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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 10:59

Sade à l’origine de la Prise de la Bastille, criant depuis une des tours qu’on égorgeait les détenus.
Fernando Pessoa n’était qu’un modeste employé de bureau à la vie insignifiante. Ce n’est pas le cas du marquis de Sade né en 1740 qui passe son enfance avec le prince de Condé qui n’a que quatre ans de plus que lui ; il est confié ensuite à l’abbé de Sade près de L’Isle-sur-Sorgue. Il fait ses études à Louis-Le-Grand à Paris, sous la férule des Jésuites. Il participe ensuite à la guerre de Sept ans contre l’Allemagne. Il épouse Renée Pélagie de Montreuil et anime un théâtre. Il n’a que vingt-trois ans qu’il est incarcéré pour « débauche outrée et impiété horrible » et surveillé ensuite par un inspecteur ; ce qui ne l’empêche pas de se lier à des actrices et de donner des fêtes au château de Lacoste. A vingt-six ans, un rapport note que, dans sa petite maison à Arcueil, il n’y a que scandale et débauche. Le 3 avril 1768, c’est « l’affaire Rose Keller » qui porte plainte pour avoir été déshabillée de force puis flagellée. Il est mis en prison puis assigné à résidence. Il commence sa carrière d’écrivain et ne fait plus parti de l’armée. Le 27 juin 1772 éclate le « scandale de Marseille », aphrodisiaques, fouet, sodomie, les « filles » portent plainte à la police. Sade s’enfuit en Italie, avec sa belle-sœur, Anne Prospère de Launay, chanoinesse, dont il est amoureux ! De nouveau une perquisition est faite au château de Lacoste mais Sade se sauve. En 1774, il voyage avec sa femme et engage six adolescents ( cinq filles et un garçon ) qui, de nouveau, participent à des orgies qui pourraient le conduire, selon Sade lui-même, à être écartelé sur la roue par quatre chevaux ! Encore une fois, il part en voyage, et visite Florence, Rome et Naples. De retour, il fait des « boutonnières » avec un canif dans la peau d’une jeune servante locale qu’il prénomme « Justine » ; le père de celle-ci menace, pistolet en main, Sade, qui se fait arrêter à Paris. Il est sous le coup d’une lettre de cachet du roi qui l’emprisonne à Vincennes, le 13 février 1777 ; il a trente sept ans. Sade cherche à annuler, par la cour de cassation d’Aix-en-Provence, la peine encourue, qui commue la condamnation à mort en une forte amende et une admonestation ; oubliant qu’une lettre de cachet qui envoie en prison, elle, n’est pas révocable. Il est repris, s’échappe, et finalement se retrouve dans les donjons de Vincennes. Il y écrit son Dialogue [ philosophique ] entre un prêtre et un moribond, où le libertinage triomphe ! Et commence Les Cent Vingt Journées de Sodome, d’une violence sexuelle jamais dépassée.
A quarante quatre ans, le 29 février 1784, il est transféré à La Bastille, au deuxième étage d’une tour. Il roule le manuscrit des Cent vingt Journées dans un étui qu’il glisse, semble-t-il, dans l’interstice d’un mur. C’est alors que son action est décisive pour l’histoire de la France ! Le témoignage du gouverneur de La Bastille coupe toute indécision et est précis à propos de Sade : « Il s’est mis hier midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu’on égorgeait, qu’on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu’il fallait venir à leurs secours. Il a récidivé ses cris et ses plaintes bruyantes ». Cette lettre étant datée du 9 juillet 1789, et adressée au gouvernement, les cris de Sade ont commencé le 8 juillet ( « hier » ) et se sont prolongés ( « récidive » ) le 9, peut-être les 10, 11, 12, ou même le 13 juillet 1789 ! Sade est sans doute à l’origine de La Prise de la Bastille le 14 juillet 1789 [que nous célébrons tous les ans ! ] et de l’assassinat du gouverneur peu sûr de lui-même et maladroit, qui a parlementé avec la foule ! En tout cas on ne peut affirmer avec Michel Delon que Sade ait été transféré le 2 juillet 1789 puisqu’il a harangué le peuple le 8 et le 9 juillet 1789 du haut de La Bastille. Sans doute, on ne veut pas que Sade soit à l’origine de la prise de La Bastille ! De plus, « libérer La Bastille » avait quelque chose d’absurde car les prisonniers peu nombreux étaient des aristocrates comme le marquis de Sade, mis là par lettre de cachet du roi, avec visites de proches ou de parents ( comme Madame de Sade qui lui apportait des livres et des friandises ) ! Et la Bastille était une prison, elle n’était pas un dépôt d’armes et de poudre ! Mais la tête du gouverneur indécis a fini sur une pique !
Je n’ai rien contre Michel Delon auquel j’avais envoyé mon article « Jouissance inhumaine, Sade, Lacan, Hegel », au moment de la parution du premier volume des Œuvres de Sade dans les éditions La Pléiade, qui a repris, dans le troisième volume ( introduction, p. XIX ), mon expression à propos des Cent vingt journées de Sodome dont il est, selon moi, « difficile de sortir indemne ».
Poursuivons la biographie du « divin marquis ». Il attend encore huit mois en prison l’abolition des lettres de cachet. Il se met en ménage avec une actrice, Marie Constance Quesnet, fréquente Stanislas de Clermont-Tonnerre et le salon de monarchistes constitutionnels, il est modéré et réformiste et veut réussir au théâtre, mais les révolutionnaires, les « bonnets rouges » [ comme les gardes rouges de Mao ] imposent leur « ligne juste », et sabotent la pièce de Sade. Du coup, pour se masquer, Sade fait mine d’être du côté des « bonnets rouges » sur la Place Vendôme devenue Place des « Piques » [ sur lesquelles on enfourche les têtes ] et fait un vibrant hommage à Marat « assassiné », et des « martyrs de la Révolution », le 9 octobre 1793 ! Advient la Terreur, et Sade qui est sur la liste de Fouquier-Tinville le 27 juillet 1794, est condamné à mort, mais il échappe à la « charrette » de ceux qui vont être guillotinés car il est marqué « absent » dans la prison où on le cherche ! Sous le Directoire ( 1795 - 1799 ), il est accusé à tort d’avoir été un de ces aristocrates émigrés revenus de l’étranger ; sous le Consulat ( 1799 - 1804 ) puis sous l’Empire ( 1804 - 1814 ), c’est-à-dire sous le général Bonaparte qui devient ensuite Napoléon Premier, Sade est enfermé, sans passer devant une quelconque instance judiciaire, à la prison de Sainte Pélagie, puis à l’hospice pour aliénés de Bicêtre, enfin à celui de Charenton ! Dernier ouvrage de Sade : Les Journées de Florbelle, œuvre brûlée à la demande de son fils ! Seule consolation pour Sade : il faisait jouer les malades mentaux devant un public venu observer ces « monstres » !
Key Word : Débauche outrée, impiété, scandale, flagellation, aphrodisiaque, orgie, lettre de cachet, donjon, prisons, asile d’aliénés.
Key Names : Fernando Pessoa, Marquis de Sade, le Prince de Condé, l’abbé de Sade, Renée Pélagie de Montreuil, Rose Keller, Anne-Prospère de Launay, la jeune servante Justine, le gouverneur de la Bastille, Marie Constance Quesnet, Stanislas de Clermont-Tonnerre, Fouquier-Tinville, Napoléon-Bonaparte.
Key Works : Patrice Tardieu, Fureur sexuelle, férocité, baisers semblables à des fouets, chair lacérée, érotisme mystique, Pessoa, Philo blog 7 juillet 2016 ; Le cri des victimes, douleur et scandale, bonheur des injustes, Sade, Joseph de Maistre, Barthes, Philo blog 22 juin 2016 ; Bonheur du fanatique et bonheur de décapiter, rage religieuse, enthousiasme, Hobbes, Shaftesbury, Philo blog 12 juin 2016 ; Bonheur de la racaille prolétarienne et de la canaille révolutionnaire, Marx, Baechler, Aristote, Philo blog 26 mai 2016 ; Attentats suicides, prise d’otages, bombes humaines, pirates de l’air, imagination perverse, Philo blog 24 avril 2016.
Fernando Pessoa, Ode Maritime ; Sade, Justine ou les malheurs de la vertu ; Peter Brook ( film, 1966 ) , L’assassinat de Jean-Paul Marat tel que monté par les patients de l’asile de Charenton sous la direction du marquis de Sade ( d’après la pièce de Théâtre de Peter Weiss, 1963 ).
Patrice Tardieu











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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 10:25

Fureur sexuelle, férocité, baisers semblables à des fouets, chair lacérée, érotisme mystique, Pessoa.
Il existe un extraordinaire poème de Fernando Pessoa, sous le pseudonyme [ « faux nom » qui dissimule l’identité d’un auteur ] ou plutôt sous l’hétéronyme [ « autre nom » , dans le cas de Pessoa qui en créa un certain nombre ] , d’Alvaro de Campos [ « Aubéron des champs », un Pessoa sensuel et inquiétant ] , poème de mille vers dont je ne commenterai qu’une cinquantaine, écrit en 1915, intitulé Ode Maritime, qui est le cri des victimes, mais cette fois-ci consentantes ! Donc qui ne se situe pas dans le « champ » ( étendue de chair labourable ! ) de Sade, mais dans celui de Sacher-Masoch. C’est une invocation aux barbares des mers [ toute la vie professionnelle de Pessoa consista à traduire des textes de commerce maritime ! ] s’attaquant à des femmes ! Le poète se met dans le corps de « la femme-toutes-les-femmes » [contrairement à la femme « pas toute » de Lacan ] qui vont être agressées, abusées, pénétrées, offensées, fragmentées. Il s’introduit entièrement en elles, s’identifie à elles, totalement femelle, propre à la fécondation, jusqu’au frisson de la moelle épinière. Il évoque l’attente des femmes, dans les ports, des marins, à la fois haïs et aimés. Ce ne sont pas des « bien-aimés ». Il n’y a pas de tendresse avec eux, même dans les rêves. Le poète prétend s’introduire dans l’âme des femmes par sa féminité propre, mais aussi dans celle, féroce, des barbares des mers, qui ne peut se rattacher qu’à un Dieu à l’envers ; dieux monstrueux de l’antiquité panthéiste pleins de sang, démoniaques. Il est à la fois les veines tailladées et le couteau ; le corps des femmes et la fureur sexuelle des barbares des mers. Il est cet ensemble de nerfs hystériques féminins, et cette absurde violence. Comment définir les barbares des mers ? Ils sont ce qui est contraire à la loi, le sauvage, le sanguinaire et le cruel, la férocité incarnée. Dans un appel masochiste, le poète s’identifie aux victimes, il demande à être humilié et battu, soumis comme un objet, esclave volontaire et il en est fier, car tel est son attachement explicite aux plaisirs sensuels de l’obéissance. Que la cruauté de ces barbares des mers s’effondre sur lui comme de grands créneaux de châteaux forts ! Que ces hommes inhumains venus du fond des âges anciens le mettent en lambeaux, lui donnent des coups qui fassent plaie ! Puis qu’ils cousent sa peau lacérée de sang ; que leurs baisers soient des fouets, des hachettes d’assaut, avec emportement, qui scellent son appartenance physique dans une frayeur voluptueuse de son désir du plaisir dans la douleur. Donation de son corps à l’emportement sans limite de cette violence déchaînée, devenu simple objet sans volonté mais capable de sentir la férocité de tout dévorer de ces dominants, de ces maîtres, de ces seigneurs des mers, de ces fiers et grands chevaux de bataille dans toute leur animalité. Le poète les somme de le soumettre à la torture, de le mettre en pièces, de l’écarteler, de lui arracher les membres, de le faire tomber à la renverse sur le pont du navire, de répandre son corps dans les profondeurs océaniques ou sur le sable brûlant d’îles perdues.
Finalement le poète nous donne la clef de son texte : c’est une aspiration mystique de prendre sur soi toutes les douleurs du monde, de se soumettre au sacrifice religieux comme le Christ en proie à toutes les humiliations, qui fait exemple. L’érotisme rencontre ici le mysticisme comme cela sera le cas avec Pauline Réage [ hétéronyme de l’écrivaine Dominique Aury ; voir mon article : Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog du 30 octobre 2015 ] qui a publié à la fois une Anthologie de la poésie religieuse et Histoire d’O.
Key Words : poème, pseudonyme, hétéronyme, cri des victimes, poète sensuel et inquiétant, le champ de la chair, la femme martyrisée, les nerfs hystériques, les barbares des mers, absurde violence, le sanguinaire et le cruel, torture, corps jetés dans les grandes profondeurs ou sur le sable brûlant.
Key Names : Fernando Pessoa [ ce nom portugais « Pessoa », prédestiné, signifie « personne » au sens qu’il n’y a personne, à rapprocher du latin « persona », « masque » ; Alvaro de Campos, un des hétéronymes de l’écrivain ; le marquis de Sade [ dont la famille remonte à la Laure chantée par Pétrarque ] ; Sacher-Masoch ; Jacques Lacan ; Pauline Réage.
Key Works : Patrice Tardieu, Le cri des victimes, douleur et scandale, bonheur des injustes, Sade, Joseph de Maistre, Barthes, Philo blog 22 juin 2016 ; Bonheur du fanatique et bonheur de décapiter, rage religieuse, enthousiasme, Hobbes, Shaftesbury, Philo blog 12 juin 2016 ; Bonheur de la racaille prolétarienne et de la canaille révolutionnaire, Marx, Baechler, Aristote, Philo blog 26 mai 2016 ; Attentats suicides, prise d’otages, bombes humaines, pirates de l’air, imagination perverse, Philo blog 24 avril 2016 ; Orgasme le plus intense, but sexuel secret atteint, tribadisme, flirt, baisers, trouble, Sapho, Sartre, Philo blog 23 mars 2016 ; Femme passionnée, ardente, orgasme supérieur à celui de l’homme, androgynie, Böhme, Polyclès, Philo blog 23 février 2016 ; La femme soi-disant frigide, tomber amoureux, l’errance, l’inaccompli et l’individu, W.Stekel, Philo blog 29 janvier 2016 ; Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre, Verdi, Gluck, Philo blog 29 décembre 2015 ; Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch, Philo blog 4 octobre 2015 ; Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le Yin, le Yang, Théodore Reik, Freud, Philo blog 16 septembre 2015 ; Voir c’est déflorer, viol par la vue, le voyeur, la pudeur, Actéon dévoré par ses désirs, Klossowski, Philo blog 2 septembre 2015 ; Jalousie, rapport au monde, mourir à l’être comme aimer à la folie jusqu’à la déraison, Lévinas, Sartre, Philo blog 12 août 2015 ; Projet individuel, originel, unique, l’élan du sujet vers l’être, rapport à soi, au monde et à l’Autre, Philo blog 3 août 2015 ; Présence de notre corps visible, surgissement de ce que nous avons à être, comment s’orienter ? Sartre, Philo blog 20 juillet 2015 ; Ce qui fait qu’un être est lui-même, la sensation pure rêverie, l’œil qui se retourne révulsé, Comte, Philo blog 15 juillet 2015 ; Monde concret de la réalité humaine, d’être là et d’avoir son point de vue, existence, néant, Philo blog 10 juillet 2015 ; Toucher et être touché, mon corps objet dans le regard d’autrui, la vision renversée, Sartre, Philo blog 7 juillet 2015 ; Notre corps subjectif, l’effort et ce qui résiste, le moi, l’existence, la liberté, Maine de Biran, Philo blog 4 juillet 2015 ; Mon corps tel qu’il est pour moi, mon corps tel qu’il est pour les autres, mon être, Sartre, Philo blog, 29 juin 2015 ; Explication physiologique cérébrale qui échoue à expliquer le pourquoi, le comment, des passions, Philo blog 13 juin 2015 ; Libre arbitre absolu ou degrés de liberté, de l’indifférence à la poursuite du pire ? Descartes, Philo blog 29 mai 2015 ; Joie, jouissance de l’âme, se donner au désir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote, Philo blog 23 mai 2015 ; Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles Le Brun, Philo blog 17 mai 2015 ; Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis, Philo blog 9 mai 2015 ; Cœur supplicié, volé, Rimbaud pendant la Commune de Paris, aventures abracadabrantesques, Philo blog 2 mai 2015, Faire l’amour avec ou sans consentement, concupiscence, impulsion, aversion, Descartes, Philo blog 25 avril 2015 ; Descartes, Casanova, la princesse palatine, la reine Christine, passions de l’âme, sang, nerf, cerveau, Philo blog 19 avril 2015 ; Passions, plaisir, anamnèse du désir brûlant et du délire d’amour, Éros et l’enthousiasme hors de soi, Philo blog 12 avril 2015; L’amour, l’ennui, le cœur et la raison, les passions, Dieu, Pascal, Heidegger, le chevalier de Méré, Philo blog 5 avril 2015 ; Fellation, rite sacré, jouissance et accès à l’au-delà, Isis, approche psychanalytique, Riviere, Klein, Philo blog 22 mars 2015 ; Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout, Freud, Jacques Lacan, Philo blog 1 mars 2015 ; Imago du sein maternel, pleine satisfaction du désir humain, fusion orale comblée, étreinte, Dali, Philo blog 22 février 2015 ; Aragon, chantre des organes de répression, Soljénitsyne poète et écrivain, Philo blog 19 février 2015 ; La famille première unité sociale, la femme médiatrice, Lacan, de Bonald, Comte, Maurras, Philo blog 18 février 2015 ; Lacan et la question du déclin de l’imago paternelle, la haine du père et de Dieu, Philo blog 13 février 2015 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, Philo blog 29 janvier 2015 ; L’enlèvement d’Europe par un taureau, Léda amoureuse d’un cygne, la flûte de Pan, Philo blog 23 janvier 2015 ; Excitation voluptueuse de regarder l’accouplement des chevaux, Alexandre VI et Lucrèce Borgia, Philo blog 19 janvier 2015 ; Picasso, Suzanne surprise au bain par deux vieillards, le livre de Daniel, Philo blog 18 janvier 2015 ; L’être qui vit dans la passion ne peut raisonner, il n’a ni vice ni vertu, Aristote monté et bridé, Philo blog 21 décembre 2014 ; Ce qui se passe quand la femme a le rôle actif, nymphes incarnant les plaisirs érotiques divins, Philo blog 14 décembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Luxure de l’attouchement et pudeur du pied érotique, Dieu et sa déesse, son Ashérah, Philo blog 30 novembre 2014 ; Scènes lascives avec les tout petits pieds des chinoises, supérieures aux aphrodisiaques, Philo blog 23 novembre 2014 ; L’anti-Justine de Restif de la Bretonne face à la Justine ou les malheurs de la vertu de Sade, Philo blog 16 novembre 2014 ; Intensité du désir, l’être de la femme tout entier sexuel comme celui des hommes féminins, Philo blog 23 août 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 9 juin 2014 ; Question du déchaînement de la pleine jouissance sexuelle, mais avec qui ? Théories de Freud, Proust, Philo blog 14 mai 2014 ; D’où vient l’éclat de la beauté des femmes ? Pourquoi la splendeur du sensible est-elle illuminée ? Philo blog 27 octobre 2014 ; Secrets d’alcôve, lit conjugal, question de quantité, d’attention ou don des dieux ? Philo blog 7 avril 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 29 janvier 2014.
Fernando Pessoa, Ode maritime ; Sade, Justine ou les malheurs de la vertu ; Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure ; Lacan, Écrits, Séminaires ; Pauline Réage, Histoire d’O.
Patrice Tardieu









