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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 12:24

Dissimuler ou déclarer sa flamme, passion ardente, langueur, pâmoison, appâts, Charles Le Brun.
On peut même dans Les Passions de l’âme de Descartes trouver quelques propos « galants ». En particulier lorsqu’il va essayer de décrire et d’expliquer « les actions des yeux et du visage, les changements de couleur, les tremblements, la langueur, la pâmoison, les ris [ figures rieuses ], les larmes, les gémissements et les soupirs ». En effet, « il n’y a aucune passion que quelque particulière action des yeux ne déclare », et pourtant il est difficile de la décrire précisément en détail à partir de l’œil seul ; il faut recourir au front, au nez et aux lèvres ( comme le montrera le peintre Charles Le Brun dans sa Conférence sur l’expression des passions de 1668, avec soixante-trois dessins et une description écrite très cartésienne ), mais ceux-ci peuvent « aussi bien servir à dissimuler ses passions qu’à les déclarer ». Par contre, la maîtrise de la rougeur ou de la pâleur devient impossible, de même le tremblement dû à un désir ardent, une colère ou une ivresse. Descartes en vient à la langueur par amour. Tout vient du fait qu’on imagine que l’objet de notre désir ne saurait être atteint dans le temps présent. En effet « l’amour occupe tellement l’âme à considérer l’objet aimé », qu’elle se bloque sur son image, si bien qu’il y a obsession de la personne désirée, laissant le corps languissant. Quant à la pâmoison, elle « n’est pas fort éloignée de la mort ». Le feu du cœur semble s’être éteint, étouffé. Les larmes ne viennent pas d’une tristesse extrême, elles sont « accompagnées ou suivies de quelque sentiment d’amour, ou aussi de joie »; mais c’est surtout la passion d’amour qui produit par intervalles celles-ci à cause de « quelque nouvelle réflexion » sur la personne que les amoureux affectionnent.
Descartes vient à considérer les enfants qui « pâlissent au lieu de pleurer ». D’après lui, cela manifeste « un jugement et un courage extraordinaire » car cela prouve qu’ils envisagent « la grandeur du mal et se préparent à une forte résistance ». Cependant cela peut être le plus souvent la marque d’un « mauvais naturel » basé sur la haine ou la peur, à l’inverse des enfants qui pleurent facilement qui penchent vers l’amour et la pitié. On voit ici poindre une explication caractérologique. Mais Descartes en vient même à une interprétation, je ne dirais pas psychanalytique, mais où il introduit une explication par l’enfance restée inconsciente. En effet, il existe d’étranges aversions chez certains, par exemple envers le parfum des roses, ou la vue d’un chat. Descartes suggère que l’odeur de ces fleurs ont produit un grand mal de tête alors que l’enfant était dans son berceau, ou qu’un chat l’a effrayé, sans que personne ne s’en aperçoive ni qu’il s’en souvienne, ou mieux, étant donnée la « liaison entre notre âme et notre corps », lorsqu’il était dans le ventre de sa mère et, par compassion, il a éprouvé les mêmes ressentis qu’elle, qu’il a conservés en dehors de toute conscience, et qu’il gardera « jusques à la fin de sa vie ». Au bout du compte, les passions de l’amour, de la haine, du désir, de la joie et de la tristesse sont toutes utiles, surtout les négatives qui servent à « repousser les choses qui nuisent et peuvent nous détruire » ! Cependant ne faisons pas comme les bêtes qui se laissent tromper par des appâts et qui, « pour éviter de petits maux, se précipitent en de plus grands », utilisons l’expérience et la raison. Descartes est à la fois empiriste et rationaliste !
On ne s’y attendait pas, mais Descartes va faire l’éloge de l’amour lorsqu’il est fondé sur une connaissance vraie, grâce à l’âme : « l’amour est incomparablement meilleure [ « amour », chez Descartes, est féminin, même au singulier ] que la haine ; elle ne saurait être trop grande et elle ne manque jamais de produire la joie. Je dis que cette amour est entièrement bonne, pour ce que, joignant à nous de vrais biens, elle nous perfectionne d’autant. Je dis aussi qu’elle ne saurait être trop grande, car tout ce que la plus excessive peut faire, c’est de nous joindre si parfaitement à ces biens, que l’amour que nous avons particulièrement pour nous-mêmes n’y mette aucune distinction [ l’être aimé étant notre moitié ] » (article 139 ). Ceci n’est pas sans évoquer pour moi le conte de Psyché [ l’âme ] et d’Éros [ l’amour ] qu’a décrit l’écrivain latin Apulée.
Key Word : passion, désir, amour, les yeux, le visage, étranges aversions, tromperie des appâts. Key Names : Descartes, Charles Le Brun, Apulée. Key Works : Patrice Tardieu, Expérience érotique dans un palais sans gardien ni fermeture, léger bruit dans l’obscurité. Apulée. Philo blog 22 novembre 2013 ; Psyché s’interroge sur son amant nocturne, ce « mari » qui lui fait l’amour et s’endort. Philo blog 24 novembre 2013 ; Amour de l’amour, désir brûlant, ardent, le dieu voluptueux, maître du feu amoureux, enjouement, Philo blog 26 novembre 2013 ; Recevoir de Vénus sept doux baisers avec la langue, pur miel. Psyché fouettée, tourmentée, Philo blog 28 novembre 2013 ; Les deux amants, nectar, roses, parfum,chants, danse et flûte jouée par un satyre, « voluptas », Philo blog 30 novembre 2013. Descartes, Les Passions de l’âme. Charles Le Brun, Conférence tenue en l’Académie Royale de peinture et de sculpture sur l’expression générale et particulière ( et Cabinet des dessins du Musée du Louvre ).
Patrice Tardieu.

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Published by Patrice TARDIEU - dans passion
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commentaires

SAINT-SONGE 18/05/2015 18:00

Il semble que l'Amour se targue de prendre force masques et mensonges pour arriver à ses fins, soit de troubler Psyché, afin que celle-ci ne sache plus très bien qui elle est, en quel corps elle se trouble, et quels sont ses réels buts, ceux qu'elle s'était "raisonnablement" fixés, avant même que n'apparaisse l'Amour dans le cœur de qui s'interroge au sujet que vous traitez...sans prendre partie ni pour l'un ni pour l'autre...

Patrice TARDIEU 24/05/2015 19:39

Cher Saint-Songe,
en effet, dans Apulée, Psyché est totalement dans l'obscurité et ne sait rien d' Eros. Sa curiosité fera qu' Amour s'envolera...
Patrice Tardieu.

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