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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 19:56

La honte, le regard, le pour-autrui, le pour-soi, l'en-soi, Sartre avec Proust, la transcendance transcendée.

Retournons à Proust. Nous avions laissé le narrateur au lit, avec à son pied Albertine. Il trouve un subterfuge pour l’attirer en lui suggérant qu’il est chatouilleux ! « Avec l’humilité de la femme », elle lui demande si elle peut essayer. Mais il faut qu’elle s’étende sur le lit en s’y enfonçant lourdement. Coup de théâtre : Françoise entre juste à ce moment-là avec une lampe, peut-être écoutait-elle à travers la porte ou avait-elle regardé par le trou de la serrure pour les surprendre ? Encore ici je ne peux m’empêcher de penser à un passage de l’Être et le Néant de Sartre, troisième partie, consacrée au pour-autrui, et particulièrement le § IV avec le regard qui pétrifie l’être humain dans son « objectité », dans une situation embarrassante parfois : « par le regard d’autrui, je me vis comme figé au milieu du monde ». Les circonstances évoquées par Sartre sont légèrement différentes : c’est le voyeur qui se fait surprendre. Tant qu’il regarde par la serrure, il est pur pour-soi, pure subjectivité dans le spectacle qu’il contemple. Mais tout à coup quelqu’un le découvre. C’est alors autrui qui est sujet et lui qui devient objet du regard de l’autre; il peut éprouver alors de la honte, qui est la reconnaissance du jugement porté sur lui, qui est un aveu : « je suis cet être ». Le sujet « perd » son « pour-soi », devient un « en-soi », presque une chose, sa transcendance et sa liberté lui échappent. Il est une « transcendance transcendée » par autrui.

Key word

: subterfuge, le pour-autrui, le regard, l’objectité, le pour-soi, le sujet, l’objet, la honte, je suis cet être, l’en-soi, la chose, transcendance transcendée.

Key names

: Proust, Albertine, Françoise; Sartre.

Key works

: l’Être et le Néant, troisième partie, chap.I, IV, le regard ( Sartre ), le Côté de Guermantes ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.3.m ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans Philosophie
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commentaires

Jeanne R. 17/04/2012 00:17


Effectivement, vu ainsi !!

Patrice TARDIEU 17/04/2012 23:37



Je développe encore, dans un article, et attend votre réponse,



Jeanne R. 16/04/2012 01:08


Très cher Patrice Tardieu,
1) Si la présence muette d'autrui est dans mon dos, je ne peux la voir, juste la ressentir ; de fait, je sais qu'elle existe mais ne peux pénétrer la pensée qui l'accompagne (qu'un face en face
m'aurait donnée). En ce cas, je suis moi sans être moi, et je peux tout imaginer sur cet autrui et inversement pour lui puisque nous sommes à égalité de perception. Cela pourrait se résumer à
dire que lui et moi (soit : nos deux êtres), à ce moment là deviennent : deux objets.


 


2) En revanche, si, en face à face, je vois des yeux qui me regardent sans parler, je prends pleinement conscience de la présence réelle de l'autre ainsi que de mon attraction cet autre, et idem
pour lui. Cela pourrait se résumer à dire que nos deux êtres à ce moment là deviennent : deux sujets.


 


3) Dans le cas du voyeur (qui nous rapproche du 1 exemple), puisque le voyeur voit tout seul, il est sans consistance car rien ne le relie à l'autre, et sa honte il ne la doit qu'à lui-même vu
qu'il est seul à en avoir conscience, donc on pourrait le classer de "non-être", peut-être ?



Votre avis !
Jeanne


 

Patrice TARDIEU 16/04/2012 22:00



très chère Jeanne,


1) ce sont deux sujets puisque l'un regarde et l'autre sent son regard.


2) celui qui regarde est un sujet, mais celui qui est regardé pour la couleur de ses yeux est objet de perception.


3) le voyeur est le seul sujet si l'autre ne sent pas son regard !



Jeanne R. 15/04/2012 11:53


Oui, ce que vous dites sur Sartre me convient parfaitement car c'est bien "clair".

Patrice TARDIEU 15/04/2012 22:06



Le plus succinctement et le plus clairement possible. Mais je vais ajouter : Sartre fait la différence entre le "regard" qui est le sentiment de la présence d'autrui qui peut m'être invisible (
par exemple dans mon dos et ce peut être une erreur de perception ), et "les yeux" où c'est autrui qui est "objet" pour moi ( par exemple, la couleur de ses yeux ).Qu'en pensez-vous ?



Jeanne R. 14/04/2012 10:50


D'accord, d'accord !

Patrice TARDIEU 14/04/2012 21:59



Donc mon "éclaircissement" vous convient ?



Jeanne R. 13/04/2012 22:34


Très cher Patrice Tardieu,
Un voyeur peut en cacher un autre ou, plutôt, le constat serait de dire que nous sommes tous voyeurs à un moment donné.
Il y a toujours pire que soi, il y a l'autre.
Dans cet extrait, la honte en passe par le regard d'un être sur un autre être, pour finir par le plonger dans son propre néant.
La honte aussi est un sentiment, un sentiment trouble, et dans le cas présent, le sentiment de honte se mêle au sentiment d'amour qui anime le narrateur pour Albertine ; c'est la
confusion inévitable !
A vous lire,
Jeanne

Patrice TARDIEU 14/04/2012 00:40



Très chère Jeanne,


Sartre insiste surtout sur la reconnaissance du sujet honteux du jugement d'autrui sur lui.



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