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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 21:26

Parricide, père et frère de ses enfants, Œdipe seul vers la mort qui l’appelle, Sophocle, Nietzsche.

Après Œdipe Roi, Nietzsche envisage Œdipe à Colone. Il parle, comme beaucoup, de sérénité, mais aussi de joie, de renversement dialectique de la pièce précédente par Sophocle. Pourtant je dirais que le spectateur est loin de cela sur la scène: Œdipe est vieux, les yeux crevés, le corps usé, en haillons, il pénètre sans le vouloir ni le savoir dans un « abaton », un sol inviolable, sacré, interdit, qui appartient aux terribles « Euménides »( « les Bienveillantes », antiphrase qui désigne les Erinnyes ou Furies, déesses de la vengeance contre les crimes humains, les cheveux entrelacés de serpents!) auxquelles il demande de ne plus différer son trépas! Les habitants de Colone, les coloniates en colère, le somment d’en sortir: « Cesse de violer un lieu saint[ « abaton »] ». Tout ce que demande Œdipe est une sépulture; mais c’est beaucoup pour quelqu’un qui est un parricide, un régicide (le roi Laïos, son père), ainsi que le père et le frère de ses filles ( Antigone et Ismène) et de ses fils (Polynice et Étéocle)! Œdipe plaide l’irresponsabilité: « Tel était le bon plaisir des dieux » et prononce le « mè phunaï »(« mieux vaut n’être pas né »). Il entend la mort l’appeler et finalement se dirige seul vers elle…

Key word

: renversement dialectique, un « abaton » sol inviolable sacré interdit saint, trépas, sépulture, parricide, régicide, père et frère de ses enfants, irresponsabilité, bon plaisir des dieux, le « mè phunaï » mieux vaut ne pas être né, seul vers la mort.

Key names

: Œdipe, les Euménides Erinnyes Furies, les coloniates; Sophocle, Nietzsche.

Key works

: Patrice Tardieu, Fantasme, Mythe, Exil, Philo blog du 13/03/2009 au 20/04/2009; Œdipe Interprétations, Philo blog du 03/04/2009 au 04/07/2009. Sophocle, Œdipe à Colone, 167[ « abaton »], 1224[ « mè phunaï »]. Nietzsche, la Naissance de la tragédie. Gustave Doré, les Erinnyes, gravure.

Patrice Tardieu

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 23:06

Tirésias, aveugle qui voit la vérité, abîme d’un terrible secret qui révèle ce que tu es, Sophocle.

Le chœur, dans Œdipe Roi de Sophocle, invoque même Dionysos (Bacchos) pour venger le meurtre de Laïos, puisqu’il est directement lié à la ville de Thèbes par sa mère Sémélé, comme nous l’avons vu dans la tragédie des Bacchantes d’Euripide. Œdipe est donc en charge de l’enquête et de laver Thèbes de cette souillure. On fait appel à Tirésias qui est aveugle mais voit la vérité et qui lui révèle un terrible secret: « Toi qui as tes yeux, tu ne vois ni dans quel abîme tu es tombé, ni où tu habites, ni de qui tu partages la vie. Sais-tu seulement de qui tu es né? Des tiens, morts ou vivants tu es l’ennemi sans le savoir » et il lui prédit: « Toi qui as une si bonne vue, tu seras dans la nuit » et il ajoute: « La multitude d’autres maux te révèleront ce que tu es,[…]jamais mortel ne sera le jouet d’un sort plus cruel que le tien ». Tout finira par se révéler et il maudira le berger qui délia ses pieds dans la montagne de Boétie où il devait mourir jeune car alors il n’aurait pas tué son père et épouser sa mère et eut avec elle Antigone. On sait l’infinie richesse que Freud tirera de cette histoire pour la psychanalyse.

Key word

: meurtre, souillure, terrible secret, abîme, révélation de ce que tu es, sort cruel.

Key names

: Sophocle, Euripide, Freud; Œdipe, Dionysos (Bacchos), Laïos, Sémélé, les Bacchantes, Tirésias, Antigone.

Key works

: Sophocle, Œdipe Roi. Euripide, les Bacchantes. Nietzsche, la Naissance de la tragédie. Freud, la Naissance de la Psychanalyse.

