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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 22:50

Scènes lascives avec les tout petits pieds des chinoises, supérieures aux aphrodisiaques.

Le fétichisme du pied peut sembler curieux pour ceux qui ne l’éprouvent pas, pourtant certaines civilisations accordent une grande importance aux pieds humains et même certaines religions. L’exemple le plus connu est celui des chinois. Havelock Ellis écrit : « Un mari chinois regarde les pieds de sa femme comme plus excitant que son visage. Aussi une chinoise éprouve-t-elle autant de pudeur à montrer ses pieds qu’une femme européenne ses seins; la vue de ses pieds est réservée uniquement à son mari ». Et il ajoute : « l’énergie employée pour rendre les pieds des chinoises plus petits encore que nature est à la mesure de l’attraction exercée sexuellement par les pieds féminins sur les hommes ». A l’appui de ses dires, il cite les propos du Docteur Matignon en 1898 : « Mon attention fut attirée sur ce point par l’examen d’un grand nombre de gravures pornographiques dont les chinois sont très amateurs. Dans toutes les scènes lascives, on voit l’homme caresser voluptueusement les pieds de la femme.[…] Il éprouve précisément le même effet que celui que provoque en un jeune européen le pelotage d’une poitrine jeune et ferme ». D’où le fait que « les femmes expertes en amour savent, pour exciter l’ardeur de leur amant, qu’un moyen supérieur à tous les aphrodisiaques, y compris le ginseng et les nids d’hirondelle, est de prendre le pénis de leur amant entre leurs pieds ». Havelock Ellis conclut : « La déformation des arbres [ surtout connue par le bonsaï japonais ] et celle des pieds sont une preuve que les chinois aiment ce qui est petit, élégant et artificiel ». Mais la finalité est peut-être « de maintenir les femmes dans leur maison ». Et j’ajouterais que c’est ce qu’on retrouve dans le Coran, sourate XXXIII, Al-‘ahzâb, verset 33 : « Restez dans vos foyers; et ne vous exhibez pas à la manière des femmes d’avant l’Islam ( « Jahiliyah ») ». Key word : civilisation chinoise. Key names : Havelock Ellis, le Docteur Matignon. Key works : Patrice Tardieu, Passions des fétichistes: sein, nattes, soulier, linge touchant le corps de la femme. Freud. Philo blog du 18/10/2014. Havelock Ellis, Études de Psychologie Sexuelle. Docteur Matignon, A propos d’un pied de chinoise. Le Coran, XXXIII, 33. Ghassan Ascha, Le Statut de la femme en Islam. Patrice Tardieu.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 22:49

L’Anti-Justine de Restif de La Bretonne face à la Justine ou les malheurs de la vertu de Sade.

