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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 22:59

Sans amour je suis disloqué, les contradictions sursumées de l’amour, la conscience amoureuse, Hegel contre Proust.

Peut-être pense-t-on qu’avec Proust, j’ai trop insisté sur les aspects de leurre, de tromperie, d’aveuglement et de jalousie qui proviennent de l’amour. Mais ce serait une erreur de penser que certains philosophes n’en aient pas vu la complexité. C’est le cas de Hegel : « l’amour différencie deux êtres qui ne se distinguent absolument pas l’un de l’autre ». Hegel souligne ici le paradoxe de la conciliation du même et de l’autre, ou en d’autres termes hégéliens « l’identité de l’identité et de la différence ». En effet, les amoureux sont deux mais en même temps un; ils s’identifient l’un à l’autre tout en étant différents : « la conscience, le sentiment de cette identité tout en ayant son être hors-de-soi-même et dans l’autre, voilà l’amour » dit-il. C’est le sentiment d’être tout pour l’autre, la conscience de vivre pour autrui. « je ne possède pas ma conscience de soi en moi mais en l’autre, cet autre en qui j’ai seulement ma satisfaction et suis en paix avec moi-même et je ne suis moi que si je suis en paix avec moi-même, sinon je suis en contradiction, je suis disloqué » écrit-il. La finalité de l’amour est de me réconcilier avec moi-même car autrui me donne cette conscience que j’ai de moi-même, et sinon je suis moi-même divisé, en dislocation à l’intérieur de ma conscience de soi, scindée en deux, malheureuse, désunie, brouillée en soi, brisée par le dédoublement dans soi. « Cet autre, poursuit-il, en même temps, a son être pareillement hors-de-lui-même, possède en moi sa conscience de soi ». C’est la réciprocité nécessaire dans la reconnaissance de l’amour. « Tous deux nous sommes seulement cette conscience de notre être-hors-de-nous-mêmes et de notre identité, cette intuition, ce sentiment, ce savoir de l’unité ». On voit ici que l’amour consiste à sortir hors de soi tout en formant une unité avec l’autre : extériorité et identité de tous les deux. « Voilà l’amour, et l’on tient sur lui un discours vide si l’on ne sait pas qu’il est la différenciation et la sursomption ( « aufheben » ) de la différence ». Il y a donc dépassement et conservation de ce qui est dépassé; les contradictions du moi et de l’autre sont assumées en tant que telles et par ce mouvement « sursumées » ( on va au-delà tout en les saisissant ).

Key word

: paradoxe de la conciliation du même et de l’autre, identité de l’identité et de la différence, le sentiment de cette identité et de la différence, le sentiment de cette identité tout en ayant son être hors de soi-même et dans l’autre voilà l’amour, je ne suis moi que si je suis en paix avec moi-même sinon je suis disloqué, dislocation de ma conscience de soi scindée en deux malheureuse désunie brouillée brisée par le dédoublement dans soi, réciprocité dans la reconnaissance de l’amour, notre être-hors-de-nous-même, extériorité et identité de tous les deux, l’amour est la différenciation et la sursomption de la différence, dépassement et conservation, les contradictions sursumées.

Key names

: Hegel, Proust.

Key works

: Phénoménologie de l’Esprit, Conscience de Soi ( Hegel ), p.176 trad. Hyppolite, p.165 trad. J.-P.Lefebvre, p.211 trad.Jarczyk et Labarrière, Leçons sur la philosophie de la religion ( Hegel ) partie III, p.77, trad. J. Gibelin ( le texte que je cite et commente se trouve là ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.d ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans amour
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commentaires

Jeanne R. 06/04/2012 21:59


Je ne savais que cela se disait !


En revanche, peut-être que lui, Freud, avait lu Proust ?

Patrice TARDIEU 07/04/2012 23:15



Je ne crois pas non plus !



Jeanne R. 06/04/2012 15:17


Très cher Patrice Tardieu
En fait, j'ai l'impression que l'amour, chez Proust, est vécu comme un oedipe non dépassé !
A vous lire,
Jeanne

Patrice TARDIEU 06/04/2012 21:46



Certains l'ont dit. Mais n'oublions pas que Proust ne connaissait pas Freud.



Jeanne R. 04/04/2012 17:25


PS : Dans mon commentaire précédent, la phrase exacte de Proust est celle-ci : "Du moment que j'aimais, je ne pouvais être aimé".

Patrice TARDIEU 04/04/2012 21:30



La non réciprocité est constante chez Proust.



Jeanne R. 04/04/2012 15:29


Très cher Patrice Tardieu,
En effet, la réciprocité n'est pas un dû en amour. Pour preuve, du côté de chez Proust dans la toute dernière partie de "Sodome et Gomorrhe"...
Le narrateur compare ses maîtresses et Albertine (disant qu'elles sont toutes "distinctes" mais ajoute qu'il n'a jamais pu les voir ni les penser)...  Puis, comparant ouvertement Albertine
avec sa propre mère, (précisant que cette dernière ressemble incroyablement à sa grand-mère), il déclare à propos du sentiment qu'il éprouve pour Albertine : je ne l'aime pas puisqu'elle m'aime
(et ce, comme s'il lui était impossible de l'aimer en même temps).
A vous lire,
Jeanne

Patrice TARDIEU 04/04/2012 21:29



Très chère Jeanne,


je reviendrai sur Proust et selon lui à " la terrible tromperie de l'amour".



Jeanne R. 01/04/2012 12:56


Très cher Patrice Tardieu,
Oui, vous avez raison, le sentiment est un électron libre qui n'a que faire de la raison et encore moins de la volonté.
Mais, ici, ma vision je la situe dans l'absolu et non dans le vécu. Je m'explique : quand je parle du sentiment d'amour, que cela soit du point de vue d'un homme ou d'une femme, je mets le couple
à égalité de ressenti afin d'essayer de comprendre les comportements comme les mécanismes. C'est peut-être là mon erreur, celle de croire qu'ils ressentent de concert, donc dans une même
histoire, les mêmes émois, pour un même sentiment, alors que leur psychologie doit être forcément différente étant donné que l'un ne peut ressembler à l'autre de par leurs sexes, déjà.
Pourtant, je reste convaincue que le sentiment d'amour se vit aussi fort pour l'homme que pour la femme, même si la femme paraît plus romantique (enfin dans mon esprit, quoique cela
n'en fait pas forcément une force). Qu'en pensez-vous ?
Jeanne

Patrice TARDIEU 01/04/2012 23:26



Très chère Jeanne,


je pars d'un point de vue différent, il me semble que même si les sentiments sont intenses, ils ne sont pas les mêmes, et qu'il y a bien des malentendus à l'insu des sujets eux-mêmes.



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