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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 11:15

Le cri des victimes, douleur et scandale, bonheur des injustes, Sade, Joseph de Maistre, Barthes.
Après le souhait impossible de Madame d’Esterval de déranger le cours des astres et son impuissance à outrager la Nature, Sade réfléchit sur la mort apparente et les convulsions des « cadavres », et se lance dans une scène scatologique lubrique, tout en ressuscitant la petite Cécile pourtant déjà assassinée. Il continue à faire l’éloge de Justine : « il n’est pas dans la société une plus belle fille, une plus douce, une plus vertueuse que celle-là », mais il lui fait dire : « Oh juste ciel ! Je serai donc toujours un objet de douleur et de scandale. Hâte-toi de trancher mes jours, Être suprême ; j’aime cent fois mieux la mort que l’horrible vie que je mène ». Cela me rappelle ce que l’on appelait dans l’antiquité grecque « la sagesse du Silène » : mieux vaut « ne pas être né, n’être pas, n’être rien, et mourir bientôt » ; c’est le « mè phunaï » ( « ne pas naître » ) d’Œdipe dans Sophocle où le chœur chante « mieux vaut cent fois n’être pas né » ( Œdipe à Colone , quatrième épisode, vers 1224 ). Il est question aussi de « contrat » signé, et « d’éducation » ( par des « instituteurs » scélérats ), ce qui n’est pas sans évoquer Rousseau ( en négatif ) et son Émile ou De l’éducation ; il s’agit « d’automatiser les âmes » ( allusion aux automates créés par Vaucanson en particulier « le joueur de flûte » ). Suit alors une scène que l’on pourrait qualifier de « surréaliste » où l’imagerie sadique se déploie : on fait mettre à une femme un « bonnet singulier » ; elle est séparée de son mari que par « la plus mince cloison » pour qu’il se délecte de ses hurlements ! Le crâne de la malheureuse est affublé « d’un casque à tuyau, organisé de manière que les cris que lui faisaient jeter les douleurs dont on l’accablait ressemblaient aux mugissements d’un boeuf ». Le mari demande : « Que diable lui font-ils donc, pour la faire beugler ainsi ? » alors qu’il est le commanditaire de ce supplice et qu’il avoue qu’en laissant tout deviner, sans rien voir, à son imagination, celle-ci est beaucoup plus forte que la perception de la scène en question ! On pourrait rapprocher cette torture de celle de Phalaris qui enfermait ses victimes dans un taureau d’airain, sculpté par Périllos, surchauffé. Rappelons que Phalaris était ce tyran d’Agrigente, de 569 à 549 avant J.C., qui se délectait précisément de ces gémissements aussi « suaves » pour lui que la plus belle mélodie !
Roland Barthes s’est intéressé à ce passage de Sade ( dans Sade, Fourier, Loyola ; Sade II, le casque ) qu’il commente de la manière suivante : « sans rien lui ôter de son pouvoir signalétique [ c’est le « jargon » linguistique habituel de Barthes dont il abuse ], le casque dénature le cri, le frappe d’une étrangeté animale, transformant « la femme pâle, mélancolique et distinguée » en masse bovine ; […] le cri est un fétiche [ ici Barthes veut dire que c’est un symbole des victimes ] ». Mais je vais me référer plutôt à la problématique posée par Joseph de Maistre ( dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg, Premier entretien ) sur « le bonheur des méchants et le malheur des justes » : « Vous croyez donc que les méchants ne sont pas heureux ? Je voudrais le croire aussi ; cependant j’entends dire chaque jour que tout leur réussit ». Revenons à Phalaris, tyran pendant seize ans, qui prenait beaucoup de plaisirs aux hurlements de ses suppliciés, sans utiliser des exemples plus récents de despotes sanguinaires ou de chefs totalitaires ( comme Lénine, créateur du Goulag, Staline, d’abord bandit de grands chemins, Hitler ou Mao et sa révolution [ anti-]culturelle, anti-civilisation, bilan : 15 millions de morts juste pour cette période, sans parler du Lao Gai, le Goulag chinois, etc.). Pensons aux victimes et à leurs cris…
Conclusion générale [ que j’avais écrite pour mon article du 20 au 24 février 2006 que j’ai publié donc en trois parties, à savoir, 1/ Bonheur de la racaille prolétarienne et de la canaille révolutionnaire, Marx, Baechler, Aristote, publié le 26 mai 2016 sur mon Philo blog ; 2/ Bonheur du fanatique et bonheur de décapiter, rage religieuse, enthousiasme, Hobbes, Shaftesbury, publié le 12 juin 2016 ; 3/ cet article-ci : Le cri des victimes, douleur et scandale, bonheur des injustes, Sade, Joseph de Maistre, Barthes, publié le 22 juin 2016 ]: Les nombreux bonheurs que nous avons énumérés [ dans la toute première introduction ] semblent éphémères et ne rentrent que dans la catégorie aristotélicienne de « l’eutukhia » [ la « bonne chance » ], un bonheur protensif de courte durée. Seul Barbey d’Aurevilly dans Les Diaboliques, soutiendra que le bonheur dans le crime peut durer toute une vie, être un bonheur « eudaimonia ». Quant au caractère intensif du bonheur, le guerrier au moment de tuer, le bourreau au moment de châtier, le fanatique au moment de l’explosion violente, doivent certainement éprouver une très forte intensité. Le philosophe devant toute cette variété de bonheurs, peut-il, comme dans l’épigraphe citée de Lucrèce, au tout début, les regarder depuis la « makaria » philosophique [ la « félicité bienheureuse », comme un être humain peut la vivre, utilisant la meilleure partie de lui-même, le « noûs », « l’intellect » ( Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 11, 1101, 20 et X, 7, 1177 b 30 )]?
Key Word : outrager la Nature, la mort apparente, les convulsions, scatologie lubrique, persécution des filles belles, douces, vertueuses, mieux vaut n’être pas né, n’être pas, mourir, automatiser les âmes, imagerie sadique, cris d’un être humain semblables à ceux d’un bœuf, beuglement, l’imagination plus forte que la perception, le taureau d’airain de Phalaris, le bonheur des méchants et le malheur des justes.
Key Names : Sade, Sophocle, Rousseau, Vaucanson, Phalaris, Périllos, Roland Barthes, Joseph de Maistre, Barbey d’Aurevilly, Hobbes, Shaftesbury, Aristote.
Key Works : Patrice Tardieu, Dialectique, taoïste, machiavélique, érotique, phénoménologique et psychanalytique, de la charcuterie, Philo blog 8 février 2007 ; Nietzsche contre Marx, Philo blog 21 février 2007 ; Soleils de l’amour, miroirs de la mort, Philo blog 20 mars 2007 ; Sein, sperme, scybale, objet abject, Philo blog 13 juin 2007 ; Religion positiviste, socratique, chrétienne, islamique, juive, bouddhiste, klossowskienne, Philo blog 26 août 2007[ en deux parties ] ; Seins, l’idole et l’icône (1), Philo blog 26 août 2007, (2) Philo blog ( 6 janvier 2009 ) [schémas des trois idoles] ; Obscénité et violence à l’origine du monde, Philo blog du 12 février 2008 au 4 avril 2008 [ en dix parties ] ; Jouissance inhumaine, Sade, Lacan, Hegel, Philo blog 30 septembre 2008 ; Le marquis de Sade et Diderot, Philo blog 27 avril 2011 ; Isolisme, Sade, Philo blog 4 septembre 2011 ; La philosophie dans le boudoir, Sade, Philo blog 5 septembre 2011 ; Sade, la peine de mort, Philo blog 6 septembre 2011 ; Contradictions de Sade ? 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Lacan, le crime sadique des sœurs Papin, Philo blog 18 octobre 2011 ; Désirs, jouissance et négation, Platon, Hegel, Sade, Lacan, Philo blog 22 octobre 2011 ; Le pénis, le phallus, Freud, Lacan, Sade, Philo blog 24 octobre 2011 ; Sentiments et passion chez Sade et Racine, Philo blog 26 octobre 2011 ; Masochisme et sadisme de Rousseau, Philo blog 29 octobre 2011 ; Sade contre Freud, Philo blog 5 novembre 2011 ; Sade, l’apathie et le stoïcisme, Philo blog 8 novembre 2011 ; Joseph de Maistre, le bourreau Khmer rouge et la profondeur abyssale du mal, Philo blog 9 novembre 2011 ; La séduction du bourreau, cruauté sadique au Rwanda, Philo blog 12 novembre 2011 ; Lucrèce avec Sade, noirceur lucrétienne et apathie sadienne, Philo blog 29 novembre 2011 ; Désir de dévoration, amours anthropophages, Proust, Sade, Dali, Sagawa, Philo blog 5 février 2012 ; Sade, Saint-John Perse, sexe féminin, bisexualité originaire, Philo blog 31 août 2012 ; Vengeance contre l’amour, jouissance refroidie par la jouissance même, Philo blog 1 septembre 2012 ; 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Sade, Justine ou les malheurs de la vertu, La Nouvelle Justine. Roland Barthes, Sade, Fourier, Loyola. Joseph de Maistre, Les soirées de Saint-Pétersbourg. Sophocle, Œdipe à Colone. Barbey d’Aurevilly, Les Diaboliques, le bonheur dans le crime. Soljénitsyne, L’archipel du Goulag. Robert Conquest, La grande Terreur. Simon Leys, Les habits neufs du Président Mao. Jean Pasqualini, Prisonnier de Mao, sept ans dans un camp de travail en Chine. Dai Hsiao-Ai, Mémoires d’un garde rouge. Pierre Illiez, Chine rouge page blanche.




