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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 01:09

Transgression des normes sexuelles, morales, sociales et religieuses par Sade

Les discours de Sade s’opposent à toutes les normes. Il est un fleuve qui déborde et renverse tout alentour. Prenons quelques exemples dans l’histoire de Juliette ( qui est la contradictoire de Justine, sa sœur ); c’est Mme Delbène qui fait son « éducation », ou plutôt lui enseigne une inversion des valeurs : « faire des vices de toutes les vertus humaines et des vertus de tous les crimes ». Juliette, au début, dit : « j’avais peur de briser trop de freins ». A celle-ci on donne la leçon suivante : se défaire de toute pudeur, de toute chasteté, braver l’opinion, n’avoir aucun remords, se comporter en « chienne vagabonde », en « vulgivague » ( ce néologisme vient sans doute de La Mettrie, lui-même peut-être lecteur de Lucrèce et son De la Nature, livre IV ). La « vulgivaguité » est la première chose à enseigner aux femmes. Il n’est pas non plus question de se plier à la conscience morale que Sade définit ainsi : « on appelle conscience cette voix intérieure qui s’élève en nous à l’infraction d’une chose défendue ». Cette conscience morale n’a rien d’un sentiment naturel contrairement à ce que pense Rousseau. Ce dernier écrit dans l’Émile ou de l’éducation : « Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel […] nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience […] Conscience!conscience! Instinct divin, immortelle et céleste voix :guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre : juge infaillible du bien et du mal ». Pour Sade la conscience morale n’a rien d’inné, elle résulte du préjugé inculqué par une certaine éducation et ses principes. Et il en est de même pour les normes sociales qui n’ont rien d’universelles mais proviennent des mœurs et des climats ( Sade se réclame de Montesquieu ! ). Quant à la religion, tous les personnages de Sade se lancent dans de longues dissertations pour en montrer l’absence de fondement rationnel.

On pourrait croire après tout ce que je viens de dire que Sade veut mettre à bas toutes les normes. Il n’en est rien. Il ne veut pas abolir les règles, il veut les transgresser. Il ne cherche pas non plus à « être puni » ( Sade n’est pas Sacher-Masoch ), car tous ses « scélérats » vivent dans l’impunité la plus complète. Il s’accommode de tous les régimes, monarchie ou république, l’apparence « révolutionnaire » du libelle de la Philosophie dans le Boudoir ( « Français encore un effort si vous voulez être républicains » ) ne doit pas faire illusion, l’exigence essentielle est celle de maisons de débauche et « qu’aucun homme ne peut être exclu de la possession d’une femme, du moment qu’il est clair qu’elle appartient décidément à tous les hommes ». Mais pour transgresser il faut des règles. S’il n’y avait pas de règles sociales, il n’y aurait pas de crime; s’il n’y avait pas de religion, il n’y aurait pas de blasphème; s’il n’y avait pas de vertu, il n’y aurait pas d’immoralité; s’il n’y avait pas d’interdits sexuels, il n’y aurait aucun plaisir aux « choses défendues ».

Écoutons ce que dit le personnage de Roland : « Il ne faut pas s’imaginer que ce soit la beauté d’une femme qui irrite [au sens de « stimuler » ] le mieux l’esprit d’un libertin, c’est bien plutôt l’espèce de crime qu’ont attaché les lois à sa possession : la preuve en est que plus cette possession est criminelle et plus on est enflammé; l’homme qui jouit d’une femme qu’il dérobe à son mari, d’une fille qu’il enlève à ses parents, est bien plus délecté sans doute, que le mari qui ne jouit que de sa femme, et plus les liens qu’on brise paraissent respectables, plus la volupté s’agrandit. » et de conclure : « on voudrait que les digues s’accrussent encore pour donner plus de peines et plus de charmes à les franchir ».

La jouissance est dans la transgression, non dans l’abolition de la norme; au contraire.