Patrice Tardieu

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 22:32

Œdipe, douleurs excessives, décombres, terrifiantes prémisses, Sade, Sophocle, Derrida, Nietzsche.

Œdipe est pour Nietzsche « la figure la plus douloureuse du théâtre grec ». Mais, dit-il, Sophocle nous le présente comme un homme noble, plein de sagesse mais qui va connaître l’erreur et le malheur, et même des souffrances excessives car son destin le mène à transgresser les lois, la morale et même la nature. Je ne sais si Nietzsche a lu Sade mais il le rencontre sur ce terrain, et affirme que cela ouvre un monde nouveau sur les décombres de l’ancien, qu’il en résulte « une solution dialectique » à ces « terrifiantes prémisses ».

Rappelons le début de l’Œdipe Roi de Sophocle. Des maux se sont abattus sur la ville de Thèbes qui demande à Œdipe roi d’y remédier. Il s’agit d’extirper la souillure de la mort du roi précédent, Laïos, assassiné, de racheter le meurtre par le meurtre, le sang versé. Mais où trouver le meurtrier de cet ancien crime? Où trouver le « pharmakon »( « le remède, le poison ») qui anéantira cette maladie incurable qui frappe la terre, les troupeaux et le ventre des femmes? C’est Œdipe lui-même qui doit résoudre cette nouvelle énigme…

Key word

: la figure la plus douloureuse du théâtre grec, souffrances excessives, transgresser les lois, la morale, la nature, décombres de l’ancien monde, solution dialectique à de terrifiantes prémisses, racheter le meurtre par le meurtre, le sang versé, le pharmakon.

Key names

: Nietzsche, Sophocle, Sade, Derrida; Œdipe.

Key works

: Patrice Tardieu, Transgression des normes sexuelles, morales, sociales et religieuses par Sade, Philo blog 08/10/2011. Sophocle, Œdipe Roi. Jacques Derrida, la Pharmacie de Platon. Nietzsche, la Naissance de la Tragédie.

Patrice Tardieu

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 22:19

Sensibilité morbide et érotique, regard blessé par l’effroyable nuit, la danse, Novalis, Wagner, Platon, Nietzsche.

L’apollinien est caractérisé par sa limpidité, sa précision, sa beauté. Il se manifeste particulièrement dans la danse avec son énergie latente, souple et exubérante. On sait que Nietzsche ne pouvait croire en un dieu qui ne saurait danser ( Ainsi parlait Zarathoustra ).Le héros apollinien est comme translucide; le fond de l’être peut être aperçu depuis la surface transparente. Nietzsche utilise une image platonicienne pour nous l’expliquer: c’est une « forme lumineuse projetée sur un écran obscur », une pure apparence. Elle nous éblouit de la même manière que les hommes de la caverne platonicienne sont aveuglés par la lumière. Cependant l’œil conserve des taches sombres, comme une nuit en plein soleil. C’est, en quelque sorte, le revers de la médaille lumineuse qui est là aussi dans la tragédie grecque: « le regard blessé par l’effroyable nuit » au milieu d’une soi-disant sérénité. Cette référence nietzschéenne ne peut que faire penser aux Hymnes à la nuit de Novalis que Nietzsche ne cite pas explicitement ici. On sait que Novalis perdit sa fiancée Sophie von Kühn qui n’avait que quinze ans, d’où cette prose musicale, cette sensibilité morbide et érotique, cette nostalgie de la nuit et de la vie profonde, ce lien d’amour et de mort qui inspira Wagner dans le lyrisme de son opéra, Tristan et Iseult.

Key word

: apollinien, limpidité, précision, beauté, danse, forme lumineuse projetée sur un écran obscur, pure apparence, une nuit en plein soleil, regard blessé par l’effroyable nuit, sensibilité morbide et érotique, nostalgie de la nuit, amour et mort.

Key names

: Platon, Nietzsche, Novalis, Sophie von Kühn, Wagner; Tristan et Iseult, Zarathoustra, Apollon.

Key works

: Patrice Tardieu, Soleils de l’amour, Miroirs de la Mort, Philo blog 27/04/2007. Novalis, Hymnes à la nuit. Wagner, Tristan et Iseult. Nietzsche, la Naissance de la tragédie, Ainsi parlait Zarathoustra, Première Partie, Lire et écrire: « Je ne peux croire qu’à un dieu qui saurait danser ». Platon, République, livre VII, 514a- 521b.