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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 10:56

Bonheur du fanatique et bonheur de décapiter, rage religieuse, enthousiasme, Hobbes, Shaftesbury.
Je continue la publication de l’article que j’avais écrit du 20 au 24 février 2006 par la partie qui concerne le bonheur du fanatique et où j’anticipais sans le savoir sur les événements du 7 janvier 2015 par le propos suivant : « quant à l’humour, il est à craindre que le fanatique en possède peu et même que toute caricature risque d’augmenter sa fureur »…Et, dès la deuxième phrase, je parlais de décapitation par rage religieuse, autre sujet devenu très actuel ! Le voici :
Hobbes consacre la moitié de son énorme ouvrage, Le Léviathan [ monstre qui représente la société ], à la religion. C’est qu’il a fui la guerre civile anglaise pleine de fureurs religieuses et de fanatiques dont les « prophéties » sont souvent la cause des événements, comme la décapitation du roi Charles Premier. « Il serait bien nécessaire d’être très circonspect et attentif avant d’obéir à la voix d’un homme qui, se prétendant prophète, réclame que nous obéissions à Dieu en suivant la voie qu’il nous dit, au nom de Dieu, être celle du bonheur. En effet, celui qui prétend enseigner aux hommes la voie d’une si grande félicité prétend les gouverner : en d’autres termes, les diriger et régner sur eux ; ce qui est une chose que tous les hommes désirent par nature : il sera donc à bon droit soupçonné d’ambition et d’imposture » ( Léviathan, III, 36, éditions Sirey p. 457- 458 [sur 780 pages] ). Mais il y a plus : « L’orgueil rend l’homme sujet à la colère, dont l’excès est une folie qu’on appelle rage et fureur […]. De là vient […] que la trop haute opinion qu’un homme a de lui-même […] sous le rapport de l’inspiration divine […] devient égarement et vertige […], que l’opinion qui professe avec véhémence la vérité d’une chose devient aussi de la rage, si elle est contredite par d’autres » ( Léviathan, I, 8, éditions Sirey, p.70 ). Et il ajoute : « quand l’idée qu’ils sont inspirés s’est emparée des gens, encore que l’effet de cette déraison ne se manifeste pas toujours, chez un individu isolé, par quelque action fantasque issue de cette passion, cependant quand beaucoup d’entre eux s’associent, la rage de la foule entière est manifeste. Quelle marque de folie plus éclatante peut-il y avoir, que de poursuivre ses meilleurs amis avec des vociférations, des coups et des pierres ? Et cependant, de tels actes restent en deçà de ce que fera une foule de cette sorte » ( Léviathan I, 8, éditions Sirey, p.71 ).
Shaftesbury fera le même constat, soixante ans plus tard, dans sa Lettre sur l’enthousiasme : « La panique peut gagner, le témoignage des sens se perdre comme dans un rêve, et l’imagination s’embraser, au point de réduire en cendres, en un instant, chaque parcelle de jugement et de raison. Les matières combustibles sont déjà disposées au-dedans, prêtes à prendre feu à la moindre étincelle, surtout lorsque la multitude est saisie par cet esprit » ( Lettre sur l’enthousiasme, section VI ). « Enthousiasme » est pris ici dans son sens étymologique, il signifie que la personne ou la foule se croit « remplie de Dieu » ( du grec « en Theos », d’où « en-thou-siasme » ). Mais alors quelle antidote appliquer ? Shaftesbury propose d’abord le ridicule comme épreuve de vérité, ce qui permettra de distinguer les vrais des faux prophètes au caractère mélancolique, et comme remède finalement l’humour. Nous pensons que cela ne saurait suffire : le ridicule ne peut provenir que d’un point de vue autre que, précisément, le fanatique ne partage pas. D’autre part la raillerie est-elle un bon critère de vérité ? Les moqueries et les plaisanteries court-circuitent toute réflexion sérieuse…S’il s’agit, maintenant, d’opposer un caractère enjoué et léger à un caractère mélancolique et sombre, un caractère n’est ni vrai ni faux, il est. Quant à l’humour, il est à craindre que le fanatique en possède peu et même que toute caricature risque d’augmenter sa fureur…Le bonheur du fanatique est dans l’opprobre qu’il endure et qui l’encourage à aller jusqu’au martyre…
Key Word : fanatisme, décapitation, fureur, rage religieuse, guerre civile, vociférations, lapidation, foule, enthousiasme, martyre.
Key Names : Hobbes, Shaftesbury.
Key Works : Patrice Tardieu, Bonheur de la racaille prolétarienne et de la canaille révolutionnaire, Marx, Baechler, Aristote, Philo blog 26 mai 2016 ; Attentats suicides, prise d’otages, bombes humaines, pirates de l’air, imagination perverse, Philo blog 24 avril 2016 ; Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre, Verdi, Gluck, Philo blog 29 décembre 2015 ; Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Jouissance du projet pour soi, agitation vaine du meneur de peuples, Sartre, Freud, Adler, Marx, Philo blog 21 août 2015 ; Monades toutes nues, Louis XIV et l’Empire ottoman, Informatique, N.Wiener, Philo blog 21 juin 2015 ; Libre arbitre absolu ou degrés de liberté, de l’indifférence à la poursuite du pire ? Descartes, Philo blog 29 mai 2015 ; Cœur supplicié, volé, Rimbaud pendant la Commune de Paris, aventures abracadabrantesques, Philo blog 2 mai 2015 ; Peut-on associer violence et sacré, religion et sagesse, ferveur et exaltation, dogme et fanatisme ? Philo blog 15 mars 2015 ; Aragon chantre des Organes de répression, Soljénitsyne poète et écrivain, Philo blog 19 février 2015 ; Prestige, pouvoir, richesse, comment obtenir les trois biens rares par nature, Jean Baechler, Mauss, Philo blog 24 avril 2013 ; Mariage, don et contre-don de femmes, alliance fondatrice, sinon guerre, esclavage, cannibalisme, Mauss, Montaigne, Philo blog 14 avril 2013 ; Échange avec les dieux, sacrifice d’esclaves, d’animaux, de biens précieux, potlatch, Moïse, Philo blog 10 avril 2013 ; Don et contre-don agonistique des sociétés idylliques premières, Marcel Mauss, la dette, Philo blog 8 avril 2013 ; Négation, nuit de l’esprit, néant vide, effroyable, regarder dans les yeux de l’autre, Hegel, Philo blog 16 décembre 2012 ; Crimes hébétés de l’insurrection populaire, le machiavélisme, Sade, Philo blog 14 septembre 2012 ; Jouissance et crime, état de nature, Sade contre Hobbes, Philo blog 10 septembre 2012 ; Kénose de l’Être, Néant, liberté absolue et mort, crucifixion du réel, la Terreur, la Révolution, Philo blog 4 juin 2012 ; Obéissance aveugle, sacrifice religieux, Abraham et son fils, immolation, angoisse, Sébastien Castellion, Le Caravage, Philo blog 2 avril 2012 ; Impossibilité de connaître une personne, méthode utraquistique, ombre, l’un et l’autre, Philo blog, 8 mars 2012 ; La politique ou l’art d’entretenir les troupeaux, Platon, Philo blog 4 décembre 2011 ; L’homme est un loup pour l’homme, l’état de nature, l’état social, Hobbes, Spinoza, Rousseau, Philo blog 15 novembre 2011 ; Casanova, le peuple et la démocratie, Philo blog 8 novembre 2011 ; Lacan, le crime sadique des sœurs Papin, Philo blog 18 octobre 2011.
Thomas Hobbes, Léviathan. Shaftesbury, Lettre sur l’enthousiasme.




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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 10:47

Bonheur de la racaille prolétarienne et de la canaille révolutionnaire, Marx, Baechler, Aristote.
J’avais écrit du 20 au 24 février 2006 un texte sur le bonheur de la délinquance plus ou moins ordinaire. J’abordais le problème d’abord par la réflexion d’Aristote sur le lanceur de pierre et son intention, ensuite par celle de Marx sur ce qu’il appelle « la racaille prolétarienne », enfin sur celle de Jean Baechler sur « la canaille révolutionnaire ». Dix ans plus tard, cet article me semble finalement de la plus grande actualité, tout en restant philosophiquement sans concession mais non sans humour parfois. Le voici avec son épigraphe :
« Il est doux de contempler du rivage les flots soulevés par la tempête, et le péril d’un malheureux qui lutte contre la mort. Il est doux encore, à l’abri du danger, de promener ses regards sur deux grandes armées rangées dans la plaine. Mais rien n’est plus doux que d’abaisser ses regards du temple serein élevé par la philosophie, de voir les mortels épars s’égarer à la poursuite du bonheur ». Lucrèce, De la nature des choses, livre II, « Suave mari magno ».
Bonheur de la racaille de brûler des voitures, bonheur de poignarder pour un regard et puis de jeter une canette sur l’agonisant, bonheur de tuer, devant sa femme et sa fille, celui qui a refusé de céder son appareil photographique, bonheur d’assassiner l’amant qui vous écrivait des poèmes puis de faire croire à un incendie accidentel dans lequel il aurait péri, bonheur dans le crime du couple diabolique qui fait tuer l’enfant par l’autre, bonheur du bourreau de couper les têtes, bonheur du guerrier sur le champ de bataille, bonheur de l’inquisiteur qui torture, bonheur du fanatique qui, en se faisant exploser au milieu de la foule, monte directement au ciel, bonheur de comparer l’extermination des uns avec l’esclavage des autres en créant la haine, bonheur du chef totalitaire de faire condamner dans des procès truqués ses collaborateurs les plus proches et d’envoyer par millions ses concitoyens dans le goulag, bonheur ethnique de massacrer l’autre ethnie la plus proche, bonheur des quinze mille enfants-soldats du Burundi qui ont sauvagement assassiné des adultes et utilisé subsidiairement les filles qu’ils ont violées pour porter leurs affaires et leur faire laver…
Reste au philosophe de conceptualiser tous ces bonheurs. Un certain nombre semble pouvoir se ranger sous le titre générique de « Bonheur de la racaille ». Nous nous demanderons si le mot de « racaille » peut être un concept philosophique ou s’il désigne un fait contingent ou encore s’il s’agit d’un phénomène structurel de la société. D’autres de ces bonheurs paraissent relever d’un autre cas : l’extraordinaire mission de supprimer son prochain…Enfin, subsiste un troisième cas : l’appel religieux au bonheur dans l’au-delà. Il nous faudra établir une typologie conceptuelle du bonheur en fonction du temps en nous appuyant sur les distinctions aristotéliciennes et pouvoir ensuite nous pencher sur la « racaille » avec Marx et son éventuelle pérennité. Puis sur la « canaille révolutionnaire » avec Jean Baechler.
D’abord il faut distinguer hasard, cause vaine et bonheur. Écoutons Aristote : « Le hasard, pour s’en rapporter à son nom même, existe quand la cause se produit par elle-même en vain. La chute d’une pierre n’a pas lieu en vue de frapper quelqu’un ; donc la pierre est tombée par effet de hasard, car autrement elle serait tombée du fait de quelqu’un et pour frapper » ( Aristote, Physique, II, 6, 197b, 25- 30 ) [comme le fait le lanceur de pavé ! ]. Ici on voit que lancer des pierres n’est pas un simple effet de hasard sans intention, sans cause finale ; l’objet ne tombe pas « de lui-même ». Mais il peut y avoir des actions finalisées qui n’aboutissent à rien et qui sont des causes vaines : « Par exemple, on se promène en vue d’obtenir une défécation [ « lapaxis » qui vient du verbe « lapassô » qui signifie « vider, évacuer, rendre le ventre vide »] ; si, après la promenade, elle ne se produit pas, nous disons qu’on s’est promené en vain, et que la promenade a été vaine ; on entend par vain ce qui, étant de sa nature en vue d’une autre chose, ne produit pas cette chose en vue de laquelle elle existait par nature ; car, si l’on s’est baigné en vain, sur ce prétexte que le soleil ne s’est pas ensuite éclipsé, on serait ridicule, cela n’étant pas en vue de ceci ». Se baigner n’a pas pour cause finale de provoquer une éclipse de soleil ; il y a inadéquation et disproportion entre la cause et l’effet supposé à produire [ comme incendier une voiture de police ne supprimera pas la police, au contraire ! ]. La cause vaine est donc une cause qui aurait pu produire un effet mais sans réussite véritable comme se vider le ventre après avoir couru ou s’être promené. Le hasard n’est donc pas une cause vaine qui visait un but sans l’atteindre.
Mais le hasard n’est pas non plus le bonheur, « l’eutukhia ». En grec, l’étymologie est la même qu’en français : « eu » signifie « bon » et « tukhè », « heur » qui vient du latin « augurium », augure, présage, prédiction par observation et interprétation des signes, chance, sort, destinée. « Tukhè » a aussi pour sens, fortune, destin, événement, circonstances. « On parle de bon-heur ( eu-tukhia ) quand un bien arrive [par bonne chance], de mal-heur ( dys-tukhia) quand c’est un mal [ par malchance] » (Aristote, Physique, II, 5, 197a, 25- 30 ). Mais parmi les événements comment distinguer ceux qui ont l’heur [chance ] de nous plaire ? Tout ce qui arrive n’est pas bon-heur ou mal-heur, comme ce qui se produit toujours de la même façon ou simplement fréquemment : « il est évident que l’heur ( tukhè [ la chance] ) n’est dit la cause ni des uns ni des autres et que les effets de l’heur [la chance ] ne sont ni parmi les faits nécessaires constants, ni parmi les faits qui se produisent la plupart du temps » ( Aristote, Physique,II, 5, 196b, 10- 15 ). Il s’agit donc d’événements contingents et exceptionnels, « accidentels ». « Que l’homme soit blanc, c’est un accident [ ce n’est pas nécessaire ], car il ne l’est pas toujours, ni le plus souvent ; mais qu’il soit animal, ce n’est pas par accident [ cela le caractérise, il fait partie des êtres animés comme tous les animaux ] » (Aristote, Métaphysique, E, 2, 1026b, 35 ) . Cependant n’oublions pas que l’heur [ la chance ] ne peut proprement concerner qu’un être susceptible de détermination téléologique [ qui peut viser un but ] mais qui précisément ne la cherchait pas à ce moment là : un homme tout à coup tombe sur un autre qui lui devait de l’argent au moment même où ce dernier touche une certaine somme, voilà l’heur. « Au contraire, s’il est allé par choix et en vue de cette fin, soit qu’il y fréquente constamment, soit qu’il y recouvre son argent la plupart du temps, ce n’est pas effet de l’heur [ la chance ] ». Le dealer qui recouvre son argent en tombant sur celui qui lui devait une certaine somme, sans l’avoir cherché, voilà l’heur. L’heur est donc une activité pratique réussie mais de façon inattendue par un être susceptible de concevoir l’aboutissement de cette activité comme s’il en avait eu l’intention. « D’où résulte qu’aucun être inanimé, aucune bête, aucun enfant en bas âge n’est l’agent d’heur parce qu’il n’a pas la faculté de choisir [ l’objet n’a pas le choix, l’instinct gouverne l’animal principalement, le petit enfant tète par réflexe ] ; ils ne sont pas non plus susceptibles de bon-heur ni de mal-heur, tant qu’il n’a pas la faculté intellectuelle de choisir ; ils ne sont pas non plus susceptibles de bon-heur ni de mal-heur, si ce n’est par métaphore ». Des pierres foulées aux pieds ne sont pas mal-heureuses et d’autres, honorées parce que faisant partie de l’autel consacré par une religion, ne sont pas bien-heureuses. Par contre la pierre lancée peut faire le bon-heur de celui qui lance et le mal-heur de celui qui la reçoit. Mais un siège à trois pieds projeté en l’air sans intention, s’il retombe sur ses pieds, il n’y a ni bon-heur ni mal-heur , c’est hasard que l’on puisse s’asseoir dessus ( Aristote, Physique, II, 197b 15) ; s’il retombe sur la tête d’une personne visée, c’est une autre histoire…Il n’y a pas heur [ chance ] non plus quand la semence produit ou bien un olivier ou bien un homme, c’est un fait de la nature [ de la reproduction naturelle ] à moins de croire avec Empédocle que « de la terre poussaient de nombreuses têtes, mais sans cou, et erraient des bras nus et dépourvus d’épaules, et des yeux flottaient non amarrés au front » ( Empédocle, Fragment 57 ) qui s’assemblent par « tukhè » [ « chance » ]. Par contre les yeux peuvent se retrouver dans l’escalier, séparés de la tête ( cf. Patrice Tardieu, Lacan, le crime sadique des sœurs Papin, Philo blog, 18 octobre 2011 ).
Cependant il y a bonheur [ sentiment de contentement ] et bon-heur [ ce qui arrive de bon ] : « le bonheur (eudaimonia) est regardé comme identique ou presque au bon-heur (eutukhia ) », mais il faut faire la différence. Eutukhia, c’est une seule hirondelle, elle ne fait pas le printemps ( Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 6, 1098a, 15 ). Le printemps c’est eudaimonia qui vous submerge dans la durée. Et il y a là quatre sortes de vie possible : la vie simplement végétative, le « bonheur » de la plante que certains humains connaissent dans le sommeil ; la vie animale active qui est celle de la foule qui confond plaisir et bonheur ; la vie politique à la recherche des honneurs ; la vie de l’homme qui ne se soucie que de richesses qui ne sont pourtant que des moyens ( Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 3,1095b, 15- 1096a). Enfin, au-dessus de l’eutukhia et de l’eudaimonia, il y a la makaria, la félicité philosophique, non pas dans la mort, mais vivant bienheureux comme des hommes peuvent l’être, utilisant la meilleure partie d’eux-mêmes, le « noûs », l’intellect (Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 11, 1101a, 20 et X, 7, 1177b, 30 ).


