclavage, fouet, ascèse et punition.
Key Names : Krafft-Ebing, Albert Moll, Sacher-Masoch, Freud, Sade, Jean-Jacques Pauvert, Pauline Réage, Dominique Aury, Jean Paulhan, Choderlos de Laclos, Régine Desforges, Hegel, Nietzsche, Vanessa Duriès, Marie L. , André Pieyre de Mandiargues, Lou Andreas-Salomé, Paul Rée, John Locke, Héloïse et Abélard, Chamfort, Wagner.
Key Works : Patrice Tardieu, Soleils de l’amour, miroirs de la mort, Philo blog 27 avril 2007 ; Jouissance inhumaine: Sade, Lacan, Hegel, philo blog 3 janvier 2009 ; Le marquis de Sade et Diderot, philo blog 27 avril 2011 ; La dialectique du maître et de l’esclave, philo blog 7 juin 2011 ; Sade et les femmes, philo blog 8 septembre 2011 ; La féminité de Sade, philo blog 23 septembre 2011 ; Sade et la pulsion de mort, philo blog 24 septembre 2011 ; Nietzsche, Sade, Aristote et le fouet, philo blog 1 octobre 2011 ; La Justine du marquis de Sade, philo blog 5 octobre 2011 ; La jouissance et l’amour selon Sade et Lacan, philo blog 6 octobre 2011 ; Transgression des normes sexuelles, morales, sociales et religieuses, philo blog 8 octobre 2011 ; Sentiments et passion chez Sade et Racine, philo blog 26 octobre 2011 ; Masochisme et sadisme chez Rousseau, philo blog 29 octobre 2011 ; La dialectique du maître et de l’esclave et du serviteur, Hegel, Kojève, Hyppolite, Lefebvre, Jarczyk et Labarrière, philo blog 24 novembre 2011 ; Baudelaire, l’insatisfaction du spleen, des esclaves chargés d’approfondir sa douleur, Philo blog 13 décembre 2011 ; La dialectique du maître et de l’esclave n’existe pas, la Phénoménologie de l’Esprit, Hegel, Proust et les vestiges du jour, philo blog 1 mars 2012 et 23 mars 2012 ; Sans amour je suis disloqué, les contradictions sursumées de l’amour, Philo blog 24 mars 2012 ; Incarnation, kénose, humiliation, abaissement, Jésus et la vidure du Tout Autre, philo blog 25 mai 2012 ; Chaînes d’or du mal, Plotin, Sade, Éros, Psyché, Saint-Fond, 16 septembre 2012 ; Plotin, extase vers le Rien, déliaison, désêtre du sujet vers le désêtre de l’Un, philo blog 20 septembre 2012 ; Jouissance des larmes chez Racine et Sade, Néron, Junie, Bérénice, Titus, philo blog 5 octobre 2012 ; Plongeon dans la passion, dans la mort, Phèdre, Racine, Aristote, Sénèque, sarcophage de Paestum, philo blog 7 septembre 2012 ; Psyché féminine, état d’amour au-delà de la loi, volonté de vivre des femmes, Jung, Wagner, Platon, philo blog 12 décembre 2012 ; 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Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Hélène Deutsch, philo blog 4 octobre 2015.
Pauline Réage, Histoire d’O précédé d’une préface de Jean Paulhan, Une fille amoureuse suivi de Retour à Roissy avec une posteface d’André Pieyre de Mandiargues. Régine Desforges, O m’a dit. Abélard et Héloïse, Correspondance. Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses. Lettres de la religieuse portugaise [anonymes]. Vanessa Duriès, Le lien ( 1993 ), Marie L. , Petite mort ( 1998). Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure. Sade, Justine ou les malheurs de la vertu. Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, Domination et servitude, la lutte des consciences opposées. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, livre pour tous et pour personne, Par delà bien et mal, La généalogie de la morale. John Locke, Deuxième Traité du gouvernement civil, Constitutions fondamentales de la Caroline. Shaftesbury, Lettre sur l’enthousiasme [ du grec « enthousiasmos », « transporté hors de soi par Dieu » ]. Chamfort, Maximes. Le Vaisseau fantôme, opéra , livret et musique de Wagner.
Patrice Tardieu.





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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 10:41

Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch.
