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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 10:59

Sade à l’origine de la Prise de la Bastille, criant depuis une des tours qu’on égorgeait les détenus.
Fernando Pessoa n’était qu’un modeste employé de bureau à la vie insignifiante. Ce n’est pas le cas du marquis de Sade né en 1740 qui passe son enfance avec le prince de Condé qui n’a que quatre ans de plus que lui ; il est confié ensuite à l’abbé de Sade près de L’Isle-sur-Sorgue. Il fait ses études à Louis-Le-Grand à Paris, sous la férule des Jésuites. Il participe ensuite à la guerre de Sept ans contre l’Allemagne. Il épouse Renée Pélagie de Montreuil et anime un théâtre. Il n’a que vingt-trois ans qu’il est incarcéré pour « débauche outrée et impiété horrible » et surveillé ensuite par un inspecteur ; ce qui ne l’empêche pas de se lier à des actrices et de donner des fêtes au château de Lacoste. A vingt-six ans, un rapport note que, dans sa petite maison à Arcueil, il n’y a que scandale et débauche. Le 3 avril 1768, c’est « l’affaire Rose Keller » qui porte plainte pour avoir été déshabillée de force puis flagellée. Il est mis en prison puis assigné à résidence. Il commence sa carrière d’écrivain et ne fait plus parti de l’armée. Le 27 juin 1772 éclate le « scandale de Marseille », aphrodisiaques, fouet, sodomie, les « filles » portent plainte à la police. Sade s’enfuit en Italie, avec sa belle-sœur, Anne Prospère de Launay, chanoinesse, dont il est amoureux ! De nouveau une perquisition est faite au château de Lacoste mais Sade se sauve. En 1774, il voyage avec sa femme et engage six adolescents ( cinq filles et un garçon ) qui, de nouveau, participent à des orgies qui pourraient le conduire, selon Sade lui-même, à être écartelé sur la roue par quatre chevaux ! Encore une fois, il part en voyage, et visite Florence, Rome et Naples. De retour, il fait des « boutonnières » avec un canif dans la peau d’une jeune servante locale qu’il prénomme « Justine » ; le père de celle-ci menace, pistolet en main, Sade, qui se fait arrêter à Paris. Il est sous le coup d’une lettre de cachet du roi qui l’emprisonne à Vincennes, le 13 février 1777 ; il a trente sept ans. Sade cherche à annuler, par la cour de cassation d’Aix-en-Provence, la peine encourue, qui commue la condamnation à mort en une forte amende et une admonestation ; oubliant qu’une lettre de cachet qui envoie en prison, elle, n’est pas révocable. Il est repris, s’échappe, et finalement se retrouve dans les donjons de Vincennes. Il y écrit son Dialogue [ philosophique ] entre un prêtre et un moribond, où le libertinage triomphe ! Et commence Les Cent Vingt Journées de Sodome, d’une violence sexuelle jamais dépassée.
A quarante quatre ans, le 29 février 1784, il est transféré à La Bastille, au deuxième étage d’une tour. Il roule le manuscrit des Cent vingt Journées dans un étui qu’il glisse, semble-t-il, dans l’interstice d’un mur. C’est alors que son action est décisive pour l’histoire de la France ! Le témoignage du gouverneur de La Bastille coupe toute indécision et est précis à propos de Sade : « Il s’est mis hier midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu’on égorgeait, qu’on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu’il fallait venir à leurs secours. Il a récidivé ses cris et ses plaintes bruyantes ». Cette lettre étant datée du 9 juillet 1789, et adressée au gouvernement, les cris de Sade ont commencé le 8 juillet ( « hier » ) et se sont prolongés ( « récidive » ) le 9, peut-être les 10, 11, 12, ou même le 13 juillet 1789 ! Sade est sans doute à l’origine de La Prise de la Bastille le 14 juillet 1789 [que nous célébrons tous les ans ! ] et de l’assassinat du gouverneur peu sûr de lui-même et maladroit, qui a parlementé avec la foule ! En tout cas on ne peut affirmer avec Michel Delon que Sade ait été transféré le 2 juillet 1789 puisqu’il a harangué le peuple le 8 et le 9 juillet 1789 du haut de La Bastille. Sans doute, on ne veut pas que Sade soit à l’origine de la prise de La Bastille ! De plus, « libérer La Bastille » avait quelque chose d’absurde car les prisonniers peu nombreux étaient des aristocrates comme le marquis de Sade, mis là par lettre de cachet du roi, avec visites de proches ou de parents ( comme Madame de Sade qui lui apportait des livres et des friandises ) ! Et la Bastille était une prison, elle n’était pas un dépôt d’armes et de poudre ! Mais la tête du gouverneur indécis a fini sur une pique !