Mais qu’en est-il du mot racaille ? Peut-il faire partie des concepts philosophiques ? Il existe un auteur qui l’utilise, c’est Marx ! En effet on trouve chez lui l’expression « Lumpenproletariat », or , en allemand, on utilise « lumpen » pour qualifier des gens, une partie de la population, et la traduction exacte est « racaille » ! On pourrait donc plus justement qu’on ne l’a fait jusqu’à présent traduire « Lumpenproletariat » par « prolétariat-racaille » ou encore « racaille prolétarienne ». D’ailleurs, l’expression apparaît dès l’Idéologie allemande et concerne Rome : « Les plébéiens, placés entre les hommes libres et les esclaves, ne parvinrent jamais à s’élever au-dessus de la condition du Lumpenproletariat » ( l’Idéologie allemande ,texte complet, éditions sociales, p.100). Il s’agit donc de la racaille prolétarienne qui n’est capable que de réclamer « panem et circenses », « du pain et des jeux » ( [ les jeux- réalité cruels du cirque romain cf. Juvénal, Satires, X, 81 ]). On la retrouve à l’époque de Napoléon III car c’est grâce à elle, selon Marx, qu’il a été d’abord élu le 10 décembre 1848, puis plébiscité deux fois et enfin proclamé Empereur des Français. « Ce Bonaparte, qui s’institue le chef de la racaille [ Lumpenproletariat ], qui retrouve là seulement, sous forme multipliée, les intérêts qu’il poursuit personnellement, qui, dans ce rebut, ce déchet, cette écume de toutes les classes de la société, reconnaît la seule classe sur laquelle il puisse s’appuyer sans réserve, c’est le vrai Bonaparte, le Bonaparte sans phrase. Vieux roué retors, il considère la vie des peuples, leur activité et celles de l’État comme une comédie au sens le plus vulgaire du mot, comme une mascarade où les grands costumes, les grands mots et les grandes poses ne servent qu’à masquer les canailleries les plus mesquines. […] Dans sa société du 10 Décembre, il rassemble 10.000 gueux, chargés de représenter le peuple. […] Derrière lui, [ c’est] la société secrète des escrocs et des voleurs, la société du désordre, de la prostitution et du vol ». La description que Marx fait de la racaille est particulièrement pittoresque : « A côté de roués ruinés, aux moyens d’existence douteux, et d’origine également douteuse, d’aventuriers et de déchets corrompus de la bourgeoisie, on y trouvait des vagabonds, des soldats licenciés, des forçats sortis du bagne, des galériens en rupture de ban, des filous, des charlatans, des lazzaroni, des pickpockets, des escamoteurs, des joueurs, des souteneurs, des tenanciers de maisons closes, des portefaix, des écrivassiers, des joueurs d’orgues de rue, des chiffonniers, des rémouleurs, des rétameurs, des mendiants, bref, toute cette masse confuse, décomposée, flottante » ( Marx, le 18 brumaire de Louis Bonaparte, éditions sociales, p. 62- 64. ). On voit à quel point la traduction par « racaille » de « Lumpenproletariat » correspond bien au texte même de Marx : « racaille » vient du verbe « rasquer » qui signifie « racler » et qui a donné « raclure » avec l’idée de rebut, d’hommes de rien, de vauriens, de canailles, de « chienlit » ( « qui chie au lit », la « lapaxis » aristotélicienne ! ). D’ailleurs les raclures sont les déchets qui ont été grattés ou ébarbés et qui sont tombés grâce à un racloire, c’est-à-dire un décrottoir en fer ou encore une rasette, outil agricole destiné à couper les mauvaises herbes. On a vu que Marx utilise les termes de « rebut », « déchet », « écume de toutes les classes », « canailleries »…
Ayant établi le concept marxiste de racaille, il nous reste à envisager s’il s’agit d’une couche sociale particulière à une époque donnée ou bien d’une structure générale de la société. Remarquons que, pour Marx, la racaille se trouve aussi bien à Rome dans l’antiquité qu’au XIXème siècle en France, formant une sorte de « racaillocratie » souterraine de la société. Elle est évoquée également par La Fontaine dans Le combat des rats et des belettes , en plein XVIIème siècle :
« La racaille, dans des trous
Trouvant sa retraite prête,
Se sauva sans grand travail ».
(La Fontaine, Fables, livre IV, 6 ).
Notons que cette révolte de la racaille vient du fabuliste grec Ésope qui vécut au VIIème- VIème siècle avant J.C.! Nous pourrions évoquer également « la racaille du Mont Saint Martin » du poète Eustache Deschamps ( 1340 -1407 ).
Et, pourquoi pas, remonter aux Évangiles ( Mathieu, V, 22 ) où l’on trouve le mot grec insultant de « racos » qui signifie « guenille » et qui est une des significations également de l’allemand « lumpen » ( les traducteurs de L’Idéologie Allemande suggèrent « prolétariat en haillons » pour « Lumpenproletariat », d’autres « sous-prolétariat »). On fera simplement la remarque que l’habillement de la racaille peut aller du vêtement en loques ( parfois déchiré avec soin ) au sportswear à la pointe de la mode, ou même sweat à capuche, cagoule, casquette dernier cri, foulard dissimulant le visage…
Toutes ces références semblent faire pencher la balance du côté d’un phénomène structurel social universel dans le temps. Reste à en établir la théorie. C’est justement ce qu’a fait Jean Baechler, historien, sociologue et philosophe, pratiquant la méthode historique comparative et la staéologie (du grec « stasis », le fait de « se dresser contre »). Il distingue trois grandes catégories sociales : l’élite, le peuple et la canaille. Il utilise le mot « canaille » qui vient du latin « canis », « chien », et qui désigne la couche la plus basse de la société, la populace, le bas peuple, une « troupe de chiens ». Mais nous préférons « racaille » à « canaille » car ce dernier terme est employé, de nos jours, pour gronder affectueusement un petit enfant polisson ou un adulte un peu fripon ( « vieille canaille » ). Voici ce qu’écrit Jean Baechler : « Toute hiérarchie sociale se définit en fonction du rapport au pouvoir, aux richesses et au prestige [ les trois biens rares par essence, puisque si tout le monde peut commander à tout le monde, il n’y a plus de pouvoir. Si tout le monde a la même chose, l’idée même de richesse s’évanouit, mais les êtres humains aiment se distinguer les uns des autres. Et si tout le monde peut courir le cent mètres comme tout le monde, par exemple, il n’y plus de prestige ( ici sportif ) ]. Un système social quelconque se fonde donc toujours sur la distinction et l’opposition entre ceux qui accaparent une proportion plus grande de ces biens rares et ceux qui se partagent le reste. Convenons d’appeler élite la première catégorie et peuple la deuxième. L’expérience historique la plus constante impose d’introduire une troisième catégorie, qui regroupe tous ceux qui sont, à quelques égards, exclus du système et dont la proportion varie selon les sociétés et les époques. Nous proposons de nommer cette catégorie la canaille. […] La canaille est composée de tous les exclus du système social, non pas exclus absolument, mais rejetés à la périphérie. Ce sont les clochards, les chômeurs permanents, les bas-fonds, les esclaves…[…] Le système social ainsi défini se retrouve dans toutes les sociétés issues de la mutation néolithique. […] Cela veut dire que, quelles que soient les perturbations introduites par le devenir des sociétés, ce système se retrouve ». Et il ajoute : « La révolution est toujours le fait de l’élite ; c’est en son sein que se fait la décision et c’est d’elle que sort le nouvel ordre. Selon le déroulement, elle est seule à intervenir ou bien le peuple, puis la canaille apparaissent sur la scène ». « Cette catégorie est en permanence hors la loi ou à la lisière de la légalité. De ce fait, ils n’occupent aucune place stratégique dans le système social. Par conséquent à supposer que, par extraordinaire, ils aient des visées politiques consistantes, leurs tentatives sont toujours vouées à l’échec » ( Jean Baechler, Les Phénomènes Révolutionnaires, éditions P.U.F.).
Nous en arrivons à la conclusion sur le bonheur de la racaille. Il ne peut être qu’éphémère, c’est donc un bonheur « eutukhia » [ de courte durée ] selon la typologie d’Aristote. Cependant ces exclus involontaires ou volontaires du système sont une constante à travers l’histoire des sociétés comme nous l’avons vu. Et, par conséquent les « nettoyer », même avec un appareil à haute pression, est une tâche impossible ; on ne peut décaper ce qui est pérenne [ je fais ici allusion à la demande d’une dame du haut de son balcon de banlieue, adressée au premier responsable de l’État ].
Key Word : bonheur de la délinquance, de la racaille, de la canaille, les trois biens rares, pouvoir, richesses, prestige.
Key Names : Aristote, Marx, Jean Baechler, Lucrèce, La Fontaine, Ésope, Eustache Deschamps, Juvénal.
Key Works : Patrice Tardieu, Transgression des normes sexuelles, morales, sociales et religieuses, Philo blog, 8 octobre 2011 ; Lacan, le crime sadique des sœurs Papin, Philo blog 18 octobre 2011 ; Casanova, le peuple et la démocratie, Philo blog 8 novembre 2011 ; L’inhumanité dans l’humain, la banalité du mal, portrait du bourreau, les Khmers rouges, Philo blog 11 novembre 2011 ; La séduction du bourreau, cruauté sadique au Rwanda, Philo blog 12 novembre 2011 ; Lucrèce et Sade, noirceur lucrétienne et apathie sadienne, Philo blog 29 novembre 2011 ; La politique ou l’art d’entretenir les troupeaux, Platon, Philo blog 4 décembre 2011 ; Baudelaire, l’insatisfaction du spleen, des esclaves chargés d’approfondir sa douleur, Philo blog 13 décembre 2011 ; La dialectique du maître et de l’esclave n’existe pas, la Phénoménologie de l’Esprit, Hegel, Proust et les vestiges du jour, Philo blog 1 mars 2012 ; Sade sur la philosophie, la vérité comme dévoilement et non-consolation, Philo blog 5 septembre 2012 ; Crimes hébétés de l’insurrection populaire, le machiavélisme, Sade, Philo blog 14 septembre 2012 ; Plongeon dans la passion, dans la mort, Phèdre, Racine, Aristote, Sénèque, sarcophage de Paestum, Philo blog 7 septembre 2012 ; Aristote, Lacan, Platon, Sade, art, recherche, action, délibération réfléchie, Philo blog 18 novembre 2012 ; L’être qui vit dans la passion ne peut raisonner, il n’a ni vice ni vertu, Aristote monté et bridé, Philo blog 21 décembre 2014 ; Karl Marx et la question juive après l’attentat de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, Philo blog 19 janvier 2015 ; Aragon, Chantre des Organes de répression, Soljénitsyne poète et écrivain, Philo blog 19 février 2015 ; Peut-on associer violence et sacré, religion et sagesse, ferveur et exaltation, dogme et fanatisme ? Philo blog 15 mars 2015 ; Cœur supplicié, volé, Rimbaud pendant la Commune de Paris, aventures abracadabrantesques, Philo blog 2 mai 2015 ; Joie, jouissance de l’âme, se donner au désir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote, Philo blog 23 mai 2015 ; Jouissance du projet pour soi, agitation vaine du meneur de peuples, Sartre, Freud, Adler, Marx, Philo blog 21 août 2015 ; Attentats suicides, prise d’otages, bombes humaines, pirates de l’air, imagination perverse, Philo blog 24 avril 2016.
Aristote, Physique, Éthique à Nicomaque, Métaphysique. Marx, L’Idéologie allemande, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, La question juive. Jean Baechler, Politique de Trotsky, Les Phénomènes révolutionnaires, Les origines du capitalisme, Les suicides, Qu’est-ce que l’idéologie ? , Le pouvoir pur.