Comment juger Restif de La Bretonne par rapport à Sade ? Marianne Alphant en fait un amoureux des femmes, de leur élégance, de leur habillement, des « souliers roses à talons verts ». Restif a rédigé « L’Anti-Justine ou les délices de l’amour » qui se veut un « Erotikon » [ mot désignant un ouvrage sur le désir des sens ] « savoureux, mais non cruel », « de lecture agréable » contrairement à « Justine ou les malheurs de la vertu » de « Dsds » [ dans l’alphabet réformé de Restif, c’est ainsi qu’il écrit «  Donatien marquis de Sade » ] qui inciterait le lecteur à mordre les seins de sa compagne et à lui tordre les bras; c’est, du moins, ce qu’il soutient dans son « Avertissement » ! Sade répliquera que Rétif est dénué de goût, d’esprit, finalement quelqu’un de très commun surtout en ce qui concerne l’écriture. On retrouve des précisions sur le fétichisme des souliers par l’auteur de L’Anti-Justine : « Dès mon enfance, j’aimais les jolies filles. J’avais surtout un faible pour les jolis pieds et les jolies chaussures, en quoi je ressemblais au Grand Dauphin, fils de Louis XIV, et à Thévenard, acteur de l’Opéra ». Le conteur devenu père épris de sa propre fille, « Conquette-Ingénue » ( sic! ), la fait regarder par la fenêtre, « ce qui lui mettait à découvert un pied exquisément chaussé, une partie de la plus belle jambe ». En fait, toute L’Anti-Justine de Restif de La Bretonne est une « partie de jambes en l’air » avec tous les membres féminins de sa famille ( filles, sœur, mère, nièce ) et quelques autres dont il aura des filles qui deviendront ses maîtresses ! Mais ce thème incestueux ( qui se trouve aussi chez Sade ) est une pochade rapidement écrite qui ne peut rivaliser avec le style retenu du marquis et la « sombre lumière » des scènes odieuses et éprouvantes du « sadisme » ( Sade dit des « taquineries » ) de ses personnages hautement différenciés. Sade explore les aspects les plus obscurs de la psyché humaine couplée avec la sexualité. Key word : Erotikon savoureux mais non cruel. Key names : Restif de La Bretonne, Sade, Marianne Alphant. Key works : Patrice Tardieu, Jouissance inhumaine: Sade, Lacan, Hegel, Philo blog du 30/09/2008 au 03/01/2009 ; Le marquis de Sade et Diderot, du 27/04/2011 et du 11/05/2011 ; Isolisme, Sade et autres articles, du 04/09/2011 au 08/11/2011 ; Sade, Saint-John Perse, sexe féminin, du 31/08/2012 au 14/09/2012 ; Sade blasé de la vie épicurienne, le désir illusion de l’imagination scélérate et autres articles, du 01/09/2013 au 27/09/2013. Restif de La Bretonne, L’Anti-Justine. Sade, Justine ou les malheurs de la vertu. Marianne Alphant, Souliers roses à talons verts. Patrice Tardieu.

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 18:39

Taille de guêpe et tout petits pieds, idéal féminin voluptueux, chaussures cambrées, tour de gorge.

Selon Havelock Ellis qui écrivit une introduction à l’édition anglaise de Monsieur Nicolas de Restif de La Bretonne, celui-ci était caractérisé par une ardeur sexuelle précoce et excessive mais non perverse dans sa poursuite des femmes aux belles chaussures. Tombant amoureux d’une jeune femme plus âgée que lui, il lui vola secrètement une de ses pantoufles. Mais sa passion se porta surtout sur Colette Parangon, l’épouse de l’imprimeur chez lequel il était apprenti et qui le logeait, à Auxerre. Voici ce que Restif écrit : « Madame Parangon possédait un charme auquel je n’ai jamais pu résister, un pied mignon; [ sa chaussure ] faite à Paris, et avec un goût parfait qu’y sait donner une jolie femme, avait cette élégance voluptueuse qui semble y communiquer l’âme et la vie. Tantôt Colette avait un soulier de droguet [ étoffe tramée sur un tissu avec un dessin d’un autre ] blanc uni, ou à fleurs d’argent, tantôt rose à talon vert, ou vert à talon rose; son pied souple, loin de déformer sa chaussure, en augmentait la grâce et en rendait la forme plus provocante. […] Elle prit des mules vertes non moins provocantes à talons et falbalas roses ». Il palpe alors les chaussures, alors que la maîtresse et la servante sont montées au premier étage, en presse l’une sur ses lèvres car « la chaleur qu’elle avait communiquée à l’insensible objet qu’elle avait touché subsistait encore et lui donnait une âme » et « l’autre, égarant la nature, et trompant son but sacré [ la procréation ! ], remplaçait le sexe par excès d’exaltation » ! Cependant il est aussi fétichiste d’une manière générale : « Un jour, me trouvant dans l’endroit où cette femme modeste faisait serrer [ ranger ] le linge qu’elle quittait, je saisis avidement ce qui avait touché ses charmes, portant une bouche altérée de volupté sur son tour de gorge [ parement enveloppant sa poitrine ] ». Ceci dit, il connut sexuellement beaucoup de femmes. Son idéal féminin était qu’elle ait une taille de guêpe et de tout petits pieds. Key word : ardeur sexuelle précoce et excessive mais non perverse. Key names : Havelock Ellis, Restif de La Bretonne, Colette Parangon. Key works : Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle . Restif de La Bretonne, Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé ; Mes Inscriptions. Marianne Alphant, Souliers roses à talons verts. Patrice Tardieu.