Je n’ai rien contre Michel Delon auquel j’avais envoyé mon article « Jouissance inhumaine, Sade, Lacan, Hegel », au moment de la parution du premier volume des Œuvres de Sade dans les éditions La Pléiade, qui a repris, dans le troisième volume ( introduction, p. XIX ), mon expression à propos des Cent vingt journées de Sodome dont il est, selon moi, « difficile de sortir indemne ».
Poursuivons la biographie du « divin marquis ». Il attend encore huit mois en prison l’abolition des lettres de cachet. Il se met en ménage avec une actrice, Marie Constance Quesnet, fréquente Stanislas de Clermont-Tonnerre et le salon de monarchistes constitutionnels, il est modéré et réformiste et veut réussir au théâtre, mais les révolutionnaires, les « bonnets rouges » [ comme les gardes rouges de Mao ] imposent leur « ligne juste », et sabotent la pièce de Sade. Du coup, pour se masquer, Sade fait mine d’être du côté des « bonnets rouges » sur la Place Vendôme devenue Place des « Piques » [ sur lesquelles on enfourche les têtes ] et fait un vibrant hommage à Marat « assassiné », et des « martyrs de la Révolution », le 9 octobre 1793 ! Advient la Terreur, et Sade qui est sur la liste de Fouquier-Tinville le 27 juillet 1794, est condamné à mort, mais il échappe à la « charrette » de ceux qui vont être guillotinés car il est marqué « absent » dans la prison où on le cherche ! Sous le Directoire ( 1795 - 1799 ), il est accusé à tort d’avoir été un de ces aristocrates émigrés revenus de l’étranger ; sous le Consulat ( 1799 - 1804 ) puis sous l’Empire ( 1804 - 1814 ), c’est-à-dire sous le général Bonaparte qui devient ensuite Napoléon Premier, Sade est enfermé, sans passer devant une quelconque instance judiciaire, à la prison de Sainte Pélagie, puis à l’hospice pour aliénés de Bicêtre, enfin à celui de Charenton ! Dernier ouvrage de Sade : Les Journées de Florbelle, œuvre brûlée à la demande de son fils ! Seule consolation pour Sade : il faisait jouer les malades mentaux devant un public venu observer ces « monstres » !
Key Word : Débauche outrée, impiété, scandale, flagellation, aphrodisiaque, orgie, lettre de cachet, donjon, prisons, asile d’aliénés.
Key Names : Fernando Pessoa, Marquis de Sade, le Prince de Condé, l’abbé de Sade, Renée Pélagie de Montreuil, Rose Keller, Anne-Prospère de Launay, la jeune servante Justine, le gouverneur de la Bastille, Marie Constance Quesnet, Stanislas de Clermont-Tonnerre, Fouquier-Tinville, Napoléon-Bonaparte.
Key Works : Patrice Tardieu, Fureur sexuelle, férocité, baisers semblables à des fouets, chair lacérée, érotisme mystique, Pessoa, Philo blog 7 juillet 2016 ; Le cri des victimes, douleur et scandale, bonheur des injustes, Sade, Joseph de Maistre, Barthes, Philo blog 22 juin 2016 ; Bonheur du fanatique et bonheur de décapiter, rage religieuse, enthousiasme, Hobbes, Shaftesbury, Philo blog 12 juin 2016 ; Bonheur de la racaille prolétarienne et de la canaille révolutionnaire, Marx, Baechler, Aristote, Philo blog 26 mai 2016 ; Attentats suicides, prise d’otages, bombes humaines, pirates de l’air, imagination perverse, Philo blog 24 avril 2016.
Fernando Pessoa, Ode Maritime ; Sade, Justine ou les malheurs de la vertu ; Peter Brook ( film, 1966 ) , L’assassinat de Jean-Paul Marat tel que monté par les patients de l’asile de Charenton sous la direction du marquis de Sade ( d’après la pièce de Théâtre de Peter Weiss, 1963 ).
Patrice Tardieu











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Published by Patrice TARDIEU - dans marquis de Sade
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