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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 11:11

Venons-en à notre troisième interprétation : l’art de Pradier est essentiellement « sensualiste » du début à la fin, et Nyssia en est une représentation remarquable. Il part de l’émotion que lui procure le corps nu de son modèle pour le transmettre à la postérité comme Candaule (nous envisagerons cette dernière hypothèse)! C’est pourquoi il veut tout de suite passer du plâtre au marbre, sans attendre. La crispation du plaisir par les épaules légèrement soulevées, les yeux mi-clos, le sourire vaporeux, se lit sur « Chloris » caressée par le vent invisible, son amant. « On devine à l’abandon de la tête, au regard vague, à la bouche mi-ouverte, le doux vertige causé par les pénétrants arômes et le trouble amoureux du printemps » écrit Théophile Gautier. Pradier, dès 1819, sculpte une femme nue allongée se retournant pour admirer dans l’eau ses beautés callipyges! Sa « Psyché », résultat de sa passion orageuse avec une belle romaine, ne cache rien de ses charmes, le drapé à peine retenu à mi-cuisse. Toutefois l’originalité apparaît surtout dans ces corps de femmes pliés par la volupté et qui ont déchaîné le tollé des critiques, particulièrement le « groupe licencieux », « indécent et lascif », « scabreux » Satyre et Bacchante, oeuvre « ignoble, dégoûtante » et « immorale ». Car l’art doit avoir un but social, éducatif, surtout pour les saint-simoniens, les fouriéristes, Proudhon, ami de Courbet. Le journal des artistes de décembre 1845 publie un article sur Pradier : « Un de ces hommes qui sont comme un fléau pour les arts... c’est presque toujours avec des femmes éhontées, des courtisanes (qu’ils se présentent)... s’ils cherchent à obtenir la popularité par la statuette, c’est en vendant des turpitudes pour égarer, fasciner et démoraliser la jeunesse ». Et en effet Pradier fit d’innombrables statuettes érotiques, comme celle intitulée « Dolce far niente » et qui représente une femme ployée dans l’abandon d’une somnolence; ou celle de la nymphe renversée, Bacchus enfant avançant sur sa poitrine, qui donna lieu à l’appréciation suivante :  « Toutes les limites de la pudeur sont franchies sans pitié; c’est le dévergondage le plus honteux qu’on puisse voir. Et c’est un membre de l’Institut... qui ose ainsi étaler en public... une scène aussi licencieuse que révoltante ». Donnons raison à ces critiques : l’art sensualiste de Pradier ne sert personne ni aucune cause sociale ou politique; il n’est là que pour le plaisir, la représentation et l’assomption de la jouissance. Seul Clésinger et son extrêmement sensuelle « Femme piquée par un serpent » lui ravira momentanément cette position au Salon de 1847, Pradier tournant autour du marbre en maugréant! Il est vrai que le modèle, serré au plus près dans sa chair, le corps cambré par la pâmoison ( la « piqûre » du « serpent » relève d’un symbole facile à déchiffrer ) n’était autre que « la très belle, [...] la très chère » de Baudelaire, Mme Sabatier avec laquelle il eut une très brève liaison.

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Published by Patrice TARDIEU - dans candaulisme
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