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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 23:20

Différentes apparitions des êtres, rôle écrasant des croyances, multiplicité des « moi », Proust.

Le narrateur observe les multiples « visages » d’Albertine, exilée triste, attirante, « petite chatte sournoise », perverse, malsaine…« Chacune de ces Albertines était différente comme est différente chacune des apparitions de la danseuse dont sont transmutées les couleurs, la forme, le caractère, selon les jeux innombrablement variés d’un projecteur lumineux ». Et les différentes facettes du sujet ont une incidence directe sur le comportement d’autrui : lui-même selon les « Albertines » devient « un jaloux, un indifférent, un voluptueux, un mélancolique, un furieux ».Et c’est là que Proust introduit une notion capitale, la croyance ( qu’il a évoquée déjà à propos de M.Vinteuil et de sa fille ) : « Car c’est toujours à cela qu’il fallait revenir, à ces croyances qui la plupart du temps remplissent notre âme à notre insu, mais qui ont pourtant plus d’importance pour notre bonheur que tel être que nous voyons, car c’est à travers elle que nous le voyons, ce sont elles qui assignent sa grandeur passagère à l’être regardé ». Il y a une multiplicité de « moi » et donc une multiplicité de noms à donner à ces différents « moi ». Ici le narrateur remarque que « ces Albertines qui apparaissent par moi, jamais la même, comme, appelées simplement par moi pour plus de commodité "la mer", ces mers qui se succédaient et devant lesquelles, autre nymphe, elle se détachait ». On voit le rôle écrasant des croyances que nous nous faisons des êtres.

Key word

: multiples visages, petite chatte sournoise, perverse, malsaine, différentes apparitions, facettes du sujet qui ont une incidence sur le comportement d’autrui, jaloux, indifférent, voluptueux, mélancolique, furieux, les croyances qui remplissent notre âme à notre insu, les croyances ont plus d’importance pour notre bonheur que tel être que nous voyons, multiplicité de moi, nymphe, rôle écrasant des croyances.

Key names

: Proust, Albertine, M.Vinteuil et sa fille.

Key works

: Du côté de chez Swann, A l’ombre des jeunes filles en fleurs ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.2.q ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans personnages
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commentaires

Jeanne R. 29/02/2012 10:04


Très cher Patrice Tardieu,
"Ce rôle de la croyance ?"
Guidé par ses sensations, ses émotions, Proust a vraiment foi en son jugement comme à ses souvenirs au point de le rendre commun à tous. Et, pour lui, toutes les personnes à peine entrevues sont
des signes vivants très parlant... il les construit dans son imagination grâce à leur voix, leurs actions ou leur excentricité... C'est-à-dire : s'il ne peut décrypter une personnalité, Proust
l’interprète selon ses codes et ses croyances, pour la rendre complète ou pour lui donner une consistance. Même si, au sortir, cela ne nous renseigne que peu ou mal sur la personne... mais,
qu'importe nous faisons tous ainsi dans la vie, reconnait-il. Parce qu'il part de l'idée qu'il est très difficile de nous enlever toutes nos croyances, celles que nous nous sommes tous forgés par
défaut (croyances que l'on pourrait appeler des "a-priori', d'ailleurs).
En résumé, lorsqu'ensuite nous connaissons bien les personnes, nous nous rendons compte que nos croyances sont plus fortes que la réalité d'un être, et donc il est difficile de s'en défaire après
coup.
A vous lire,
Jeanne

Patrice TARDIEU 01/03/2012 00:08



Très chère Jeanne,


merci pour ces considérations sur la croyance.


Je vais y revenir.