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 21:54

Goût délicat des femmes, passions tendres, élégance de sentiment, art de vivre. Hume.

Restif de La Bretonne réfléchit sur le contenant et le contenu : « le goût factice pour la chaussure n’est que le reflet de celui de jolis pieds. On s’accoutume à considérer l’enveloppe comme la chose. Ainsi la passion que j’eus, dès l’enfance, pour les chaussures délicates, était un goût factice basé sur un goût naturel ». On voit ici qu’il essaie de relier la passion, le goût construit et celui authentique. Le philosophe David Hume, lui, distingue la « délicatesse de passion » de « la délicatesse de goût ». La délicatesse de passion rend extrêmement sensible l’individu aussi bien à la joie vive qu’à la douleur pénétrante, à l’amitié qu’au ressentiment ou au mépris, ce qui détruit son bonheur et conduit, dit Hume, à faire des « faux pas » ! La délicatesse de goût produit, elle aussi, un certain effet positif ou négatif, mais dépend, non des événements extérieurs, mais de nos choix. Dans une note, Hume ajoute que « les femmes, qui ont des passions plus délicates que les hommes, ont aussi un goût plus délicat pour les ornements de la vie, l’habillement, les équipages et les convenances de la conduite, […] et quand vous vous trouvez être à leur goût, vous engagez bientôt leur affection ». Hume fait alors l’éloge du « bon goût ». Mais il apporte la nuance suivante : « peut-être suis-je allé trop loin en disant qu’un goût cultivé pour les arts raffinés éteint les passions, et nous rend indifférents à ces objets [hommes et choses vulgaires ] qui sont poursuivis si amoureusement par le reste de l’humanité [ ce qui serait une bonne chose pour notre calme ]. Je trouve que cela augmente plutôt notre sensibilité à toutes les passions tendres et agréables ». Il conclut que cela nous donne « une certaine élégance de sentiment », « une certaine mélancolie agréable qui, de toutes les dispositions de l’esprit est la mieux appropriée à l’amour et à l’amitié ». Il s’agit donc de bien choisir quelques amis, ce qui est le propre de l’art de vivre. Key word : le contenant et le contenu. Key names : Restif de La Bretonne. David Hume. Key works : Restif de La Bretonne, Le Pied de Fanchette. Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé. David Hume, De la délicatesse du goût et de la passion. Patrice Tardieu.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 23:32

Souliers soignés susceptibles d’être salis. Fascination. Amours ancillaires.

Havelock Ellis continue sur le fétichisme du pied observé en 1904 par un certain Marandon de Montyel sur un homme élevé dans les « Indes Occidentales » ( nom donné par Christophe Colomb à la côte atlantique de l’Amérique car il croyait avoir atteint l’autre côté du monde, en fait les Antilles, où tout le monde à l’époque marchait pieds nus ! ). Il vécut des amours ancillaires avec une servante de couleur dont il appréciait les pieds « bien arqués, à la peau fine et aux doigts grands et réguliers ». Revenu à Paris, il trouva une maîtresse complaisante. Notre sexologue se penche ensuite sur l’écrivain français célèbre du dix-huitième siècle, Restif de La Bretonne pour qui la chaussure d’une femme pouvait lui servir de substitut à celle-ci; ce n’est pas par hasard que son premier ouvrage s’intitule Le Pied de Fanchette ( 1769 ) que lui a inspiré la rencontre dans la rue d’une fille aux pieds « ravissants ». Dans son œuvre autobiographique Monsieur Nicolas [ c’est son prénom ! ) ou le cœur humain dévoilé ( 1794 -1797 ), il avoue que « c’était à la chaussure qu’il donnait machinalement sa plus grande attention ». Il appréciait les « souliers soignés, recherchés » des filles les plus élégantes, si difficiles à conserver propres. Havelock Ellis fait remarquer ici le paradoxe de ce fétichisme. Restif était donc en quête non de chaussures avec cordons ou boucles mais avec des « faveurs » [ « petits rubans » ] bleues ou roses assorties à la couleur de la jupe qui provoquait en lui une fascination, une obsession, un choc émotionnel, mais sans lien avec le masochisme car il cherchait, désirait soumettre la fille en question. Restif se pose lui-même un problème : l’attirance pour « la beauté des pieds » vient-elle du physique ou du moral ? « Seraient-ce ses rapports avec la légèreté de la marche ? Avec la grâce et la volupté de la danse ? ». On voit là une anticipation sur la Gradiva de Jensen ( 1903 ). Key word : chaussures avec des faveurs. Key names : Havelock Ellis, Marandon de Montyel, Nicolas Restif de La Bretonne. Key works : Patrice Tardieu, Fétichisme du pied, celle qui s’avance avec une démarche souple et tranquille, la vie, l’existence, Philo blog du 10/10/2014. Wilhem Jensen, Gradiva ( 1903 ). Freud, Délires et rêves dans la Gradiva de Jensen ( 1907 ). Nicolas Restif de La Bretonne, le Pied de Fanchette ; Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé. Patrice Tardieu.