Y-a-t-il un masochisme « féminin » de la femme [ au sens où Freud distingue, comme nous l’avons vu, un masochisme ou bien féminin, ou bien moral, ou bien primaire ] ? La réponse de Théodore Reik est catégorique : « Une femme ne désire pas être punie, insultée, torturée ou flagellée, mais veut être aimée ». Et il nous donne l’exemple suivant : « Un masochiste [ homme ] trouvera que des peintures ou dessins représentant les élèves d’un pensionnat de jeunes filles fouettées par leur maîtresse sur les fesses nues sont très excitantes. C’est un transfert à l’autre sexe ». Autrement dit, c’est un être masculin qui projette cette image. D’autant plus que le masochiste mâle parodie un comportement « féminin » qu’il voudrait trouver chez la femme, selon Reik ; c’est en quelque sorte un sadique qui mime sa victime ! « Le masochiste a l’idée cachée et inconsciente que la femme apprécierait comme agréable le traitement auquel il se soumet, qu’elle le désirerait même ardemment ». Reik donne l’exemple de « l’equus eroticus » ( sans le nommer ainsi ni en tracer la généalogie qui remonte à une image, depuis le Moyen-Âge, d’Aristote traité de cette manière ! ) : « scènes où le masochiste est un animal soumis à sa maîtresse ; il imagine être un pur sang chevauché par une femme ». En fait, le masochisme de la femme ne se manifesterait, selon Reik, que dans le rêve éveillé, comme celui d’une de ses patientes. Le voici : un sultan a conquis la ville natale de la rêveuse, dans sa tente somptueuse il joue aux échecs avec son grand vizir ; pendant la partie, les plus belles femmes de la ville, complètement nues, lui sont présentées, y compris elle-même. Il lève les yeux un court moment et fait un signe de la tête sans rien dire pour indiquer qui il veut qu’on lui « réserve », et continue dans l’indifférence le jeu avec le vizir. Cela évoque à Reik la conduite insultante de Napoléon dans sa chambre à coucher de Schönbrunn envers les femmes viennoises qu’on lui amenait, qui levait les yeux une minute de ses dossiers politiques, passait dans la chambre à côté et criait à la dame « Déshabillez-vous », pour revenir rapidement aux affaires de l’État. L’humiliation de la situation avait provoqué une certaine excitation érotique de la rêveuse, masochiste car basée sur la nudité exigée par le sultan ( elle était très pudique ), le peu de cas qu’il faisait de ces belles étrangères devenues objet de plaisir, le fait d’être soumise comme une esclave sexuelle. Conclusion de Reik : « Les femmes fières, généralement inaccessibles, sont fréquemment aptes à imaginer de pareilles fantaisies [ en allemand « Phantasie », « rêve, délire » ; en anglais « fantasy » que je traduirais par « fantasme » ], pleines d’une humiliation sexuelle agréable ». Ces fantasmes se retrouvent chez certaines patientes de Reik. Une toute jeune fille imagine qu’elle est un mousse maladroit que le capitaine fait attacher au mât et la laisse là pendant des heures, les cordes lui rentrant dans la chair. Une autre ne peut jouir pendant le rapport sexuel avec son mari que s’il la saisit à la gorge. Une troisième se voit en aristocrate française pendant la Terreur, maltraité par un bourreau brutal, avec une spectatrice qui la tournait en dérision. Cette même rêveuse se voit vendue dans une maison de tolérance et forcée à se soumettre aux caprices des clients. Une dernière, ayant lu qu’un missionnaire blanc s’était fait dévorer par des cannibales, se demandait quelle partie du corps de sa mère ils préféreraient déguster, les hanches, les cuisses ou les seins. Selon Reik, la grande différence est que « le masochisme de la femme atteint rarement la sévérité exagérée de celle de l’homme, et la pousse rarement à se détruire et à gâcher sa vie comme c’est parfois le cas pour l’homme masochiste ».
On retrouve, exprimée à sa manière, la théorie de Reik chez Hélène Deutsch dans La Psychologie des femmes I, VII : « Toute la vie humaine se fonde sur un effort pour fuir l’inconfort et la souffrance, et la notion que les femmes sont masochistes et cherchent la douleur et la souffrance rencontre le scepticisme » ; cependant parfois « les tendances actives de sublimation de la fillette sont attachées au père alors que les imaginations sexuelles prennent un caractère extraordinairement passif et masochiste ». Et puis elle dépasse ce que dit Reik puisqu’elle ajoute : « Il est frappant de constater combien souvent les femmes qui gardent l’activité de leur Moi et qui s’en servent pour leurs sublimations, sont extrêmement passives et masochistes dans leur comportement sexuel ; ou bien elles restent érotiquement solitaires, évitant tout danger, ou bien elles deviennent les victimes d’hommes brutaux ». Hélène Deutsch donne l’exemple de l’épisode « garçonnier » de certaines filles qui, pour se faire accepter dans un groupe de garçons, supporte d’être battues de temps en temps, et d’être contraintes à des actes ridicules et humiliants, c’est-à-dire masochistes. Et elle ajoute : « la vie imaginative des fillettes au cours de la puberté révèle un contenu manifestement masochiste. Les imaginations conscientes masochistes de viol sont cependant indubitablement érotiques puisqu’elles sont associées à la masturbation ». Avec la nuance suivante : « la prédominance de l’élément narcissique dans les imaginations érotiques est en lui-même un triomphe sur l’élément masochiste. Bien des femmes gardent ces imaginations masochistes jusqu’à un âge avancé ». Il peut même y avoir une situation « triangulaire » imaginée où le sujet féminin est contraint à une « orgie masochiste » par une femme. Enfin Hélène Deutsch affirme : « Il existe une sorte plus dangereuse d’imaginations sexuelles, ce sont les imaginations de prostitution », avec le témoignage suivant. « Une femme que j’ai étudiée manifestait directement cette scission en menant une vie stricte et respectable où s’intercalaient des périodes pendant lesquelles elle allait par les rues et s’offrait aux passants pour des sommes insignifiantes ».
Hélène Deutsch passe alors à de « tragiques exemples du lien d’amour masochiste ». Elle raconte le cas d’une jeune fille qui épousa un criminel qui fut emprisonné et dont elle divorça, se remaria avec un homme riche et honorable, eut un enfant, mais ayant appris la libération du premier, sans hésitation se remit avec lui, ne le quitta plus ; logeant dans un quartier sordide, elle connut une vie de misère, d’humiliations, de grossesses successives, donnant naissance à des enfants illégitimes car il refusait de se remarier, ayant pour seule crainte qu’il ne se retrouve en prison ! Un autre cas est celui d’une jeune fille charmante arrivant dans une maison d’accueil, le visage bouffi, en larmes, saignant des coups de son amant alcoolique qui l’avait conduite au seuil de la mort. Les assistantes sociales la gardèrent un temps et ne purent la dissuader de retourner à lui. « Elle était asservie par son masochisme, la plus impérieuse de toutes les formes d’amour ». Il s’agit de « servage psychique » si bien que ces femmes se placent « sous la sujétion d’hommes brutaux, faibles, ou indignes de confiance », même si elles savent qu’elles sont trompées. Hélène Deutsch soutient la théorie suivante : la progression n’est pas la même, l’homme est devenu masochiste d’abord par culpabilité ( masochisme « moral » ) qui a engendré son érotisme passif, tandis que la femme débute par un masochisme érogène ( lié à Éros ) qui n’acquiert que secondairement son aspect fautif. « La sujétion masochiste-érotique de la femme varie énormément en intensité et, tant qu’elle procure autant de satisfaction que de souffrance, il est difficile de l’influencer ».