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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 19:27

Attentats suicides, prise d’otages, bombes humaines, pirates de l’air, imagination perverse.
Les événements du 7 janvier 2015 ( tuerie des caricaturistes de Charlie Hebdo ), du 13 novembre 2015 ( assassinat des spectateurs du Bataclan et de consommateurs aux terrasses de café ), du 22 mars 2016 ( explosions à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles ) ont horrifié les français et une partie du monde. Pourtant ces attentats politico-religieux ne sont pas nouveaux. Le 25 juillet 1995, dans le métro à Paris, explosait une bouteille de gaz avec des clous ; le 7 février 1984 sont assassinées, sur les Champs-Élysées, deux personnalités opposées au régime iranien. En octobre 2001, cinq universitaires mathématiciens sont arrêtés pour leur projet contre le stade de France pendant le match de football France/ Algérie. La Belgique, depuis les années 1990, sert de plaque tournante et de base arrière ; le « groupe des Bruxellois », constitué de jeunes délinquants idéologisés, est arrêté en février 2003. Au Maroc, à Casablanca, les 15 et 16 mai 2003 se produisent cinq attentats-suicides faisant quarante quatre morts et une centaine de blessés dans des restaurants, perpétrés par des jeunes gens sexuellement frustrés ( ils devaient se contenter de sodomiser des petits garçons déguisés en filles ) rêvant du paradis promis où ils obtiendraient des femmes à la peau blanche ; venus, en face de la voie rapide, du bidonville. En Russie, ce sont les tchétchènes qui frappent. Le 24 août 2004, des femmes avec une ceinture d’explosifs, passent sans problème les détecteurs de l’aéroport et se font exploser en plein vol avec les passagers et l’équipage. D’autres femmes voilées, ceinturées de pains de plastique explosif, prennent en otage sept cent cinquante spectateurs du théâtre de la Doubrovska, le 23 octobre 2002, avec un commando armé qui fait mourir cent vingt neuf personnes par inhalation d’un gaz toxique ! Mais déjà le 14 juin 1995, il y avait eu la prise d’otages de l’hôpital de Boudennovsk, soit mille cinq cent personnes, le personnel médical et les malades ! Et le cauchemar recommence le premier et deuxième septembre 2004, avec cette fois une école primaire à Beslan, la majorité des enfants n’ont pas quatorze ans ! En Espagne, le 11 mars 2004, sont commis dix attentats simultanés qui visent quatre trains de voyageurs à Madrid, mais ce n’est pas le fait des séparatistes basques ! Bilan, deux cents morts et mille cinq cent blessés. En Grande Bretagne, qui est d’une indulgence insigne envers les prédicateurs, le 7 juillet 2005, à l’heure de pointe, trois « bombes humaines » se font exploser dans trois rames de métro de Londres et, une heure plus tard, cela recommence dans un bus à deux étages. Aux Pays-Bas, Théo van Gogh est assassiné, le 2 novembre 2004, pour avoir diffusé un court-métrage à la télévision, protestant contre la condition des femmes soumises aux prescriptions du Coran, en particulier la Sourate quatre, « An-Nisa‘ » ( « Les Femmes » ). Un des lieux remarquables de l’amusement international ( plage, piscines, restaurants, boîtes de nuit ) est sans doute Bali, petite île qui fait partie de l’Indonésie, dite « l’île aux seins nus » ( en réalité, on ne voyait que ceux de rares et très vieilles balinaises, si on les apercevait, car c’était plutôt les femmes venues d’Europe ou d’Australie qui osaient les montrer ). C’est dans ce lieu « paradisiaque » que se produisit le 12 octobre 2002 une explosion contre une discothèque de Kuta Beach qui creusa un cratère d’un mètre cinquante de profondeur, soufflant les vitres dans un rayon de plus de deux kilomètres, tuant deux cent deux personnes et en blessant trois cent vingt six. Cette agression est ce qu’on appelle un « attentat à double détente » : une bombe produit un mouvement de panique qui dirige la foule vers le lieu d’une autre, retardée de quelques secondes et couplée à des bonbonnes de gaz ; avec, en plus, une camionnette « en panne » qui bloque la rue ( la « Jalan Legian » bien connue des touristes), ce qui demande beaucoup de repérage, de planification, de technologie et d’expertise informatique. Rappelons enfin que quinze des dix-neuf pirates de l’air du 11 septembre 2001 étaient saoudiens, de famille très aisée, entrés en Amérique avec des visas en règle ; il n’y avait qu’un seul franco-marocain à s’être fait arrêté un mois avant, son visa étant périmé ( sic !), et qui s’entraînait sur des simulateurs de vol de Boeing 747, ne voulant apprendre qu’à décoller, couper la pressurisation des passagers et arrêter ce qui permet de géolocaliser l’appareil ! Parmi tous ceux qui ont conçu, financé, préparé et agi dans cette opération, il est le seul à avoir été inculpé dans un procès et condamné à la prison. L’embrasement puis l’écroulement des deux tours jumelles du World Trade Center de New York et autres dommages, ont fait deux mille neuf cent quatre vingt morts par la volonté humaine destructrice ( passagers des quatre avions détournés ; employés, visiteurs ; pompiers, policiers ; civils, militaires ), sans compter tous ceux qui ont inhalé le millier de tonnes d’amiante ( qui enveloppait les tuyaux des bâtiments ).
Quelle conclusion tirer de tout cela ? Chercher à endiguer une force passionnelle politico-religieuse, c’est l’exacerber ; la laisser se développer, c’est l’encourager et créer des vocations et des complicités.
Key Word : politique, religion, passion, volonté, imagination, destruction.
Key Names : Charlie Hebdo, Bataclan, Bruxelles, Belgique, France, les Champs-Élysées, stade de France, Maroc, Casablanca, Russie, théâtre Doubrovska, hôpital de Boudennovsk, école primaire de Beslan, Espagne, Madrid, Grande Bretagne, Londres, Pays-Bas, Indonésie, Bali, Kuta Beach, Jalan Legian, Amérique, World Trade Center.
Key Works : Patrice Tardieu, Religion positiviste, socratique, chrétienne, islamique, juive, bouddhiste, klossowskienne, Philo blog 26 août 2007 ; Obscénité et violence à l’origine du monde, Philo blog du 12 février 2008 au 4 avril 2008 ; La guérison du démoniaque, Bourdon, Philo blog du 30 septembre 2008 au 10 octobre 2008 ; La jouissance inhumaine, Sade, Lacan, Hegel, Philo blog 12 et 13 janvier 2009 ; Candaulisme, Nyssia callicysthe, Philo blog du 16 janvier 2009 au 7 mars 2009 [ histoire de Gygès le lydien ] ; Fantasme, mythe, exil, Philo blog du 13 mars 2009 au 23 mars 2009 ; Guerre et sexe, Philo blog 22 février 2011 ; War and Sex, contrivance and might, trickery and deception, Philo blog 9 march 2011 ; Judaïsme, Islam, christianisme, hégélianisme face à Jésus et Marie, Philo blog 2 juin 2012 ; Lumière éclatante sur les rapports sexuels, mariage, le « champ » de la femme, Mauss, Malinowski, Philo blog 16 avril 2013 ; Scènes lascives avec les tout petits pieds des chinoises, supérieures aux aphrodisiaques, Philo blog 23 novembre 2014 ; Luxure de l’attouchement et pudeur du pied érotique, Dieu et son Ashérah, Philo blog 30 novembre 2014 ; Karl Marx et la question juive après l’attentat de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, Philo blog 19 janvier 2015 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, Philo blog 29 janvier 2015 ; Peut-on associer violence et sacré, religion et sagesse, ferveur et exaltation, dogme et fanatisme ? Philo blog 15 mars 2015 ; L’amour, l’ennui, le cœur et la raison, les passions, Dieu, Pascal, Heidegger, le chevalier de Méré, Philo blog 5 avril 2015 ; Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis, Philo blog 9 mai 2015 ; Monades toutes nues, Louis XIV et l’Empire ottoman, Informatique, Leibniz, N.Wiener , Philo blog 21 juin 2015 ; Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre, Verdi, Gluck, Philo blog 29 décembre 2015.

Platon, La République, II, 359 b - 360 d [ histoire de Gygès le lydien, problème du juste et de l’injuste : si on est « invisible », alors on peut tout commettre impunément ! ] ; Descartes, Les passions de l’âme [ ce qui « remue » l’âme ] ; Hegel, Phénoménologie de l’esprit [ la dialectique des civilisations ; la terreur et « la furie de la destruction » ].







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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 18:00

