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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 18:39

Affirmation étonnante de Sade: « Il est un Dieu pour les ruses lubriques; la nature les aime, elle les protège », avec cette précision: « on n’irrite jamais mieux ses sens que lorsqu’on produit dans l’objet [la personne] qui nous sert la plus grande impression possible, n’importe par quelle voie ». Mais les orgies s’entremêlent de discussions philosophiques comme celle-ci: Pourquoi attacher quelque prix à la morale alors que la corruption est universelle? Car alors c’est la vertu qui est dangereuse ( thème sadien constant à travers les trois versions de Justine; il n’y a pas que Platon qui fait de la « vertu » (« arétè ») un problème central). Est-il nécessaire que les autres soient heureux? Nous sommes chargés de notre propre bonheur. Or, contrairement à l’affirmation de Rousseau, rien n’est gravé dans notre cœur et il n’y a pas de « justice naturelle » comme « ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait »( comme le soutient Hobbes). C’est la devise de l’être faible et sans énergie, plein de craintes (ici Sade reprend l’argument de Calliclès dans le Gorgias de Platon). La morale est donc inutile au bonheur, et même elle lui nuit car il y a un « mal nécessaire ». Mais n’allons pas faire de Sade un disciple de Leibniz, étant donné le fantasme du personnage de Jérôme, voyant l’Etna, d’être la « bouche de l’enfer » engloutissant des villes entières, force « vorace, destructrice » de la nature qui est un Minotaure « bestialitaire » comme lui, contre lequel cependant il ne peut lutter. Après bien des épisodes maritimes survient un « suave mari magno » sadien. Rappelons la réflexion du philosophe latin Lucrèce (De la Nature, II, 1-6): qu’il est doux et suave d’observer un malheureux qui lutte contre la mer déchaînée, depuis le rivage, ou une bataille féroce où s’entretuent les êtres humains, quand on est soi-même sur une colline, à l’abri du combat. La grande différence chez Sade, comme le remarque Michel Delon, est qu’ « alors que le sage médite à l’abri des passions, sur les ravages de la tempête, le libertin sadien provoque la tempête. Il n’est pas installé sur la côte, mais sur un autre bateau, au milieu des dangers de la mer ». Key word : ruses lubriques, orgies, discussions philosophiques, la vertu, le bonheur, le mal nécessaire. Key names : Sade, Platon, Rousseau, Hobbes, Leibniz, Lucrèce, Michel Delon. Key works : Patrice Tardieu, Bonheur d’un homme qui dort, et se remémore, jardin intérieur, paradis, suavité d’Épicure; Philo-blog, 05/07/2013. Sade, Œuvres, tome II, p.1358, note 2. Platon, Phèdre, 246, a-d; République, IV, 439c; Lois, XII, 963-964a; Gorgias. Rousseau, Émile, livre IV. Hobbes, Léviathan. Leibniz, Essais de Théodicée. Lucrèce, De la Nature, II, 1-6. Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans Marquis de Sade
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commentaires

Jeanne R. 05/09/2013 18:44


Très cher Patrice Tardieu,
(Pardonnez le hors sujet qui va suivre !)
  J'ai un peu honte de vous avoir négligé ainsi. Mais mon long silence était justifié car, ces derniers mois, j'étais bien trop prise en soirée pour poursuivre mes lectures chez vous... , il
est vrai aussi - qu'hormis les NCC sur FC - je ne suis pas blogueuse.
Toutefois, sachez que mon inscription (encore valide) à votre NewsLetter fait que je me tiens au courant. Je garde, en effet, un oeil sur vos passionnants articles ; d'autre
part, j'ai pu constater la fidélité percutante de Saint-Songe comme j'ai pu apprécier les commentaires de monsieur Muller (un autre fidèle des NCC) sur votre site. Je vous reste donc fidèle.
Au plaisir de vous lire toujours.
Jeanne R.


 


 

Patrice TARDIEU 05/09/2013 23:14



Très chère Jeanne,


je vous remercie pour votre mot charmant qui me change des joutes viriles avec Saint-Songe et des discussions savantes avec Alain Muller! Venez ou plutôt revenez quand vous voulez mettre une
touche féminine!


En tout cas votre présence est toujours la bienvenue.



SAINT-SONGE 05/09/2013 12:55


Et pas que !...Et pas qu'eux !.. Jusqu'à instruire la cruauté comme instinct premier !.. Et, des bienfaits du crime dans la société...Du droit à l'avortement...De l'inutilité des lois...Même
d'empêcher son partenaire de jouir, c'est dire !...

Patrice TARDIEU 05/09/2013 17:34



On ne peut pas, comme vous l'avez fait précédemment, comparer Jésus sur la croix récitant le psaume ( que vous finissez donc par reconnaître ) de l'abandon de l'homme par Dieu et l'attitude
de Sade!



SAINT-SONGE 04/09/2013 23:34


Il faut avoir perdu l'esprit pour croire en Dieu, affirme le Marquis... 


Sur la croix Jésus perdu la foi pour ne plus croire en son père, affirme son cri d'angoisse, un temps, suant de sang quasi, appelant son père (comme parti, vicieux : vice cieux...où es-tu ?...
questionnerait aussi le Marquis pour qui le "refus de dieu" est le "refus de toute transcendance"...)... Ce ne sont pas tant les "hommes " qui se ressemblent, mais leurs peur, cri, angoisse,
inquiétude, à un moment donné de leur vécu...

Patrice TARDIEU 05/09/2013 12:33



Ce que veut Sade, c'est transgresser les interdits religieux...



SAINT-SONGE 04/09/2013 20:47


Non, comparaison ou simili.

Patrice TARDIEU 04/09/2013 21:07



Je ne crois pas que Sade imite Jésus, ni puisse être mis sur le même plan.



SAINT-SONGE 03/09/2013 19:21


Qu'il est doux aussi de voir depuis le rivage se déchaîner ceux qui sont dans la tempête !... Mais dites, cette devise des faibles, c'est celle de Jésus le vertueux : tends ta joue gauche si on
te frappe la droite (ou l'inverse, selon le côté du coup reçu), ça lui ressemble du moins ... Sade :  "ne sommes-nous pas ici bas comme des joueurs autour d'une table ? interroge Mme de
Blamont dans une lettre à Valcour.. La fortune favorise-t-elle tous ceux qui s'y trouvent ?.. (Aline et Valcour) ; aussi fait-il la défense de la volupté des perversions les plus insensées, de
celle des pets, de celle de l'adultère, de celle des excrèments, du vomi, etc...bannissant toute vertu (curieux que dans notre monde moderne ne réussissent encore que les forts et les fourbes,
les plus "vertueux" et "sages" mis aux oubliettes !...) Ah, j'ai relevé un hiatus ici : luit (avec ce petit "t" peu vertueux", il y réussit aussi,
voyez !..) pour lui nuit..(sûrement)


t même elle luit nuit 

Patrice TARDIEU 04/09/2013 19:52



C'est sûr, Sade n'est pas Jésus! Il y a hiatus!



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