Se pose alors la question de comment la femme « peut employer les énergies passives-masochistes qui résident dans son Moi tout en évitant les dangers qui menacent sa personnalité ». Il faut faire retour à la puberté « où l’amour de soi narcissique est à son acmé, en même temps que l’accentuation et la mobilisation du masochisme féminin ». C’est l’amour de soi qui peut contrecarrer tous les dangers. Servir une cause avec abnégation n’est rien d’autre que du « masochisme qui prend le faux nom d’héroïsme », de « sacrifice » qui est « le masque de pulsions sadiques » retournées contre le Moi. Mais alors, si elles y renoncent, leur vie leur semble vide. D’où cette affirmation d’Hélène Deutsch : « Le goût du malheur est incomparablement plus fort chez les femmes que chez les hommes ». Elle prend l’exemple des femmes qui adhèrent à des mouvements révolutionnaires avec ardeur, esprit de sacrifice et besoin de souffrir pour leurs idées, et elle ajoute : « de telles femmes cherchent et trouvent habituellement l’amant qui les tyrannise, et cet amant leur donne ce que le père n’a pas su leur donner ». Elle dresse ensuite une galerie de portraits : la petite sténographe qui supporte les humeurs de son patron, l’épouse qui ne peut abandonner son mari brutal « parce qu’elle l’aime; malgré, en réalité à cause de sa brutalité », la collaboratrice qui consacre ses dons à l’œuvre du maître, la paysanne slave qui déclare « il ne m’aime plus, il ne me bat plus »; " toutes sont heureuses ou misérables selon le degré de leur masochisme féminin", mais selon l’utilisation et l’assimilation de celui-ci, « la femme obtient une harmonieuse féminité, ou devient névrosée, ou acquiert une personnalité masochiste pathologique ». En effet « elles provoquent la situation masochiste ou s’en accommodent à cause de la souffrance qu’elles y trouvent, et non en dépit de cette souffrance ». D’ailleurs, « toute la préparation psychologique de la femme aux fonctions sexuelles et de reproduction est liée à des idées masochistes ».
Dans une note ajoutée, Hélène Deutsch répondra à Karen Horney que « l’une des tâches de la femme est la maîtrise de son masochisme, son orientation dans la vie normale et de se protéger ainsi des dangers que, selon Horney, je considérerais comme le lot « normal » de la femme ».
Key Word : la sujétion masochiste-érotique de la femme.
Key Names : Théodore Reik, Hélène Deutsch, Freud, Aristote, Napoléon, Luis Bunuel.
Key Works : Patrice Tardieu, Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le Yin, le Yang, Théodore Reik, Freud, Philo blog 16 septembre 2015 ; L’enlèvement d’Europe par un taureau blanc, Léda amoureuse d’un cygne, la flûte de Pan, Philo blog 23 janvier 2015 ; L’être qui vit dans la passion ne peut raisonner, il n’a ni vice ni vertu, Aristote monté et bridé, Philo blog 21 décembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2014 ; Le sexologue en mariage libre avec une féministe lesbienne, faire du pied sous la table, Philo blog 26 octobre 2014 ; Hannah Arendt écrit à Heidegger: « à toi le si proche, dédicace cachée, offerte, en t’aimant » , Philo blog 22 octobre 2014 ; Derrière le rêve les fantasmes refoulés; la jeune femme se hâtant lentement, marmoréenne, Philo blog 16 octobre 2014 ;
Révélation du spectre à Hamlet que sa mère vit dans la sueur fétide d’un lit immonde, Philo blog 26 septembre 2014 ; Femmes amorales sans être immorales, renoncer à sa féminité seule émancipation, Philo blog 5 septembre 2014 ; Part d’obscurité chez l’être humain, la femme plus proche de l’inconscient que l’homme, Philo blog 2 septembre 2014 ; Volonté des femmes d’être émancipées non extérieurement mais intérieurement, Philo blog 11 août 2014 ; Découvrir la somme de masculin et de féminin qui se trouve dans un couple, loi de l’attraction, Philo blog 15 juillet 2014 ; Secrets d’alcôve, lit conjugal, question de quantité, d’attention ou don des dieux? Philo blog 7 avril 2014 ; Bout de chemin garçonnier de certaines jeunes filles, origine du blond vénitien, Vespasien, Philo blog 3 avril 2014 ; Vie amoureuse de l’homme et de la femme, choix d’objet d’amour par étayage ou narcissique, Philo blog 26 mars 2014 ; Jouissance féminine supérieure à la jouissance masculine, passions amoureuses, Kawabata, Philo blog 6 février 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 30 janvier 2014 ; Mystère féminin, se donner tout en se dérobant, sa puissance est son altérité, Caravage, Rembrandt, Philo blog 18 décembre 2013 ; Ne faire qu’un avec l’être aimé, avec l’Un, retour à l’unité perdue, se perdre dans l’Un, Plotin, Philo blog 2 décembre 2013.
Théodore Reik, Le Masochisme. Hélène Deutsch, La Psychologie des femmes. Freud, Délire et rêves dans la Gradiva de Jensen.
