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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 22:37

Comment résoudre le problème de l’existence et de la mort, du désir et de nos croyances, selon Proust.

Les croyances, comme les nuées presque invisibles, changent « l’atmosphère, l’aspect des êtres » nous dit Proust. Elles colorent toutes choses de manière ténue, s’interposent entre le sujet qui regarde et la personne regardée, de façon insensible. C’est ainsi que les jeunes filles apparaissent au narrateur tantôt d’inaccessibles nymphes, tantôt tout à fait ordinaires et sans mystères, selon, si je puis dire, les « nuées de sa croyance », concentrées, mobiles, disséminées ou fuyantes. Il les désirent d’autant plus qu’elles lui échappent. C’est la nature du Désir. Mais il filtre, en les questionnant, les hypothèses qu’il a faites sur elles, « comme un expérimentateur qui demande à des contre-épreuves la vérification de ce qu’il a supposé ». La conséquence est considérable, à la fois existentielle et métaphysique : « C’est en somme une façon […] de résoudre le problème de l’existence, qu’approcher suffisamment les choses et les personnes qui nous ont paru de loin belles et mystérieuses, pour nous rendre compte qu’elles sont sans mystères et sans beauté ». On voit là le remède que préconise Proust à ces illusions constantes que sont les croyances que nous nous faisons des êtres loin de nous, non par la distance, mais par l’aveuglement que nous construisons nous-même sur eux. C’est ce « voile de la croyance », pourrait-on dire, qui « enchante » le monde, alors qu’un regard lucide conduit au désenchantement. Mais ce n’est pas tout, Proust nous propose « une hygiène qui […] nous donne un certain calme pour passer la vie, et aussi, comme elle permet de ne rien regretter, en nous persuadant que nous avons atteint le meilleur, et que le meilleur n’était pas grand-chose, pour nous résigner à la mort ». Quand donc on a bien analysé, expérimenté le Désir, on va pouvoir, finalement accepter sereinement la Mort quand elle viendra.

Key word

: les croyances invisibles entre le sujet qui regarde et la personne regardée, les nuées de la croyance, hypothèses, contre-épreuves à vérifier par l’expérimentateur, conséquences existentielles et métaphysiques, problème de l’existence, remède de Proust aux illusions, aux aveuglements que nous avons sur les choses et les êtres, voile de la croyance, le désenchantement du regard lucide, hygiène mentale de vie, accepter la mort sereinement quand elle viendra.

Key names

: Proust, Virgile, Ovide, Homère.

Key works

: Les Géorgiques ( Virgile ), allusion dans le texte de Proust à Leucothoé, nuée « blanche » ( selon moi car l’étymologie le suggère ) maritime « opaque et douce »; ce nom se retrouve chez Ovide, les Métamorphoses et il existe une Leukothéa ( donc une « déesse blanche » ) divinité de la lumière du matin dans l’Odyssée d’Homère. A l’ombre des jeunes filles en fleurs ( Proust ).

L’île de notre nostalgie ( 2.2.t ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans imagination
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commentaires

Jeanne R. 06/03/2012 01:29


En matière de sentiments, je dirais plutôt que le choix initial du partenaire élu est toujours le meilleur tant que le désir de l'amour est là. C'est quand l'amour s'en va que l'on reconsidère ce
choix, pour le trouver après coup, pas bon du tout.

Patrice TARDIEU 06/03/2012 23:39



Le premier cas est effectivement le meilleur si rien ne change.



Jeanne R. 05/03/2012 02:16


Très cher Patrice Tardieu,
Oui, Proust comme n'importe quelle personne met le mystère dans l'Autre là où il veut.

Si on désire ce que l'on n'a pas, lorsque on a ce que l'on désire on ne le désire plus. En conséquence, désirer c'est : ne pas posséder. Donc lorsque l'on possède son désir, on ne le désire plus
; et si on ne désire plus rien, on est mort.
A vous lire,
Jeanne

Patrice TARDIEU 05/03/2012 23:33



Très chère Jeanne,


c'est plutôt ne pas être trompé par ce qu'on a pas et que l'on désire quand même. Ce n'est pas mourir mais acquérir une certaine sagesse peut-être.



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