Patrice Tardieu

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 22:25

Satyre, symbole de la toute puissance sexuelle, regard révulsé, James Pradier, Upanishad, Honoré d’Urfé, Nietzsche.

Nietzsche oppose fortement la représentation du satyre de l’antiquité à celle du « berger de l’idylle moderne », « minaudant et paré », « tendre et frêle pasteur soufflant dans ses pipeaux ». Ajoutons que l’on trouve cela dans la poésie lyrique du Moyen-Âge, en particulier la pastourelle des troubadours qui se prolongera au dix-septième siècle avec la préciosité et la littérature courtoise dans les salons comme le roman l’Astrée d’Honoré d’Urfé qui continue la tradition pastorale européenne. Le satyre, au contraire, d’après Nietzsche, est un génie naturel qui représente « la vérité et la nature dans toute leur force », « symbole de la toute puissance sexuelle », homme des bois qui n’est pas encore enfermé derrière les verrous de la civilisation, type original de l’homme avec ses émotions les plus élevées et les plus fortes, enthousiaste à l’approche de Dionysos, dieu souffrant pour lequel il est compatissant. L’homme civilisé, à côté de lui, paraît « une caricature mensongère ». Cependant Nietzsche ajoute cette notation: « le satyre était un être sublime et divin au regard révulsé et douloureux de l’homme dionysiaque ». Cette dernière référence est troublante car le regard en dedans de soi, tourné vers l’intérieur et non vers l’extérieur, est une citation qui vient, selon moi, des textes védiques hindouistes ( Katha-Upanishad, IV, 1). Or l’hindouisme est au bouddhisme, ce que le judaïsme est au christianisme: le terrain sur lequel il a poussé.

Key word

: berger de l’idylle moderne, poésie lyrique, pastourelle, littérature courtoise; le satyre, génie naturel, symbole de la toute puissance sexuelle, homme des bois, regard révulsé et douloureux de l’homme dionysiaque.

Key names

: Nietzsche, Honoré d’Urfé; James Pradier; Dionysos.

Key works

: Satyre et bacchante, sculpture de James Pradier, schéma de Patrice Tardieu, Philo blog 04/07/2009. Katha-Upanishad, IV, 1.Nietzsche, La Naissance de la Tragédie (traduction de Geneviève Bianquis). Honoré d’Urfé, l’Astrée.

Patrice Tardieu

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 22:11

Nihilisme, signe d’une âme désespérée et lasse, château de la mort, folie d’Ophélie, Shakespeare, Schopenhauer, Nietzsche.

Nous avons affirmé que Nietzsche n’a jamais soutenu le nihilisme, voici ce qu’il en dira dans Par-delà Bien et Mal, §10: « signe d’une âme désespérée et lasse à mourir ».Et dans Ainsi parlait Zarathoustra, deuxième partie, le prophète, il écrit: « Une doctrine se répandit, traînant une croyance à sa suite, tout est vain, tout est égal, tout est révolu ». Le « prophète » en question est Schopenhauer prêchant « l’anéantissement bouddhique » ou « extinction (nirvana)», entre autres ascétismes. C’est une sorte de cauchemar dans « le château de la mort », qui se trouve déjà dans la Naissance de la Tragédie: « l’homme ne voit plus partout que l’horreur ou l’absurdité de l’être »; il comprend la folie d’Ophélie qui se noie. On voit que le thème de la folie hante Nietzsche.

Il cite de nouveau « la sagesse du Silène »: « ne pas naître, n’être pas, n’être rien » ou sinon: « mourir bientôt ». Mais ce qui sera notre consolation métaphysique, c’est l’esthétique: « En ce péril extrême, l’art s’approche de la volonté menacée[ qui doit se retourner contre elle-même dans l’ascétisme, selon Schopenhauer ] lui seul peut transformer ce dégoût pour l’horreur et l’absurdité de l’existence en images avec lesquelles on peut tolérer de vivre ».

Disons en conclusion que le refus du nihilisme traverse toute l’œuvre de Nietzsche.

Key word

: nihilisme, signe d’une âme désespérée et lasse, château de la mort, horreur ou absurdité de l’être, folie; l’esthétique, notre consolation métaphysique.

Key names

: Nietzsche, Schopenhauer, Shakespeare, Ophélie.