Luis Bunuel, Belle de Jour ( film 1967 ), avec Catherine Deneuve dans une scène onirique où elle reçoit, sur le visage et sur sa robe blanche, de la boue noirâtre, entrecoupée de scènes « réalistes » de sa prostitution volontaire dans la journée.
Patrice Tardieu.











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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 11:36

Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le yin, le yang, Théodore Reik, Freud.
Reik, devenu membre de « l’Institut Psychanalytique de Vienne » (anciennement « Société psychologique du mercredi » ) grâce à Freud, débute son ouvrage intitulé Le Masochisme ainsi : « Comment les philosophes en sont-ils arrivés à penser que l’homme est un animal qui cherche le plaisir et essaye d ’écarter la souffrance ? ». On s’attendrait à ce qu’il cite Aristippe de Cyrène, ce philosophe du cinquième-quatrième siècle avant J.-C., pour qui seul l’instant présent existe ( le passé n’est plus, le futur n’est pas encore ) et que « le plaisir est un bien, même s’il vient des choses les plus honteuses » si bien que « tous les êtres vivants recherchent le plaisir et fuient la douleur ». Reik fait référence à Bertrand Russell qui soutient dans Analysis of Mind que la tendance est plutôt d’éviter la souffrance. Mais alors comment rendre compte du masochiste qui non seulement ne la fuit pas mais la recherche, est attiré par elle ? Il évoque rapidement, en passant, Krafft-Ebing, pourtant le fondateur et l’explorateur de ce concept.
Krafft-Ebing se base sur des documents qu’on lui a communiqués à titre privé, du vivant même de Sacher-Masoch ( d’où le terme « masochisme » créé par Krafft-Ebing ), auteur de La Vénus à la fourrure, où il se montre « l’esclave dévoué comme un chien » de celle-ci, mêlé au fétichisme de la fourrure, expérience qu’il fit, avant et après son mariage avec sa première femme. Krafft-Ebing reproduit un contrat en bonne et due forme entre une « maîtresse » qui « pourra punir selon son bon plaisir son esclave », et un autre contrat avec sa future femme où il est dit qu’il renonce à son moi, qu’elle pourra le corriger sans qu’il puisse se plaindre car son corps comme son âme lui appartiennent, qu’elle peut abuser de la plus grande cruauté sans qu’il puisse se plaindre ou s’enfuir. Mais Krafft-Ebing fait une remarque surprenante ; ces contrats ont parfois une clause temporelle comme celle-ci : « A l’expiration de six mois, cet intermède de servitude sera considéré comme non avenu par les deux parties, et elles n’y feront aucune allusion sérieuse. Tout ce qui aura eu lieu devra être oublié, avec retour à l’ancienne liaison amoureuse ». Et d’ajouter que le couple ensuite souvent vit dans l’harmonie la plus heureuse, tout en ayant une sexualité conforme à leur façon de sentir. Krafft-Ebing insiste : « En dehors de ces épisodes relativement courts, ils ont de l’affection l’un pour l’autre ». Ils vivent en bonne entente. « Ils s’entretiennent entre eux, comme si de rien de tel n’était arrivé; ils vont ensemble au théâtre, ils se donnent des distractions intellectuelles ». Et dire que l’on affirme que Krafft-Ebing n’a pas les idées larges !
Reik va exposer ensuite le point de vue de Freud qui distingue trois formes de masochisme : primaire ou érogène, féminin, moral [ Trois Essais sur la théorie de la sexualité, note 24 ]. Reik commence par le masochisme moral qu’il considère exister chez tout le monde, c’est la tendance à chercher la souffrance et à en tirer du plaisir sous « l’effet d’un désir inconscient d’être puni » que l’on retrouve dans de nombreux « groupes sociaux, nationaux et religieux » car « au cours de l’enfance, les punitions proviennent des parents ; une fois adultes, c’est Dieu, ou bien un destin maléfique ». En effet, une autorité cachée à l’intérieur du psychisme prend la place du juge qui condamne des actes défendus, c’est le surmoi ; tout comme le criminel qui recherche la punition. Reik évoque les personnages de Dostoïevski et leurs tourments. Reste à expliquer comment « la souffrance, la honte, l’humiliation, la gêne physique et morale soient les préliminaires d’une satisfaction sexuelle ».
D’où le masochisme « féminin » [ je dois dire que ce qualificatif vient sans doute chez Freud comme chez Reik du préjugé que la sexualité « féminine » consiste dans une attitude « passive » ] où une atmosphère « d’essence féminine » serait à la fois « redoutée et inconsciemment désirée par beaucoup de femmes, l’idée, en imagination, d’être outragées sexuellement, et imprégnées [ du latin « impraegnare », « féconder »] à leur corps défendant ». Mais tout de suite Reik parle « d’un homme qui désire être battu, insulté, attaché, qui est humilié par une femme et complètement dominé par elle, et qui de cette idée tire un intense plaisir ». Et il nous donne un cas auquel il a eu affaire, en l’analysant. Voici la scène qui s’est répétée pendant des années. Une femme grande, belle et dominatrice devait frapper ses fesses couvertes d’un pantalon noir et l’orgasme survenait avec les coups. D’où venait tout cela ? Petit garçon, dans une station thermale, il avait vu le postérieur de sa mère couvert de boue noire. Le patient s’identifiait donc à sa mère et il attendait la claque que le père administrait régulièrement sur la croupe des femmes de ménage, de sa mère, de la femme de chambre, et de la nurse, comprenant le sens érotique de la tape. Reik en tire l’explication suivante : l’analysé a pris la place de la femme fustigée, tandis que celle qui est derrière lui représente le père. Mais un jour il se retourna et la « magie » de la scène disparut. La femme portait autour du cou de la fourrure que Reik analyse comme étant la barbe du père ! Je trouve extraordinaire cette hypothèse car la fourrure est par excellence la parure de la femme chez Sacher-Masoch ( et de son sexe avant une date récente ) !
