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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 22:54

Baisers, larmes, cheveux, parfum, Marie-Madeleine et Jésus, Hegel, chrême.

J’aimerais revenir un instant sur une autre histoire de baisers, commentée par Hegel, ceux de Marie-Madeleine à Jésus. Elle est racontée un peu différemment par Luc ( VII, 36-50 ) et par Jean ( XII, 1-8 ), mais ce qui compte, pour Hegel, c’est la « Wirklichkeit », « la réalité effective et vraie » de la chose, « l’effectivité » dégagée par le philosophe. La belle pécheresse se rend où se trouve Jésus, parmi un grand nombre de gens qui ne vont cesser de la critiquer; « son cœur la pousse vers Jésus, elle traverse l’assemblée, se jette à ses pieds, pleure et baigne ses pieds de ses larmes, les essuie de sa chevelure, les embrasse, les oint d’onguent et de nard naturel très précieux ». Elle se conduit, en réalité, comme une « vierge » : « la virginité timide et suffisamment fière d’elle-même ne peut dire à haute voix son besoin d’amour », ni épancher son âme « profondément blessée, proche du désespoir ». Elle « doit aller au-delà d’elle-même et de sa faiblesse et, au mépris de son propre sentiment de la Loi, donner et jouir d’une plénitude d’amour afin de plonger sa conscience dans cette jouissance intime ». On trouve inconvenant « ces baisers vivants qui suppriment toute faute », « cette béatitude de l’amour buvant la réconciliation dans sa propre effusion ». Après ce commentaire de Hegel, voici les paroles de Jésus, selon Luc ( VII, 44-47 ), s’adressant à Simon : « Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas donné d’eau pour laver mes pieds; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as point donné de baiser; mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a point cessé de me baiser les pieds. Tu ne m’as point versé d’huile sur la tête; mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds. C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés lui ont été pardonnés; car elle a beaucoup aimé ». Hegel introduit une remarque intéressante et surprenante : dans ce monde très éthique où se trouve Jésus, surgit une dimension « esthétique », peut-être « la seule chose dans l’histoire de Jésus qui amène à parler de beauté ». En effet, il y a une « beauté de la situation » et même, j’ajouterais, la scène elle-même rejoint la statuaire antique, d’autant plus qu’à la fin Jésus ajoute : « Elle m’a oint par avance, en vue de ma mise au tombeau » ( Jean, XII, 7 ).

Key word

: histoire de baisers, la « Wirklichkeit », la réalité effective et vraie de la chose, l’effectivité dégagée par le philosophe, la belle pécheresse se conduit comme une « vierge » poussée par son cœur, « un chrême » ( du mot grec « chrisma », « onguent, parfum, huile » ), un nard, besoin d’amour, donner et jouir d’une plénitude d’amour, jouissance intime, béatitude de l’amour buvant la réconciliation dans sa propre effusion, éthique, esthétique, beauté de la situation, la statuaire antique, elle m’a oint par avance en vue de ma mise au tombeau.

Key names

: Hegel; Marie-Madeleine, Jésus, Luc, Jean, Simon.

Key works

: L’Esprit du Christianisme ( Hegel ), Glas ( Jacques Derrida ); Luc, VII, 36-50; Jean, XII, 1-8.

L’île de notre nostalgie (2.3.l ).

Patrice Tardieu

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Published by Patrice TARDIEU - dans amour
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commentaires

Jeanne R. 13/04/2012 20:44


L'amour a tous les sexes, pour n'en avoir aucun !

Patrice TARDIEU 14/04/2012 00:35



Quel paradoxe !



Jeanne R. 13/04/2012 00:19


Si c'est une question, je réponds : oui !

Patrice TARDIEU 13/04/2012 20:17



Mais l'amour relève-t-il essentiellement de la femme ?



Jeanne R. 12/04/2012 01:30


Très cher Patrice Tardieu,
Vous parlez de baisers, les larmes, du parfum... l'amour implique les 5 sens, même le 6ème sens... dans le cas présent, on peut tous les mettre en avant, car le 6ème fait que Marie-Madeleine est
attirée vers Jésus, sans trop savoir pourquoi, si ce n'est qu'il paraît dégager de l'amour, sauf que peu le ressente autant qu'elle ni au point d'agir comme elle.

... "car elle a beaucoup aimé" ; cela pourrait se prendre simplement au pied de la lettre (sans tenir compte des moeurs de Marie-Madeleine que l'on suppose très libre) : ... elle m'a beaucoup aimé, (puisqu'elle l'a beaucoup embrassé, preuve de son amour...)
A vous lire,
Jeanne

Patrice TARDIEU 13/04/2012 00:10



très chère Jeanne,


c'est donc la psychologie féminine qui est mise ici en avant ?



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