Orgasme le plus intense, but sexuel secret atteint, tribadisme, flirt, baisers, trouble, Sapho, Sartre.
Stekel explique les conditions de l’orgasme le plus fort : il se produit que si la visée sexuelle secrète de l’individu est rejointe. Il donne l’exemple d’une femme qui recherche « inconsciemment » un homme féminin [ il reprend ici la théorie de Weininger sur la bisexualité originaire de l’être humain, et j’ajouterais la théorie de Jacob Böhme sur celle d’Adam dont une partie de lui-même va devenir Ève ]. Ce qui donnerait la clef de « l’anesthesia sexualis feminarum » [ « frigidité sexuelle de certaines femmes » ]. Cependant il se fait à lui-même cette objection : il introduit de nouveau la notion freudienne « d’inconscient » qui ferait que certaines femmes se prennent pour des hommes désirant un être féminin, allant jusqu’au tribadisme [ du verbe grec « tribô », « frotter » sa vulve contre celle de sa partenaire, comme le font les « lesbiennes », mot en hommage à la poétesse Sapho ( 610 avant J.C. ) de l’île de Lesbos, dont nous avons quelques fragments comme ceux-ci, s’adressant à des jeunes filles : « Moi à ta vue, je reste sans voix, ma langue se brise, la fièvre me brûle, mes yeux se brouillent, mes oreilles bourdonnent, je frissonne, je crois mourir » ; « je reste éveillée toute la nuit », « l’amour à nouveau me trouble et me paralyse », « tu es venue, et moi je te désirais. Tu as enflammé mon cœur qui se brûle de désir » ].
Cette hésitation de Stekel a eu une influence certaine sur l’ouvrage magistral de Sartre, L’Être et le Néant, puisqu’il va substituer à la notion « d’inconscient », celle de « mauvaise foi » avec une référence explicite à l’ouvrage de Stekel ( mais prenant un autre exemple que celui du saphisme qui se trouve dans sa pièce de théâtre, Huis Clos où il y a la formule « l’enfer c’est les autres » ). Sartre décrit une femme qui se rend à un premier rendez-vous. Elle connaît les intentions de l’homme et il faudra bien qu’elle décide de ce qu’elle accordera ou non. Celui-ci, pour l’instant, est respectueux, et, elle n’envisage que le moment présent, l’arrière-fond sexuel est mis entre parenthèses. Pourtant elle est sensible au désir qu’elle inspire et ne voudrait pas d’un pur respect. Il faut que les paroles de l’homme s’adressent à sa personne toute entière, même si le désir de son corps n’est pas absent. Mais, tout à coup, il lui prend la main. Si elle lui abandonne, elle s’engage au flirt, à ce jeu de séduction qui peut aller jusqu’à un échange de baisers, de caresse ; si elle la retire, elle brise le charme de ce moment initial, et c’est peut-être gâcher cet instant précieux. Un certain trouble délicieux émane de cette situation et il s’agit de retarder le plus possible toute décision. Sartre analyse finement la suite : elle délaisse progressivement cette partie de son corps « comme si » [ c’est ce que Sartre qualifie « d’analogon » dans son livre de psychologie phénoménologique L’imaginaire ] elle ne s’en apercevait pas [ le problème de l’imaginaire est que l’être humain semble échapper à son « être-au-monde » comme le dirait Heidegger ], un peu comme dans un rêve que Sartre définit comme « un être-dans-le-monde-irréel » [ p. 222, L’Imaginaire ], et continue la conversation comme si elle était un pur esprit, sans consentement ni résistance. Sartre introduit alors son concept de « mauvaise foi » qui n’a rien de péjoratif ici, mais qui se substitue à celui, psychanalytique, « d’inconscient ». Son attitude « transcende » les circonstances matérielles comme spirituelles ou, pour s’exprimer en termes sartriens, « l’en-soi » comme le « pour-soi ». Sa main, dans celle de son ami, reste comme un objet inerte pendant qu’elle jouit de son désir, son propre corps devenant un objet « passif » en apparence. Il y a donc ( toujours dans le vocabulaire sartrien ) à la fois « facticité » ( les deux corps des protagonistes ) et « transcendance » ( dépassement de leur être-objet ), glissant de l’un à l’autre sans cesse. Conclusion de Sartre : « il s’agit de constituer « la réalité humaine » [ Sartre reprend ici la traduction par Henry Corbin, du mot « Dasein » de Heidegger ] comme un être qui est ce qu’il n’est pas et qui n’est pas ce qu’il est ».
Key Word : sexologie, psychologie phénoménologique, psychanalyse, l’inconscient, la mauvaise foi, la séduction, le moment initial, trouble délicieux, jouissance du désir, facticité, transcendance, la réalité humaine, le Dasein.
Key Names : Stekel, Weininger, Jacob Böhme, Freud, Sapho, Sartre, Henry Corbin, Heidegger.
Key Works : Patrice Tardieu, Caresse, de l’effleurement sensuel à l’efflorescence de l’idée, Philo blog 23 janvier 2007 ; Seins, l’idole et l’icône, Philo blog 26 août 2007 ; Heidegger, le point de départ, Philo blog 5 juin 2011 ; L’être-au-monde, extase, temporalité, Heidegger, 7 juin 2011 ; Désirer est-ce aimer ? Philo blog 28 octobre 2011 ; Le toucher, la caresse, Sartre, Lévinas, Merleau-Ponty, Philo blog 30 octobre 2011 ; Casanova a-t-il aimé les femmes ? Philo blog 6 novembre 2011 ; Casanova, désir mimétique, médiation double, René Girard, Philo blog 14 novembre 2011 ; Le séducteur romantique, tourmenté, intellectuel, Kierkegaard, répétition ou reprise ? Philo blog 20 novembre 2011 ; Proust secrètement platonicien, commencement de l’amour, Philo blog 26 décembre 2011 ; C’est le sujet qui construit l’objet d’amour, même s’il y a eu rapport charnel, Philo blog 7 janvier 2012 ; Amours indivisées, amour indivis, désir d’aimer, Proust, Philo blog 25 janvier 2012 ; Délire d’amour, frisson, fièvre et emportement de l’amant, opposition mémoire et réminiscence, anamnèse, Proust avec Platon contre Freud et Bergson, Philo blog 27 janvier 2012 ; Mains intangibles, pression de la main, rire indécent, Proust et Condillac, Philo blog 1 février 2012 ; Romanesque, charme du premier moment, engrenage de l’amour, désir mimétique, René Girard, Philo blog 6 février 2012 ; Amour entité extérieure et réalisable, déplacer lentement du bonheur, désir du baiser, extra-temporellité, Proust et Heidegger, Philo blog 8 février 2012 ; Étreinte refusée, le non-être-à-la-mort, aimer à la folie, conduite licencieuse, vertu, Proust et Heidegger, Philo blog 9 février 2012 ; Non-dit, dit, désir, le baiser refusé ou accepté, Proust et Sartre, la transcendance transcendée, Philo blog 13 avril 2012 ; Baisers, prononciation charnelle, possession, fantasme, amour et hasard, Proust, Marivaux, Eric Rohmer, Philo blog 14 avril 2012 ; Trouble, gêne, honte, regard, yeux, pour-soi, en-soi, Sartre, Hegel, Lévinas, Proust, Philo blog 16 avril 2012 ; Objet, sujet, voyeur, face à face, présence, étant là devant, Dasein, Sartre, Heidegger, Proust, Philo blog 17 avril 2012 ; Baisers de la première venue, baisers auxquels on a rêvé, désir charnel, anamnèse, Proust, Platon, Philo blog 18 avril 2012 ; Prélude à un baiser, connaissance par les lèvres, anamnèse, Proust, Platon, Duke Ellington, Philo blog 26 avril 2016 ; Y-a-t-il connaissance par les lèvres, organe spécifique au baiser ? Proust, Condillac, Ionesco, Philo blog 28 avril 2012 ; Connaissance par la bouche, baiser, lèvres, photographie, perspectivisme, Proust, Nietzsche, Condillac, Philo blog 3 mai 2012 ; Impossibilité du baiser, goûter l’autre, les multiples visages, la monade, Leibniz, Proust, Shakti, Philo blog 5 mai 2012 ; Sade, Saint-John Perse, sexe féminin, bisexualité originaire, Philo blog 31 août 2012 ; Compulsion de l’amour, transfert, contre-transfert, abaissement de l’analyste à un amant, Freud, Philo blog 20 novembre 2012 ; Pâmoison, extrême jouissance, extase inexplicable, enlèvement, défaillance, Duchenne, Descartes, Philo blog 22 novembre 2012 ; Primauté ontologique de la question de l’Être, monstration de l’apparaître, Heidegger, Philo blog 18 août 2013 ; Éros et l’altérité comme essence positive, rencontre du masculin et du féminin, Emmanuel Lévinas, Philo blog 12 décembre 2013 ; Mystère féminin, se donner tout en se dérobant, sa puissance est son altérité, Caravage, Rembrandt, 18 décembre 2013 ; Secret de la caresse et intentionnalité de la volupté vis-à-vis de l’amour insaisissable, Husserl, Philo blog 28 décembre 2013 ; Introduire le non amour dans l’amour et en faire un concept philosophique, Emmanuel Kant, Philo blog 20 février 2014 ; Féminité cachée de l’homme viril, ligne de fuite des apparences, jouer ce que l’on est, Sartre, Philo blog 22 mai 2014 ; Occasion qui actualise une tendance déjà là, force attractive, causes occasionnelles, Malebranche, Philo blog 25 juillet 2014 ; Le gigolo, la tribade, la lesbienne et l’inverti à visage humain, tourner le pieu dans l’œil, Philo blog 29 juillet 2014 ; Saphisme de Sapho, lesbienne qui se conduisait comme l’amant envers son aimé dans l’antiquité, Philo blog 9 août 2014 ; Féminisation générale de la société, époque des femmes masculines, des hommes féminins, Philo blog 14 août 2014 ; Monde concret de la réalité humaine, d’être là et d’avoir son point de vue, existence, néant, Philo blog 10 juillet 2015 ; Femme passionnée, ardente, orgasme supérieur à celui de l’homme, androgynie, Böhme, Polyclès, Philo blog 23 février 2016.
Stekel, La femme frigide. Otto Weininger, Sexe et Caractère. Jacob Böhme, Mysterium Magnum. Freud, Das Unbewusste [ L’Inconscient ] ( article de 1915 ). Sapho, Fragments. Sartre, L’Être et le Néant, première partie, chapitre II, la mauvaise foi ; troisième partie, chapitre III, les relations concrètes avec autrui : amour, masochisme, indifférence, désir, haine, sadisme ; Huis-Clos ( pièce de Théâtre ) ; L’Imaginaire ( psychologie phénoménologique ). Heidegger, Être et Temps ; Qu’est-ce que la métaphysique ? [ et extraits d’autres œuvres ] traduction de Henry Corbin.
Un baiser, s’il vous plaît, film ( 2007 ) d’Emmanuel Mouret avec Virginie Ledoyen et Julie Gayet ; Caprice [ ou « ce fâcheux besoin d’être aimée » ], film ( 2015 ) du même réalisateur.
Patrice Tardieu.









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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 22:22

Femme passionnée, ardente, orgasme supérieur à celui de l’homme, androgynie, Böhme, Polyclès.
Wilhem Stekel va expliquer « la psychologie de la femme [ soi-disant ] frigide » en l’opposant à « la femme passionnée » définie dès l’antiquité comme ayant un orgasme supérieur à celui de l’homme, et passée dans la religion gréco-latine puisque le roi des dieux, Zeus, d’humeur badine, soutint à Junon, son épouse : « la volupté que vous éprouvez est plus grande que celle que ressent l’homme ». Pour trancher la question, ils font appel à Tirésias qui avait été transformé d’être masculin en être féminin, puis qui reprit son sexe premier. Il affirma que Zeus avait raison, le plaisir est plus intense chez la femme ( je donne la référence : Ovide, Les Métamorphoses, III, 323 ).
Stekel aborde ensuite le problème statistique, mais, on ne peut en établir aucune car « en ce qui concerne les choses sexuelles, toutes les femmes sont menteuses et dissimulent leur libido » ! En effet « de nombreuses femmes qui se sont présentées comme froides et insensibles, finissent par avouer leur nature passionnée et ardente ». Cependant, certaines femmes « déclarent brûler de désir, être avides de l’orgasme sans qu’il soit possible d’y parvenir ». D’autres encore, à la moindre caresse de la région pubienne disent craindre la douleur, mais justement c’est la peur de la douleur qui la provoque. Parfois l’écartement des cuisses produit le réflexe endolori des muscles constricteurs du vagin.
Tout à coup Stekel propose une typologie tripartite : il y aurait la femme absolument frigide, la femme relativement frigide, et enfin, paradoxe, la femme passionnée et frigide. Puis revirement : la femme n’existe pas ( il y a un nombre infini de nuances de femme, donc pas de typologie ). Cette affirmation se retrouvera dans les Écrits et les Séminaires de Jacques Lacan mais certainement pas au sens de cette lapalissade numérique ( il y a des femmes ). Je m’explique : selon moi, Lacan reste profondément freudien sur ce point ; pour lui, « la femme n’existe pas » parce qu’il n’y a qu’une seule sexualité, la phallique. Tout, y compris la sexualité de la femme, est lié au « Phallus » ou plutôt ici à l’absence de Phallus ( écrit ainsi car il est « symbolique » au sens ordinaire de ce terme, [mais le « symbolique » au sens lacanien est « le langage »] ). Fille comme garçon se définissent par rapport au phallique ( avoir ou n’avoir pas de pénis, de verge ), à la présence ou au manque de l’organe mâle de copulation. D’où le thème freudien et lacanien de la castration et de l’envie du pénis dans la sexualité de la femme ; sans parler de la « bouche pleine de dents » du vagin, « vagina dentata », le « vagin denté », terreur de la sexualité masculine ( peur de l’émasculation ) !
En fait, Stekel cite Weininger [ « ce jeune philosophe si hautement doué » écrit Freud dans une note de ses Cinq Psychanalyses ] qui insiste sur la bisexualité originaire de tout être humain. [ Le clitoris n’étant qu’un pénis resté embryonnaire, sous son capuchon de moine, en toute modestie ( dirais-je ), à moins qu’il n’ait été excisé comme chez beaucoup de femmes africaines, ce qui est un crime organisé contre le plaisir de la femme, quelle que soit la coutume ou la tradition invoquée, puisque c’est la première et principale source de jouissance féminine, comme l’a montré l’enquête de Shere Hite interrogeant trois mille êtres humains de sexe féminin de quatorze à soixante-dix-huit ans.
Cette bisexualité originaire peut exceptionnellement produire un hermaphrodisme physique et psychique. Je rappellerais le mythe de l’androgyne dans Le Banquet de Platon, 189d - 193d, où chacun recherche sa « moitié » perdue. Mais, peut-être faudrait-il noter avec Jacob Böhme qu’Adam représente l’intégrité initiale de l’être humain, c’est-à-dire androgyne, à la fois homme et femme comme chez Platon. Ce n’est qu’ensuite que va être isolée Ève, la féminité. L’être sexué est alors l’être déchiré en homme et en femme. Pour Böhme, Jésus est un nouvel Adam, sans être à proprement parlé un hermaphrodite.
Dans la nature, l’hermaphrodisme existe, il est simultané chez l’escargot à la fois mâle et femelle et alterné chez l’huître, tour à tour mâle et femelle ; sans parler des fleurs avec étamine ( organe mâle ) et pistil ( organe femelle ).
Dans la religion antique grecque, Hermaphrodite est le fils d’Hermès, le messager des dieux, et d’Aphrodite, déesse de la beauté et de l’amour. Voici comment il finit par réunir les deux sexes : se rendant en Asie Mineur et arrivé près de Halicarnasse, il s’arrêta pour se baigner dans une fontaine ; il était d’une incomparable beauté et la nymphe Samacis s’éprit de lui, l’enlaça totalement et demanda aux dieux de l’unir avec elle en un seul corps, ce qui lui fut accordé. Polyclès d’Athènes en fit une sculpture et l’Hermaphrodite du Louvre est une réplique de cette œuvre . La beauté est reliée à l’art que d’aucuns veulent détruire.
Key Word : sexologie, volupté plus grande de la femme que celle de l’homme, bisexualité originaire, hermaphrodisme physique et psychique, l’androgyne, l’art antique en danger.
Key Names : Stekel, Ovide, Lacan, Freud, Weininger, Shere Hite, Platon, Jacob Böhm, Alain Besançon, Polyclès d’Athènes.
Key Works : Patrice Tardieu, De l’homme ou de la femme qui a le plus de volupté dans les plaisirs sexuels ? , Philo blog 16 octobre 2011 ; Identité dans la différence de la religion polythéiste et monothéiste, Noé biblique, mythologique, Philo blog 9 mai 2012 ; Festin de l’amour, fusion mystique, jouissance de la substance, Hegel, Arnauld et Nicole, Couperin, Philo blog 15 mai 2012 ; Candaulisme, Nyssia callicysthe, Saint-John Perse, James Pradier, Lucien Clergue, Philo blog 24 juillet 2012 [ « callicysthe » signifie « belle en sexe » ] ; Adam androgyne, pas hermaphrodite, nécessité de la Vierge pour la conception de Jésus, Jacob Böhm, Philo blog 6 avril 2013 ; Particularité anatomique intime de certaines femmes qui les assimilent à des hommes, Sade, Philo blog 19 septembre 2013 ; Érotisme des corps, êtres qui se mêlent et s’ouvrent, érotisme des cœurs , des amants, Philo blog 29 octobre 2013 ; Trouble érotique qui dépasse tout, jouissance, passion amoureuse, fusion avec le divin, Philo blog 10 novembre 2013 ; Psyché s’interroge sur son amant nocturne, ce mari qui lui fait l’amour et s’endort, Philo blog 24 novembre 2013 ; Ne faire qu’un avec l’être aimé, avec l’Un, retour à l’unité perdue, se perdre dans l’Un, Plotin, Philo blog 2 décembre 2013 ; Cunnilingus, cunnus, cuniculus, pornographie, nyctalopie, débauche, Parrhasios, Tibère, Philo blog 8 décembre 2013 ; Volupté, mystère féminin dont la profanation n’abolit pas le mystère, Dante, Goethe, Lévinas, Philo blog 16 décembre 2013 ; Caresser n’est pas toucher, la volupté n’est pas un plaisir comme les autres, place du féminin, Philo blog 26 décembre 2013 ; L’Éros, saisir, posséder, connaître l’autre, fusionner, l’événement transcendant, Lévinas, Philo blog 1 janvier 2014 ; La caresse dont l’amante garde mémoire, altérité de l’autre féminin et du divin, Luce Irigaray, Philo blog 7 janvier 2014 ; La femme est elle-même l’énigme de la féminité, zones érogènes, dispositions pulsionnelles, Hite, Philo blog 9 janvier 2014 ; La soi-disant envie du pénis de la fille, le sexe masculin excroissance incongrue, gênante, risible, Philo blog 15 janvier 2014 ; Le complexe de castration explique-t-il la féminité ? Trois directions du développement du féminin, Philo blog 17 janvier 2014 ; Narcissisme féminin, vaut-il mieux être aimée ou aimer ? S’unir à l’autre, le détachement, sérénité, Philo blog 23 janvier 2014 ; L’homme et la femme jamais parfaitement en phase l’un avec l’autre, malentendu, dysrythmie, Philo blog 27 janvier 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 30 janvier 2014 ; Jouissance féminine supérieure à la jouissance masculine, passions amoureuses, Kawabata, Philo blog 6 février 2014 ; Excitation, turgescence, congestion, humidité, appareil sexuel douloureusement sensible, Philo blog 20 mars 2014 ; Secrets d’alcôve, lit conjugal, question de quantité, d’attention ou don des dieux ? Philo blog 7 avril 2014 ; D’où vient l’éclat de la beauté des femmes ? Par quoi la splendeur du sensible est-elle illuminée ? Philo blog 27 avril 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 9 juillet 2014 ; Diversité sexuelle, femmes non féminines, hommes non virils, bisexualité originaire, Philo blog 7 juillet 2014 ; Hermaphrodisme, juste milieu entre ce qui est façonné mâle et ce qui est façonné féminin ? Philo blog 11 juillet 2014 ; L’amour n’a-t-il jamais connu de loi ? Est-il un rebelle que nul ne peut apprivoiser ? Bizet, Philo blog 13 juillet 2014 ; Découvrir la somme de masculin et de féminin qui se trouve dans un couple, loi de l’attraction, Philo blog 15 juillet 2014 ; Chassés-croisés dans les âges de l’attraction sexuelle, quadrille des couples, danse, Philo blog 19 juillet 2014 ; Même loi imposée aux garçons, mêmes mœurs imposées aux filles, la négation de l’individuel, Philo blog 7 août 2014 ; Volonté de femmes d’être émancipées non extérieurement mais intérieurement, Philo blog 11 août 2014 ; Intensité du désir, l’être de la femme tout entier sexuel comme celui des hommes féminins, Philo blog 23 août 2014 ; La maîtresse et l’amant dans la liste des auteurs officiels en philosophie de l’Éducation Nationale, Philo blog 17 septembre 2014 ; Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin, Philo blog 12 octobre 2014 ; Hannah Arendt écrit à Heidegger : « à toi le si proche, dédicace cachée, offerte en t’aimant », Philo blog 22 octobre 2014 ; Le sexologue en mariage libre avec une féministe lesbienne, faire du pied sous la table, Philo blog 26 octobre 2014 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog 30 octobre 2015 ; Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre, Verdi, Gluck, Philo blog 29 décembre 2015 ; La femme soi-disant frigide, tomber amoureux, l’errance, l’inaccompli et l’individu, W. Stekel, Philo blog 29 janvier 2016.
Stekel, La femme frigide. Ovide, Les Métamorphoses, III, 323. Lacan, La signification du Phallus, Écrits ; Séminaires. Freud, La Vie sexuelle, Cinq psychanalyses. Otto Weininger, Sexe et Caractère, Le Rapport Hite de Shere Hite, Platon le Banquet, 189d- 193d . Jacob Böhm, Mysterium Magnum. Alain Besançon, L’image interdite. Polyclès d’Athènes, Hermaphrodite ( sculpture dont il y a une réplique au Louvre ).
Patrice Tardieu.