Notons que dans le taoïsme, Le livre de la Voie ( le « Tao ») attribué à Lao-tseu [ Lao-zi ] se trouve l’affirmation suivante : « Le Tao [ Dao ] a produit l’Un, l’Un a produit le Deux [ le Yin et le Yang ] et le Deux a produit le Trois, le Trois tous les êtres qui s’adossent au Yin et au Yang » ( §42 ). Or, le Yang, en chinois, est le mot qui désigne le principe masculin, c’est-à-dire le lumineux, le positif, ce qui est au soleil, ce qui est clair, lisse, la face, ce qui est ouvert, évident, actif, vivifiant, visible…et le Yin, le principe féminin, le négatif, l’ombre, le sombre, le dos, le caché, le secret, le froid , le velu [ les poils pubiens de la femme !] …
Revenons à Théodore Reik ; la seule affirmation qui me semble juste ici de Reik est que, pour le masochiste, « être battu signifie être aimé ».
Enfin, troisième forme freudienne du masochisme, qualifié par Reik « d’érotogène » et de « primaire » par Freud. « Ceci est du masochisme littéralement pur, une excitation sexuelle particulière, indépendante de l’attitude du sujet envers l’objet [ l’autre ] écrit Reik. C’est en quelque sorte un choc mécanique qui provoque l’érection à partir de la peau, des muqueuses ou des muscles, comme les harmoniques d’un violon, base de l’excitation masochiste.
Reik termine par la dernière théorie de Freud celle d’Au-delà du principe de plaisir, dominée par la bataille titanesque entre la pulsion de mort qui veut guider les vivants vers le repos éternel, la non-vie, et l’éros qui veut multiplier la vie à tout prix. Reik y voit même « le rôle du sadisme dans la vie sexuelle normale, tel qu’il paraît dans l’approche et la conquête de la femme et même dans l’acte sexuel, peut être considéré comme un symptôme de l’apaisement des instincts de mort. La bête de proie paraît être apprivoisée et même dressée à des jeux et des morts amoureux. […] Dans le sadisme l’objet est maintenant cruellement et violemment aimé ». Et d’ajouter : « l’instinct de mort associé à Éros nous offre une de nos vues les plus profondes dans la nature de l’être ».
Key Word : masochisme moral, féminin, érogène, le velu de la femme dans le taoïsme et dans la langue chinoise, être battu, être aimé, Éros et Thanatos.
Key Names : Théodore Reik, Freud, Aristippe de Cyrène, Bertrand Russell, Krafft-Ebing, Sacher-Masoch, Dostoïevski, Lao-tseu, François Cheng, Sade.
Key Works : Patrice Tardieu, De Lacan à Aristippe de Cyrène:qu’est-ce qu’un objet? Philo blog 29 décembre 2006 ; Dialectique, taoïste, machiavélique, érotique, phénoménologique et psychanalytique, de la charcuterie, Philo blog 8 février 2007 ; Obscénité et violence à l’origine du monde, Philo blog du 12 février 2008 au 4 avril 2008 ; Jouissance inhumaine: Sade, Lacan, Hegel, Philo blog du 30 septembre 2008 au 3 janvier 2009 ; Éros, Désir, Thanatos, adolescent androgyne, Visconti, Mahler, Thomas Mann, Philo blog 11 février 2012 ; Plongeon dans la passion, dans la mort, Phèdre, Racine, Aristote, Sénèque, sarcophage de Paestum, Philo blog 7 septembre 2012 ; Seul critère: le plaisir, Aristippe de Cyrène, notre affect semblable à celui d’autrui? Philo blog 14 octobre 2012 ; Aristippe de Cyrène, le pathos, sensation que le sujet éprouve, les mots et autrui, Philo blog 17 octobre 2012 ; Présent, instant, plaisir, hédonisme, Aristippe de Cyrène, Horace, Kierkegaard, Philo blog 19 octobre 2012 ; Algophilie n’est pas masochisme, se piquer avec des épingles, Clérambault et Sacher-Masoch, Philo blog 10 novembre 2012 ; Ce qui est né doit mourir, ce qui est mort doit renaître, immuable âme, ne pleurer ni les vivants ni les morts, Philo blog 30 avril 2013 ; Honte et sensualité, goûts et désirs marqués à vie pour Jean-Jacques Rousseau par Mademoiselle Lambercier, Philo blog 7 juillet 2013 ; Douleur infligée par une femme belle et cruelle, dialectique maître esclave, Sacher-Masoch, Philo blog 9 juillet 2013 ; La puissance de la femme: la passion de l’homme, esclave ou tyran, Nietzsche, Sacher-Masoch, Philo blog 11 juillet 2013 ; Jouissance masochiste suprasensuelle, Sacher-Masoch et Louis II de Bavière, Philo blog 13 juillet 2013 ; Embarcation, linceul blanc, image à rêver, l’île des morts, Arnold Böcklin, Serguei Rachmaninov, Philo blog 30 août 2013 ; Luxure et cruauté, utilité du mal, équilibre naturel écologique, Marquis de Sade, Leibniz, Philo blog 7 septembre 2013 ; Expirer en jouissant, volupté excessive, picotement des nerfs, combat des Parques et de Vénus, Sade, Philo blog 13 septembre 2013 ; Sade avec Sainte Thérèse d’Avila transpercée par la flèche en or de l’ange jusqu’aux entrailles, Philo blog 21 octobre 2013 ; Perte d’identité dans la fusion érotique, vertige, excès, paroxysme, Baudrillard, Bataille, Hölderlin, Philo blog 25 octobre 2013 ; Les poils pubiens peuvent-ils expliquer l’invention « féminine » du tissage? Fabuleux Freud! Philo blog 25 janvier 2014 ; Image de l’homme dévoré par ses propres désirs, juste vengeance de Vénus contre Narcisse, Diane, Philo blog 4 février 2014 ; Miroir et féminité, larmes, jalousie rusée, Narcisse masochiste au comportement féminin? Philo blog 26 février 2014 ; Rêveries diurnes, scènes érotiques de châtiment corporel, plaisir de la honte, A Rebours, Là-bas, Philo blog 7 juin 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, Philo blog 29 janvier 2015.