Patrice Tardieu

Key word

: transgressions, normes sexuelles, morales, sociales, religieuses, inversion des valeurs, vice, vertu, crime, briser les freins, pudeur, chasteté; braver l’opinion, vertu, remords, chienne vagabonde, vulgivague, vulgivaguité, conscience morale, voix intérieure, infraction de chose défendue, sentiment naturel, principe inné de justice et de vertu, juge infaillible du bien et du mal, préjugé, éducation, principes, mœurs, climats, absence de fondement rationnel, les normes, les règles, transgresser, être puni, scélérat, impunité, régimes politiques, monarchie, république, apparence révolutionnaire, maison de débauche, possession de toute femme par tout homme, transgresser les règles, règles sociales et crime, religion et blasphème, vertu et immoralité, interdits sexuels et plaisir des choses défendues, beauté d’une femme, libertin, possession, délectation par la transgression, jouissance et transgression opposées à abolition de la norme.

Key works : Histoire de Juliette, Philosophie dans le boudoir, Justine; De la Nature

( de Lucrèce ), Émile ou de l’éducation ( Rousseau ).

Key names

: marquis de Sade, Justine, Juliette, Mme Delbène, Roland; Lucrèce, Rousseau, La Mettrie.

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Published by Patrice TARDIEU - dans Marquis de Sade
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commentaires

thomas 04/02/2015 12:25

Oui et non. D'accord il faut une règle pour la transgresser et se procurer du plaisir, mais dans "l'histoire de Juliette" on voit bien que le but est de faire en sorte que ce qui parait infâme aujourd'hui, paraisse ordinaire demain et ainsi de reculer toujours plus loin les limites en anéantissant les règles, lois, etc au fur et à mesure.

Patrice TARDIEU 05/02/2015 20:46

Cher Thomas,
la transgression n'est pas forcément la mort de l'autre, il y a la transgression religieuse, morale, sociale, juridique et même astronomique chez Sade et surtout des normes sexuelles !

thomas 05/02/2015 12:35

Je n'ai pas dit que le plaisir n'était pas dans la transgression, mais que la transgression était la pire ennemie de la transgression. On ne peut tuer un maître qu'une fois. Un acte transgressif répété finira par ne plus procurer de plaisir. Il faut une autre transgression plus forte. C'est même ce qui rend la philosophie de Sade irréaliste.

Patrice TARDIEU 05/02/2015 00:30

Cher Thomas,
je ne pense pas qu'il en soit ainsi car si la notion de transgression n'existait plus, il n'y aurait, selon Sade, aucun plaisir.

Jeanne R. 21/10/2011 01:17



Mais OUI, vous êtes parfaitement à votre place, cher patrice tardieu, n'ayez aucun, aucun, aucun doute !!


Du reste, je prends toujours autant de plaisir à lire et à commenter vos articles.


Bien à vous !



Patrice TARDIEU 22/10/2011 01:01



chère Jeanne,


j'apprécie vos commentaires.



Jeanne R. 20/10/2011 01:37



(Illisible mon message !) (Je fais là un tour d'horizon sur les derniers articles, comme souvent il y a bug ; pour preuve : nouveaux messages ici...)
Intéressant : J'ai, à mon tour, l'impression de vous écouter derrière la porte... (je plaisante !)
Monsieur Saint-songe, quelle école : Lacanienne ou Freudienne ? Moi, je dirais "lacanienne" pour vous !



Patrice TARDIEU 21/10/2011 00:59



Réponse de Saintsonge ?



Jeanne R. 20/10/2011 01:35



(je fais un tour d'horizon sur les derniers articles, comme souvent il y a bug ; pour preuve : nouveaux messages ici...)
Intéressant ! J'ai, à mon tour, l'impression de vous écouter derrière la porte... (je plaisante !!)
Monsieur Saint-songe, quelle école : Lacanienne ou Freudienne ? Moi, je dirais
"lacanienne" pour vous !



Patrice TARDIEU 21/10/2011 00:58



Vous trouvez ?


Je pense rester assez neutre



Saintsonge 13/10/2011 10:02



perspicace, l'ami !



Patrice TARDIEU 13/10/2011 23:49



Merci, cher ami.



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