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 23:02

Le sexologue en mariage libre avec une féministe lesbienne. Faire du pied sous la table.

Nous avons vu plusieurs approches du fétichisme notamment celle écologique d’Auguste Comte de faire de la Terre le « Grand Fétiche ». Nous revenons au fétichisme sexuel, mais pas à celui de Freud, à celui d’Havelock Ellis qui a vécu et publié à la même époque que lui, britannique très cultivé qui pratiquait trois langues, l’anglais, l’allemand et le français, célèbre pour ses Études de Psychologie sexuelle dès 1898 en treize volumes jusqu’à sa mort en 1939, grand connaisseur de la littérature française ( il traduisit en anglais Germinal de Zola, publia un ouvrage intitulé De Rousseau à Proust ) ; marié à une féministe lesbienne dans un « mariage libre » ! Il s’intéresse, lui aussi, au fétichisme du pied. Il soutient que le pied est, pour un amant une des parties les plus attirantes et qui viendrait au quatrième rang après les yeux, les cheveux, le corps entier et la croupe. Il se base sur les Mémoires de Casanova, bien que celui-ci ne fût pas un fétichiste du pied [ mais du derrière ! ], sur Alfred Binet qui soutient qu’il existe aussi un fétichisme de la main et du gant mais plus rare. Selon les observations de Krafft-Ebing, il y a le fétichisme des longs gants féminins dont un collectionneur avait des centaines, accouplé au rituel du baise-main et des ongles bien soignés. L’origine du fétichisme du pied remonterait à l’enfance car les bébés sont particulièrement attentifs à leurs pieds qu’ils traitent comme des jouets et les portent à leur bouche, surtout le gros orteil, au point que le psychologue américain, Stanley Hall, y verra le début de la construction du « Self » ( le « Soi » ) et même l’origine « d’une forme de cour » qui consiste à toucher le pied de la personne que l’on veut séduire sous la table avec son propre pied [ en français, « faire du pied sous la table » ! ]. J’ajouterais que ce comportement est magnifiquement décrit dans Le Rideau Cramoisi de Barbey d’Aurevilly qui cite dans sa Préface l’auteur des Conversations Chrétiennes [ discussion entre trois personnages : « Aristarque » ( « l’excellent » ), « Eraste » ( « l’amant » ) et Théodore ( « celui qui adore Dieu » ) ], le philosophe Malebranche. C’est l’histoire d’un jeune militaire logé chez l’habitant qui se fait écraser le pied sous la table par la jeune fille de la maison, à l’insu des parents présents, mais qui lui offre un visage de marbre ensuite après avoir provoqué cet incendie en lui qui reste seul dans sa chambre au rideau cramoisi [ rouge intense foncé ]… Je laisse deviner la fin; mais, puisque c’est notre sujet, je vais donner ces quelques indices : « Quand elle venait ainsi, ma première caresse, mon premier mouvement d’amour était pour ses pieds […] nus pour ne pas faire de bruit […] je savais le moyen de les tiédir ». Key word : fétichisme du pied, de la main, du gant et des ongles. Key names : Auguste Comte, Freud, Havelock Ellis, Zola, Rousseau, Proust, Casanova, Alfred Binet, Krafft-Ebing, Stanley Hall, Barbey d’Aurevilly. Key works : Patrice Tardieu, Être mieux apte à penser, agir et même aimer grâce au néo-fétichisme écologique. Comte, Philo blog du 03/10/2014. Havelock Ellis, Études de Psychologie Sexuelle. Krafft-Ebing : Observations, 139, 190. Barbey d’Aurevilly : Les Diaboliques ( recueil de Nouvelles ). Luis Bunuel, L’âge d’or ( film, 1930 ) avec l’actrice Lya Lys qui suce le pied d’une statue ! Charles Vidor, Gilda ( film, 1946 ) avec Rita Hayworth qui enlève ses longs gants noirs. Patrice Tardieu.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 23:31