Théodore Reik, Le Masochisme. Aristippe de Cyrène in Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, livre II, Aristippe. Bertrand Russell, Analyse de l’esprit. Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis. Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure. Dostoïevski, Les Possédés. Lao-tseu, Le Livre de la Voie, François Cheng, Vide et Plein , { j'y vois le sexe féminin et le sexe masculin dans la pensée chinoise } le langage pictural chinois, Sade, Œuvres . Freud, Trois Essais sur la théorie de la sexualité, Essais de psychanalyse.
Maîtresse, film de Barbet Schoeder, avec Gérard Depardieu et Bulle Ogier ( 1975 ). La Vénus à la fourrure, pièce de théâtre de David Ives ( histoire d’un metteur en scène et d’une actrice qui veulent mettre sur les planches le livre de Sacher-Masoch ), devenue film, en 2013, de Roman Polanski, avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric.
Patrice Tardieu.











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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 19:35

Voir c’est déflorer, viol par la vue, le voyeur, la pudeur, Actéon dévoré par ses désirs, Klossowski.
Je vais donner un exemple de psychanalyse existentielle, le « complexe d’Actéon », plus osé que l’Œdipe de Freud, tiré lui aussi de la mythologie grecque. Il se trouve dans la quatrième partie de l’Être et le Néant où Sartre distingue « avoir, faire et être ». Sartre se demande si l’on peut « posséder » un être humain. Il avait déjà affirmé ( troisième partie, chapitre III, II ) : « Ma tentative originelle pour me saisir de la subjectivité libre de l’Autre à travers son objectivité-pour-moi est le désir sexuel », et il poursuit ici : « le désir est manque d’être », d’où « l’objet du désir » et les trois grandes catégories de l’existence humaine concrète dans leur relation originelle : faire, avoir, être. Existe l’approriation par jouissance ; et cette « jouissance appropriative » est usurpation. Sartre ose écrire : « La vue est jouissance ; voir c’est déflorer ». Il y a « viol par la vue » ! En effet « l’objet non connu est donné comme immaculé, comme vierge, comparable à une blancheur. Il n’a pas encore livré son secret, l’homme ne le lui a pas encore arraché.Toutes les images insistent sur l’ignorance où est l’objet des recherches et des instruments qui le visent : il est inconscient d’être connu, il vaque à ses affaires sans s’apercevoir du regard qui l’épie comme une femme qu’un passant surprend à son bain » [ ici je ne peux m’empêcher de penser au livre de Daniel sur Suzanne et les vieillards ]. Sartre se réfère explicitement à l’épisode où « Actéon écarte les branches pour mieux voir Diane au bain ». Rappelons que le chasseur Actéon surprend Artémis ( en latin Diane ) et son cortège de nymphes nues dans la forêt près d’une rivière ; la déesse en colère le change en cerf, si bien qu’il est dévoré par ses propres chiens !
Cet épisode figure dans un des grands dessins de Pierre Klossowski ( frère de Balthus, à la très troublante peinture, La Chambre ) où est représentée Diane nue, main droite sur son sexe, main gauche repoussant le museau d’Actéon métamorphosé en cerf ithyphallique ! Sur un rocher, à gauche, il y a une inscription en latin : « Nunc tibi me posito visam velamine narres si poteris narrare licet » c’est-à-dire : « Et maintenant libre à toi d’aller raconter si tu le peux, que tu m’as vue sans voile » [ c’est une référence à Ovide, Les Métamorphoses, III ]. Pierre Klossowski consacrera un livre entier intitulé Le bain de Diane à ce propos, mais sous un angle théologique : comment le divin peut-il se manifester à l’homme ? Sa réponse est éclairante : la théophanie ne peut se faire que selon l’imagination humaine. Diane apparaîtra à Actéon sous la forme de la femme chasseresse, Dieu apparaîtra au chrétien sous la forme de Jésus de Nazareth et Marie sous le dogme de sa propre immaculée conception ( c’est ainsi que je conçois sa thèse ).
Sartre a longuement traité du regard dans la troisième partie, Chapitre premier, IV, mais il parle surtout, non de la pudeur, mais du voyeur qui se fait surprendre et qui est confus : « la honte n’est que le sentiment originel d’avoir mon être dehors, engagé dans un autre être et comme tel sans défense aucune, éclairé par la lumière absolue qui émane d’un pur sujet [ celui qui l’a surpris ] ». « La honte pure n’est pas un sentiment d’être tel ou tel objet répréhensible ; mais en général, d’être un objet, c’est-à-dire de me reconnaître dans cet être dégradé, dépendant et figé que je suis pour autrui ». Mais voici ce qu’il dit de la personne choquée dans sa décence : « La pudeur et, en particulier la crainte d’être surpris en état de nudité ne sont qu’une spécification symbolique de la honte originelle : le corps symbolise ici notre objectité [ le fait d’être vu comme un objet ] sans défense. Se vêtir, c’est dissimuler son objectité, c’est réclamer le droit de voir sans être vu, c’est-à-dire d’être pur sujet. C’est pourquoi le symbole biblique de la chute, après le péché originel, c’est le fait qu’Adam et Ève connaissent qu’ils sont nus. La réaction à la honte consistera justement à saisir comme objet celui qui saisissait ma propre objectité ».