Key works

: Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, deuxième partie, le Prophète; Par-delà Bien et Mal, §10; la Naissance de la Tragédie. Schopenhauer, le Monde comme Volonté et Représentation, livre IV. Shakespeare, Hamlet.

Patrice Tardieu

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 23:26

Extase dionysiaque, abîme d’oubli; monde sorti de ses gonds, nihilisme envers l’existence. Jacobi, Shakespeare, Schopenhauer, Nietzsche.

L’extase dionysiaque comporte, nous dit Nietzsche, « un élément léthargique ». C’est le thème de l’oubli salutaire qu’il développera souvent. En effet cet « abîme d’oubli » permet de séparer le monde dionysiaque de la réalité quotidienne, objet de dégoût qui enclenche, comme nous l’avons vu, l’ascétisme religieux, l’extinction du vouloir-vivre. Curieusement Nietzsche va rapprocher « l’homme dionysiaque » de Hamlet. Tous deux ont un « regard lucide » sur l’essence des choses: on ne peut « remettre d’aplomb un monde sorti de ses gonds ». Si bien que pour agir il faut s’envelopper du « voile de l’illusion », sinon on voit « l’effroyable réalité » qui paralyse toute action. Hamlet n’est pas un rêveur, c’est parce qu’il a perdu toute consolation qu’il n’agit plus. D’où ce bond « au-delà d’un monde d’après la mort, au-delà des dieux eux-mêmes ». D’où ce nihilisme envers l’existence, et envers Dieu et l’au-delà. C’est précisément ainsi que l’entendait Jacobi, inventeur du mot « nihilisme » que reprendra Nietzsche et qu’il refusera toujours comme une doctrine négative. Nietzsche est le philosophe de l’affirmation, même et surtout après la « mort de Dieu ».

Key word

: extase dionysiaque, oubli salutaire, abîme d’oubli, réalité quotidienne, dégoût, ascétisme religieux, monde sorti de ses gonds, perte de toute consolation, nihilisme envers l’existence.

Key names

: Shakespeare, Schopenhauer, Jacobi, Nietzsche; Dionysos, Hamlet.

Key works

: Friedrich Jacobi, Comment le criticisme entreprend de faire entendre raison à la raison et de donner un nouveau but à la philosophie (1802). Schopenhauer, le Monde comme Volonté et comme Représentation, livre IV, §§68, 70, 71. Nietzsche, la Naissance de la Tragédie. Shakespeare, Hamlet.

Patrice Tardieu

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 22:51

Puissance, volupté indestructible de la vie, refus de l’extinction, de l’anéantissement bouddhique.

Nietzsche va énoncer toute sa théorie esthétique et existentielle: « La consolation métaphysique que nous laisse toute tragédie vraie, ce sentiment que la vie, si l’on va au fond des choses, malgré la variété des apparences, est d’une puissance et d’une volupté indestructibles ». Nietzsche, extrêmement fin et subtil dans la sensibilité à la souffrance et qui observe « le terrible processus destructeur de l’histoire universelle », ainsi que les « cruautés de la nature », refuse « d’aspirer à l’anéantissement bouddhique du vouloir ». Comment? Par l’art qui le sauve et lui permet de retrouver la vie.

Ici, Nietzsche utilise et se démarque de Schopenhauer. Rappelons que pour ce dernier, « la vie oscille, comme un pendule, de la souffrance à l’ennui », la souffrance qui provient du manque que structure tout désir, puis l’ennui une fois ce désir satisfait, et ce, jusqu’à la mort. Mais il existe un moyen pour échapper à cette terrible oscillation, c’est l’art qui nous fait considérer les choses sous un angle purement esthétique et désintéressé (Schopenhauer a lu Kant). Enfin l’anéantissement bouddhique, encore plus radical: la négation absolue du vouloir-vivre.

Le « nirvana » que certains occidentaux traduisent en pensée de manière fallacieuse par « bonheur » vient du verbe sanscrit « nirva » qui signifie « éteindre » et, dans la croyance bouddhiste, « éteindre toute velléité de réincarnation » afin de ne plus se réincarner en montant ou en descendant dans l’échelle des vivants en fonction de notre « karma », racine « kr » notre « faire » dans cette vie-ci. Nietzsche, lui, ne veut rien éteindre.

