Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 23:17

Proust avec Ferenczi, l’amour d’autre chose, océan, retour dans le corps maternel, Freud, sentiment océanique de Romain Rolland, André Comte-Sponville.

Le narrateur prend n’importe quel prétexte pour rencontrer le groupe de jeunes filles, et si, par hasard, l’une d’elle est aperçue, alors surgit « dans une hallucination mobile et diabolique un peu du rêve ennemi et pourtant passionnément convoité ». Pourquoi « rêve ennemi » ? C’est qu’il provoque la rage de ne pas les voir plus souvent et conditionne déjà les « intermittences du cœur » envers sa grand-mère alors qu’elle est encore vivante, elle qui mourra quelques années plus tard et ne reviendra plus avec lui à « Balbec », cette plage de la Manche, de l’Océan Atlantique.

Sa réflexion en vient à son amour pour elles et pourrait s’appliquer à Casanova: « Je n’en aimais aucune les aimant toutes ». Et il cherche ce quelque chose « d’autre » caché derrière son désir : « Quand, même ne le sachant pas, je pensais à elles, plus inconsciemment encore, elles, c’était pour moi les ondulations montueuses et bleues de la mer, le profil d’un défilé devant la mer. C’était la mer que j’espérais retrouver ». Il y a là une curieuse évocation de l’océan, d’autant que Proust ajoute : « L’amour le plus exclusif pour une personne est toujours l’amour d’autre chose » ( p.92 du volume V de l’édition en 15 volumes). Ce type d’émotion fait monter en nous « des parties plus intimes de nous-même, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles ».

Ce texte est publié en 1918, avant Thalassa [la mer en grec ], de Sandor Ferenczi, « psychanalyse des origines de la vie sexuelle », de 1924, avant la lettre de Romain Rolland à Freud de 1927, et Malaise dans la civilisation de ce dernier en 1929.

L’originalité de Ferenczi est de soutenir que le coït serait une tentative de retour dans le corps maternel, le corps de la femme étant celui de la mère, de là le désir oedipien. Ce serait même une tendance régressive à la vie intra-utérine. Et ceci fait écho à la genèse de l’espèce humaine : l’existence intra-utérine n’est que la répétition de l’existence aquatique avant l’assèchement des océans et l’adaptation à la vie terrestre. Ferenczi note que le symbolisme des rêves suggère une analogie « entre le corps maternel et l’océan ». La sexualité serait donc une « régression thalassale » et le liquide amniotique, avec l’embryon comme un poisson dans l’eau, « l’océan introjecté dans le corps maternel ». L’océan, ancêtre de toutes les mères. Nostalgie des origines. La civilisation humaine n’est que la dernière réaction aux catastrophes successives qu’ont subies les êtres vivants.

La querelle entre Freud qui avait envoyé son livre l’Avenir d’une Illusion à Romain Rolland qui lui répond par une analyse « d’une sensation religieuse » qui serait basée sur un « sentiment océanique » et la réplique de Freud, Malaise dans la civilisation, sont très éloignés du texte de Proust que j’ai cité et de l’audace des thèses de Ferenczi. Freud dit qu’il ne ressent pas ce sentiment; André Comte-Sponville, qui s’introduit dans la discussion, soutient, lui, qu’il le ressent (il est spinoziste !), mais que ce n’est pas religieux ! On est très loin de la beauté du texte de Proust et de la problématique de Ferenczi.

Key word

: hallucination mobile et diabolique, rêve ennemi et convoité, intermittences du cœur, je n’en aimais aucune les aimant toutes, ce quelque chose d’autre derrière le désir, la mer, l’amour le plus exclusif pour une personne est toujours l’amour d’autre chose, parties plus intimes de nous-mêmes, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles; le coït, tentative de retour dans le corps maternel, désir oedipien, tendance régressive à la vie intra-utérine, répétition de l’existence aquatique, symbolisme des rêves, corps maternel et océan, régression thalassale de la sexualité, nostalgie des origines, sentiment océanique.

Key names

: Proust, Ferenczi, Freud, Romain Rolland, Casanova, André Comte-Sponville.

Key works : A l’ombre des jeunes filles en fleurs

( Proust ), Histoire de ma vie ( Casanova ), Thalassa ( Ferenczi ), lettre du 5 décembre 1927 à Freud ( Romain Rolland ), Malaise dans la civilisation ( Freud ), l’Esprit de l’athéisme ( André Comte-Sponville ).

L’île de notre nostalgie ( 2.1.j ).

Patrice Tardieu

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrice TARDIEU - dans nostalgie
commenter cet article

commentaires

Jeanne R. 29/12/2011 16:10


PS : dans mon commentaire, une lettre a sauté par mégarde : "car TOUT part de là !"

Patrice TARDIEU 30/12/2011 00:43



Très chère Jeanne,


j'avais rectifié en vous lisant !



Jeanne R. 29/12/2011 16:09


Très cher Patrice Tardieu,
Dans son oeuvre, Proust prend le parti de souffrir, de souffrir par la mère.
Parce que le manque, chez lui, est avant tout associé à la "mère", l'amer... ce baiser attendu, qui parfois vient parfois ne vient pas... en tous les cas, ce baiser ne le comblera jamais... ce
baiser a donc le goût de l'amertume !
Il n'empêche, le ventre de la mère reste un mystère pour lui comme pour beaucoup d'Hommes, alors comment ne pas être attiré par ce mystère, mystère de la naissance, mystère de l'origine comme un
retour à la matrice ; car TOUT par de là !
D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que le peintre Courbet baptisé son tableau, ce "nu" que Lacan lui-même avait désiré posséder, ainsi : "L'origine du monde".
A vous lire,
Jeanne R.

Patrice TARDIEU 30/12/2011 00:41



Très chère Jeanne,


Je suis d'accord avec vous, c'est pourquoi je parle  de Ferenczi trop méconnu.



Saint-Songe© 29/12/2011 01:00


iCI, au bout de ma rue, je combine les deux : l'océan atlantique se mêle à la mer d'Iroise ; d'ajouter que "l'homme qui rétrécit" s'en va se nicher dans le vagin géant de sa femme-mère pour s'y
abriter mieux, et mourir en elle, je crois;..


durant quelques jours, je n'ai pu cliquer sur votre "publier ce commentaire", affaire de bug aussi, je pense...


Les "croyances motivées par des désirs irrépressibles" sont ainsi nos "illusions" freudiennes. Toute régression est donc un reste d'un "stade de l'infantilisme" (ou de l'anal) / Difficile
d'échapper à nos illusions, et supposons cher ami, que tout le monde des Penseurs se soit trompé sur tout, nous aurions bonne mine devant la Figure de Dieu , non ?. Déjà, nous nous trompons sur
l'amour (les amours), et nous sommes trompés....bien souvent .... sur nous-mêmes !...


MES MEILLEURS VOEUX DE FIN des illusions (à savoir que tout 2011 ne sera plus demain, en 2012, qu'une simple "illusion", un mirage : aurons-nous bien vécu (au fait, Denys s'est trompé lui aussi,
de sept ans sur l'âge de naissance du Christ, ce qui fait que....nous sommes en...2018 !!! BON 2019 , alors !!)

Patrice TARDIEU 30/12/2011 00:17



Bonne réflexion.


Tous mes voeux pour l'année à venir, quelle que soit sa date !



Articles Récents

Liens