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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 23:02

Érotique du salaud, du scélérat,dégaine dévergondée, attirance et imitation, les illusions au début de l’amour, Proust.

Le cas de l’amour du narrateur pour Andrée est paradigmatique : il avait cru « voir sur la plage une maîtresse de coureur, enivrée de l’amour des sports ». En fait elle s’y était mise « sur l’ordre de son médecin pour soigner sa neurasthénie ». Et « ses meilleurs heures étaient celles où elle traduisait un roman de George Eliot » ( femme écrivain, de son vrai nom Mary Ann Evans, que Proust appréciait, qui traduisit, lui, John Ruskin, « théoricien de la Beauté » et défenseur de la sculpture des cathédrales de Venise ).Le narrateur note : « si Albertine me semblait vide, Andrée était remplie de quelque chose que je connaissais trop ». Et il en tire des réflexions sur l’amour : les personnes font illusion au début parce qu’elles ont endossé des allures ( comme l’aspect « sportif » chez Andrée ou une dégaine « dévergondée » pour Albertine ) qui les métamorphosent, d’autant plus qu’elles ont voulu effectivement s’identifier à de telles attitudes en public. « A l’apparence extérieure, l’affectation, l’imitation, le désir d’être admiré, soit des bons, soit des méchants, ajoutent les faux semblants des paroles, des gestes. Il y a des cynismes, des cruautés qui ne résistent pas plus à l’épreuve que certaines bontés, certaines générosités ». Cette dernière remarque est forte puisque la méchanceté comme la bonté peuvent être jouées ( ou réelles ) et constituer une attirance pour certains; on pourrait presque dire qu’il y a une érotique du « salaud » ( pour employer un terme sartrien dans un tout autre contexte ) ou du « scélérat » ( terme sadien par excellence cette fois-ci ).

Key word

: amour paradigmatique, neurasthénie, théoricien de la Beauté, illusion au début, aspect sportif, dégaine dévergondée, métamorphose, apparence, affectation, imitation, désir d’être admiré soit des bons soit des méchants, faux semblants des paroles et des gestes, cynismes, cruautés, attirance, érotique du salaud, érotique du scélérat.

Key names

: Andrée, Albertine, Proust; George Eliot, Mary Ann Evans, John Ruskin; Sartre, Sade.

Key works

: The Mill on the Floss ( George Eliot, le moulin sur la Floss ), the Stones of Venice ( John Ruskin, les pierres de Venise ), Huis-clos ( Sartre ), La vie rêvée de Sade ( Patrice Tardieu, Philo blog 17/09/2011 ).

L’île de notre nostalgie ( 2.2.m ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans érotisme
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commentaires

Jeanne R. 24/02/2012 19:01


Très cher Patrice Tardieu,
Je vais essayer... Proust nous montre ou, plutôt, nous décrit un monde par trop différent du nôtre sous certains aspects comme celui de l'amour, essentiellement. Malgré tout, je pense que "aimer"
au temps de Proust par rapport à aujourd'hui n'était pas si différent, même dans cette société-là... Et, sous couvert de peindre des personnages au plus près de la réalité de son époque, je
soupçonne Proust, quand même, de faire montre d'un parti pris, pris contre les femmes et pour les hommes (certes, sa fixation à la mère y est pour beaucoup)... ; par conséquent, je dirais que sa
vision en la matière est, consciemment, quelque peu déformée.
Oh, bien sûr, cela n'enlève en rien au grand écrivain qu'il est ; proustienne je suis, nul doute !!
A vous lire
Jeanne

Patrice TARDIEU 24/02/2012 23:48



Très chère Jeanne,


effectivement les femmes ne sont pas vues sous un jour très favorable chez Proust, elles abusent de leurs charmes, mais certains hommes comme Charlus tombent aussi dans des excès.



Jeanne R. 23/02/2012 00:01


Le monde aurait-il changé à ce point ?

Patrice TARDIEU 23/02/2012 21:10



Très chère Jeanne,


pourriez-vous préciser ?



Jeanne R. 22/02/2012 00:19


Tout à fait d'accord, cela fait "la cohérence" dans l'univers fantasmé de Proust qui n'est pas la vraie vie...

Patrice TARDIEU 22/02/2012 22:40



Très chère Jeanne,


Proust prétend nous donner " la vraie vie" qu'il observe comme son père et son frère qui sont médecins !



Jeanne R. 21/02/2012 01:35


Très cher Patrice Tardieu,
En matière d'attirance, il interprète beaucoup et avec peu d'exemples fait des généralités.
Il est évidement que l'aspect d'une personne compte dès la première rencontre comme quelque chose de décisif.
Le regard de l'autre est essentiel puisque l'on n'existe pas sans l'autre.
Comme si nous avions toujours besoin d'un modèle, tout le monde imite tout le monde, certes à des degrés plus ou moins forts, donc tout le monde n'a de cesse de comparer... l'autre avec
l'autre.
Ce jeu là n'est pas un jeu de faux-semblants mais une vérité d'être, d'être entre nous, nous tous... soit : pour plaire ou pour déplaire.
A vous lire,
Jeanne

Patrice TARDIEU 21/02/2012 22:17



Très chère Jeanne,


vous avez raison, mais je pense que cela fait la cohérence et la force de Proust.



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