Hannah Arendt écrit à Heidegger: « à toi le si proche, dédicace cachée, offerte, en t’aimant ».

J’ai commenté les textes de Freud sur le fétichisme; Derrida le fait à sa façon à travers son « polylogue », ajoutant une référence intéressante, celle de Georges Bataille, La mutilation sacrificielle et l’oreille coupée de Vincent Van Gogh [ ce qui introduit une nouvelle signification de la « dette »…remboursée par le sacrifice ]. Derrida en vient au cœur du problème : la correspondance entre Schapiro et Heidegger, due à l’auteur de La Structure de l’organisme, Kurt Goldstein, émigré lui aussi à l’université Columbia de New York comme Schapiro. Ainsi que Derrida le montre, ces deux migrants, qui ont subi l’exode, veulent se venger de Heidegger resté en Allemagne. Sur la suggestion de Goldstein, Schapiro demande à Heidegger à quel tableau il se réfère. A quoi Heidegger répond naïvement qu’il l’a vu dans une exposition à Amsterdam en mars 1930. Le piège se referme, celui des lacets des Vieux souliers qui ne peuvent être que ceux de Van Gogh lui-même et non ceux d’une paysanne selon Schapiro ! Derrida va alors reprendre mot à mot ( l’anglais de Schapiro, l’allemand et le grec de Heidegger ) comme à son habitude pour montrer qu’il s’agit avant tout pour Heidegger de distinguer la chose, le produit technique et l’œuvre d’art; le tableau de Van Gogh illustrant cette dernière. Mais surtout qui a raison, le rat de ville ( Schapiro ) ou le rat des champs ( Heidegger ) ? Je dirais que c’est pour Derrida comme pour La Fontaine; il suffit de regarder, me semble-t-il, « Les mangeurs de pommes de terre » ou « la paysanne » de Van Gogh; et j’ajouterais de lire la Lettre à son frère Théo de 1885 : « Dans les vieux tableaux, les personnages ne travaillent pas. Je trime ces jours-ci sur une femme que j’ai vue cet hiver arracher des carottes dans la neige ». Derrida donne donc raison à Heidegger contre Schapiro et Goldstein [ même si, je dirais, les chaussures sont celles de Van Gogh comme « modèle » ]. Quant à Hannah Arendt, on ne sait ce qu’elle a dit à Heidegger en revenant le voir après la guerre, mais elle lui a envoyé son livre ( titre français : Condition de l’homme moderne ; titre allemand « Vita Activa ou la Vie Active » [ qui consiste à distinguer le travail, l’œuvre et l’action ] avec cette « dédicace cachée, dédicace offerte » dans un billet accompagnant sa lettre à Heidegger : « Vita Activa, il n’y aura pas de dédicace [ imprimée ] à ce livre. Comment pourrais-je te le dédier, à toi le si proche, à qui j’ai été fidèle et infidèle et les deux en t’aimant ». Key word : monde rural de Van Gogh et Heidegger, monde urbain de Goldstein et Schapiro. Key names : Derrida, Bataille, Schapiro, Kurt Goldstein, Van Gogh, Hannah Arendt. Key works : Derrida, la Vérité en peinture, 4. Restitutions. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Préface de Paul Ricœur, collection Agora. Van Gogh, Vieux souliers aux lacets. Kurt Goldstein, la Structure de l’organisme. Schapiro, Essais à la mémoire de Kurt Goldstein. Georges Bataille, la mutilation sacrificielle et l’oreille coupée de Vincent Van Gogh. La Fontaine, Fables, livre premier, 9, le rat de ville et le rat des champs. Documentaire sur Heidegger, diffusé sur Arte, avec le billet d’Hannah Arendt . Patrice Tardieu. 

