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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 11:46

Le paysage-sanctuaire idéalisé ne doit pas nous dissimuler, par conséquent, qu’il est bel et bien question d’exil et de mort. En ce sens Fabre reste fidèle à Sophocle. Mais ce n’est plus l’Oedipe roi découvrant, incrédule, par la bouche du devin aveugle Tirésias, en premier, qu’il est le fils et le mari de sa propre mère, le père et le frère de ses enfants et dont on trouve l’écho chez Racine :

        « Grâce aux Dieux! mon malheur passe mon espérance :

        Oui, je te loue, ô Ciel, de ta persévérance.

        Appliqué sans relâche au soin de me punir,

        Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir;

        Ta haine a pris plaisir à former ma misère;

        J’étais né pour servir d’exemple à ta colère,

        Pour être du malheur un modèle accompli.

        [...]

        Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne?

        De quel côté sortir? D’où vient que je frissonne?

        Quelle horreur me saisit? [...] » (1).

C’est l’Oedipe à Colone « privé de ses yeux, mendiant, guidant ses pas d’un bâton », au seuil du mystère du trépas. Ici ce n’est plus une simple forêt, mais la sylve de l’Etre. Ce n’est plus Eros, le Désir incestueux, qui a guidé ses pas, mais Thanatos, la Mort, qui l’ensorcelle, au point qu’il est fasciné par le « ne pas vivre », le « mè phûnaï », le « ne plus être là », négation de tout ce qui constitue l’être, « ek-stase », « hors de soi », vers le Rien, et que l’on retrouve chez Paul Valéry :

        « Soleil, soleil!... Faute éclatante!

        Toi qui masque la mort, Soleil

        [...] l’univers n’est qu’un défaut

        Dans la pureté du Non-être!

        [...]

        Jusqu’à l’Etre exalte l’étrange

        Toute-Puissance du Néant! » (2).

D’ailleurs l’oeuvre de Fabre rappelle cette présence de la mort dans une nature « idéalisée » qu’est Et in Arcadia ego de Nicolas Poussin. On sait que cette formule latine découverte par les bergers d’Arcadie sur une tombe ne doit pas se lire : « Moi aussi j’ai vécu dans le séjour de l’innocence et du bonheur » (contre-sens fait dès la fin du XVIIème siècle), mais « Moi, la Mort, je frappe aussi en Arcadie ». L’inscription latine se trouve déjà dans une peinture de Giovanni Francesco Guercino, une tête de mort énorme étant placée au premier plan avec les bergers qui la contemplent mélancoliquement: puis dans une première version par Poussin où un des conducteurs de troupeaux avec son bâton la déchiffre avec étonnement; enfin dans la version célèbre du Louvre où apparaît une figure féminine impassible. Elle touche le dos d’un des pasteurs qui se retourne et la regarde tout en désignant du doigt le sarcophage. L’on a pu la reconnaître comme la mort elle-même (3). Ce thème de la mort qui frappe même en Arcadie, qu’était pour lui la France, a dû toucher sans doute Fabre. Coïncidence étrange, la position du berger esr précisément celle qu’Ingres donnera à son Oedipe et le Sphinx.

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Published by Patrice TARDIEU - dans le Néant
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