Nous voyons donc que ce « complexe d’Actéon » dévoré par ses propres désirs de voir, ne relève pas seulement de la religion gréco-latine mais aussi de la religion judéo-chrétienne, toutes deux explicitement citées par Sartre, et qui hante Pierre Klossowski. J’ajouterais que, pour Sartre, le complexe d’Actéon est celui de la « connaissance » [ Sartre est proche sur ce point de Freud qui considère que la curiosité scientifique a pour origine la curiosité sexuelle ], mais qu’il faut comprendre, dans la phrase citée, me semble-t-il, au sens biblique : « Adam connut Ève ; elle conçut et enfanta Caïn […]. Elle donna aussi le jour à Abel, frère de Caïn » ( Genèse, IV, 1-2 ).
Key Word : psychanalyse existentielle, complexe d’Actéon, l’objet du désir, la théophanie.
Key Names : Sartre, Freud, Pierre Klossowski, Balthus, Ovide.
Key Works : Patrice Tardieu, Nymphes invisibles de Diane au bain, brèche scélérate dans son être fermé, théophanie, kénose, Klossowski avec Proust, Philo blog 5 janvier 2012 ; Simulacre, désir, fantasme, Sade, Klossowski, Aron, la monnaie vivante, Philo blog 3 septembre 2012 ; Monnaie vivante, échange de femmes comme potlatch, simulacre, talisman, Mauss, Klossowski, Philo blog 18 avril 2013 ; Mon corps tel qu’il est pour moi, mon corps tel qu’il est pour les autres, mon être, Sartre, Philo blog 29 juin 2015 ; Notre corps subjectif, l’effort et ce qui résiste, le moi, l’existence, la liberté, Maine de Biran, Philo blog 4 juillet 2015 ; Toucher et être touché, mon corps objet dans le regard d’autrui, la vision renversée, Sartre, Philo blog 7 juillet 2015 ; Monde concret de la réalité humaine, d’être là et d’avoir son point de vue, existence, néant, Philo blog 10 juillet 2015 ; Ce qui fait qu’un être est lui-même, la sensation pure rêverie, l’œil qui se retourne révulsé, Comte, Philo blog 15 juillet 2015 ; Présence de notre corps visible, surgissement de ce que nous avons à être, comment s’orienter? Sartre, Philo blog 20 juillet 2015 ; Livre aux pages manquantes, l’intentionnalité qui jette en avant, Franz Brentano, Husserl, Sartre, Philo blog 27 juillet 2015 ; Projet individuel, originel, unique; l’élan du sujet vers l’être; rapport à soi, au monde et à l’Autre, Philo blog 3 août 2015 ; Jalousie, rapport au monde, mourir à l’être comme aimer à la folie jusqu’à la déraison, Lévinas, Sartre, Philo blog 12 août 2015 ; Jouissance du projet pour soi; agitation vaine du meneur de peuples, Sartre, Freud, Adler, Marx, Philo blog 21 août 2015.
Sartre, l’Être et le Néant. Freud, Au-delà du principe de plaisir. Pierre Klossowski, Le bain de Diane ; Diane et Actéon, crayons de couleur, 214 sur 147 cm , 1981. Balthus, La chambre, huile sur toile, 270 sur 330 cm, 1952/1954. Ovide, Les Métamorphoses, III. Ancien Testament, Genèse, III, 7 ; IV, 1-2 ; Le Livre de Daniel, XIII, Suzanne et les vieillards.
Patrice Tardieu.










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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 12:19

Jouissance du projet pour soi; agitation vaine du meneur de peuples, Sartre, Freud, Adler, Marx.
Je poursuis l’étude du chapitre II, 1, de la quatrième partie de L’Être et le Néant. Pour Sartre le projet fondamental de l’être humain ne peut être relié ni à la mort, ni à la vie. Le pour-soi [ l’individu conscient ] est en question pour lui-même en tant que manque ; il cherche à fonder son être, « à être Dieu », c’est-à-dire être le fondement de soi-même. On ne s’attendait pas à ce que Sartre reprenne (sans les citer ) l’argument d’Anselme de Canterbury, on ne peut penser Dieu comme non-existant, et la preuve « ontologique » de Descartes dans la Méditation métaphysique, V, où l’essence de Dieu implique son existence. A vrai dire ici, c’est plutôt l’existence qui va fonder « l’essence » de l’homme, d’où la formule de Sartre : « être homme, c’est tendre à être Dieu ; ou si l’on préfère, l’homme est fondamentalement désir d’être Dieu ».