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 23:29

Passions des fétichistes: sein, pied, natte, soulier, linge touchant le corps de la femme. Freud.

Freud reparle du fétichisme dans un bref passage de l’Introduction à la Psychanalyse, chapitre XX sur la vie sexuelle. Il s’exprime surtout sur les fétichistes et de leur passion qui consiste à renoncer aux organes génitaux comme objet de satisfaction sexuelle et qui élève à cette dignité des parties du corps tout à fait différentes : le sein ou le pied de la femme [ le pied de Gradiva, celle qui danse en marchant ! ], sa natte [ ici il fait clairement allusion à Krafft-Ebing et à sa colère contre les coupeurs de nattes ]. Cependant les fétichistes proprement dits sont ceux qui ne « cherchent même pas à satisfaire leur désir sexuel à l’aide d’une partie quelconque du corps; un objet leur suffit : un soulier, un linge blanc ». Un quatrième texte intitulé « le Fétichisme » prend pour point de départ une affirmation assez stupéfiante : « la femme est châtrée »; il y aurait « stupeur » du garçon devant les organes génitaux de la femme avec « terreur de la castration ». Et devant la « désagréable réalité de la castration de la femme » se produirait le déni avec affirmation que « la femme est phallique », grâce au fétiche qui « est le substitut du phallus de la mère ». Ainsi le fétichiste à la fois affirme et nie la castration de la femme en portant, par exemple, une gaine pubienne ou en coupant les nattes. Freud pense retrouver la confirmation de sa théorie dans le bandage traditionnel des pieds des chinoises qui produit une mutilation et devient un fétiche. Pour l’affirmation opposée je renvoie au poète Saint-John Perse, prix Nobel de littérature, qui a chanté la beauté du sexe féminin et à mes articles sur Nyssia « callicysthe » ( « belle en sexe » ). Key word : fétichisme, vie sexuelle. Key names : Freud, Krafft-Ebing, Saint-John Perse. Key works : Patrice Tardieu, Nyssia callicysthe ( 11 ), Saint-John Perse, James Pradier, Lucien Clergue, Philo blog du 24/07/2012 ; et avant : Candaulisme, Nyssia callicysthe, Philo blog du 16/01/2009 au 07/03/2009 ( puis illustrations du 04/07/2009 et 09/08/2009 ) en dix parties. Freud, Introduction à la Psychanalyse, chapitre XX ; Le Fétichisme ; Délire et rêves dans la Gradiva de Jensen. Krafft-Ebing, Observations 149, 150, 151, 152. Patrice Tardieu.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 22:49

Derrière le rêve les fantasmes refoulés; la jeune femme se hâtant lentement, marmoréenne.

