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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 13:03

La Jouissance inhumaine

Patrice tardieu

 

Qu'est-ce qui est inhumain ? Qu'est-ce qui peut être dit inhumain ? Y-a-t-il de l'inhumain ? Toutes ces questions nous permettrons de mieux cerner l'humain. Lorsque le prélat et orateur français Esprit Fléchier (1632-1710) s'écrie : "Il est inhumain de s'en prendre aux gens à qui la crainte et le respect ôtent la liberté de se défendre et de se plaindre", peut-on lui accorder ce point ? Non, car quoi de plus humain que l'abus de pouvoir ! Montesquieu n'a t-il pas montré que tout homme "va jusqu'à ce qu'il trouve des limites"[1]? Quand le moraliste Pierre Charron se récrie : "c'est un vilain et détestable vice que la cruauté, et contre nature, aussi est-il appelé inhumanité" a -t-il raison ? Non, car la cruauté qui vient du mot latin "cruor" (sang répandu) est une constante de l'humanité. Schelling n'a t-il d'ailleurs pas établi que "nul n'atteint le sommet de son bien ni l'abîme de son mal"[2]? Les "cris inhumains" que prétend pousser le poète Marot, le sont-ils vraiment ? De façon générale peut-on qualifier d'inhumain, un travail, une loi, une joie, un silence, un sang, une guerre ? Non, pour autant que c'est l'homme qui y est impliqué. Rien de ce que fait l'être humain, même le plus "barbare" ou le plus "féroce", ne peut être in-humain. Dans le langage courtois du XVIIème siècle, chez Racine, Corneille, Molière, la "belle inhumaine" l'est-elle ? Non, c'est tout simplement une femme qui refuse de se laisser pénétrer ! Maintenant, peut-on parler d'une jouissance inhumaine ? Cela ne semble pas possible non plus car on définit habituellement la jouissance comme un plaisir extrême des sens. Pourtant trois auteurs, au moins, ont introduit ce concept dans la philosophie. En quel sens est-il permis de le faire ? Quels sont les arguments de Hegel, de Lacan, de Sade ?



[1]              Montesquieu, l'Esprit des lois, livre XI, chap. 4.

[2]              Schelling, Oeuvres métaphysiques, Gallimard, 1980, p.214.

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Published by Patrice TARDIEU - dans Philosophie
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Jeanne R. 25/09/2011 14:43



 


Cher Patrice Tardieu,
Décidément, vos articles, anciens comme nouveaux, font preuve d'une grande richesse.

"Jouissance inhumaine"
Peut-on estimer d'emblée que si la jouissance se répète à l'infini c'est parce que, quelque part, elle demeure toujours inachevée ? En conséquence, le propre de "la jouissance" (dans le sens
positif et naturel du terme) serait de dire qu'elle n'a de valeur que si elle reste insatiable.
En revanche, dans le sens de jouissance négative, c'est un rapport de force qui met en scène le dominant-dominé avec cette fascination morbide qui en dit long sur l'esprit des Hommes en général
(car, le "je" n'est autre que l'"Autre"), mais là encore la notion d'insatiabilité demeure identique.
C'est donc bien dans le désir de répétition que l'on peut sentir et constater que la jouissance absolue n'a guère de réalité.
La jouissance est trop humaine, voilà sa faille.
A vous lire !
Jeanne R.



Patrice TARDIEU 27/09/2011 00:03



Chère Jeanne R.


La compulsion de répétition, plutôt que le caractère insatiable du désir, montre qu’il faut aller au-delà du principe de plaisir.


Attentivement



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