Sartre parle « d’architectures symboliques très complexes » qu’il faudra décrypter par une « psychanalyse existentielle ». Le principe de cette psychanalyse est que l’homme « s’exprime tout entier dans la plus insignifiante et la plus superficielle de ses conduites, […] il n’est pas un goût, un tic, un acte humain qui ne soit révélateur ». Le point d’appui est « la compréhension préontologique [ avant l’élaboration d’une ontologie ] et fondamentale de la personne humaine. Il suffit d’observer « un geste, une parole, une mimique » ; " le travail essentiel est une herméneutique ( terme que reprendra Paul Ricoeur ) , c'est à-dire un déchiffrage, une fixation et une conceptualisation". Il faudra donc comparer. " L’esquisse première de cette méthode nous est fournie par la psychanalyse de Freud et de ses disciples " écrit Sartre. « Les enquêtes psychanalytiques visent à constituer la vie du sujet de la naissance à l’instant de la cure ». D’une certaine manière, c’est ce que la psychanalyse existentielle appelle « situation ». La « psychanalyse empirique » freudienne cherche le « complexe » [ d’Œdipe ] ; Adler, lui, le complexe d’infériorité et la « volonté de puissance » [ mais j’ai déjà démontré qu’Adler n’est pas nietzschéen ! ] ; la psychanalyse existentielle, elle, cherche « le choix originel », « centre de références d’une infinité de significations polyvalentes ». Quelle est la grande différence ? La psychanalyse freudienne part du postulat d’un psychisme inconscient, la psychanalyse existentielle du fait psychique qui est coextensif à la conscience, ce qui ne veut pas dire qu’il est véritablement connu par le sujet. Il faut distinguer conscience et connaissance éclairée, analyse conceptuelle. En effet le « projet-pour-soi ne peut être que joui », qui, par réflexion, « peut devenir alors une jouissance qui sera quasi-savoir ». La contingence [ ce qui peut arriver ou non ] vient du choix singulier de la réalité humaine qui constitue son être, puisque exister c’est se choisir. La libido est une abstraction ; le désir et la sexualité sont l’effort originel du pour-soi envers Autrui.
Comme Sartre l’a longuement développé au chapitre III, 2 ,de la troisième partie, « le désir est consentement au désir » , « la caresse fait naître Autrui comme chair pour moi et pour lui-même », « double incarnation réciproque ». L’objection que Sartre fait à la psychanalyse freudienne est que si le « complexe » est vraiment inconscient, comment le sujet peut-il le reconnaître ? Ce n’est qu’une hypothèse probable dont le sujet n’a pas la clef, s’il n’en est pas conscient ! Mais alors « l’interprétation psychanalytique ne lui fait pas prendre conscience de ce qu’il est, elle lui en fait prendre connaissance ». Cependant, c’est le témoignage du sujet qui est décisif.
Le Sartre de L’Être et le Néant ne s’en prend pas seulement à la psychanalyse mais aussi au matérialisme et à Marx. « Il y a sérieux [au sens péjoratif ici ] quand on part du monde et qu’on attribue plus de réalité au monde qu’à soi-même », « ce n’est pas par hasard non plus qu’il se retrouve toujours et partout comme la doctrine d’élection du révolutionnaire. C’est que les révolutionnaires sont sérieux. Ils se connaissent d’abord à partir du monde qui les écrase et ils veulent changer ce monde qui les écrase. En cela ils se retrouvent d’accord avec leurs vieux adversaires les possédants, qui se connaissent eux aussi et s’apprécient à partir de leur position dans le monde. Ainsi toute pensée sérieuse est épaissie par le monde, elle coagule ; elle est démission de la réalité humaine en faveur du monde ». « L’homme sérieux s’est donné à lui-même le type d’existence du rocher, la consistance, l’inertie, l’opacité de l’être-au-milieu du monde », « il est de mauvaise foi et sa mauvaise foi vise à le présenter à ses propres yeux comme une conséquence ». « Marx a posé le dogme premier du sérieux lorsqu’il a affirmé la priorité de l’objet sur le sujet et l’homme est sérieux quand il se prend pour un objet ». A cela Sartre oppose « l’ironie kierkegaardienne » qui délivre la subjectivité.
Rappelons que dans les dernières lignes de cet immense ouvrage Sartre écrit : « toutes les activités humaines sont équivalentes […], toutes sont vouées par principe à l’échec. Ainsi revient-il au même de s’enivrer solitairement ou de conduire les peuples. Si l’une de ces activités l’emporte sur l’autre, ce ne sera pas à cause de son but réel, mais à cause du degré de conscience qu’elle possède de son but idéal ; et, dans ce cas, il arrivera que le quiétisme de l’ivrogne solitaire l’emportera sur l’agitation vaine du conducteur de peuples ».
Et quand on pense que Sartre va soutenir bientôt tous les conducteurs de peuples, toutes les idéologies révolutionnaires conduisant au goulag sibérien [ URSS ], tropical [ Fidel Castro ( qui a épousé une des filles du dictateur Batista dont il va prendre la place ! ) et son ministre de la justice expéditive, chargé de « libérer » avec l’URSS l’Afrique, et l’Amérique du Sud, Che Guevara, mort en Bolivie ], ou encore asiatique [ le « Lao Gai » ( goulag ) maoïste et sa sinistre Révolution (anti-) Culturelle ], sans le dire à « la classe ouvrière » pour « ne pas la désespérer » !..
Key Word : existence, essence, psychanalyse existentielle, herméneutique, le révolutionnaire et le possédant partent du monde au lieu d’eux-mêmes, le matérialiste se prend pour un objet.
Key Names : Sartre, Anselme de Canterbury, Descartes, Paul Ricœur, Freud, Alfred Adler, Marx, Kierkegaard.
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Anselme de Canterbury, Fides Quærens Intellectum ( La Foi cherchant la Raison ) du Proslogion , Cur Deus Homo ( Pourquoi un Dieu-homme ). Descartes, Les Méditations Métaphysiques, cinquième méditation. Sartre, L’Être et le Néant. Paul Ricœur, De l’interprétation ; Le conflit des interprétations, Essais d’herméneutique. Alfred Adler, Connaissance de l’homme, Le sens de la vie. Freud, Métapsychologie. Marx, Critique de la philosophie du Droit de Hegel, Sur la question juive, Le Capital. Kierkegaard, Le concept d’ironie constamment rapporté à Socrate, Miettes Philosophiques. Soljenitsyne, L’Archipel du Goulag. Jean Pasqualini, Prisonnier de Mao.
Patrice Tardieu.









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