Key word

: consolation métaphysique, tragédie vraie, puissance et volupté indestructible de la vie, refus de l’extinction, de l’anéantissement bouddhique du vouloir, rôle de l’art.

Key names

: Nietzsche, Schopenhauer, Kant, le Bouddha.

Key works

: Le Bouddha, les Stances de la Loi, §153: « Naître et renaître, voilà le malheur ». Schopenhauer, le Monde comme Volonté et comme Représentation, livre IV, §57. Kant, Critique du Jugement. Nietzsche, la Naissance de la Tragédie.

Patrice Tardieu

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 22:57

Paradoxe du lied, poésie lyrique, chuchotement de la tendresse, hurlement de la folie, Nietzsche, Schopenhauer.

Il y a pourtant un paradoxe du lied, pour Nietzsche, c’est qu’il associe poésie et musique, or « le langage, organe et symbole des phénomènes, n’arrive jamais à traduire l’être intime de la musique ». Le langage poétique se met alors à imiter la musique. « Le poète lyrique a besoin de tous les mouvements de la passion, depuis le chuchotement de la tendresse jusqu’au hurlement de la folie »; c’est à travers le prisme de la musique qu’il exprime sa volonté, son désir, ses soupirs. « Le poète, génie apollinien, interprète la musique à l’aide du symbole de la volonté, tandis que lui-même, entièrement détaché de l’avidité du vouloir, n’est qu’un œil solaire limpide et sans ombre ». On voit que Nietzsche ne s’est pas beaucoup éloigné de l’opposition fondamentale de Schopenhauer: d’un côté la représentation et ses images, de l’autre le fonds des choses, cette force souterraine sans image que la musique manifeste.

Key word

: paradoxe du lied, poésie et musique, chuchotement de la tendresse, hurlement de la folie, volonté, désir, soupir, le poète génie apollinien œil solaire limpide, la musique sans image force souterraine.

Key names

: Nietzsche, Schopenhauer; Apollon.

Key works

: Nietzsche, la Naissance de la tragédie. Schopenhauer, le Monde comme Volonté et comme Représentation.

Patrice Tardieu

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 20:27

Le lied; l’existence et le monde justifiés comme phénomène esthétique; Schopenhauer, Schubert, Nietzsche.

Le « lied » est un mot allemand qui signifie « mélodie », il plonge ses racines dans le Moyen-Âge comme notre « lai », mais les lieder les plus connus sont ceux de Schubert, en particulier son « Erlkönig »( « le Roi des aulnes ») qui est une transfiguration poétique et musicale sur l’existence et le voyage vers la mort; l’aulne étant cet arbre qui pousse au bord de l’eau, symbole du courant de la vie auquel nul n’échappera, pas même l’enfant peut-être, selon mon interprétation.

Nietzsche va s’opposer à Schopenhauer à propos du lied. Dans le Monde comme Volonté et comme Représentation, livre III,§51, Schopenhauer soutient que le lied est un mélange de pure contemplation calme de l’âme et de volonté trouble subjective soit libre soit entravée provoquant les émotions, souffrances, états passionnels de joie ou de tristesse personnelles. Dans le lied, il y a donc à la fois « la tête et le coeur », l’identité miraculeuse de la connaissance et de la volonté.

Pour Nietzsche, le lied ne saurait être ce mélange car tout artiste est en fusion avec l’univers. Le lied ne peut être cet art imparfait, « mêlé et divisé », « bondissant au hasard » à cause du vouloir individuel. Le monde de l’art s’impose à l’artiste dans sa vision esthétique. Et « l’existence et le monde ne sont éternellement justifiés que dans la mesure où ils sont un phénomène esthétique » affirme Nietzsche.

Key word

: le lied, un lai, pure contemplation, volonté trouble, émotions, souffrances, états passionnels, la tête et le cœur, fusion avec l’univers, l’existence et le monde justifiés comme phénomène esthétique.

Key names

: Schopenhauer, Nietzsche, Schubert.

Key works

: Patrice Tardieu, compositeur: musique et textes; musicien; Dix lieder pour récitante, voix de contralto, piano et saxophone ténor, créés en concert en 1981. Schopenhauer, le Monde comme Volonté et comme Représentation, livre III,§51. Nietzsche, la Naissance de la tragédie. Schubert, le Roi des aulnes.

Patrice Tardieu

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