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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 11:28

La femme soi-disant frigide, tomber amoureux, l’errance, l’inaccompli et l’individu, W. Stekel.
Wilhem Stekel a écrit un livre intitulé La femme frigide ; il s’agit de guérir l’être féminin de la dyspareunie ( du grec « dus », « difficulté » ; et « pareunazein », « coucher avec », « coucher auprès de » [ cf. L’Odyssée, XXII, 37, où Ulysse, en colère, de retour, tue les prétendants qui voulaient, dit-il, « avoir des relations sexuelles » avec sa femme Pénélope ] ). Pour Stekel, qui est médecin, la dyspareunie n’a, le plus souvent, aucune base organique. Il faut chercher du côté de la psyché car cette « anesthésie », cette « froideur » n’est qu’apparente. Contredisant le titre de son ouvrage, il affirmera : « en réalité, il n’y a pas de femme frigide ».
Le parcours de Wilhem Stekel est assez étonnant, il a d’abord été l’assistant du fondateur de la sexologie, Krafft-Ebing, inventeur du mot « sadisme », et du mot « masochisme » à partir de documents du vivant même de Sacher-Masoch, auteur de La Vénus à la fourrure désormais célèbre ( mise en scène au théâtre et au cinéma récemment ), commentée par le philosophe Gilles Deleuze. Stekel a ensuite fait partie des quatre membres fondateurs de « La Société Psychologique du Mercredi » avec Freud ( devenue « La Réunion Psychanalytique Viennoise », élargie enfin en « Association Psychanalytique Internationale » ) dont il démissionna comme Adler avant lui, mais il resta attaché à la psychanalyse avant d’entrer en rupture avec la notion même d’inconscient, ce qui influença le Sartre de l’Être et le Néant qui cite La femme [ soi-disant ] frigide.
Le problème pour Stekel est : comment rendre lucides les patientes qui sont aveugles sur elles-mêmes, car le complexe n’est pas inconscient. Il est inutile de fouiller pendant des années l’enfance. La méthode de Stekel est une « psychanalyse » active basée sur l’actuel. Il donne l’exemple d’une jeune femme de vingt-trois ans qui souffre de phobies et d’obsessions, de tomber enceinte dans une baignoire mal nettoyée d’une station balnéaire, de déchirer son hymen en faisant des mouvements de gymnastique, d’être prise en levrette dans une foule. Elle demandait d’être guérie afin de se marier avec son bien-aimé. Aucun traitement, hypnose, persuasion, suggestion, psychanalyse orthodoxe n’y arrivait. On chercha du côté du beau-père qui venait le soir la chatouiller et jouer « innocemment » avec ses seins ! On lui interdit sa porte, mais cela ne changea rien. Stekel demanda à ce qu’on lui envoie cette névrosée. Il lui dit : « Mademoiselle, vous avez assez joué, il faut maintenant finir la comédie ». On voit que la méthode de Stekel est brutale mais efficace. Elle est en larmes, mais finit par avouer qu’elle avait eu des rapports avec un ténor d’Opéra, « toujours et partout un danger pour les vierges ! » souligne Stekel, et avait eu peur de tomber enceinte. Ses obsessions et phobies étaient une façon de dire à sa mère qu’il existe beaucoup de manières de perdre son hymen. Finalement le fiancé lui pardonna et ils se marièrent ! La malade avait, grâce à la névrose, annulé une réalité non acceptée et y avait substitué une seconde réalité. Stekel lui a fait subir « le choc psychanalytique » ! Sa « psychanalyse » est une sorte de combat, si bien qu’il y a résistance et que le transfert [ relation affective du patient à son psychanalyste ] n’est nullement positif comme chez Freud [ ou chez Lacan interprétant Platon et son Banquet ] mais négatif.


En tout cas, le fait de s’éprendre viendrait d’une griserie affective, d’une « ek-stase » [ « sortir de soi » ] écrirais-je. Selon Stekel, l’amoureux surestime l’objet d’amour [ souvenons-nous de l’humour de Voltaire, dans Candide, lorsque deux femmes retiennent de tuer deux singes en criant aux chasseurs : « Ce sont nos maris » !] mais on ne peut pas tout expliquer par les sécrétions des glandes sexuelles car il suffit du son d’une voix, d’un parfum, d’un geste gracieux, pour tomber immédiatement amoureux. Il y a parfois une attente inquiète d’une personne idéale, peut-être cherche-t-on soi-même à travers l’autre. Le narcissisme n’est pas loin ! D’où l’errance du navigateur norvégien dans Le Vaisseau fantôme, l’opéra de Wagner, qui doit trouver une femme qui l’aimera jusqu’à sa mort. Mais il faut combattre la haine de soi qui conduit à la dépression et toute femme qui les en sortira trouvera un esclave reconnaissant [ nous retrouvons ici Sacher-Masoch ! ]. Heureux les animaux dont la vie sexuelle est directement fonction des « saisons » amoureuses ; le cerveau compliqué de l’être humain forge un « Moi-idéal » [ Stekel prétend ici avoir créé ce concept plagié par Freud dans ses Essais de Psychanalyse ]. La haine produit le désir de puissance, de domination ; l’amour celui d’obéir et de se soumettre à cet « Ich-Ideal » ( « Idéal du Moi » qui idéalise l’image d’autrui, à ne pas confondre avec la sublimation de notre propre Moi, « Ideal Ich » ), d’où le Malaise dans la civilisation dont parlera Freud également (conflit entre notre moi, ses désirs et la société ), l’adoration du meneur de foule dictateur totalitaire ( je donnerais comme exemple Lénine, Hitler, Staline, Mao ), décrite à l’avance par Gustave Le Bon.


Key Word : froideur apparente, sexologie, sadisme, masochisme, psychanalyse, l’inconscient, phobie, obsession, réalité non acceptée et réalité seconde, choc psychanalytique, résistance, transfert positif ou négatif, l’objet d’amour, passion qui emporte, domination de l’autre, griserie affective, extase, le dictateur totalitaire.
Key Names : Stekel, Freud, Lacan, Platon, Voltaire, Wagner, Homère, Krafft-Ebing, Sacher-Masoch, Gilles Deleuze, Adler, Sartre, Gustave Le Bon, Hannah Arendt.
Key Works : Patrice Tardieu, Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre, Verdi, Gluck, Philo blog 29 décembre 2015 ; Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog 30 octobre 2015 ; Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch, Philo blog 4 octobre 2015 ; Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le Yin, le Yang, Théodore Reik, Philo blog 16 septembre 2015 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2015 ; Le sexologue en mariage libre avec une féministe lesbienne, faire du pied sous la table, Philo blog 26 octobre 2015 ; Hannah Arendt écrit à Heidegger : « à toi le si proche, dédicace cachée, offerte, en t’aimant », Philo blog 22 octobre 2014 ; Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin, Philo blog 12 octobre 2014 ; Héraclite, le premier de tous les dieux : l’Amour, le côté masculin, le côté féminin, Philo blog 31 juillet 2014 ; Justification du mariage d’amour contre le mariage arrangé, attraction positive ou négative, Philo blog 23 juillet 2014 ; Chassés-croisés dans les âges de l’attraction sexuelle, quadrille des couples, danse, Philo blog 19 juillet 2014 ; Découvrir la somme de masculin et de féminin qui se trouve dans un couple, loi de l’attraction, Philo blog 15 juillet 2014 ; L’amour n’a-t-il jamais connu de loi ? Est-il un rebelle que nul ne peut apprivoiser ? Bizet, Philo blog 13 juillet 2014 ; Tout chez la femme attire l’homme et tout ce qui est masculin produit un effet érogène pour elle, Philo blog 9 juillet 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 3 juin 2014 ; Question du déchaînement de la pleine jouissance sexuelle, mais avec qui ? Théorie de Freud, Proust, Philo blog 14 mai 2014 ; Union tendre et sensuelle de l’homme et de la femme mais rebuffades, amours enfantines, Philo blog 3 mai 2014 ; Courant tendre, étayage des composantes de l’érotisme, choix d’objet premier, Freud, Philo blog 1 mai 2014 ; Blocage de l’action amoureuse, ne pouvoir faire l’amour tout en ayant envie, service refusé, Philo blog 29 avril 2014 [ il s’agit ici de l’homme impuissant ] ; Se pardonner à soi-même ses propres turpitudes venant de l’inconscient, C. G. Jung, Philo blog 11 avril 2014 ; Secrets d’alcôve, lit conjugal, question de quantité, d’attention ou don des dieux ? Philo blog 7 avril 2014 ; La femme autarcique qui ne veut pas aimer, l’enfant, le chat, le criminel, le désaccord, Philo blog 30 mars 2014 ; Vie amoureuse de l’homme et de la femme, choix d’objet d’amour par étayage ou narcissique, Philo blog 26 mars 2014 ; Libido arrimée à des choses réelles ou imaginaires, fantasmes, excitations, décharge, Freud, Philo blog 24 mars 2014 ; Zones érogènes, érogénéité de toute partie du corps humain, sensibilité érotique, placement libidinal, Philo blog 22 mars 2014 ; Excitation, turgescence, congestion, humidité, appareil sexuel humain douloureusement sensible, Philo blog 20 mars 2014 ; Introduire le non amour dans l’amour et en faire un concept philosophique, Emmanuel Kant, Philo blog, 20 février 2014 ; Attirance secrète, se retrouver à travers l’autre, similitude narcissique, l’autre comme soi-même, Philo blog 18 février 2014 ; Jouissance féminine supérieure à la jouissance masculine, passions amoureuses, Kawabata, Philo blog 6 février 2014 ; Beauté du sexe féminin chantée par Saint-John Perse, attachement amoureux de la femme, Philo blog 30 janvier 2014 ; l’homme et la femme jamais parfaitement en phase l’un avec l’autre, malentendu, dysrythmie, Philo blog 27 janvier 2014 ; La soi-disant envie du pénis de la fille, le sexe masculin excroissance incongrue, gênante, risible, Philo blog 15 janvier 2014.
Wilhem Stekel, La femme frigide. Freud, La technique psychanalytique, chap. XI sur l’amour de transfert, Essais de psychanalyse, II,11; III, 3, l’idéal du moi, Malaise dans la civilisation. Lacan, Séminaire VIII, le transfert. Platon, Le Banquet. Voltaire, Candide. Wagner, Le Vaisseau Fantôme. Homère, L’Odyssée, XXII, 37. Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, IX. Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure. Film de Sam Taylor Johnson ( 2015 ) Cinquante nuances de [gris ]Grey ( allusion à la photographie en noir et blanc, le personnage s’appelant « Grey »), qui utilise l’idée du « contrat » que l’on trouve dans la vie de Sacher-Masoch lui-même. Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch ( 1967 ). Adler, Connaissance de l’homme. Gustave Le Bon, Psychologie des foules ( 1895 ). Hannah Arendt, Le système totalitaire. Sartre, l’Être et le Néant, I, 2. Le Caravage, Narcisse ( peinture, Rome ).
Patrice Tardieu.