Jeanne R. 29/02/2012 03:40


Très cher Patrice Tardieu,
Proustienne je suis, avais-je dit tantôt.
Très, très tôt j'ai eu conscience du monde. Dans mon jeune temps, alors que je n'avais pas encore abordé  la "Recherche", j'avais déjà en moi la sensibilité forte "au temps" comme quelque
chose qu'il fallait creuser. A côté de cela, empathique de nature, j'étais toujours à essayer de comprendre la nature humaine ainsi que la psychologie des personnages... je parle des gens que je
croisais étant toute petite, lesquels devenaient sous mes yeux d'enfant, qui n'avaient de cesse d'observer, de vrais personnages de romans, façon Proust mais dans un milieu moins snob (sans les
comtesses qui gênaient Gide !) ; ce sens de l'observation exacerbée me mettait, d'ailleurs, un peu en-dehors des autres pour mieux me pousser à l'intérieur de moi.
A l'adolescence, j'ai lu une infime partie de la "Recherche" pour préférer des auteurs plus anciens (Chateaubriand, Montaigne...) ; c'est bien après mes études littéraires que j'ai découvert
l'univers de Proust. (Sans parler que Proust n'était pas doué pour les langues, ni les maths mais aimait le théâtre, la littérature, la philosophie, la psychologie : idem pour moi !)
Ensuite, mon activité de romancière, celle qui se nourrit de tout (de soi, des autres, des lectures, de l'imaginaire, etc... enfin, tout est matière pour qui écrit) m'a rapprochée de cet auteur
(au point de m'y plonger encore aujourd'hui), parce que cet écrivain me parle d'une manière particulière, un peu comme si j'étais à côté du narrateur lorsqu'il raconte... Ce qui me fait dire
aussi, que dans certaines situations Proust qui a du mal à se dégager de ces propres affects, n'est pas tout à fait objectif même s'il a vocation à l'être... Tout en aimant beaucoup sa plume, sa
musique, je reste objective le plus possible, me semble-t-il... Bref !
Tout cela me fait dire que je suis proustienne dans l'âme !
Jeanne


 

Patrice TARDIEU 01/03/2012 00:04



Très chère Jeanne,


merci pour cette longue et intéressante explication.



Jeanne R. 28/02/2012 00:27


Je suis heureuse de l'apprendre !

Patrice TARDIEU 28/02/2012 23:09



Ce rôle de la croyance ?


Très chère Jeanne,


pourriez- vous préciser en quoi vous êtes "proustienne" ?



Jeanne R. 27/02/2012 15:49


Très cher Patrice Tardieu,Je reprends ici mes deux commentaires faits sur FC aux NCC (semaine dernière) puisque, sans oublier Proust, ils sont  à
propos, à propos du "moi" :
Tout d'abord le narcissisme :
Le trop beau Narcisse qui noya son image par amour pour lui-même, dans un coup de foudre avec lui-même, et "ça" lui a fait mal.
Narcisse n'avait donc qu'un seul "moi" alors que nous sommes tous entourés de cent "moi" au moins pour une seule vie ?! Quoique pour le mortifère amour de Narcisse pour Narcisse, il s'agit d'un
coup de foudre de lui à lui, donc entre son "moi" et son "moi", cela en fait déjà deux ; "ça" c'est sûr !

Pour parler, encore et encore, de l'amour de soi :
Entre moi et moi ! Le moi est haïssable, c'est le "moi" de Pascal mais pour Blaise c'est "le moi" qui est plus haïssable encore.
Où se situe le moi ? Parler trop de soi c'est moi que ça intéresse et si on inverse cela donne, parler trop de moi c'est soi... ; bon, résumons : parler trop de soi c'est que soi que ça intéresse
!
A vous lire
Jeanne

Patrice TARDIEU 27/02/2012 23:54



Très chère Jeanne,


vous rejoignez sans le savoir l'article que j'avais publié du 01/08/2009 au 09/08/2009 intitulé :" Fantasme, mythe, exil" avec toute une réflexion sur le narcissisme et le soi.



Saint-Songe© 26/02/2012 23:42


On veut toujours se séparer de ce qu'on aime, non ? Ce devient : je suis donc je pense, après cogito ergo sum........ Comme l'ombre n'existe que parce qu'elle est une lumière perdue, ou son
opposé en "négatif"....... J'ai donc émis une "conjonction" orientale, puisque le binaire occidental n'existe pas pour qui le Zen vaut tout.....un univers sans séparation, l'un se combinant dans
l'autre, tout en le rejetant.......Voyez les quasars.

Patrice TARDIEU 27/02/2012 23:39



Ombres et lumières...



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