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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:02

Proust, mystère et fugacité des êtres, plaisir et fantasme.

De même que Saint-Loup a connu Rachel par la voie de l’imagination et non la trivialité; le narrateur voit surgir comme un groupe de mouettes, puis de danseuses, une bande de jeunes filles déambulant sur la digue à Balbec, « mélange de grâce, de souplesse et d’élégance physique » semblant comme produit d’une école de sculpture qui façonne « en abondance de beaux corps aux belles jambes, aux belles hanches, aux visages sains et reposés,[…] nobles et calmes modèles de beauté humaine […] comme des statues exposées au soleil sur un rivage de la Grèce ». C’est Ulysse découvrant Nausicaa, pourrait-on dire ! Elles sautent au-dessus des obstacles semblables à la ligne musicale de Chopin qui fait « de gracieux détours où le caprice se mêle à la virtuosité ». Parmi elles, mais le narrateur ( ni le lecteur ) ne le sait pas encore, il y a Albertine. L’imagination est enclenchée ! Il croise son regard qui vient «  du fond de ce monde inhumain qui enfermait la vie de cette petite tribu, inaccessible inconnu ». Du coup, il veut percer le mystère de ses yeux, de ces jeunes filles. Alors monte en lui un « désir douloureux », parce que irréalisable : obtenir un prolongement de lui-même par la vie de ces jeunes filles, « cette multiplication possible de soi-même, qui est le bonheur ».

Il se rappelle les inconnues aussitôt disparues par la vitesse de la voiture. « Et même le plaisir que me donnait la petite bande, noble comme si elle était composée de vierges helléniques, venait de ce qu’elle avait quelque chose de la fuite des passantes sur la route. Cette fugacité des êtres qui ne sont pas connus de nous[…] nous met dans cet état de poursuite où rien n’arrête plus l’imagination. Or dépouiller d’elle nos plaisirs, c’est les réduire à eux-mêmes, à rien ». Nos plaisirs sont basés sur des fantasmes, sans fantasme le plaisir est néant.

Key word

: la voie de l’imagination, grâce, souplesse, élégance, beaux corps aux belles jambes, belles hanches, statues exposées au soleil sur un rivage, gracieux détours où le caprice se mêle à la virtuosité, regard, fond inhumain, inaccessible inconnu, mystère des yeux, désir douloureux irréalisable, multiplication possible de soi-même, bonheur, vierges helléniques, fuite des passantes sur la route, fugacité des êtres, état de poursuite où rien n’arrête plus l’imagination, sans fantasme le plaisir n’est rien.

Key names

: Proust, Saint-Loup, Rachel, Balbec, Albertine, Ulysse, Nausicaa, Chopin.

Key works : A l’ombre des jeunes filles en fleurs

( Proust ), Odyssée ( Homère ), Préludes ( Chopin ).

L’île de notre nostalgie ( 2.1.g ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans nostalgie
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commentaires

Jeanne R. 29/12/2011 20:18


Très cher Patrice Tardieu,
Puisque Proust en détaille le mécanisme dans sa "Recherche", puis-je ajouter ceci : le plaisir, chez lui, est un effort de la volonté. Proust fait aussi le distinguo entre le plaisir physique et
le plaisir spirituel, pour une même chair.
Et, toujours selon lui, l'amour est une maladie, maladie chagrine très souvent inopérable.
A vous lire !
Jeanne

Patrice TARDIEU 30/12/2011 00:51



Très chère Jeanne,


vous avez raison, Proust utilise effectivement ce mot "d'inopérable"!



Saint-Songe© 22/12/2011 22:48


Or, la lettre "f" du mot "f-antasme" fait écho à celle de "f"olie, ainsi que les premières du mot ph-antasme ont leur équivalent dans le mot "ph"obie ; si nous éliminons les deux, plus de désir
ni de plaisir sexués... puisque le corps charnel parle d'une chair qu'il n'a pas, puisqu'il la désire !!  Ca parle dans le sexe de nos désirs fantasmés / phantasmés...La rencontre n'est donc
qu'objectivante, puisque sans la chair (le corps qui parle) point de désir (fantasme / phantasme / imagination / imaginaire de l'autre qu'on désir jusqu'à "le poursuivre" en rêve, s'il ne peut se
voir, se rencontrer) Vous serez content de savoir que c'est le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse que Lacan en parle aussi (in Séminaire 1, 2), page 273 de votre
livre, si vous l'avez : "le désir est un rapport d'être à manque. Ce manque est manque d'être à proprement parler.  Ce n'est pas un manque de ceci ou de cela, un manque d'être par quoi
l'être existe..." (l'autre jour, c'est de ce livre -là que je vous évoquais le vide...)

Patrice TARDIEU 23/12/2011 21:26



Bonne réflexion sur le "f" ! Merci pour les précisions.



Jeanne R. 22/12/2011 22:40


Très cher Patrice Tardieu,
Je voulais avant tout vous présenter mes meilleurs vœux ainsi que ceux d'une longue suite philosophique pour la nouvelle année qui s'annonce pour bientôt. Laissez-moi également vous remercier
pour le plaisir que vous me donner à vous lire, car vos articles sont pour moi un bonheur quasi quotidien, et ce, tant par leur contenu que par leur richesse sans cesse renouvelée.

Pour commenter votre article du jour...
Chez Proust : "Le désir douloureux", dites-vous, certes le désir peut faire mal s'il est inatteignable. Quelque part, on voudrait être tout le monde à la fois tout en restant soi-même, alors
on désire ce que l'on n'a pas ; de fait, c'est comme si l'on voulait étreindre l'univers dans son entier.
"Sans fantasme point de plaisir", nous dit Proust ; l'inverse s'entend aussi : plus de fantasmes pour encore plus de plaisir ; c'est donc une quête sans fin !
A vous lire
Jeanne

Patrice TARDIEU 23/12/2011 21:23



Tous mes voeux, très chère Jeanne, pour un Noël agréable et surtout pour la nouvelle année à venir. Merci pour votre mot qui me touche.


En ce qui concerne Proust, l'irréalisable fait partie du désir.



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