Freud va donc explorer le fétichisme du pied et s’adonner à son exercice favori : l’interprétation des rêves. Rappelons que notre personnage masculin veut retrouver ce pas si particulier de Gradiva qui pratiquement danse en marchant, vu sur le bas-relief antique dont il a un moulage. Il observe les pieds des dames en Allemagne où il est retourné qui le considèrent soit comme grossier, soit comme audacieux, ou bien qui, par leurs regards coquins, l’encouragent ! Il peut faire toutes ces observations par temps pluvieux car elles relèvent le bord de leurs jupes ( nous sommes en 1903 ! ). Cependant il fait un cauchemar : il est à Pompéi le 24 août 79 avant J.C. . Le Vésuve est en éruption. Les lapilli [ fragments de pierres volcaniques ], la pluie de cendre et la fumée du souffre s’abattent sur les habitants mais il aperçoit Gradiva « lente festinans » [ en latin « se hâtant lentement », oxymore ! ] qui tourne la tête vers lui mais dont le visage « se décolora comme si elle devenait de marbre »[ marmoréenne ], avec beaucoup de sérénité. Pour Freud, derrière le rêve il y a les fantasmes refoulés, derrière le contenu manifeste, il y a la pensée latente qui opère ici deux déplacements : dans l’espace et dans le temps afin que nos deux protagonistes se rencontrent, car, après tout, il est alors avec elle au même moment et au même endroit ! Finalement, je dirais qu’Alfred Binet n’avait pas tort d’intituler son article dans la Revue Philosophique : « Le fétichisme dans l’amour » bien avant Freud car il y a bien là ce phénomène de transfiguration parfois inexplicable aux autres, même si Freud ergote, dans une note, sur l’âge auquel cette attraction cristallisante prendrait sa source dès l’enfance ( comme chez Binet ). Key word : rêve et cauchemar. Key names : Alfred Binet, Freud, Artémidore, Condillac, Derrida, Stendhal. Key works : Alfred Binet, le fétichisme dans l’amour, Revue Philosophique ( 1887 ). Freud, Trois Essais sur la théorie de la sexualité ( quatrième édition, 1920, note 19 ) ; L’Interprétation des rêves. Artémidore ( première moitié du deuxième siècle après J.C. ), Onirocritique ( exégèse des songes ). Condillac, Traité des sensations ( la statue dont on ouvre progressivement les sens ). Derrida se réfère explicitement à Gradiva dans Mal d’archive, p. 36, 133, 135, 147. Stendhal, De l’Amour. Patrice Tardieu.

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 23:36

Vision freudienne conflictuelle de la relation entre hommes et femmes faisant fi du désir féminin.

Nous retrouvons dans la réflexion de Freud sur Gradiva quelques thèmes que nous avons abordés autrement, celui du spectre ( ici du désir ) et celui de la dette : «  l’érotisme refoulé est justement réveillé par des causes en rapport avec les moyens mêmes du refoulement. C’est à juste titre qu’une œuvre d’art antique, l’image en pierre d’une femme [ le bas-relief de « Gradiva » ], arrache notre archéologue à son aversion de l’amour [ il se moquait des couples venus en voyage de noces en Italie ] et lui rappelle qu’il convient d’acquitter envers la vie [ « Zôè » en grec, prénom du personnage féminin, « Zoé » ] la dette [ je souligne ] dont nous sommes chargés depuis la naissance ». « Rencontre » inattendue que je provoque avec Heidegger, puisque l’être humain se caractérise par une « dette » envers l’existence, la vie. Cette « dette » chez Freud est essentiellement sexuelle et même violente de la part du « mâle » : « l’agression qui est donc le devoir de l’homme dans le jeu de l’amour ». On voit que Freud a une vision très antagoniste, très « guerrière » de la relation amoureuse entre hommes et femmes, faisant fi du désir féminin lui-même. Rappelons que Otto Weininger soutient dans Sexe et Caractère, le point de vue inverse : « l’être de la femme est tout entier sexuel. La vie sexuelle, la sphère de la copulation et de la reproduction, qui comprend le rapport à l’homme et à l’enfant, absorbe F [ l’image typique de la Femme féminine ] entièrement, remplit son existence ». Key word : le spectre, la dette. Key names : Freud, Jensen, Heidegger, Otto Weininger. Key works : Patrice Tardieu, Intensité du désir, l’être de la femme tout entier sexuel comme celui des hommes féminins, Philo blog du 23/08/2014; L’homme dans le silence de ce qu’il peut être, dans l’absence de conscience morale, la dette, Philo blog du 19/09/2014; Révélation du spectre à Hamlet que sa mère vit dans la sueur fétide d’un lit immonde ! Philo blog du 26/09/2014. Wilhem Jensen, Gradiva. Freud, Délire et Rêves dans la Gradiva de Jensen. Luis Bunuel, Cet obscur objet du désir ( film de 1977 ). Patrice Tardieu.

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