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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 11:43

Mourir à la place de l’autre, rejoindre l’autre dans la mort, revenir à la vie sans l’autre. Verdi, Gluck.
Le tableau d’Artemisia Gentileschi, représentant la séductrice Judith et Holopherne tombant dans son piège létal, a sans doute été inspiré de celui du Caravage, par le clair-obscur et la violence de la scène. Alors que chez Artemisia, Judith dans sa splendide robe bleue décolletée et sa jeune servante en rouge dominent le personnage masculin, dans une toile plus haute que large, chez Caravage la toile est plus large que haute, la jeune Judith et sa vieille servante occupe la moitié droite du tableau. Judith a des mèches blondes, une raie au milieu de ses cheveux, une perle à l’oreille, son corsage est transparent, retenu par une corde dont on voit la boucle, une robe en cuir ocre avec des bretelles qui maintiennent des manches retroussées qui permettent plus facilement l’égorgement d’Holopherne ! Elle fronce les sourcils. La vieille servante à côté d’elle, un bonnet sur la tête, les yeux exorbités, une moue de dégoût sur ses lèvres minces, les joues ravinées de rides, s’apprête des deux mains à recevoir dans un linge la tête d’Holopherne, lui qui s’agrippe encore aux draps du lit, la bouche ouverte, alors que Judith lui tranche la gorge avec le sabre qu’elle lui a dérobé. Rappelons que cette histoire est tirée du Livre de Judith, de l’Ancien Testament, qui montre comment notre héroïne, après avoir séduit et enivré Holopherne, général de Nabuchodonosor, va l’empêcher de s’emparer de sa ville de Béthulie. C’était l’époque de Babylone ( située au Sud-Est de l’actuel Bagdad ) dont Nabuchodonosor était le roi et qui s’empara de la Palestine et de Jérusalem dont il déporta les habitants, tous juifs à l’époque puisque nous sommes au sixième siècle avant Jésus-Christ et que l’Islam naît au septième siècle après Jésus-Christ.
Giuseppe Verdi en fit un opéra intitulé Nabucco dont l’air « Va pansiero » [ « Va, pensée » ], en fa dièse majeur, universellement connu maintenant, avait surgi de la foule rassemblée à son enterrement, les italiens s’identifiant au chœur des Hébreux exilés, ayant été longtemps sous domination autrichienne, à l’époque même où Verdi créa son opéra en 1842. Comme tous les opéras de Verdi, Nabucco est une succession de scènes émouvantes, de coups de théâtre, de « bel canto », d’amours brisées, de références bibliques ou historiques implicites ( comme le « risorgimento » [ « renaissance » du peuple italien face aux autrichiens qui ne partiront qu’en 1859 ] dans Nabucco ), de drame shakespearien ou hugolien, de grand spectacle, d’imputation guerrière, de « la force du destin ». L’opéra s’ouvre sur la lamentation des prêtres et du peuple de Jérusalem tombés dans les mains de Nabuchodonosor qui va détruire leur royaume et leur temple et déporter les Hébreux [ allant jusqu’à les incorporer dans son armée comme on le voit sur certains bas-reliefs ] en captivité à Babylone. Sur les rives de l’Euphrate, enchaînés, ils chantent des psaumes, et l’émouvante mélodie inspirée du Psaume 137 que voici : « Sur les bords du fleuve de Babylone, nous pleurions en nous souvenant de Sion ; si jamais je t’oublie Jérusalem, que ma main m’oublie aussi, que je n’aie plus de puissance, que je ne sois plus rien, que ma langue reste collée à mon palais, si jamais je t’oublie » .
Mais il existe un autre lamento, chant de tristesse et de déploration, composé par Gluck, né dans le Haut Palatinat, musicalement à l’opposé de ce que sera Verdi et son style flamboyant, car plein de naturel et de simplicité, dans la lamentation d’Orphée « J’ai perdu mon Eurydice » qui a été qualifiée de « morceau sublime où toutes les formes de langage musical ont été épuisées pour exprimer la stupeur de la douleur, de la passion et du désespoir ». Rappelons l’intrigue : Eurydice, la belle épouse d’Orphée est morte piquée par un serpent et il pleure sur sa tombe. Mais Éros l’a pris en pitié et a obtenu qu’il descende la chercher au royaume des morts et de la ramener à la vie s’il ne la regarde pas. L’entrée des Enfers est gardée par les Furies et Cerbère, le chien à trois têtes. Le chant d’Orphée réussit à les amadouer et l’on entend le célèbre air pour flûte seule. Orphée prend par la main Eurydice sans jeter un regard vers elle, ce qu’elle ne comprend pas et croit qu’il ne l’aime plus. Du coup il se retourne vers elle et la serre dans ses bras mais elle meurt aussitôt. « Que ferais-je sans mon Eurydice » gémit-il. Il l’a définitivement perdue. Notons que la reine Marie-Antoinette qui perdit sa tête pendant la Révolution Française, admirait cet opéra au point d’encourager Gluck à en composer de nouveaux…
Platon, dans Le Banquet, 179 b- 180 b , pose la problématique suivante : Peut-on mourir pour quelqu’ un ? Il va envisager trois cas de figure : d’abord celui d’Alceste [ que l’on trouve dans la pièce de théâtre d’Euripide ], elle est la jeune épouse d’Admète, le roi de Thessalie ; elle lui a donné deux enfants. Il doit mourir sauf si quelqu’un accepte de le remplacer dans la demeure des morts. Elle embrasse en pleurant ses enfants et « meurt à la place » ( « huperapothanein » ) de son mari. Son action est sublime car le père et la mère d’Admète étaient encore vivants et auraient pu mourir à la place de leur fils. « Elle s’éleva si haut au-dessus d’eux par l’attachement né de l’amour, qu’elle fit paraître ces gens étrangers à leur fils, sans autre lien avec lui que le nom ». Le lien d’amour est ici au-dessus de celui de la famille ; si bien que les dieux, d’ordinaire impassibles, devant ce miracle de l’amour, rappelèrent son âme du fond de l’Hadès. Quant à Orphée, deuxième cas envisagé ici, qui n’avait gardé que le fantasme d’Eurydice en lui, et qui n’avait pas le courage de mourir à la place de son amour, voulant seulement entrer et ressortir vivant du royaume des morts, il sera finalement déchiré par les Erinnyes qui punissent les crimes des humains. Et maintenant, troisième cas : Achille, l’aimé ( « érômenos » ) va venger son amant ( « érastès » ) Patrocle, en tuant Hector, rejoignant tout de suite dans la mort Patrocle ( par une flèche que lui décoche Pâris dans son talon ). En quelque sorte, il s’agit de « surmourir » ( je suggère ce néologisme pour traduire « épapothnèskô » ), comme on dit « survivre », il meurt tout de suite après lui pour le rejoindre dans la mort. Conclusion de Platon ( à travers le personnage de Phèdre dans Le Banquet, 180 b ) : « Amour est entre les dieux celui qui a le plus d’ancienneté, le plus de dignité, qui est le plus puissant pour conduire les êtres humains à l’acquisition de l’excellence et du bonheur, aussi bien dans leur vie qu’après leur mort ». On pourrait ajouter que, de ce point de vue, Éros est un grand dieu ( « mégas théos » ) qui met hors de soi.
Key Word : séduction, piège létal, exil, bel canto, lamentation, captivité, émouvante mélodie, lamento, tristesse et déploration, douleur, passion et désespoir.
Key Names : Artemisia Gentileschi, Judith, Holopherne, Nabuchodonosor, Le Caravage, Verdi, Gluck, Orphée, Eurydice, Marie-Antoinette, Platon, Euripide, Virgile, Ovide, les Erinnyes, Achille, Patrocle.
Key Works : Patrice Tardieu, Séduction érotique, biblique, politique, Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi, Lacan, Philo blog 28 novembre 2015 ; Amour fou au point de perdre la propriété de son corps, érotisme d’ordre mystique, Pauline Réage, Philo blog 30 octobre 2015 ; Excitation érotique liée au rêve éveillé masochiste, goût du malheur de femmes, Reik, Hélène Deutsch, Philo blog 4 octobre 2015 ; Masochisme, satisfaction dans la souffrance, honte, humiliation, le yin, le yang, Théodore Reik, Freud, Philo blog 16 septembre 2015 ; Jalousie, rapport au monde, mourir à l’être comme aimer à la folie jusqu’à la déraison, Lévinas, Sartre, Philo blog 12 août 2015 ; Voir c’est déflorer, viol par la vue, le voyeur, la pudeur, Actéon dévoré par ses désirs, Klossowski, Philo blog 2 septembre 2015 ; Joie, jouissance de l’âme, se donner au désir, à l’amour, éviter la haine, prudence d’Aristote, Philo blog 23 mai 2015 ; Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles le Brun, Philo blog 17 mai 2015 ; Amours passionnées, chercher sa moitié, monogamie, polygamie, tragédie, catharsis, Philo blog 3 mai 2015 ; Faire l’amour avec ou sans consentement, concupiscence, impulsion, aversion, Descartes, Philo blog 25 avril 2015 ; Descartes, Casanova, la princesse palatine, la reine Christine, passions de l’âme, sang, nerf, cerveau, Philo blog 19 avril 2015 ; Passions, plaisir, anamnèse du désir brûlant et du délire d’amour, Éros et l’enthousiasme hors de soi, Philo blog 12 avril 2015 ; L’amour, l’ennui, le cœur et la raison, les passions, Dieu, Pascal, Heidegger, le Chevalier de Méré, Philo blog 5 avril 2015 ; Fellation, rite sacré, jouissance et accès à l’au-delà, Isis, approche psychanalytique, Riviere, Klein, Philo blog 22 mars 2015 ; Jalousie haineuse d’un nourrisson qui observe un autre en train de téter, Lacan, Riviere, Augustin, Philo blog 22 mars 2015 ; Nostalgie du sein nourricier maternel, objet petit a du fantasme qui prime tout, Freud, Jacques Lacan, Philo blog 1 mars 2015 ; La question juive de Bruno Bauer et les juifs français à l’épreuve de l’histoire, Philo blog 12 février 2015 ; La flagellation qui provoque la honte en public comparée à l’exhibitionnisme, Havelock Ellis, Philo blog 29 janvier 2015 ; L’enlèvement d’Europe par un taureau blanc, Léda amoureuse d’un cygne, la flûte de Pan, Philo blog 23 janvier 2015 ; Excitation voluptueuse de regarder l’accouplement des chevaux, Alexandre VI et Lucrèce Borgia, Philo blog 19 janvier 2015 ; Picasso, Suzanne surprise au bain par deux vieillards, le Livre de Daniel, Philo blog 18 janvier 2015 ; Belles pisseuses dans l’art, rayon de lumière sur un jet dans l’obscurité, érotisation de la miction, Philo blog 6 janvier 2015 ; L’être qui vit dans la passion ne peut raisonner, il n’a ni vice ni vertu, Aristote monté et bridé, Philo blog 21 décembre 2014 ; Ce qui se passe quand la femme a le rôle actif, nymphes incarnant les plaisirs érotiques divins, Philo blog 14 décembre 2014 ; Cavalière chevauchant son partenaire qui la prend sur son dos comme un cheval, equus eroticus, Philo blog 7 décembre 2014 ; Luxure de l’attouchement et pudeur du pied érotique, Dieu et son Ashérah, Philo blog 30 novembre 2014 ; Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance du sentiment, art de vivre, Hume, Philo blog 2 novembre 2014 ; Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin, Philo blog 12 octobre 2014 ; Van Gogh tente de blesser Gauguin, il se tranche l’oreille gauche, autoportrait à l’oreille coupée, Philo blog 28 septembre 2014 ; La maîtresse et l’amant dans la liste des auteurs officiels en philosophie de l’Éducation Nationale, 17 septembre 2014 ; L’écoute, ouverture primordiale à l’ami que tout homme porte en lui, choses fondamentales, Philo blog 15 septembre 2013 ; Sentiers qui semblent se perdre dans la forêt, la chose, le produit, l’œuvre d’art, Heidegger, Philo blog 9 septembre 2014 ; Volonté de femmes d’être émancipées non extérieurement mais intérieurement, Philo blog 11 août 2014 ; Héraclite, le premier de tous les dieux, l’Amour, le côté masculin et le côté féminin, Philo blog 31 juillet 2014 ; L’Amour n’a-t-il jamais connu de loi ? Est-il un rebelle que nul ne peut apprivoiser ? Bizet, Philo blog 13 juillet 2014 ; La porte, les montants et la clef du sexe féminin, la métaphore de la rose pour les amants, les poètes, Philo blog 9 juin 2014.
Le Caravage, Judith et Holopherne, Galeria Nazionale di Arte Antica, Rome ; Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, Museo Nazionale di Capodimonte, Naples ; Senso, film de Luchino Visconti ( 1954 ) où l’on voit une comtesse amoureuse d’un officier autrichien sous l’occupation de l’Italie ; Verdi, Nabucco, opéra en quatre actes ; Gluck, Orphée et Eurydice, drame lyrique en trois actes ; Homère, L’Iliade ; Euripide, Alceste [ qui est une femme comme nous l’avons vu ] ; Platon, Le Banquet, 179 b- 180 b ; Virgile, Géorgiques, IV [ c’est Orphée qui se retourne pour la voir ] ; Ovide, Les Métamorphoses, X, 1 - 85 [ Orphée s’adresse aux divinités du Styx et demande de relâcher Eurydice, mais il est inquiet et se retourne ! Gluck composera l’aria célèbre « Divinités du Styx » dans son opéra intitulé Alceste ]. Ancien Testament, Psaume 137 ; Livre de Judith.
Patrice Tardieu.

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Published by Patrice TARDIEU - dans art
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